La Bretagne est la région où il y a le plus grand nombre de suicides par habitant et tout le quart nord-ouest de la France est particulièrement touché, selon des chiffres dévoilés lors de la journée nationale de la prévention du suicide. La France présente un des taux de suicide les plus élevés d'Europe, malgré une baisse ces dernières années, souligne Santé publique France.
Selon les chiffres de l’Union nationale de prévention suicide (UNPS), le taux de mortalité par suicide est de 11,3 % en Europe et de 14,1 % en France. Toujours selon les mêmes sources, 9 000 personnes se suicident chaque année en France ce qui représente 25 personnes par jour, en plus de 685 tentatives de suicide par jour. Pour rappel, environ 9000 personnes se suicident par an en France.
En 2023, 8 848 personnes se sont donné la mort en France, ce qui correspond "à un taux standardisé de 13 décès pour 100 000 habitants", indique Santé Publique France dans son dernier "Bulletin de surveillance des conduites suicidaires".
Globalement, le taux de décès par suicide a tendance à diminuer : -33,5 % entre 2000 et 2016. Cette baisse est plus importante au cours de la période 2008-2016 (-23,5 %) qu’entre 2000 et 2008 (-13,0 %).
En France métropolitaine, les dernières données disponibles du Centre d’épidémiologie sur les causes médicales de décès (CépiDc- Inserm) font état de 8 948 décès par suicide en 2015. Sur la période d’étude, 156 910 décès par suicide chez les individus âgés d’au moins 10 ans ont été enregistrés en France, dont 74% d’hommes.
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En 2016, comme les années précédentes, le mode de suicide le plus fréquent est la pendaison (58 % des suicides), loin devant les armes à feu (13 %), les prises de médicaments et autres substances (10 %) et les sauts d’un lieu élevé (8 %).
Le plus grand nombre de suicides se situe dans la tranche d’âge des 45 à 54 ans et les taux sont doublés chez les plus de 75 ans. Les suicides des personnes âgées de moins de 25 ans représentaient une part modérée du total des suicides (5,5%), mais étaient à l’origine d’un nombre élevé d’années de vie perdues.
Globalement, il y a proportionnellement plus de tentatives de suicide chez les femmes (9,9 % d'entre elles disent être passées à l'acte) que chez les hommes (4,4 %). Pourtant, il y a plus d'hommes que de femmes qui meurent après un suicide. « L'un des facteurs explicatifs serait l'utilisation de moyens plus létaux chez les hommes (armes à feu, pendaison) entraînant, malgré un plus faible nombre de tentatives, davantage de décès que chez les femmes », relèvent les auteurs du BEH au sujet de ce « paradoxe apparent ».
En 2023, trois décès sur 4 ont concerné des hommes, avec un taux le plus élevé (37%) chez les plus de 65 ans. Chez les femmes, les plus touchées sont les 45/64 ans, devant les + de 65 ans.
Au niveau national, la plus grande partie des adultes qui ont déjà tenté de se suicider l'a fait entre 15 et 19 ans. Parmi les tentatives de suicide chez les femmes, 30 % ont eu lieu à cet âge (19,5 % chez les hommes).
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Les raisons les plus couramment associées aux comportements suicidaires sont « les situations financières difficiles, le fait d'être célibataire, divorcé ou veuf, l'inactivité professionnelle ainsi que les événements traumatisants » (décès ou maladie d'un proche, notamment pendant l'enfance ou l'adolescence, climat de violence familiale et, surtout, « le fait d'avoir subi des violences sexuelles »). « Le facteur le plus associé aux pensées suicidaires est d'avoir vécu un épisode dépressif caractérisé au cours de l'année », selon le BEH.
La Bretagne, les Pays de la Loire, les Hauts-de-France et la Normandie sont largement au-dessus de la moyenne nationale des morts par suicide. Avec la Normandie et les Pays-de-Loire, la Bretagne fait partie des régions les plus touchées, 35% de plus que la moyenne nationale.
En 2023, 731 suicides ont été recensés en Bretagne, c'est deux par jour. La région reste parmi les plus touchées en France. Plus de 3 décès sur 4 concernent des hommes, souvent âgés de plus de 45 ans. Si les chiffres sont en légère baisse à l’échelle nationale ( -4%), ils sont en revanche en légère hausse en Bretagne, +2 %.
Si on rapporte les morts par suicide au nombre d'habitants, la région la plus touchée est la Bretagne (24,7 morts par suicide pour 100 000 habitants) suivie ensuite par les Pays de la Loire (21,3), les Hauts-de-France (20,7) et la Normandie (19,5).
Concernant la Bretagne, il apparaît qu'en 2012, 822 personnes sont décédées par suicide, soit un taux brut de mortalité par suicide de 25,3 pour 100 000 habitants. La mortalité par suicide y est de 65% supérieure au taux national. Ces décès concernent 623 hommes et 199 femmes. Comparée à la mortalité par suicide sur l'ensemble de la France, la Bretagne présente une surmortalité de 65% (+63% chez les hommes et +61% chez les femmes).
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En Bretagne, la mortalité par suicide est de 65% supérieure au taux national. Cette surmortalité est surtout criante chez les hommes et dans les Côtes-d'Armor.
Avec une moyenne de 690 habitants se suicidant chaque année, entre 2018 et 2020, la Bretagne est connue, selon l’Observatoire régional de la santé (ORS), comme la région de France la plus touchée par ce type de décès. Et au sein de la région, c’est dans le département des Côtes-d’Armor que l’on trouve les chiffres les plus préoccupants. Selon les données de l’Inserm exploitées par l’ORS Bretagne, le taux de mortalité par suicide des hommes était de 39,4 pour 100 000 habitants en 2021 dans les Côtes-d’Armor et de 12,9 pour les femmes. Plus élevé que dans chaque autre département de Bretagne administrative.
Une tendance que l’on retrouve chaque année, selon l’ORS : depuis 2010, les Côtes-d’Armor sont systématiquement le département avec le taux le plus élevé de la région. Pour les hommes tout du moins, mais ils représentent la grande majorité des décès par suicide.
C’est une caractéristique que l’on retrouve aussi bien en Bretagne qu’au niveau national : les hommes meurent beaucoup plus par suicide que les femmes. En 2022, en Bretagne, 542 hommes étaient comptabilisés comme « décédés par suicide » (sur les 6 811 au niveau national). Le nombre de décès de femmes pour cette même cause s’élevait à 164 (2 226 au niveau national).
Pourtant, cette tendance s’inverse, au niveau régional comme au niveau national, quand on regarde les chiffes d’hospitalisations en court séjour suite à une tentative de suicide. En 2023, en Bretagne, ce type d’hospitalisation a concerné 3 476 femmes (64 %) et 1 957 hommes (36 %), selon l’ORS Bretagne. Un écart qui a tendance à se creuser depuis 2014, où les femmes représentaient 60,5 % de ce type d’hospitalisation et les hommes 39,5 %.
La surreprésentation des hommes dans les décès consécutifs à une tentative de suicide s’explique traditionnellement par un recours plus fréquent à des moyens violents (pendaison, arme à feu…), laissant moins de chance à la survie, et donc à une hospitalisation.
En 2013, 5 644 Bretons ont eu recours à 6 590 séjours hospitaliers pour tentative de suicide. Le taux d'hospitalisation pour TS des Bretons est de 50% supérieur au taux national. Cette fois, les femmes sont les plus concernées. Chez elles, l'étude met en évidence deux périodes particulièrement à risque: d'abord chez les jeunes-filles de 15 à 19 ans (ce qui se retrouve partout en France) et, plus rarement observé dans les autres régions, un deuxième pic chez les femmes de 45-49 ans.
Dans son "Bulletin de surveillance des conduites suicidaires", Santé Publique France évoque aussi les Hospitalisations pour Geste Auto Infligé (HGAI), qui comprennent les tentatives de suicide et les automutilations. Elles ont poursuivi leur augmentation l'an passé en France, +7%. On en a recensé plus de 97 000 Sur la Bretagne, les chiffres sont restés stables avec 6 528 hospitalisations. Mais comme au niveau national, les deux tiers de ces "HGAI" concernaient des femmes, et notamment les plus jeunes, les adolescentes de 11 à 17 ans, avec un taux de 740 hospitalisations pour 100 000 habitants.
Chez les hommes comme les femmes, la pendaison est le mode de suicide le plus souvent utilisé (presque deux tiers des hommes décédés et presque la moitié des femmes). Chez les femmes, les deuxièmes et troisièmes moyens sont l'auto-intoxication médicamenteuse puis la noyade. Chez l'homme, le deuxième mode de suicide est l'utilisation d'armes à feu.
La Mutualité sociale agricole prépare actuellement un plan de prévention du suicide sur la période 2016-2020. Selon le document, des personnels et des élus de la MSA sont formés par des partenaires spécialisés dans la prévention. "Les MSA mobilisent également des personnes non spécialisées (les sentinelles) dans la gestion de la crise suicidaire.
En cas de détresse, de pensées suicidaires, ou si vous voulez aider une personne en souffrance, il existe un Numéro national de prévention du suicide, le 31 14. L’un des centres répondant est basé en Bretagne, à Brest.
Éléonore Moulet organise une marche de prévention contre le suicide à Argentré-du-Plessis, près de Vitré (Ille-et-Vilaine). Elle est soutenue par une jeune association nationale basée au Mans (Sarthe) pour l’organisation. « Dites je suis là », c’est son nom. Dire je suis là peut aider, explique Éléonore Moulet.
« Le suicide, c’est un drame de santé publique. (...) Ce sont des vies brisées, des familles endeuillées, des professionnels de santé souvent désemparés. C’est une société qui s’interroge, aussi, sur sa part de responsabilité. Le suicide est peut-être l’acte individuel le plus absolu, mais il est aussi révélateur d’un échec collectif. Charge à nous de le comprendre, de « s’élever au-dessus des suicides particuliers et apercevoir ce qui fait leur unité » comme le disait Emile Durkheim.
| Région/Département | Taux de Suicide |
|---|---|
| Bretagne (Moyenne) | Supérieur de 65% au taux national (en 2012) |
| Côtes-d'Armor (Hommes, 2021) | 39,4 |
| Côtes-d'Armor (Femmes, 2021) | 12,9 |
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