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On conduit son taxi comme on peut (cf Drive). La règle est d’être responsable du conducteur devant soi. Alors on regarde toujours devant, bêtement, un peu comme un mouton. Pour mieux faire attention et peut-être aussi accrocher le feu vert.

Éviter de conduire au rétro, regarder vers le passé, s’intéresser à la généalogie… sinon on pourrait vite basculer dans la paranoïa. On essaie d’ignorer le camion qui colle aux fesses (cf Duel).

Aucune envie de voir les cochonneries que font les clients sur le siège arrière.

De retour du Viet-Nam, Travis Bickle (Robert de Niro) souffre de dépression. Il remarque Betsy (Cybill Shepherd) une bénévole dans l’équipe du Sénateur Charles Palantine (Leonard Harris).

Il l’accoste au culot et l’emmène boire un café. Il confie son mal-être à un collègue, Wizard (Peter Boyle) qui le met en relation avec un marchand d’armes. Lors d’un braquage dans une petite épicerie, Travis abat le délinquant (cf Joker).

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Un peu plus tard cette nuit, il retrouvera Iris pour essayer de la dissuader de faire le trottoir. Travis veut vraiment faire le ménage. Il se rend à un meeting de Palantine avec l’intention de le tuer.

Malgré sa coupe à l’iroquoise, il se fait repérer par les services secrets. Obligés de quitter les lieux. Il fait une descente au bordel du mac d’Iris où il tue Sport et deux autres gangsters. Puis il tente de se suicider.

Travis reçoit une lettre de remerciements de la part des parents d’Iris qui a repris l’école à Pittsburgh. De nouveau chauffeur de taxi, Travis a la surprise de conduire Betsy désormais toute mielleuse avec lui.

Suite aux attentats du Bataclan (cf Novembre), un ancien membre de la DGSI parlait d’un phénomène que ses services avaient remarqué dans la foulée des émeutes de 2005 : de nombreux jeunes cherchaient à ventiler leur colère à travers un engagement politique (cf Athena).

Ne trouvant écho dans aucun des mouvements de l’époque, nombre d’entre eux avaient fini par succomber aux sirènes fondamentalistes. Travis est un peu à l’image de ces jeunes à la dérive, bien plus profond qu’il n’en a l’air.

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Certes il n’a pas les diplômes ni surtout l’ambition qu’ont les requins qui sortent des grandes écoles (cf Les Marches du Pouvoir, Limitless, Le Loup de Wall Street), mais Travis se pose des questions sur son existence.

Il est un jeune homme dévoué qui n’a, a priori, rien d’un psychopathe. Comme beaucoup, il a servi son pays. Il tente alors de se réinsérer pour devenir un membre productif de la société (cf The Yards), comme chauffeur de taxi. Prêt à aller partout, à n’importe quelle heure, pour conduire les autres (Drive my car). Son métier va l’exposer à la vacuité du monde - sans ceinture de sécurité.

Sa colère commence à gronder. Les idées tournent en boucle. Aucune réponse. Travis bascule de lui-même dans le chaos. L’échec de sa relation avec Betsy sert de détonateur. Il va se reprendre en main dans un monde qui se laisse doucement mourir, où il n’est ni compris ni entendu.

Fini le porno, la prostitution, l’alcool. Récupéré par personne, Travis n’écoute plus que lui. Parce qu’il n’a plus rien à perdre, il devient dangereux.

Comme un terroriste kamikaze, il se mue en tueur sans scrupule à la recherche du symbole. Empêché dans sa tentative de tuer Pallantine, il se rabat dans un bordel où il trouve certainement la mort.

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Dans ce paradis, on est courtois. On va à l’école. Même dans son paradis, Travis ne sera jamais en paix.

Ce métier, je l’avais choisi à cause de Taxi Driver. C’est dire la puissance de ce film. Oeuvre collective, quasi miraculeuse, le film Taxi Driver est un tout dont chaque morceau est délectable. Les idées de Martin Scorcese, l’image de Michael Chapman, l’interprétation de Robert de Niro, la musique de Bernard Herrmann, l’histoire de Paul Schrader.

Apparemment peu sûr de sa plume, Schrader aurait demandé au poète new-yorkais d’écrire les monologues de Travis. Comprenant qu’on lui servait sur un plateau d’argent une histoire et un personnage exceptionnels, Elman fit du zèle et transforma ces quelques monologues en un roman complet.

Le résultat ressemble à une version mise à jour des Carnets du sous-sol de Dostoïevski, livre qui avait inspiré Schrader dans la conception de son histoire.

Taxi Driver est une histoire hors la loi. Dans sa forme même, elle enfreint l’une des premières règles des ateliers de creative writing, de celle que l’on retrouve dans les conseils psy permettant de survivre à une phase dépressive : « Ne laissez jamais un personnage seul. Un personnage seul geint, pense, mais ne crée pas d’action ».

Travis Binkle est seul. C’est la cinquième phrase du livre « Il n’y avait personne dans ma vie. À peu de chose près. Pas d’amour, personne à aimer. Et très peu de respect pour moi-même ». Du fait de sa solitude, Travis finit par trimballer le monde entier dans sa caboche.

L’humanité se rappelle à son bon souvenir, car il la hait d’une haine nourrie à la frustration et la solitude. Seul contre tous, cette vieille rengaine nous saute à la gorge dès la première page du livre. L’intuition d’une si pauvre condition humaine, Paul Schrader s’y plongea à corps perdu durant les six jours qu’il prit pour coucher cette histoire sur papier.

Déjà engagé dans l’abysse, Paul passe plus bas que terre quand sa petite amie le largue : il vit dans sa voiture, conduit sans fin dans les rues de L.A, ne s’arrêtant que pour s’en balancer un derrière la cravate, le nœud de cette dernière devenant de plus en plus coulant.

Il finit à l’hôpital, le ventre scié d’ulcères. L’infirmière est le premier humain avec qui il parle en trois semaines. Travis partage un grand nombre des maux de son créateur, bien qu’on ne sache pas très bien ce qui le met, lui, dans un tel état.

Le génie de Scorcese justement a été de laisser un maximum d’obscurité sur la source de ses frustrations, permettant à tout un chacun d’y apposer les siennes. En cela, le film reste supérieur au livre de Richard Elman. Par besoin de littérature, Elman donne des pistes supplémentaires, certainement superflues.

Bien que le Vietnam et sa violence soient abordés, c’est surtout des femmes dont on parle ici : la première maitresse de Travis, celles qu’il regarde dans les Diner, la vendeuse de bonbons du cinéma porno, la « dispatcheuse » de la compagnie de taxi, des clientes… Toutes ces femmes, partout, ce New York surpeuplé de femmes que Travis ne demande qu’à aimer.

Malgré sa bonne volonté, ça ne marche pas fort pour lui. Alors il s’obsède, rejette la faute sur ce qu’il est. Son leitmotiv : « on doit devenir quelqu’un comme tout le monde ». Il veut devenir désirable et donc devenir quelqu’un. Alors, plongé dans l’obscurité, la nuit sans fin, Travis déraille, petit à petit.

Il est une chose que de vivre en nightclubber, une autre que de travailler dans le noir. Vivre en chassé-croisé avec le soleil revient à s’offrir un voyage dans l’envers du décor.

Loin des responsabilités, la nature humaine monte à la surface, avec son lot de concupiscence, sa part maudite tenant l’avant de scène, exposée par la poursuite des réverbères. La phrase de Travis à ce sujet est passée à la postérité : « Dieu soit loué, la pluie a lavé les ordures et les détritus des trottoirs ».

Ainsi naît son grand projet : assassiner le candidat démocrate Palatine. Projet pas si absurde que cela quand on sait qu’il a trouvé un écho dans la réalité auprès d’un certain John Wanock Hinkney qui tira sur Reagan, par amour pour Jodie Foster et ce film.

On remarquera au passage, à quelques jours de l’anniversaire de l’assassinat de J. F. Kennedy, que dans l’histoire américaine, les assassins des conservateurs sont moins efficaces que ceux des progressistes.

Puis, il aurait certainement fini par lever Betsy. Coney Island Baby offert à une jeune femme démocrate sur Manhattan, cela fait certainement marquer des points, assurément plus que ce Kris Kristofferson qu’elle connaissait déjà par cœur.

Surtout qu’ils évoluaient dans le décor parfait : ce New York du milieu des seventies, une ville au bord de la banqueroute où la criminalité au top s’accordait avec le punk battant, le hip hop embryonnaire et la dope que les jeunes se contentaient encore de sniffer… soit l’opposé de ce qu’est devenue cette ville pour riche.

Quelqu’un, Scorcese peut-être, avait eu l’idée géniale de déplacer l’action depuis Los Angeles jusqu’à la Big Apple, soi-disant car les taxis y étaient plus reconnaissables. Mon œil. La vérité universelle que l’on peut tirer de cette histoire extraordinaire est la dernière : la nuit est peuplée de personnes qui souffrent.

Que ce soit ceux qui y travaillent ou les « mickeyfiés » de la fête, ces carnavaleux abrutis par leur propre bêtise. Il n’y a jamais assez de vernis pour cacher toute la misère du monde à la lumière de l’obscurité. Imaginez seulement ce qu’aurait été Le Voyage au bout de la journée.

Synopsis Travis Bickle est un chauffeur de taxi de nuit à New-York. Il souffre d’insomnies, et ses rencontres nocturnes commencent à le dégoûter de la décadence du monde. Suite à un échec amoureux avec Betsy, Travis devient paranoïaque et son état mental décline. Il achète des armes à feu, et commence à s’entraîner. Il croise la route d’une très jeune prostituée, Iris, et sa volonté de l’aider va devenir une véritable obsession. Son but est de purger New-York de ses pêchés, afin de sauver la ville. Il tente de tuer un candidat à la présidentielle, Monsieur Palatine, et après avoir échoué, se rend dans la chambre d’Iris, tue tous les hommes présents et manque de peu son suicide. Travis se retrouve alors à la une des journaux et recommence à conduire son taxi.

Scorsese et Taxi Driver

Martin Scorsese, est un réalisateur américain, d’origine italienne. Très tôt, il s’intéresse au cinéma et rêve de fonder sa propre maison de production. Adolescent, il hésite à devenir prêtre. Finalement, il se dirige vers le cinéma et réalise en 1967, son premier court métrage connu : The Big Shave. Scorsese réalise des longs métrages et commence à se faire connaître. Son premier grand succès est Mean Streets (1973), où il fera la connaissance de Robert De Niro, avec qui naîtra une fructueuse collaboration de huit films. Ce réalisateur est très proche de Robert De Niro, qui s’apparente à ses yeux à une muse et suite à leur séparation(date?), Scorsese reproduira ce fonctionnement avec Leonardo DiCaprio.

On retrouve plusieurs thèmes récurrents dans le cinéma de Scorsese : la violence, les femmes (souvent manipulatrices), la religion, New-York, la musique... Il commence à réaliser Taxi Driver en 1975, en lisant le scénario du jeune Paul Schrader. L’histoire est écrite en quelques jours : « Il a jailli de moi comme un animal. » Scorsese pense alors immédiatement à De Niro, pour incarner le personnage principal, Travis.

Travis : un antihéros

Un antihéros, est un personnage de fiction qui ne possède pas les caractéristiques habituelles du héros, comme la bravoure, la gentillesse etc. Dans la littérature, quand on pense antihéros, on pense immédiatement au personnage de Meursault dans L’Étranger d’Albert CAMUS. Il en est de même pour Travis, avec le cinéma. Au premier abord, Travis est un homme simple, extrêmement taciturne. Il est chauffeur de taxi la nuit, car depuis la guerre du Vietnam, il n’arrive plus à trouver le sommeil. Vêtu de sa veste militaire kaki, on le découvre pour la première fois, déambulant dans les rues de New-York sur une musique de jazz. Mais nous comprenons que Travis, est progressivement aspiré par la folie new- yorkaise.

Il ne supporte plus les pêchés. De son taxi, il observe des hommes violents, alcoolisés, des prostitués. Pour lui, tout devient insupportable, il « faudrait nettoyer tout ça ! » Lorsqu’il est rejeté par Betsy, après l’avoir emmené dans un cinéma pornographique, tout s’accélère. Il devient alors obsédé par le fait de répandre le bien par le sang, il est le sauveur. Travis commence à développer des troubles semblables à la schizophrénie, l’homme calme et solitaire du début, devient angoissant. La simplicité et la banalité de ce personnage va éclater, lorsqu’il se rase la tête en ne se laissant qu’une crête. Il devient une bombe à retardement.

Pour lui, tenter de tuer un homme politique, M. Palatine et commettre un massacre pour sauver Iris de la prostitution, est une question de bon sens. De ses actes, il souhaite purifier la ville de New-York, qui est selon lui, totalement souillée. A la fin du film, il obtient la reconnaissance des parents d’Iris et de la presse. Il devient un véritable héros. Pourtant, en tant que spectateur, on ne peut s’empêcher d’avoir un regard critique sur Travis et sur toute la folie et la violence qu’il dégage. C’est en cela qu’il est un véritable antihéros que l’on peut d’autant plus relier à Meursault, car tout comme lui, il est impassible, on ne sait et on ne saura jamais ce qui se passe réellement dans son esprit.

La place de la religion dans Taxi Driver

Martin Scorsese est un homme très influencé par la religion catholique. Il a d’ailleurs réalisé deux films qui lui sont entièrement consacrés : La dernière tentation du Christ (1988) et Silence (2016). Dans tous ses films, les personnages vont à l’église, pratiquent la religion ou même portent simplement des signes religieux, mais pas dans Taxi Driver. A aucun moment, la religion n’est énoncée clairement, elle se fait beaucoup plus discrète. En effet, Travis est un homme obnubilé par les pêchés, on peut donc facilement le relier à un homme d’Église, cherchant à absoudre la population. De plus, Scorsese aime représenter des crucifixions, au propre (La dernière tentation du Christ), comme au figuré (la scène de combat dans Raging Bull). On en retrouve une, lors de la mort du proxénète d’Iris. Travis le tue par balle, surpris, il écarte les bars, reçoit l’impact de la balle, puis tombe au sol.

Travis, le héros scorsesien

Chez Scorsese, les personnages sont complexes. Ils ne sont ni bons ni méchants. Chacun a sa zone d’ombre, ou de bonté. Il n’y a aucun jugement. Ces personnages sont tout ce qu’il y a de plus humains, une sorte d’allégorie du mythe d’Icare, dès qu’ils touchent leur but, ils retombent en mille morceaux. Travis représente le héros scorsesien par excellence. Oui, il devient fou, oui, il massacre, mais est-il vraiment responsable de ses actes ? Certains diront que non, en défendant le fait que le monde qui l’entoure est vil et abject et qu’il n’est en réalité qu’une victime, cherchant à rétablir le bien. Ce qui est en partie vrai. Mais, dès le début, Travis est en totale contradiction avec ses paroles. Il ne supporte plus les tromperies et la prostitution, mais tous les jours il va dans des cinémas pornographiques. Il trouve les personnes mauvaises, leurs comportements déplacés et pourtant, lors de son tout premier rendez-vous avec Betsy, il ne comprend pas sa volonté de partir alors qu’il l’emmène voir un film pornographique.

Nous ne pouvons pas nier le fait que sa réaction face à la violence de New-York est en totale adéquation avec celle-ci, sachant qu’il commet lui même une tuerie. Cependant, contrairement aux autres films de Scorsese, Travis ne meurt pas à la fin et devient un véritable héros aux yeux de tous.

You talking to me ?

Cette scène du miroir est une scène mythique du cinéma. Elle a été parodiée par de nombreux humoristes et beaucoup de cinéastes ont rendu hommage à Taxi Driver. On peut citer La Haine de Mathieu Kassovitz (1995). Cette séquence est improvisée par Robert De Niro. Au départ, la seule indication était : « S’entraîne avec son pistolet face au miroir. ». Mais, Martin Scorsese a demandé à son acteur de parler à son reflet et de jouer avec son arme. Les mots lui sont alors venus naturellement. Dans cette scène, on voit Travis, avec une arme cachée sous son manteau, la dégainer afin de la pointer face à son reflet. Il le refait à plusieurs reprises, en menaçant de tirer sur son double, qu’il provoque, en répétant « You talking to me ? You talking to me, fucking bastard ? » On entend alors sa voix en off, qui continue de dépeindre une ville totalement obscène. A ce moment, il y a comme un tressaut de la caméra, qui se rembobine. Il recommence donc sa phrase et son geste. Cette séquence est primordiale dans le film, c’est elle qui lui donne tout son sens.

Si l’on ne montrait que ce passage à une personne ne connaissant pas le film, elle en aurait au moins compris le but principal. A ce propos, le scénariste a déclaré « C’est de la pure improvisation. Pour moi, c’est le meilleur passage du film. Et ce n’est pas dans mon scénario. » En effet, lors de cette scène Travis perd tout contrôle sur la situation. On sait qu’il a des tendances schizophrènes et le tressaut de la caméra peut nous signifier que Travis devient son double, qu’il passe de l’autre côté du miroir.

L’empreinte du Nouvel Hollywood dans Taxi Driver

Le Nouvel Hollywood, est un mouvement cinématographique américain, qui débute dans les années 60 jusque dans les années 80. Il est très influencé par le néo-réalisme italien et la Nouvelle Vague française. Il se caractérise par une volonté de s’éloigner des grandes maisons de productions, d’abandonner les studios, afin de privilégier les décors naturels, et surtout, de pouvoir traiter des sujets interdits ou censurés par Hollywood et le code Hays : la sexualité, la corruption, la violence. Ce mouvement, révèle de nouveaux réalisateurs, comme Francis Ford Coppola, Brian De Palma, Michael Cimino, Martin Scorsese, et bien d’autres. Pour eux, Hollywood est mort. Ils cultivent alors leurs paradis perdus, non pas avec un œil neuf, mais réaliste. Ils se réfèrent donc à leurs pères fondateurs, tel que Ford, Hitchcock, Welles etc. Le Nouvel Hollywood, fait éclore des films cultes, comme Apocalypse Now, Le parrain, Scarface, mais aussi Star Wars et Les dents de la mer. Lorsqu’on lit cette infime définition du Nouvelle Hollywood, on ne peut qu’assimiler Taxi Driver à ce mouvement. En effet, il est tourné dans les rues de New-York, dans un appartement et dans une voiture, ce qui en tant que cinéphile nous rappelle A Bout de Souffle de Jean Luc Godard (1960).

New-York dans Taxi Driver

On peut penser après avoir vu Taxi Driver, que Scorsese a une haine vis à vis de New-York. La ville n’y est pas présentée sous son meilleur jour, mais pour le réalisateur, c’est un endroit familier. Il grandit dans le quartier de Little Italy . A cause de problèmes de santé, il passe, enfant, beaucoup de temps à sa fenêtre. Il épie tout ce qui se déroule sous ses yeux et prend vite conscience du conflit entre les valeurs morales de l’Église et la loi de la mafia italienne. Toutes ces scènes violentes ou non qu’il observe, l’influenceront tout au cours de sa vie. C’est son professeur de cinéma, M.Manoogian, qui lui conseille vivement de filmer cet univers familier, afin de trouver de l’inspiration et aussi de montrer au cinéma de nouveaux décors. Une grande partie des films de Martin Scorsese se déroule à New-York. Cependant, en raison de problèmes financiers, certaines scènes de Taxi Driver sont réalisées à l’extérieur de la ville. L’équipe de tournage a recréé l’univers de New-York, dans une ville de sa banlieue.

Le tournage

Scorsese opte pour des caméras silencieuses et maniables. Celles-ci servent notamment pour les tournages de nuits, à l’intérieur du taxi de Travis. La caméra suit le personnage dans tous ses déplacements, ce qui implique le taxi. Tourner dans une voiture hors-studio et fond vert, c’est du jamais vu aux Etats-Unis. La grande majorité des films étant tournés en studios, Taxi driver est une véritable révolution. Le budget est très restreint, en effet les maisons de productions voyaient ce film comme de la série B. L’équipe de tournage a donc dû s’adapter. Martin Scorsese, avait prévu tous les plans, tous les mouvements de caméras, grâce à des story-board et un découpage technique extrêmement précis. Certaines scènes sont improvisées, mais pas selon la définition générale. Scorsese était très méticuleux, tout comme Robert De Niro. L’acteur déclare à ce sujet : « Quand je dis improvisé, ça signifie qu’on devait beaucoup répéter avant le tournage pour roder les scènes. Il fallait trouver un format, une allure, une structure. » Cette maîtrise et en même temps cette nouveauté, intriguent très vite lors de la sortie en salle du film. Il devient un succès auprès du public et de la critique. Même si il n’est pas encensé par tout le monde, il est repris, questionné, cité, critiqué et ne cesse d’être commenté.

Robert De Niro

Pour jouer Travis, Robert De Niro, a dû se préparer des mois à l’avance. En tant qu’ancien élève de l’Actors Studio, il est pour lui essentiel de s’imprégner du personnage, afin de pouvoir l’incarner. Six mois avant le début du tournage, il obtient une licence de chauffeur de taxi, est commence à travailler de nuit, en essayant de penser comme Travis. Il perd également du poids et ne sort presque que le soir pour travailler, afin d’avoir un teint pâle et assez maladif. À la fin de ses six mois, il est prêt, il est Travis. En plus d’être d’une extrême rigueur envers lui même, il l’est envers les autres acteurs. Jodie Foster, adolescente au moment du tournage, se souvient que De Niro l’obligeait à jouer et rejouer leurs scènes jusqu’à ce qu’elles soient parfaites. Ce désir de bien faire, fait de lui un acteur incroyable, prêt à tout pour parfaire son personnage. Cela lui vaudra un oscar en 1980, pour son rôle de Jake La Motta dans Raging Bull de Martin Scorsese.

A Tombeau Ouvert, un cousin éloigné

Une vingtaine d’années après Taxi Driver, Martin Scorsese revient sur un terrain familier. A Tombeau Ouvert (1999) avec Nicolas Cage, nous replonge dans un New-York sombre. Frank Pierce, est ambulancier de nuit dans le quartier de Hell’s Kitchen. En quête de sauver des vies, Frank est totalement obsédé, non par la vengeance et le meurtre comme Travis, mais par la recherche de montées d’adrénaline, en réanimant de peu un homme ou en protégeant une femme victime de violences conjugales. Tandis que Travis tue des êtres vivants, Frank lui, sauve des vies. Pourtant, ils ne sont pas si différents. Nous pouvons citer leurs métiers, mais aussi leur obsession malsaine à vouloir sauver le monde. Tous les deux, sorte de « jumeaux contraires », les yeux injectés de sang, font ce qu’ils peuvent pour sauver ce qu’il reste du monde.

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