La question de la minorité afro-américaine aux États-Unis est complexe et multifacette, englobant des enjeux de racisme, de violence policière, de droits civiques et de contrôle des armes à feu.
Car le calvaire vécu par George Floyd est loin d’être un cas isolé. Les Afro-Américains sont régulièrement victimes de violences policières. Ils risquent également davantage d’aller en prison. Un amalgame créé entre race et risque de délinquance sert à légitimer la surveillance policière des communautés noires.
À titre de comparaison, la police française tue une vingtaine de personnes en moyenne par an. Une grande partie de l’écart tient à la taille de la population du pays, mais aussi à la dissémination des armes à feu aux États-Unis, qui augmente le sentiment d’insécurité des policiers américains. Ils ont donc le droit de tirer s’ils ont des « craintes raisonnables de danger imminent » pour eux ou autrui.
Les procureurs locaux sont « très réticents à inculper des policiers parce qu’ils travaillent avec eux au quotidien », mais aussi parce qu’élus par la population, « ils veulent gagner les procès », explique à l’AFP Philip Stinson, un ancien policier devenu professeur de droit.
Concrètement, s’ils commettent un abus qui n’a jamais été jugé jusque-là, ils sont quasi certains d’être blanchis. Près de 200 élus du Congrès, majoritairement démocrates, ont annoncé lundi leur intention de légiférer pour mettre un terme à cette « immunité ».
Lire aussi: Améliorer votre Beretta 92FS
Le mouvement Black Lives Matter s'inscrit dans l'histoire du mouvement des luttes afro-américaines. A partir de l’automne 2014, des révoltes ont éclaté à Ferguson et à Baltimore après la mort de personnes tuées par la police. La lutte locale portée par les habitants et habitantes de Ferguson devient un mouvement national contre les violences policières.
Le mouvement Black Lives Matter incarne un renouveau des luttes noires américaines. La révolte devient plus explosive. Elle remet en cause le racisme institutionnel et les inégalités sociales.
Lorsque Mike Brown est tué par la police, le jeune homme noir est jugé responsable. Il est présenté comme un gangster. La démocratie américaine doit trouver des prétextes pour justifier son racisme institutionnel.
Ce nouveau mouvement s’appuie également sur l’auto-organisation et les réseaux sociaux. La jeunesse refuse les vieilles hiérarchies et l’obéissance à des porte-parole. Il devient très facile de lancer une action, mais plus compliqué de construire un mouvement sur la durée.
C’était il y huit ans, l’élection du premier président noir de l’histoire des États-Unis. 50 ans après l’abolition de la ségrégation raciale, Barack Obama, homme jeune et démocrate ambitionnait de changer son pays, de légiférer pour mieux contrôler les ventes d’armes à feu, de redonner de la fierté aux Noirs et aux minorités, de modifier aussi la politique internationale. À l’heure des bilans, la nuance s’impose.
Lire aussi: Espèces de Gibier
Ces phrases ont été prononcées par Barack Obama après les fusillades de Dallas et de Bâton Rouge, qui ont vu, les 7 et 17 juillet 2016, d’anciens soldats Afro-Américains revenus d’Irak et d’Afghanistan tuer des policiers par vengeance raciale après d’énièmes bavures policières contre des Noirs. Elles en disent long sur le numéro d’équilibriste auquel s’est livré le premier président noir des États-Unis durant ses deux mandats.
Obama a toujours pris soin de se positionner au delà des fractures raciales, pour incarner une figure présidentielle fédératrice.
Les violences policières qui ont fait d’Alton Sterling et Philando Castille les 115e et 116e hommes noirs désarmés tués par la police en 2016, sur fond de montée d’un racisme ouvert porté par les discours du candidat républicain Donald Trump, auraient pu passer pour son principal échec.
Ce n’est pas parce que Léon Blum a été chef du gouvernement français que la France n’a jamais connu de problème d’antisémitisme. Ce n’est pas parce que Benazir Bhutto a été Premier ministre qu’il n’y a pas de sexisme au Pakistan. De même, l’élection d’Obama n’a en aucun cas réglé la question du racisme aux États-Unis.
Force est de le constater : à en croire les avocats blancs comme les rappeurs noirs croisés à New York durant ce reportage, Barack Obama a réussi le tour de force d’être respecté chez lui jusqu’à la fin de son mandant début 2017.
Lire aussi: Calibre et Kindle : tutoriel taille du texte
Élu en pleine crise financière internationale, fin 2008, Barack Obama a su sortir le pays de la tourmente, intervenir pour sauver les banques et l’industrie automobile, avant de renouer avec le plein emploi. Avec moins de 5 % de chômage, les États-Unis restent une exception parmi les pays développés.
Les derniers GI’s sont rentrés d’Irak et d’Afghanistan en 2012, comme promis, et les relations ont été rétablies en mars 2016 avec Cuba. Pour la première fois, les États-Unis ont cessé de jouer comme un frein, mais plutôt comme un leader dans la négociation des accords sur le changement climatique.
La légalisation du mariage homosexuel, en juin 2015, est également à inscrire à l’actif d’un président tourné vers l’avenir. Last but not least, il a tout changé au sort des moins nantis avec son fameux Obama Care.
Le Patient Protection and Affordable Care Act, adopté en mars 2010 et entré en vigueur au 1er janvier 2014, vise à couvrir les 50 millions d’Américains qui ne pouvaient pas s’offrir des soins de santé auparavant. Cette loi a rendu obligatoire l’assurance maladie pour les services ambulatoires, d’urgence, d’hospitalisation, de rééducation, de santé mentale, d’accouchement et de pédiatrie, sans oublier les prescriptions, les analyses médicales et la prise en charge des maladies chroniques.
Lors de sa première année de mise en œuvre, elle a permis d’assurer 12 millions de nouvelles personnes, faisant tomber la part des non assurés de 18 % à 12 % des 18-65 ans, selon l’institut de sondage Gallup.
Le simple fait d’avoir vu la famille Obama emménager à la Maison-Blanche a contribué à briser le « plafond de verre » pour les Noirs, sur le plan symbolique. Il a permis à toute une partie de la société de nourrir des ambitions, dans un pays où l’on sait qu’on peut être Noir et devenir le plus grand dirigeant du monde libre.
Manthia Diawara, directeur de l’Institut des affaires afro-américaines de l’Université de New York (NYU), pointe cependant la montée de deux ressentiments à l’encontre du président sortant : « D’un côté, les Blancs se sont réveillés en tant que minorité victimisée et le racisme n’existait pas à cette intensité avant l’élection d’Obama. Il s’agit d’une sorte de réaction, ouvertement portée par Donald Trump et des chaînes comme Fox News. D’un autre côté, les Noirs sont également désenchantés : ils réalisent qu’Obama n’a pas pu faire ce pour quoi ils l’avaient élu ».
Sur la question des discriminations, Barack Obama a également fait preuve de pragmatisme, se montrant prêt à désamorcer les tensions plutôt qu’à prendre parti.
Obama, de son côté, a évité de passer pour le président d’une minorité. Nombreux, ses défenseurs lui trouvent des circonstances atténuantes. Ils rappellent qu’il n’a pas gouverné seul, mais dans un cadre institutionnel contraignant.
Tout au long de ses deux mandats, le Congrès s’est employé à bloquer ses projets. La Chambre des représentants du peuple a agi dans la conviction qu’Obama n’était pas légitime parce qu’il est l’un des rares présidents des États-Unis à ne pas être issu de l’establishment.
Cette atmosphère l’a empêché de réformer l’immigration et le port d’armes, mais aussi de fermer la prison de Guantánamo, comme il l’avait pourtant promis.
Une majorité d'Américains veulent un contrôle sur les armes à feu, une augmentation du salaire minimum, un accès garanti à l'assurance-maladie et une meilleure réglementation des banques qui ont provoqué la crise de 2008. Pourtant, tous ces objectifs semblent hors d'atteinte.
Deux des trois présidents élus durant ce siècle ont assumé leur mandat, même après avoir perdu le vote populaire. Sans le système de collège électoral, inscrit dans la Constitution à la demande instante des Etats esclavagistes moins peuplés, Al Gore serait devenu président en 2000 et Hillary Clinton en 2016.
Les démocraties limitent à juste titre la domination de la majorité. Mais aux Etats-Unis, ce raisonnement est perverti. La minorité domine la majorité, avec peu d'égards pour leurs droits politiques et économiques.
Par différents mécanismes de manipulation électorale (baisse du nombre d'électeurs, redécoupage des circonscriptions…), le Parti républicain a également contribué à s'assurer que la volonté de la majorité soit mise en échec. L'approche de ce parti peut se comprendre : après tout, l'évolution démographique désavantage les républicains - une majorité d'Américains seront bientôt non blancs.
Dans une société démocratique, le seul moyen pour qu'une minorité (qu'il s'agisse de grandes sociétés qui tentent d'exploiter les travailleurs et les consommateurs, ou des banques qui tentent d'exploiter les emprunteurs) puisse conserver sa domination économique et politique consiste à affaiblir la démocratie elle-même.
En plus de soutenir une immigration sélective, les élus républicains cherchent à empêcher les électeurs démocrates potentiels de s'inscrire sur les listes électorales. De nombreux Etats contrôlés par les républicains ont institué des exigences d'identification contraignantes dans les bureaux de vote. Certaines administrations locales ont exclu ces catégories d'électeurs des listes électorales, ont réduit le nombre de bureaux de vote ou leurs heures d'ouverture.
Le système d'incarcération de masse continue de cibler les Afro-Américains.
Il est frappant de voir à quel point l'Amérique complique le fait de voter, d'exercer le droit fondamental de la citoyenneté. Les Etats-Unis sont l'une des rares démocraties à organiser des élections un jour ouvrable plutôt qu'un dimanche, ce qui complique évidemment le fait de voter pour les personnes qui travaillent.
En outre, un système d'incarcération de masse qui continue de cibler les Afro-Américains a toujours eu une triple fonction dans l'histoire. Hormis le fait de fournir une main-d'oeuvre à bas prix et d'entraîner une baisse des salaires (même aujourd'hui, comme le fait remarquer Michael Poyker de l'université Columbia, environ 5 % du rendement industriel de l'Amérique est produit par des détenus), ce système a été conçu pour nier le droit de vote aux individus coupables d'un crime.
tags: #minorité #afro-américaine #et #lutte #contre #les