Superphénix est le nom du réacteur nucléaire de l'ex-centrale nucléaire de Creys-Malville sur la commune de Creys-Mépieu, dans l'Isère. L’énergie nucléaire est une source inépuisable de débats, controverses et polémiques. Mais, en la matière, Superphénix fait figure de symbole, tant le réacteur a cristallisé la lutte entre pro et anti-nucléaires.
Tout y est : promesses d’un avenir à l’énergie illimitée, déboires techniques, manifestations massives, tractations politiques, peur du plutonium, et même… un tir de roquette !
Deux postulats ont mené à la construction de Superphénix : l'anticipation d'une croissance soutenue des besoins énergétiques et l'existence d'un stock très limité d'uranium, d'où une forte croissante des prix à partir des années 1975 (dans un tel scénario, seuls les réacteurs rapides sont rentables). En avril 1976, le premier ministre français Jacques Chirac autorise la société NERSA à passer commande de Superphénix. Le projet de la centrale de Superphénix est le fruit d'une collaboration internationale entre EDF (51%), la société italienne Enel (33%) et la société allemande SBK (16%).
Le 31 juillet 1977, une manifestation contre le projet s'est déroulée à Creys-Malville, ce fut l'une des plus importantes de l'histoire du mouvement antinucléaire français. Lors de cette manifestation, plusieurs manifestants ont tenté de forcer les barrières destinées à protéger le chantier. Les CRS ont utilisé des grenades offensives pour repousser les manifestants, faisant un mort, Vital Michalon et une centaine de blessés, dont deux (Michel Grandjean et Manfred Schultz) ont dû être amputés d'une main ou d'un pied.
Dans la nuit du 18 janvier 1982, Chaïm Nissim, raconte le journal suisse Le Temps, utilise un lance-roquettes russe fourni par les « Cellules Communistes Combattantes » et tire cinq projectiles contre le complexe nucléaire. Le militant écologiste, né en 1949 à Jérusalem, avait démissionné de son poste d’ingénieur en Israël quand il avait appris que son travail participerait à la « guerre des étoiles » selon l’association Noé21 dont il était le fondateur. Il était connu pour avoir tiré au lance-roquettes sur la centrale de Creys-Malville en Isère. C’était en 1982, la centrale était alors en construction. Les enquêteurs travailleront pendant 20 ans pour tenter d’identifier le coupable sans jamais y parvenir.
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La centrale nucléaire de Creys-Malville est mise en service en 1985. La centrale démarre en septembre 1985, et injecte de l’électricité pour la première fois sur le réseau le 15 janvier 1986. Une première fuite se produit l’année suivante, le 8 mars 1987. Et ce n’est pas une petite fuite : ce sont vingt tonnes de sodium liquide qui s’échappent du barillet. Le barillet est une cuve annexe, construite non loin de la cuve principale, destinée à entreposer temporairement le combustible usé, encore chaud du fait de sa radioactivité. L’acier de la cuve, après un contact prolongé avec le sodium liquide, se fissure. Il serait trop cher de changer intégralement le barillet.
Le 8 décembre 1990, une partie du toit de la salle des turbines s'est écroulée à cause de la neige, nécessitant de reconstruire la superstructure de la moitié du bâtiment. Le 29 avril 1990, nouvelle fuite de 400 tonnes de sodium sur un circuit secondaire ; il en résulte huit mois de travaux. Nouvelle fuite, cette fois d’argon, fin 1994. L’argon est utilisé dans un échangeur placé dans la cuve du cœur, qui permet de transférer la chaleur entre le circuit primaire, constitué par la cuve sous sodium, et le circuit secondaire, lui aussi empli de sodium. Superphénix redémarre en septembre 1995.
À l'arrivée de la gauche plurielle, les Verts ont réclamé l'arrêt et le démantèlement de Superphénix. Fin 1996. Superphénix est arrêté définitivement. Le réacteur à neutrons rapides fait les frais de l’alliance de la Gauche plurielle autour de Lionel Jospin, alors que les Verts réclament l’arrêt et le démantèlement du réacteur comme condition parmi d’autres à leur ralliement. Lionel Jospin acte par décret le 30 décembre 1998 l’arrêt définitif du réacteur.
En dépit de propositions, faites depuis 1992 (rapport Curien) visant à le transformer en laboratoire de l’incinération de déchets nucléaires (transmutation), Superphénix est arrêté. Sa fin sera une conséquence collatérale de tractions politiques visant à assurer une majorité à la Gauche plurielle, mais aussi la fin d’une filière basée sur la surgénération.
Le coût de l'opération Superphénix a été très élevé sur le plan financier. Selon la Cour des Comptes, l’ensemble du programme aura coûté 12 milliards d’euros de 2010, hors coûts de démantèlement estimés à l’époque à 2,5 milliards d’euros. Le réacteur est depuis le 20 mars 2006 en démantèlement - en déconstruction selon le terme utilisé par EDF, plus général dans sa portée. Retrait des gros composants, vidange et neutralisation du sodium, mise en eau puis découpage de la cuve… depuis bientôt vingt ans, les opérations se succèdent.
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En arpentant le site, le regard se porte au-delà des barbelés qui délimitent la frontière. Qui se souvient de ce qui s’est passé ici, il y a une trentaine d’années ? En 1997, la gauche plurielle, une coalition socialiste, communiste et écologiste, « met à mort » Superphénix. Le nuage de Tchernobyl avait fini par survoler la France. Loin d’être en bout de course, pourtant, se désolent les ingénieurs, la centrale avait encore un « cœur de jeune homme ».
Le réacteur à neutrons rapides Superphénix était un réacteur qui développait une puissance comparable à celle d'une tranche d'une centrale nucléaire classique ou de deux centrales thermiques de forte puissance : 3000 MWth et 1240 MWe, soit un rendement brut de 41,3%. Le combustible préférentiel du réacteur est le plutonium 239 mais pouvait également utiliser du MOX (plutonium sur support uranium appauvri) issu du retraitement. Le principe de fonctionnement de Superphénix est celui d'un réacteur à fission nucléaire utilisant des neutrons rapides (sans modérateur) et utilisant du sodium liquide comme caloporteur dans son circuit de refroidissement primaire.
| Date | Incident |
|---|---|
| 8 mars 1987 | Fuite de 20 tonnes de sodium liquide du barillet |
| 29 avril 1990 | Fuite de 400 tonnes de sodium sur un circuit secondaire |
| Fin 1994 | Fuite d'argon dans un échangeur |
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