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La Nouvelle-Zélande compte entre 1,2 et 1,5 million d’armes pour moins de 5 millions d’habitants, soit l’un des taux les plus élevés au monde. Paradoxalement, le nombre de meurtres par armes à feu est l’un des plus bas.

Mais la tuerie de Christchurch a poussé le gouvernement à durcir les règles. Le 15 mars, un suprémaciste blanc avait ouvert le feu dans deux mosquées pendant la prière du vendredi, tuant 51 personnes.

Durcissement de la Législation sur les Armes

Six mois après le carnage qui avait fait 51 morts dans deux mosquées de Christchurch, la Nouvelle-Zélande a dévoilé une nouvelle législation visant à assurer que seules les personnes jugées « aptes » puissent posséder une arme à feu.

Le massacre du 15 mars avait déjà été suivi d’un net durcissement des lois sur les armes : le gouvernement avait interdit les armes semi-automatiques de type militaire (MSSA) comme celles utilisées par l’auteur du massacre. Un programme de rachat de ces armes, désormais illégales, a été lancé en juin. Mais le gouvernement avait estimé que cela n’était pas assez.

« Posséder une arme à feu est un privilège et non pas un droit », a déclaré la première ministre, Jacinda Ardern : « Cela signifie que nous devons faire tout ce que nous pouvons pour nous assurer que seuls les honnêtes citoyens qui respectent la loi peuvent obtenir des permis de port d’armes et utiliser des armes à feu. »

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Nouvelle Loi et Critères d'Aptitude

La nouvelle loi prévoit la création d’un registre permettant de recenser les propriétaires de chaque arme qui circule légalement dans le pays. Le texte aggrave les peines de prison pour ceux qui fournissent des armes à des personnes n’ayant pas de permis, et encadre plus étroitement l’importation et la vente.

Le ministre de la police, Stuart Nash, a précisé que l’actuelle législation sur les armes datait de 1983 et nécessitait une révision. La police aura à déterminer si les personnes demandant un permis de port d’armes ont « l’honorabilité et les aptitudes requises » pour en avoir un et pourra le refuser à quiconque fait l’apologie de l’extrémisme, a été condamné pour un crime violent ou a des antécédents de problèmes psychiatriques. Avoir fait une tentative de suicide pourra être un motif de refus.

Le registre national, qui sera mis en place sur cinq ans, comportera des informations sur les 1,2 million d’armes qui se trouvent dans le pays, qui compte cinq millions d’habitants.

Contexte et Réactions

Entre 1,2 et 1,5 million d’armes, pour la plupart non enregistrées, sont en circulation dans le pays. Pour la première ministre, il est « temps de procéder à un changement » après cet attentat. En achetant deux fusils semi-automatiques, deux fusils de chasse et un fusil à pompe, Brenton Tarrant n’a enfreint aucune loi néo-zélandaise.

La législation actuelle, intitulée Arms Act et adoptée en 1983, dispose qu’il faut un permis pour acheter une arme. Il en existe de différents types. Le permis standard, dit de « catégorie A », s’applique à la plupart des armes en vente - soit plus de 2000 -, dont certains fusils semi-automatiques. Il est délivré à l’issue d’un processus s’étalant sur plusieurs mois et au cours duquel les autorités passent au crible le profil du demandeur, qui doit suivre des séances d’instruction : casier judiciaire, consommation de drogue et fréquentations. Elles interrogent également l’individu concerné ainsi que deux de ses proches. Une fois délivré, le permis est valable pendant dix ans.

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Cette loi a été durcie en 1992 après une tuerie de masse qui avait coûté la vie à 13 personnes à Aramoana, sur l’île du sud. Les fusils semi-automatiques militaires dotés notamment de chargeurs à grande capacité ont été placés sous « catégorie E ». Ce permis de port d’armes est plus difficile à acquérir.

« Il s’agit de lois restrictives qui se concentrent surtout sur le contrôle et l’éducation du demandeur, explique l’avocat néo-zélandais Nicholas Taylor, spécialiste de la question. Depuis 1990, il n’y avait plus eu de tuerie de masse dans le pays. »

Malgré le nombre élevé d’armes en circulation, la Nouvelle-Zélande est considérée comme l’un des pays les plus sûrs au monde avec 35 homicides en 2017, selon la police.

Lacunes de la Législation Antérieure

Cette législation comporte néanmoins de graves lacunes que le carnage de Christchurch a dramatiquement mises en lumière. Tout d’abord, la dangerosité de Brenton Tarrant, jusqu’alors inconnu des services de renseignements, n’a pas été détectée. Les experts estiment que les autorités devraient étudier avec davantage de minutie le profil de la personne demandant une autorisation de port d’armes.

Ensuite, si l’Australien a pu obtenir son permis de « catégorie A » en novembre 2017 et s’entraînait régulièrement dans un club de tir au maniement du fusil d’assaut AR-15, il a transformé illégalement cette arme en un fusil semi-automatique militaire de « catégorie E » sans aucune difficulté. Pour cela, il lui a suffi d’acheter dans une armurerie des chargeurs de grande capacité - en vente libre.

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Enfin, plus de 90 % des armes dans le pays ne sont pas enregistrées. Ce n’est pas obligatoire pour celles qui appartiennent à la « catégorie A ». Dès lors, tout détenteur d’un port d’armes peut se constituer un véritable arsenal sans attirer l’attention des autorités. Brenton Tarrant n’a même pas eu besoin de se déplacer pour se procurer ses fusils. Il les a tout simplement achetés en ligne sur le site Internet de la chaîne Gun City.

Réactions et Opposition

« Ce n’est pas en adoptant une nouvelle loi stupide que l’on va régler les problèmes, s’insurge d’ores et déjà Mike Loder, qui tient le blog Internet pro-armes néo-zélandais Gun Blog. Les terroristes peuvent utiliser d’autres moyens comme des voitures-béliers, des camions. Et si ces armes sont interdites, elles vont circuler sur le marché noir. »

Depuis vingt-sept ans, le lobby de la chasse est parvenu à empêcher toute tentative significative de réforme. Cette activité est non seulement un passe-temps très populaire en Nouvelle-Zélande, mais elle permet aussi depuis des siècles de protéger la biodiversité en empêchant la prolifération d’espèces invasives.

« Il n'y a aucune place dans le débat à venir pour le lobby radical pro-armes qui a déjà manifesté sa présence lors des précédentes tentatives visant à rendre le pays plus sûr », a déclaré le président de l'Association de la police néo-zélandaise Chris Cahill. « Nous avons vu ce qui se passe aux Etats-Unis quand les extrémistes pro-armes sont impliqués: Rien. Ce n'est pas suffisant pour la Nouvelle-Zélande », a-t-il ajouté.

Adoption de la Réforme

Le Parlement néo-zélandais a très largement approuvé mardi en première lecture un durcissement de la loi sur les armes, une réforme décidée dans la foulée du carnage commis le mois dernier dans deux mosquées de Christchurch. Au total, 119 parlementaires ont donné leur feu vert au projet de loi, qui sera encore l'objet de deux votes et prévoit notamment l'interdiction des armes semi-automatiques de type militaire (MSSA). Un seul élu a voté contre.

Le ministre néo-zélandais de la Police Stuart Nash a déclaré que le massacre commis par l'extrémiste australien Brenton Tarrant montrait que la législation actuelle sur les armes n'était pas adéquate. « Beaucoup trop de personnes dans ce pays ont accès à ces dangereuses armes à feu sans aucune raison légitime, ce qui représente un risque important pour la population », a déclaré M. Nash.

Moins d'une semaine après le carnage, la Première ministre Jacinda Ardern avait annoncé l'interdiction des MSSA. Il faut généralement des mois pour que ce genre de loi passe, mais Mme Ardern a jugé le sujet d'une urgence telle qu'elle devait être votée d'ici le 11 avril. « Nous ne voulons plus voir d'attaque de ce type dans le pays », a déclaré M. Nash.

Comme elle l'avait laissé entendre en début de semaine, la Première ministre, Jacinda Ardern, a annoncé que la vente de fusils d'assaut et d'armes semi-automatiques de style militaire allait être interdite à compter du 11 avril prochain.

« J'ai la ferme conviction que la grande majorité des propriétaires légitimes d'armes à feu en Nouvelle-Zélande vont comprendre que ces mesures sont dans l'intérêt national », a poursuivi la Première ministre. Jacinda Ardern a précisé qu'un système de rachat des armes concernées par l'interdiction va être mis en place.

Statistiques sur les Armes à Feu en Nouvelle-Zélande
Donnée Valeur
Nombre d'armes en circulation 1.2 à 1.5 million
Population de la Nouvelle-Zélande Moins de 5 millions
Nombre d'homicides en 2017 35

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