Dans un pays qui compte plus d’armes à feu que d’habitants, les écoliers apprennent à s’accroupir pour éviter les balles, des héros se jettent sur des assaillants et les élus offrent leurs « pensées et prières ». Le constat chiffré est implacable : aux Etats-Unis, les fusillades de masse sont en augmentation constante depuis plus de 20 ans, dans un contexte plus récent de hausse généralisée des homicides. Les tueries se produisent dans les écoles, les églises, les supermarchés ou au travail. Et rien ne semble pouvoir les endiguer.
Chaque mois, les États-Unis sont endeuillés par de nouvelles fusillades. Ce terme de « fusillades de masse » (mass shootings en anglais) désigne des tueries faisant au moins quatre victimes, mortes ou blessées. D’après un rapport publié en septembre 2022 par Gun Violence Archive, les victimes ont atteint un total de 1 420 depuis le 1er janvier 2022, dont 293 morts et 1 127 blessés.
Mais ces mass shootings ne sont que la partie visible du chaos engendré par les armes à feu. En effet, bien que les fusillades de masse dans les écoles/supermarchés/églises attirent davantage l’attention des médias, les dégâts causés par les armes à feu sont bien plus nombreux au sein des foyers et des maisons. Les armes à feu sont donc un véritable fléau aux États-Unis (qui connaît un taux d’homicide par armes à feu en moyenne 25 fois plus élevé que celui d’un autre pays développé). Il est aujourd’hui nécessaire de faire face à cette violence. Au cours des 145 premiers jours de 2022, les États-Unis ont connu 213 fusillades de masse. Le fait d’avoir accès aux armes à feu aux États-Unis triple le risque de suicide.
Trois fusillades et 21 morts en quatre jours. Les attaques dans un dancing de Los Angeles pour le nouvel an lunaire, dans une exploitation agricole au sud de San Francisco, et dans une station-service dans l’Etat de Washington ont fait les gros titres des journaux. Mais leur fréquence n’a rien d’exceptionnel : cela fait trois années consécutives, depuis 2020, que les Etats-Unis dépassent les 600 fusillades de masse par an, selon les statistiques compilées par le site Gun Violence Archive, qui les définit comme des attaques par arme à feu faisant au moins 4 morts ou blessés, sans compter le tireur.
Le FBI, lui, comptabilise des événements plus rares excluant l’essentiel de la violence des gangs et du trafic de drogue : les incidents avec un tireur « actif », qui nécessitent une réponse en temps réel des forces de l’ordre pour stopper la menace. Un mal américain en progression constante depuis les années 1980, et qui s’accélère. Le nombre d’incidents a été multiplié par cinq depuis le début des années 2000 : d’une douzaine par an en moyenne (2000-2008) à 60 en 2021. Ces tireurs sont presque exclusivement des hommes, le plus souvent jeunes (33 ans en moyenne). Et si près de sept sur dix sont blancs, cela reflète la démographie globale de la population américaine.
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Pendant longtemps, cette poussée de fièvre des fusillades de masse constituait un paradoxe : depuis les plus hauts des années 1990, le taux de meurtres a baissé de manière constante pendant 25 ans. Mais il a augmenté de plus de 50 % depuis 2014, avec un bond en 2020. A 6,9 meurtres pour 100.000 habitants, les Etats-Unis sont revenus aux niveaux de 1997, avec un taux cinq fois plus élevé qu’en France. Au total, il y a eu près de 23.000 meurtres aux Etats-Unis en 2021, à 80 % par arme à feu.
D'après les rapports du FBI, on comptabilise 116 tueries de masse depuis l'an 2000. Dans le détail, il y en a eu :
L'année 2017 a été la plus meurtrière avec 124 morts et 540 blessés lors de 13 attaques. On se souvient notamment de la fusillade survenue lors d'un festival de musique à Las Vegas, coûtant la vie à 58 personnes, ou encore celle dans une église du Texas, fréquentée par la communauté afro-américaine, tuant 26 personnes. En 2018, on compte 10 tueries de masse (73 morts, dont 11 dans une synagogue de Pittsburgh, et 62 blessés) et 7 en 2019.
Prévalence des armes, santé mentale mal prise en charge, inégalités économiques qui se creusent, pandémie du Covid-19… De nombreux facteurs sont listés par les experts pour expliquer une hausse des fusillades encore mal comprise. Mais pour Jillian Peterson et James Densley, chercheurs et cofondateurs du Violence Project, « ces tueries ne sont pas des actes aléatoires de violence mais plutôt les symptômes d’un problème sociétal plus profond : la hausse continue des ''morts du désespoir'' ». Un terme qui inclut notamment les suicides et les overdoses de la crise des opiacés, qui touche particulièrement les hommes blancs. Et a contribué, avec les morts du Covid-19, à faire baisser l’espérance de vie des Américains de 2,7 ans entre 2019 et 2021.
Jillian Peterson, psychologue et professeure de criminologie, et James Densley, qui enseigne le droit pénal, ont examiné 50 ans de données sur les fusillades, et livrent leurs résultats dans le New York Times :« Presque tous les tueurs sont des hommes, souvent isolés socialement de leurs familles ou de leurs communautés, qui se sentent marginalisés. Une fusillade de masse est un moyen de forcer les autres à être témoin de leur douleur en essayant de mettre fin à leurs jours d’une façon qu’ils contrôlent ».
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Que les assaillants soient abattus par la police, retournent leur arme contre eux ou passent la fin de leurs jours en prison, il s’agit, selon eux, « d’une forme de suicide ».S’ils militent en faveur d’une réforme globale de l’accès aux armes à feu, ces experts estiment que les élus « doivent trouver des moyens de réduire l’isolation sociale et d’améliorer la prise en charge de la santé mentale ».
Les États-Unis assistent tout de même à une vague de criminalité particulièrement importante depuis plusieurs années. Plusieurs facteurs sont identifiés :
La première est d’appliquer des « buyback programs ». C’est-à-dire des programmes destinés à racheter les armes qui sont actuellement en circulation aux États-Unis. Cela permettrait de diminuer le nombre d’armes à feu disponibles et ainsi de faciliter leur contrôle. La seconde est de vérifier plus efficacement les antécédents (Effective background checks) pour résoudre l’une des grandes failles du système américain, souvent appelée « three-day loophole ».
Le gouvernement américain a donc décidé de sévir contre les fusils artisanaux achetés et vendus sans registre. On estime que le nombre de ce que l’on appelle les « ghost guns » a été multiplié par dix en cinq ans (entre 2016 et 2021). L'Amérique, traumatisée par les tueries en masse dans ses établissements scolaires, est toujours aussi divisée sur les moyens d'éviter ces drames. Cette semaine, la Chambre des représentants a voté une hausse des dépenses allouées la sécurité des écoles du pays, mais aucune des mesures renforçant le contrôle des armes réclamées par des milliers d'élèves à travers le pays.
La National Rifle Association, (NRA) est une ONG considérée comme étant l’un des plus puissants lobbies politiques des USA en raison de sa capacité à apporter régulièrement un grand nombre de votes et à peser lors des élections.
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La NRA s’oppose à la création de nouvelles lois limitant le port d’arme et se prononce en faveur du renforcement des lois qui existent déjà et qui interdisent aux personnes ayant déjà fait l’objet d’une condamnation pour violence de posséder une arme à feu, ou qui renforcent les peines pour les crimes commis avec arme à feu. Elle milite ardemment pour faciliter l’obtention du « permis de port d’arme cachée » dans de nombreux États. Rappelons que le « port d’arme cachée » se définit comme : « la faculté reconnue légalement à un citoyen de se munir d’une arme et de la porter sur soi ou à proximité de soi de manière discrète ».
Le 26 juin 2008, la Cour suprême des États-Unis a confirmé le droit individuel de chaque citoyen américain à posséder une arme et à s’en servir, notamment dans les situations d’autodéfense. Cette interprétation du deuxième amendement de la Constitution des USA, est défendue par la NRA.
La NRA dispose d’une très grande base de militants et de membres, selon eux environ 5 millions, cependant ce chiffre est à relativiser car pour certains (le magazine indépendant Mother Jones, par exemple), ce chiffre serait à revoir drastiquement à la baisse. Cependant, la force de la NRA est sa capacité à convaincre qu’elle peut mobiliser cette base potentielle de 5 millions de personnes. Si un démocrate ou un républicain, dont le but reste de se faire réélire pense qu’une majorité de ses électeurs est en faveur des droits des armes, alors il s’alignera sur les positions de la NRA et s’affichera avec son fusil dans son spot de campagne par exemple. L’association affirme avoir 5 millions de membres, mais aucun document ne le prouve …
Au-delà de l’aspect social de la chose, les armes à feu sont aussi un sujet hautement économique, dans un pays où l’histoire s’est toujours confondue avec celle du secteur. Une récente étude réalisée par la plate-forme de services financiers « WalletHub », montre à quel point les intérêts économiques des fabricants et marchands d’armes ainsi que des collectivités locales sont liés. Selon cette étude, l’économie de certains États dépend énormément du secteur des armes à feu. la législation locale
Les résultats font apparaître une grande diversité. Les États de la côte Nord-Est, comme New York, le Delaware, Rhode Island, le New Jersey ou le Maryland, sont les moins dépendants et possèdent des législations plus strictes. A l’inverse, l’Idaho, le Montana ou l’Alaska se montrent particulièrement dépendants.
Par exemple, dans l’Idaho, près d’un actif sur cent est employé, directement ou indirectement par l’industrie des armes. C’est quatre fois plus qu’au niveau national. Et le Wyoming, où le nombre de morts par arme à feu par habitant est le plus élevé des USA, est l’État qui reçoit le plus d’impôts de la part des fabricants et marchands d’armes, (9,34 dollars par an et par habitant), c’est presque 15 fois plus qu’à New York… Certains États se font d’ailleurs concurrence pour attirer les industriels… Et l’étude ne parle pas des sommes versées par la NRA pour les campagnes de candidats aux élections locales… En 2016, année électorale à tous les niveaux, ce type de dépense aurait atteint 419 millions de dollars, dont 30 millions pour la campagne de Donald TRUMP et 20 millions pour les candidats républicains au Sénat : sa puissante machine financière irrigue tout le pays.
L’industrie des armes à feu peut se le permettre : elle pèse son poids, 51,3 milliards de dollars aux USA, selon un rapport de la Fédération nationale des sports de tir, qui rassemble tous les industriels du secteur. En l’espace d’une décennie, ce chiffre a progressé de 168 %. Près d’un tiers des Américains posséderaient une arme. Et le nombre d’armes en circulation serait de 310 millions, dont 8,2 millions d’armes d’assaut. Pour ses détracteurs néanmoins, les gains ne sont rien comparés à ce que le phénomène coûte au pays : près de 230 milliards de dollars par an, en comptant le coût des prisons, des blessures, des décès par balles…
Nous pouvons voir que le taux de mortalité par arme à feu est tout de même très corrélé avec le taux de détention d’arme par les adultes. En effet, sur ce graphique nous voyons que plus il y a d’armes en circulation dans un état et plus le taux de mortalité s’envole. Cependant, ces chiffres sont à relativiser car nous voyons également que si les Etats font des efforts en termes de régulation autour des armes à feu, (obligation du cran de sureté, restrictions plus importantes pour l’acquisition, interdiction des armes automatiques…) et bien cela implique de facto une diminution du nombre de morts par arme à feu même si beaucoup d’adultes possèdent des armes dans l’Etat en question.
Nous pouvons voir que le fait qu’un état soit républicain ou démocrate a du sens également si l’on compare ces données aux morts par balles et aux détenteurs d’armes à feu. Nous pouvons voir que le taux de mortalité par arme à feu en 2008 était relativement plus faible dans les Etats à dominante démocrate que dans les Etats à dominante républicaine. Les démocrates sont connus pour avoir une vision plus négative sur le port d’arme que les républicains, cependant, le gouvernement d’Obama n’avait pas fait voter de loi sur le contrôle des armes non plus…
| Année | Nombre de tueries | Nombre de morts | Nombre de blessés |
|---|---|---|---|
| 2000 | 3 | 15 | 4 |
| 2002 | 2 | 7 | 8 |
| 2003 | 5 | 22 | 14 |
| 2004 | 2 | 12 | 4 |
| 2005 | 3 | 19 | 13 |
| 2006 | 3 | 17 | 7 |
| 2007 | 7 | 61 | 35 |
| 2008 | 4 | 22 | 21 |
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