La chasse est une activité qui suscite des opinions divergentes. Son acceptation dépend souvent de la manière dont elle est pratiquée et gérée. Ludovic Lanzillo, expert national chasse, pêche et équilibre forêt-ongulés à l’Office national des forêts (ONF), souligne que "la situation varie selon les territoires".
L’article L.121-1 du Code forestier stipule que "l’Etat veille (…) à la régénération des peuplements forestiers dans des conditions satisfaisantes d’équilibre sylvo-cynégétique". Ce dernier terme, défini à l’article L.425-4 du Code de l’environnement, vise à concilier la présence durable d’une faune sauvage riche et la pérennité des activités sylvicoles, notamment en permettant la régénération des forêts.
Les forêts du Grand Est accueillent chevreuil, sanglier, cerf élaphe, daim et chamois. Les dégâts comportementaux sont liés aux frottis : les brocards et cerfs mâles frottent leurs bois sur les arbres, pour les débarrasser du velours, pour marquer leur territoire ou en période de rut. Essences les plus sensibles : chênes, feuillus précieux (érables, frêne, merisier), sapin, épicéa, douglas, peuplier et châtaignier.
Face aux défis posés par le déséquilibre forêt-ongulés, les forestiers mènent plusieurs actions pour garantir une gestion durable des forêts :
À l’heure où le changement climatique affecte les forêts et compromet leur renouvellement, l’équilibre sylvocynégétique est plus que jamais une priorité et repose sur un partenariat solide entre les forestiers et les chasseurs.
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En février 2024, la Fédération nationale des chasseurs (FNC) et l’ONF ont conclu un accord global national relatif à la gestion des grands ongulés dans les forêts domaniales afin de favoriser l’équilibre forêt-ongulés. Cet accord se décline autour de plusieurs thématiques : fourniture d’indicateurs en vue d’un diagnostic partagé, mise en œuvre de dispositifs incitatifs à l’augmentation des plans de chasse et des prélèvements, utilisation de l’agrainage (pratique consistant à nourrir des animaux sauvages dans leur habitat naturel) en conformité avec les schémas départementaux de gestion cynégétique, développement de mesures visant à favoriser le prélèvement des chevreuils de manière adaptée.
Il existe différents outils pour suivre l’évolution des populations d’ongulés sur le terrain. Les indicateurs de changement écologique (ICE) fournissent des informations sur l’évolution du système « forêt cervidés » au cours du temps. L’indice de consommation (IC) et l’indice d’abroutissement (IA) permettent d’observer les variations de la pression de consommation des ongulés sur la flore lignifiée d’un massif forestier.
Le CNPF Grand Est est impliqué depuis de nombreuses années dans la mise en œuvre sur plusieurs massifs en région Grand Est de 2 400 placettes, en collaboration avec différents partenaires (Office National des Forêts, Office Français de la Biodiversité, Fédérations des Chasseurs).
En cas de déséquilibre faune-flore, il faut d’abord mettre en place des mesures de réduction de la population de gibier avant d’améliorer la capacité nourricière des peuplements.
Le dialogue entre forestiers et chasseurs sont à encourager, notamment pour établir un diagnostic partagé des causes du déséquilibre. La méthode « Brossier-Pallu » mise en place par le CNPF et l’ANCGG (Association Nationale des Chasseurs de Grands Gibiers) permet de s’interroger sur l’ensemble des composantes du déséquilibre sylvo-cynégétique et d’identifier les mesures correctives les mieux adaptées à chaque situation.
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Dans certaines situations, le recours aux protections contre les dégâts de gibier est la seule solution pour permettre le renouvellement des peuplements. Le recours à ces dispositifs représente un surcoût important, il peut multiplier par 2 à 4 l’investissement pour mener à bien une plantation ou régénération naturelle.
En Alsace Moselle, la chasse est régie par des lois héritées de l’annexion allemande. Les baux de chasse sont renouvelés tous les 9 ans. Les propriétaires du foncier non bâti peuvent se réserver le droit de chasse à partir d’une surface de 25 ha d’un seul tenant.
Pour les départements de la Meuse et de la Meurthe-et-Moselle le régime de chasse en vigueur est l’Association Communale de Chasse Agréé sur l’ensemble du département. Les propriétaires fonciers non bâti peuvent toutefois retirer leur terrain de l’ACCA s’ils possèdent 60 ha d’un seul tenant en Meuse et 40 ha d’un seul tenant en Meurthe-et-Moselle. Ils sont régis par la loi Verdeille de 1964 (art. L. 422-2 à L. 422-26 du Code de l’Environnement).
Les départements de l’Aube, des Vosges et pour les secteurs sans ACCA des départements des Ardennes, de la Marne et de la Haute-Marne utilisent le régime de la loi générale régi par l’art. L.422-1 Code de l’Environnement : « Nul n’a la faculté de chasser sur le territoire d’autrui sans son consentement ».
Le président de la FDC fixe ensuite les plans de chasse individuels. La Loi chasse du 29 juillet 2018 attribue aux fédérations la gestion des territoires de chasse et/ou soumis à plan de chasse. La chasse en battue au grand gibier est autorisée 2 jours par semaine, par défaut samedi et dimanche, ainsi que les jours fériés.
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Depuis la campagne 2020-2021, le calcul de la facturation des plans de chasse a évolué. Désormais, la nouvelle méthode de calcul permet d’attribuer à chaque territoire soumis à plan de chasse un prix de bracelet et une contribution ha personnalisés.
Dans le département de la Côte d’Or, les populations de petit gibier sont faibles. Depuis plus de 10 ans, la Fédération incite les détenteurs de droit de chasse à développer les populations de petit gibier.
Ces différents modes de chasse, dont certains sont séculaires, constituent un patrimoine riche de traditions culturelles commun à l’ensemble des acteurs cynégétiques. Ils doivent pouvoir s’exercer et s’exprimer durablement dans le département, dans le strict respect de la réglementation générale de la chasse et des règles propres à chacun d’eux, mais sans entrave particulière, et avec la reconnaissance et le soutien de tous les chasseurs.
La chasse doit faire face à plusieurs défis : maîtrise des populations de grand gibier, lutte contre l’érosion de la biodiversité et la dégradation des habitats, partage de la nature et maintien du rôle de sentinelle sanitaire sur la faune sauvage.
Au plan international, elle participe aux « Réunions des Parties » de l’AEWA, ce qui lui permet de défendre les espèces de migrateurs et leurs dates de chasse lors de l’élaboration de plans de gestion internationaux. Elle est également membre de l’OMPO (Oiseaux Migrateurs du Palé-arctique Occidental).
Au plan national, elle est un interlocuteur de référence pour le ministre en charge de la chasse et ses directions : mise en valeur du patrimoine cynégétique, protection de la faune sauvage et de ses habitats, conditions de l’exercice de la chasse, etc.
Les 13 Fédérations Régionales des Chasseurs assurent la coordination des activités des fédérations départementales et interdépartementales des chasseurs. Elles participent à l’élaboration des politiques publiques en matière de biodiversité qui peuvent avoir un impact sur la faune sauvage et ses biotopes à l’échelon régional, en livrant leur expertise en matière d’ingénierie des territoires & de la faune sauvage.
Toutes les FDC rédigent tous les 6 ans - en concertation notamment avec la chambre d’agriculture, les représentants de la propriété privée rurale et les représentants des intérêts forestiers - un document de cadrage et de concertation : le Schéma Départemental de Gestion Cynégétique (SDGC) validé par le Préfet.
Les ACCA, associations Loi 1901, ont pour but d’assurer une bonne organisation technique de la chasse en mettant en place une politique cynégétique. Elles mettent en œuvre les plans de chasse.
Régi par l’article L.425-6 du code de l’environnement, le Plan de chasse est la première mesure de gestion durable établie pour une ressource naturelle. En France, le Plan de chasse est devenu obligatoire pour le grand-gibier (Cerf, Chevreuil et Mouflon) en 1978, excepté pour le Chamois.
Dans ce contexte, les chasseurs ont obligation de recueillir des données sur l’état des populations classées gibier et de suivre leur tendance d’évolution : observations de terrain et résultats de comptages.
La loi impose aux chasseurs un minima Plan de chasse à réaliser de l’ordre de 50% afin de participer à une gestion équilibrée des animaux et des cultures agricoles ou forestières.
Pour le Chevreuil, des séances de contrôle des mâchoires sont organisées en fin de saison afin de dénombrer le nombre total de jeunes prélevés. Pour les chamois et mouflons, les animaux tirés sont obligatoirement présentés à des commissions de contrôle, connues des agents verbalisateurs.
Le petit-gibier de montagne est concerné lui aussi par des plans de chasse en Isère. Il est apparu à la fin des années 80 pour la Perdrix bartavelle et en 2010, pour le Tétras-lyre avec carnet de prélèvement et système de pré marquage obligatoire.
Le mode de chasse qui connaît en France, depuis la dernière guerre, un succès tout particulier, la chasse collective au sanglier, paraît comme tout "naturellement" prédisposé, par ses propriétés formelles, à alimenter la question du rituel. On peut y observer, en effet, des caractéristiques constituant les définitions habituelles du rituel : délimitation d'un temps et d'un espace hors du quotidien, formalisme de l'action et référence à la coutume, définition de rôles, répétition.
Contrairement à la chasse individuelle au petit gibier, la chasse au sanglier a lieu au bois qui, dans les Ardennes, correspond à l'espace non cultivé du terroir villageois. C'est un espace précisément délimité, géographiquement et juridiquement.
D'autre part, suivant un rythme saisonnier, le temps de la chasse en général est un temps périodique et répétitif, qui situe l'action de la chasse en continuité avec le temps cyclique naturel. D'autre part, de même que le bois est un lieu à part de l'espace villageois, la chasse délimite, pour ceux qui chassent en société, un temps clos et continu.
Dans les Ardennes, lorsque les chasseurs partent à la chasse, c'est pour toute sa durée ; une fois dans les bois, ils ne retournent pas au village pour déjeuner et repartir ensuite ; ils ne font pas de coupure et prennent leur repas "à la cabane".
La cabane de chasse est l'anti-maison des chasseurs, qu'ils se construisent en plein bois. Le temps passé à la cabane est un moment de détente, une pause dans l'action de la chasse : les comportements y sont dénués de tout formalisme.
Enfin, l'action de chasse déroule de façon ordonnée un enchaînement de séquences comparables à celles qu'à définies A. Ce sont, en premier lieu, les préparatifs du départ, une étape dans laquelle les femmes interviennent encore plus ou moins, selon l'attitude qu'elles ont choisi d'adopter vis-à-vis de la chasse, et qui consiste à réaliser de façon très nette une rupture avec l'univers domestique, en particulier par le troc du vêtement de travailleur contre la tenue du chasseur.
Après un dernier café, c'est le départ de la maison ; puis, le trajet vers le bois constitue une sorte d'étape intermédiaire qui est déjà du temps de chasse sans être encore de l'action.
Alors que les chasseurs se sont mis en route individuellement, c'est tous ensemble qu'ils entrent dans le bois. Au lieu de rendez-vous, généralement situé à la lisière du bois, le corps des chasseurs se forme, les stratégies sont mises au point et les rôles sont répartis : les tireurs vont se poster autour de la coupe choisie, le long des layons, et les traqueurs partent de leur côté avec les chiens et se disposent en ligne à l'entrée de la coupe qu'ils vont ratisser.
Mais le temps de la chasse collective n'est pas seulement celui d'un déroulement séquentiel, linéaire. C'est aussi celui d'une progression dramatique jusqu'au moment de la mise à mort du sanglier. Au début de la chasse et après chaque battue, les chasseurs se réunissent pour définir et réajuster leur stratégie ; l'ordre de parcours des différentes coupes de bois est choisi de façon à aménager la mise en scène d'une progression de l'échauffement physique (on commence par les coupes les plus faciles), et de l'intensité de l'action (les lieux les plus susceptibles de cacher le gibier sont réservés pour la fin de la journée).
Enfin, au nombre des codes de la chasse collective, il faut ajouter les gestes effectués machinalement sur le corps du gibier mort et qui mettent fin à l'acte de mise à mort proprement dit, la saignée, le châtrage et le vidage du sanglier.
Il faut distinguer, en effet, des normes anticonformistes suivant lesquelles les chasseurs s'attribuent une identité brute, l'expérience proprement dite consistant pour eux à participer de l'univers naturel et de la nature animale.
Ce sont parfois des conditions météorologiques excessives, comme une chute de neige importante, qui conditionnent la mise en route des chasseurs, conduite inverse du quotidien où les impératifs de la culture et de l'élevage nécessitent au contraire de lutter contre ces excès qualifiés alors de "mauvais temps". C'est le cas de la chasse "au pas", particulièrement appréciée et valorisée dans les Ardennes, pratiquée en plein hiver, lorsqu'il a neigé abondamment.
La chasse au pas déclenche la passion des chasseurs ardennais pour plusieurs raisons. D'abord pour le plaisir de se laisser aller à l'invitation de la neige, des aléas du temps météorologique et d'échapper ainsi au temps social du travail. Ensuite, parce qu'il s'agit d'un mode de chasse tout à fait spécifique au sanglier et qui définit aussi, au sein des chasseurs de la Société, un petit groupe de "vrais chasseurs".
Enfin, les chasseurs expriment eux-mêmes cette expérience d'animalisation que leur fait vivre la chasse au sanglier lorsqu'ils évoquent l'échauffement corporel qu'ils ressentent, un échauffement ponctuel durant le temps de la chasse, accompagnant les processus de progression et d'intensification de l'action et semblable à celui du sanglier lui-même en deux occasions, le temps du rut qui le rapproche des femelles et celui de la chasse qui le confronte aux chasseurs.
Cette coexistence au sein de la chasse collective elle-même d'éléments codifiés, d'ordre rituel, et d'éléments non rituels rend donc difficile la définition d'un statut pour cette activité qui semble admettre des formes et des gestes ritualisés sans présenter, dans son ensemble, "l'état d'esprit" d'un rite.
Des normes définissant le cadre formel de la chasse : espace et temps cynégétiques. Elles ont pour caractéristique de ne se référer à aucune coutume préexistant à la chasse elle-même. Des normes qui réglementent l'action de la chasse et en définissent les règles du jeu (formation du groupe des chasseurs, répartition des rôles, affirmation d'une identité brute, non civilisée, affirmation d'un égalitarisme par les règles de conduite et celles du partage de l'animal, etc.).
Mais surtout, cette normalisation a pour effet d'isoler l'acte de la chasse au sanglier d'un contexte quotidien de la mise à mort animale ; que ce soit en lui délimitant et définissant un cadre particulier ou en mettant en scène, autour de cette mise à mort, hors du contexte qui leur est propre, des valeurs (guerrières et sociales) non caractéristiques de la chasse elle-même.
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