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La Schlucht, longtemps considérée comme inaccessible, a vu sa première voie carrossable aménagée en 1842-1869 par la famille Hartmann, reliant Colmar à Gérardmer.

C'est encore la famille Hartmann qui fait ériger à l’Altenberg, près du col, un relais de chasse, transformé bientôt en un chalet luxueux inauguré par Napoléon III et sa cour en 1860.

En 1864, le chalet Hartmann est converti en hôtel à destination de notables, ministres, ecclésiastiques et célébrités. Napoléon III et sa cour y séjournent encore en 1865 et 1867.

Après l’annexion de l’Alsace en 1871, la Schlucht devient un poste-frontière stratégique, mais malgré sa militarisation elle demeure une destination privilégiée.

En 1908, Guillaume II la choisit pour sa villégiature estivale, ce qui contribue à sa renommée en tant qu’endroit de tourisme de luxe de la Belle Epoque allemande.

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Avant la Grande Guerre, le col est fréquenté surtout en été, constituant le point de départ de nombreuses randonnées panoramiques dans le parc du Ballon des Vosges.

Ainsi, le Sentier des Roches (Strohmeyerpfad) est aménagé entre juillet 1910 et août 1912 à l’initiative d’Heinrich Strohmeyer, garde général des Eaux et Forêts et président du Club Vosgien de Munster de 1908 à 1914. Reliant la Schlucht au Frankenthal, il demeure toutefois inaccessible en hiver.

Deux lignes de tramway électrique sont inaugurées au début du XXe siècle essentiellement pour favoriser l’essor du tourisme local.

En 1904, du côté français est lancée la ligne Gérardmer-Retournemer-Schlucht-Hohneck, à adhérence simple et à voie unique : elle est gérée par une succession de compagnies de transports privées et reste active jusqu’en 1940.

Le tracé entier des deux lignes n’est garanti que pendant l’été, tandis qu’en hiver le col de la Schlucht n’est quasiment jamais desservi. Néanmoins, les skieurs gagnent un temps considérable pour rejoindre le col.

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La Schlucht devient l’un des passages clé de la Route des Crêtes (que nous voyons, enneigée, aux minutes 00:09 - 00:12), mise en place dès juin 1915 par le général Augustin Dubail (1851-1934) pour relier le col des Bagenelles au Markstein afin d’assurer le soutien logistique du front avancé en Alsace et la défense française des Vosges.

Démilitarisée et rendue accessible au public et au transit dès 1920, la Schlucht demeure une destination touristique privilégiée lorsque l’Alsace redevient française.

La Route des Crêtes est convertie en sentier de la Schlucht au Hohneck : elle attire les randonneurs et commence à être pratiqué également en hiver en ski de fond et en raquettes.

En 1931, le Tour de France passe pour la première fois par le col au cours de la 20e étape (passage groupé).

La fréquentation reste stable mais majoritairement huppée tout au long des années 1930, et ce malgré l’état d’abandon du chalet-hôtel Hartmann depuis 1930 (il sera finalement détruit en 1946).

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C’est encore le prestige du site du col qui pousse Hitler à y séjourner quelques jours en 1940.

Si au XIXe siècle la pratique du ski était surtout utilitaire, servant aux bûcherons pour monter en forêt ainsi qu’aux armées pour se déplacer en montagne, vers la fin du XIXe et au début du XXe siècle la conception du ski évolue rapidement vers celle d’une pratique sportive, tant de compétition que de loisir, connectée également à la recherche de bien-être, d’air pur et de retour à la nature telle que prêchée par le mouvement hygiéniste allemand.

Les Vosges sont considérées comme un massif pionnier et influent de l’histoire du ski français et allemand : c’est ici, avant même que dans les Alpes, qu’apparaissent les premiers skieurs sportifs, et le col de la Schlucht y occupe une place centrale tant du côté allemand que français.

Ce col connaît en effet un développement précoce des sports d’hiver empruntés de la tradition scandinave.

Dès 1905 s’y tiennent des compétitions de ski sous la houlette de l’Elsass-Lothringischer Ski-Verband, fédérant la plupart des Ski Clubs, alors qu’en 1910 s’y tient un championnat militaire allemand de sports d’hiver (ski, luge, bobsleigh, ski-jöring).

Le col bénéficie des tendances positives qui se manifestent dans les régions limitrophes, dont notamment les fondations d’associations d’amateurs se multipliant dans les années 1890-1910.

Du côté allemand, les clubs vosgiens sont initiés et composés principalement par des citadins alsaciens : le Ski-Club Vogesen à Strasbourg en 1896, le Schneeschuhverein Hochvogesen Colmar en 1905, le Ski-Club Vogesen Mühlhausen en 1910.

Du côté français, les Ski Clubs de Bruyères en 1895, de la Haute-Meurthe (SHM) en 1908, de Remiremont en 1909 et de Bussang en 1911 sont les premiers clubs vosgiens et figurent parmi les premiers français.

Sous l’impulsion de la Société des sports d’hiver constituée à Gérardmer en 1908-1909, la station de ski de la ville devient un centre névralgique d’organisation de compétitions sportives : elle organise annuellement sa « Grande Semaine d’Hiver » dès 1910, et en 1913 elle héberge la « Semaine internationale de ski » chapeautée par le Club Alpin Français.

Gérardmer dépose sa candidature pour héberger les premiers Jeux Olympiques d’Hiver de 1924, mais le choix du comité national olympique tombe finalement sur la ville de Chamonix.

Dans les années 1920, les Ski Clubs sont à l’initiative de nombreux travaux d’aménagement des sites touristiques hivernaux : les communes, désireuses d’exploiter le potentiel touristique, donnent volontiers leur accord pour l’inauguration des pistes, l’électrification des sites, mais surtout l’établissement de chalets, refuges et sites de restauration.

Cependant, les clubs demeurent composés d’un nombre restreint de membres, majoritairement des notables issus de l’armée et d’une élite bourgeoise urbaine et industrielle.

Les Ski Clubs vosgiens ne connaissent d’essor véritable ni de prémisses de démocratisation que dans les années 1930, souvent sous l’égide du Club Vosgien et en conséquence de l’engouement populaire autour des compétitions internationales qui se tiennent au site du Markstein au fil des années 1920.

En parallèle, des communes alsaciennes et lorraines commencent à investir davantage dans le développement de stations de ski dotées d’infrastructures modernes afin d’en exploiter le potentiel économique d’attrait d’un tourisme de masse.

Paradoxalement, probablement du fait du caractère élitiste des clubs vosgiens, les premières infrastructures de remonte-pente sont installées plus tardivement dans les Vosges que dans les autres régions françaises du Massif Central, des Alpes, des Préalpes et des Pyrénées.

Toutefois, au niveau alsacien-lorrain, c’est précisément la Schlucht qui devient un terrain d’expérimentation et une cible prioritaire du développement des infrastructures du tourisme hivernal régional.

Une première remontée mécanique rudimentaire actionnée par un moteur thermique à essence est installée en 1922 et hisse les skieurs au haut des chaumes du Montabey, desquels ils redescendent vers le col.

Cette première structure est remplacée en 1937 par un véritable téléski TKE1 à enrouleurs : il s’agit du premier téléski alsacien-lorrain et du seul fonctionnant avant-guerre dans le massif vosgien.

Opérationnel déjà pour la saison d’hiver 1937-1938, il semble avoir été installé par les ingénieurs de l’Ecole des Ponts et Chaussées.

Toutefois, le TKE1 fonctionne avec un système d’ancre particulièrement inconfortable pour les skieurs, les accrochant par derrière et leur faisant mordre la neige le long du trajet. Ainsi, déjà en 1950 cet appareil est remplacé à son tour par un premier remonte-pente à enrouleurs TKE2/TSF1 réversible (téléski à deux places d’hiver, télésiège monoplace d’été, un modèle plutôt courant à l’époque).

C’est ce téléski qui est actif en 1952 et qui est donc filmé par Lehmann (minutes 00:01 - 00:23).

La licence pour la construction est probablement délivrée à l’entreprise de l’ingénieur mécanique suisse Ernst Constam (1888-1965), pionnier de l'aide à l'escalade mécanique moderne pour les sports d’hiver ainsi qu’inventeur du téléski à arbalètes et du télésiège (pour lesquels il détient le brevet et dont en réalisera une bonne centaine au cours de sa vie tant en Europe qu’aux Etats-Unis).

Le téléski s’étend sur une partie de l’ancienne plate-forme des trams Gérardmer-Retournemer-Schlucht-Hohneck et peut en effet profiter de ces infrastructures préexistantes après leur abandon : le service de tramways ayant été suspendu dès août 1940 du fait de l’occupation allemande, le tracé est dégagé dans l’après-guerre puis déclassé par décret le 19 décembre 1950.

Le point de départ du remonte-pente correspond à l’ancien point d’arrivée des trams au col (dont la cabane est visible aux minutes 00:04 - 00:05 et 00:14 - 00:18).

Le TKE2/TSF1 permet une amélioration du confort pour les sportifs, grâce au départ directement du col et à un système de sellette double (dite à archet ou de pioche, visible tout au long des premières séquences du film), ce qui est bénéfique également pour les exploitants du site puisque la montée par deux permet d’augmenter le débit de près de 50 %.

Le film nous montre également qu’un employé de la station de ski aide les usagers à monter correctement et rapidement sur la sellette (minutes 00:04 et 00:16), signe qu'une bonne partie des usagers n'est toujours pas habituée à l'utilisation de ce genre d'infrastructures de ski au début des années 1950.

Ayant été un facteur déterminant en termes de hausse de la fréquentation et ayant contribué à la renommée des sports d’hiver au col, le TKE2/TSF1 est doublé dans les années 1950 d’un second appareil du même type, installé à l’est du premier.

Si les deux guerres mondiales endommagent durablement de nombreuses infrastructures de ski de l’Est de la France (gîtes, transports, électrification, remonte-pentes), la Schlucht en est relativement préservée : dans l’immédiat après-guerre, elle peut reprendre ses activités régulières, réactiver le téléski de 1937 puis procéder rapidement à son remplacement, tandis que d’autres sites commencent à peine la reconstruction.

Le Ski Club de Stosswihr, constitué le 11 octobre 1945, prend également une part importante dans la relance des activités du secteur et dans la diffusion d’une conception de l’amour pour la montagne comme facteur de propagation de valeurs humanistes en opposition aux drames de la guerre, mettant au cœur les sentiments d’entraide, partage, convivialité et solidarité sans distinction quelconque.

Les pistes de ski de la Schlucht sont en pente douce (nous l'apercevons aux minutes 00:26 - 00:28) et sont classées dans leur intégralité comme des « pistes bleues », ce qui permet après la guerre la reprise d’un tourisme de tout type d’amateurs, des débutants aux experts, mais surtout des familles.

Dans le film, nous pouvons noter la présence de beaucoup d'enfants parmi les usagers du téléski et des pistes (minutes 00:01 - 00:06). De par cette dimension familiale, les hôteliers des régions avoisinantes, notamment de la Bresse, orientent leur clientèle sportive prioritairement vers la Schlucht.

Ses pistes se prêtent à l’apprentissage des premiers gestes de ski (dont nous assistons à une démonstration aux minutes 00:29 - 01:24), ce qui explique que déjà en 1949 y soit inaugurée la première école du ski français dans les Vosges, à l’initiative de Jean-Marie Leduc (1920-2012), ancien résistant du maquis Saint-Jacques à Gérardmer et déporté au Struthof.

En complément, hôtels, refuges, restaurants et parkings se multiplient dans l’immédiat après-guerre et jettent les fondements d’un véritable réseau de services, là où avant 1945 il n’existait que quelques structures disparates.

Dans le film, nous apercevons de loin la rénovation de l’aile gauche du Grand Hôtel, l’une parmi les structures hôtelières les plus anciennes et les plus proches du point de départ du téléski (minute 00:01 - 00:06 et minute 00:13 - 00:18). Des chalets privés sont également construits ou aménagés à partir de structures préexistantes aux alentours du col, permettant d’héberger des familles pour des durées plus longues.

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