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Nul doute que notre patrie ne doive beaucoup à l’influence étrangère. Toutes les races du monde ont contribué pour doter cette Pandore.

Le Contexte Musical et Royal

La célèbre et solennelle Theresienmesse, dont nous fêtons aujourd’hui le 222e anniversaire, est attribuée à bien des Thérèse, sainte ou impératrice. La Theresienmesse de Joseph Haydn est la source de plusieurs confusions. D’abord, ce n’est pas une messe pour sainte-Thérèse et ce n’est apparemment pas non plus le résultat d’une commande directe de l’impératrice Marie-Thérèse, qu’il ne faut elle-même pas confondre avec la « grande » Marie-Thérèse, disparue en 1780.

Non, Haydn compose cette partition en 1799 pour la fête du prince Esterhazy, son employeur, à Eisenstadt. Le fait que la messe soit jouée quelques mois plus tard dans la chapelle impériale à Vienne a suffi non seulement à lui donner son nom, mais aussi à laisser penser que la commande était impériale. En tout cas, cette messe est très extravertie, avec de nombreux épisodes qui font davantage penser à un Te Deum, quelque chose de solennel, sans être pompeux. Quelque chose qui fait penser à la majesté, en quelque sorte.

C'est le 9 septembre 1677, en la Chapelle de Fontainebleau, que Lully dirige son Te Deum, composé pour le baptême de son fils aîné, en présence de Louis XIV, parrain de l’enfant. L’œuvre est à la mesure de l’événement : architecture musicale impressionne, l’effectif imposant requiert trompettes et timbales.

Le Te Deum resta l’œuvre religieuse la plus jouée de son temps : mariage princier, victoire militaire, guérison du roi… 1677 est l’année des créations les plus somptueuses de Lully, composées pour un monarque au faîte de sa gloire, dont la tragédie d’Atys qui devient “l’opéra du Roy”.

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De la dizaine de représentations du Te Deum dirigées par Lully, l’histoire n’a retenu que celle de l’église des Feuillants en 1686 ; En battant la mesure, emporté par le zèle, il se perça le pied avec le bout de sa canne et décéda de la gangrène le 22 mars 1687. Le De Profundis créé en 1683 à l’occasion d’une compétition retentit la même année pour les Funérailles Royales de la Reine Marie-Thérèse, à l’Abbaye de Saint-Denis, accompagné du Dies Irae composé pour l’occasion.

Voici réunies trois partitions majeures de Lully, dont Leonardo García Alarcón donne une vision chatoyante et profonde à la fois, avec ce mélange d’emphase et de précision qui le caractérise !« J’aborde avant tout ces œuvres en considérant que Lully est un musicien italien, connaissant l’harmonie créée pour les grands oratorios de Carissimi à Rome qui ont influencé toute la musique sacrée italienne. Il va y associer les couleurs de la musique française et la magnificence avec laquelle la France, depuis toujours, rend hommage à la mémoire de ses rois. La musique que nous allons jouer a été composée pour les funérailles de Marie Thérèse en 1682. » Leonardo García-Alarcón pour le journal La Terrasse

Marie-Thérèse d'Autriche: Vie et Mariage

La reine mère Anne d’Autriche fut parfois impopulaire et l’on voit venir avec crainte la nouvelle Espagnole, l’infante Marie-Thérèse, fille de Philippe IV : mariage négocié, lié au traité des Pyrénées. La France limite ses exigences territoriales (Artois, Roussillon, quelques places fortes en Flandre et Lorraine) pour mieux réussir l’affaire du mariage : l’infante renonce à ses droits sur l’Espagne contre une dot exorbitante (500 000 écus d’or). L’Espagne (ruinée) ne pourra payer.

Marie-Thérèse d’Autriche dit adieu à son père et tous deux savent qu’ils ne se reverront jamais - une scène si déchirante que Louis XIV et son frère Phillipe d’Orléans versèrent quelques larmes. Mais le roi d’Espagne insiste auprès de sa fille sur le fait qu’elle est désormais française.

La reine souffre des adultères du roi - après la mort de sa mère, il ne prend plus la peine de cacher ses aventures. À l’automne 1666, il tombe sous le charme de Mme de Montespan et après quelques éclats de colère, Marie-Thérèse doit s’éclipser face à la nouvelle favorite. Son époux l’oblige à prendre comme dames de compagnie ses deux maîtresses, Louise de La Vallière et Mme de Montespan. Il voyage ouvertement avec elles. Le peuple murmure, goguenard ou affligé : « Le roi promène les trois reines » . Marie-Thérèse d’Autriche use quand même des privilèges dus à son rang pour mener la vie dure à ses rivales !

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Elle souffre aussi des légitimations successives des enfants naturels de son mari qui éclipsent son premier fils Louis de France, dit le Grand Dauphin, l’ainé de ses six enfants. À partir de l’été 1680 et sous l’influence de Mme de Maintenon, Louis XIV se rapproche de son épouse qu’il avait publiquement délaissée. Marie-Thérèse est visiblement émue par les attentions inattendues de son volage époux : « Dieu a suscité Mme de Maintenon pour me rendre le cœur du roi ! Jamais il ne m’a traitée avec autant de tendresse que depuis qu’il l’écoute ! » En signe de reconnaissance, la reine lui manifeste toute sa bienveillance.

Lully fera entendre son Dies irae et son De profundis, Bossuet sera chargé de l’oraison funèbre. « L’Espagne perdit ce que nous gagnions ; maintenant nous perdons tout les uns et les autres, et Marie-Thérèse périt pour toute la terre. L’Espagne pleurait seule ; maintenant que la France et l’Espagne mêlent leurs larmes et en versent des torrents, qui pourrait les arrêter ? Deux mois après ces grandes cérémonies, le roi épousera secrètement sa dernière maîtresse qu’il surnommait dans le privé « sainte Françoise » : Madame de Maintenon.

Décès de la Petite Madame et Répercussions

Le 2 janvier 1667, à Saint-Germain-en-Laye, la reine de France Marie-Thérèse d’Autriche donne naissance à une troisième fille, la « Petite Madame » (pour la distinguer de Madame, la belle-sœur du roi). Contrairement à l’usage, Louis XIV fait célébrer la naissance de sa fille par un Te Deum, d’ordinaire réservé à l’aîné des enfants du couple royal.

Baptisée le 21 janvier 1668 au palais des Tuileries, la princesse reçoit les prénoms de sa mère. Louis XIV lui choisit pour parrain et marraine le duc d’Enghien (fils du Grand Condé) et Marguerite de Lorraine (veuve de Gaston d’Orléans, oncle du monarque). Contrairement à ses deux sœurs aînées, mortes au berceau, Marie-Thérèse ne semble pas être victime de la consanguinité (ses parents sont cousins germains). Très aimée par le roi et la reine, la Petite Madame est déjà pressentie pour épouser le demi-frère de sa mère, Charles II de Habsbourg (1661-1700), et régner un jour sur l’Espagne.

En février 1672, Marie-Thérèse est touchée par une maladie infantile, dont beaucoup d’enfants sont victimes à l’époque. Les médecins de la cour lui trouvent du pus dans une oreille et diagnostiquent « un abcès dans la tête qui pousse en dedans ». La Petite Madame perd l’ouïe, puis la parole, et est prise de convulsions. Durant son agonie, Marie-Thérèse est veillée par la reine et la Grande Mademoiselle - cousine du roi - mais également par les maîtressed du souverain, la duchesse de la Vallière et la marquise de Montespan. Louis XIV est au plus mal devant l’état de sa fille et ne dort plus, n’a plus goût à rien. La Petite Madame expire le 1er mars, à Saint-Germain-en-Laye, à l’âge de cinq ans.

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Le confesseur de la reine rapporte que celle-ci aurait dit, en apprenant le décès de sa fille : « Quoique mon affliction soit aussi grande que le peut être celle d’une mère chrétienne sur la mort de son enfant qui promettait beaucoup, j’aime mieux qu’elle soit morte dans son enfance pour jouir plus tôt du bonheur éternel, que d’avoir vécu plus longtemps dans l’incertitude de son salut pour être reine d’Espagne ».

Malgré son chagrin, la reine Marie-Thérèse accepte la mort de sa fille avec soumission, voyant là un signe de la Providence. Elle confie d’ailleurs à Mme de Brienne : « Dieu sait ce qu’il fait. J’aimerais mieux perdre tous mes enfants que d’en voir un seul en péril de Salut ». La reine se console en pensant que, désormais, sa fille est un ange partie rejoindre ses sœurs au paradis. Marie-Thérèse de Bourbon est inhumée à Saint-Denis.

Au delà de l’affection qu’il portait à sa fille, Louis XIV se retrouve par la suite en difficultés sur le marché matrimonial. En effet, ses trois filles étant décédées en bas âge, le roi n’est pas en mesure de proposer une princesse de son sang (une fille ou une sœur) à une puissance étrangère, pour nouer une alliance. La phrase de son aïeul Henri IV, pour consoler Marie de Médicis d’avoir accouché d’une fille en 1602, prend alors tout son sens : « Il faut des princesses pour en faire des reines »… ce qui avait permis à la France de renforcer ses liens avec l’Espagne, la Savoie et l’Angleterre au début du XVIIe siècle.

Les nièces de Louis XIV, filles de Philippe d’Orléans, vont donc être des atouts précieux pour leur oncle une fois en âge de convoler.

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