Un cœur simple est une nouvelle rédigée par Gustave Flaubert, un auteur français, et qui s’inscrit dans un triptyque intitulé « Trois contes ». Ce recueil du 19ème siècle réunit l’œuvre étudiée, Hérodias et La Légende de Saint Julien L’Hospitalier. Pour Flaubert, en proie à une panne d’inspiration dans l’écriture de Bouvard et Pécuchet ainsi qu’à des difficultés financières, ce recueil représente une véritable respiration. Le récit de Félicité lui a été profusément inspiré par la région et les souvenirs de son enfance, surtout la gouvernante qui passa plus d’un demi-siècle au service de sa famille.
Pendant cinquante ans, Félicité est restée une servante digne et honnête. Elle est au service de Madame Aubain, une bourgeoise acariâtre de Pont-l’Évêque et dont la fortune n’est plus ce qu’elle était. Son travail exemplaire était même très envié de toutes les bourgeoises de la région. Félicité ne prend jamais son rôle à la légère, gardant impeccable cette maisonnée qui a perdu son luxe d’antan, mais dans laquelle on peut encore sentir la présence du défunt époux de Mme Aubain.
L’enfance de Félicité ne fut pas des plus heureuses. À la mort de ses parents, « Son père, un maçon, s’était tué en tombant d’un échafaudage. Puis sa mère mourut (…) », elle a été recueillie par un fermier qui la maltraitait. Elle grandit et fait la connaissance de Théodore, un jeune homme qui veut obtenir d’elle des faveurs qu’elle ne peut se résoudre à lui donner. Elle finit quand même par accepter de l’épouser, mais découvre que Théodore en a épousé une autre le jour du mariage, vieille certes, mais riche. Après avoir pleuré toute la nuit, elle décide donc de partir et se retrouve employée au domaine de Pont-l’Évêque. Elle fait la rencontre de Mme Aubain, qui avait perdu son époux à l’aube de l’année 1809.
Sans aucune fortune et fortement endettée, Mme Aubain n’avait préservé de ses propriétés que les fermes de Geffosses et de Toucques, ainsi qu’une demeure peu dispendieuse à Pont-l’Évêque où elle vivait avec ses deux enfants, Paul (sept ans) et Virginie (quatre ans), avec qui cette dernière est fort distante. Félicité était embauchée comme cuisinière et emménagea dans une pièce de la maison. Élevée parmi les animaux de ferme, elle fait preuve d’un incroyable sang-froid quand un taureau les charge. La petite Virginie fut très impressionnée par l’incident et tomba malade. Ils font escale chez les Liébard, à Toucques, un couple de fermiers au service des Aubain depuis des années. Mais la familiarité qui s’installe entre les domestiques et les enfants déplaît énormément à Mme Aubain. Cette dernière décide de retourner à Pont-l’Évêque lorsqu’elle remarque que Victor, neveu de Félicité, tutoie Paul.
Félicité reçoit son éducation religieuse à travers Virginie, qu’elle emmène fréquemment au catéchisme. Ensemble, elles écoutent les musiques de messe, se confessent et jeûnent. La servante n’entendait rien aux dogmes, mais elle fut entièrement subjuguée par l’Histoire Sainte narrée par le curé. Elle l’écoute avec ravissement lire les épisodes bibliques comme s’il s’agissait d’un magnifique roman d’aventures. Les enfants commencent à manquer à Félicité qui demande la permission de recevoir son neveu. Sa maîtresse accepte et Victor vint déjeuner avec sa tante tous les dimanches après la messe. Les enfants grandissent et Félicité s’éloigne d’eux, la différence de classe sociale devenant un obstacle à leur amitié. Elle parcourt quatre lieues à pied pour pouvoir lui faire signe au départ du bateau. À partir de ce moment, et chaque jour, Félicité s’inquiète pour lui, sans jamais le préciser. L’affliction qui toucha Félicité était d’autant plus profonde que l’état de santé de Virginie était aussi préoccupant. Un jour, Mme Aubain quitta précipitamment la maisonnée, en compagnie du docteur Poupart, pour rejoindre le pensionnant et ne rentra pas la nuit. Très inquiète, Félicité prend la diligence de Lisieux et se rend immédiatement au couvent où la soeur portière l’informe de la mort de Virginie à la suite d’une fluxion de poitrine. Elle s’occupe alors de la jeune défunte avant son inhumation au cimetière de Pont-l’Évêque.
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« Pendant deux nuits, Félicité ne quitta pas la morte. Pendant des années, Virginie demeura le sujet de conversation de sa mère et de sa servante, qui évoquaient son souvenir à plusieurs occasions. Le désespoir de Mme Aubain ne connaît aucune limite. Malgré tout, la vie reprend son cours, rythmée par les faits-divers, les fêtes religieuses, les choses de la vie ainsi que la Révolution de Juillet. Félicité se met à protéger les soldats polonais et recueille aussi le père Colmiche. Un nouveau sous-préfet fut nommé, il s’agit du baron de Larsonnière. Il s’installa à proximité de Mme Aubain avec sa femme, ses trois filles, sa belle-soeur et Loulou, un perroquet. « Son corps était vert, le bout de ses ailes rose, son front bleu, et sa gorge dorée ». Plus tard, il fut nommé à une Préfecture et la famille déménagea.
Félicité apprend à Loulou à dire des politesses et réussit même à le guérir toute seule quand l’animal développe une grosseur sous la langue. Après un mauvais coup de froid, elle devient sourde et se coupe petit à petit du monde. Elle aime profondément son perroquet, car il venait d’Amérique, ce qui lui rappelle son Victor. Mais à l’hiver 1837, elle découvre Loulou, mort dans sa cage à la suite d’une congestion. Lorsqu’elle contemple le Saint-Esprit à l’église, elle imagine que Dieu n’aurait pas choisi une colombe pour s’annoncer, parce que cet oiseau ne parle pas. En mars 1853, à l’âge de 72 ans, Mme Aubain rend son dernier souffle à la suite d’une maladie que l’on n’a pu identifier. Après s’être marié à 36 ans, Paul, accompagné de sa femme, accourt de Besançon pour vider la maison de son mobilier et ensuite la mettre en vente. Devenue aveugle, Félicité a peur d’être renvoyée, car sa chambre offrait un magnifique abri à Loulou à qui elle vouait un culte idolâtre. La vieille servante ne demande aucune réparation et vit chichement dans la maison qui tombe progressivement en ruine. Elle commence à perdre la vue et apprend, après Pâques, qu’elle a contracté une pneumonie. Le moment de l’agonie arrive finalement pour Félicité. Des gens se pressent tout autour d’elle alors qu’elle pousse des râles et que la salive écume à ses lèvres. Son reposoir est magnifique, très coloré, et les fleurs côtoient les vases en porcelaine avec, au centre, un Loulou dont on ne distingue que le front bleu. Le parfum que diffuse l’encensoir parvient jusqu’aux narines de Félicité, seul sens que la vie ne lui a pas ravi. Mais pour la première fois depuis des années, elle est en paix.
Le récit est divisé en chapitres qui mettent en lumière les différentes étapes de la vie de Félicité. Le premier chapitre sert d'introduction, présentant Félicité dans son rôle de servante dévouée. Les chapitres suivants explorent ses amours, ses deuils, et son attachement à Loulou. La structure temporelle du récit met en évidence la monotonie et les épreuves de la vie de Félicité.
Flaubert utilise un style réaliste et précis pour dépeindre la vie de Félicité. Les descriptions détaillées des lieux et des personnages contribuent à créer une atmosphère authentique. L'ironie est également présente, soulignant la naïveté de Félicité et les contrastes entre sa simplicité et la complexité du monde qui l'entoure.
L’épisode des amours de Félicité et de Théodore, très original quant à la forme, mêle en quelques pages toutes les techniques narratives de Flaubert. Deux scènes résument le roman d’amour de Félicité : la première rencontre avec Théodore à la fête de Colleville, que l’on pourra rapprocher du bal à la Vaubyessard et de l’éblouissement d’Emma Bovary ; puis la deuxième rencontre avec Théodore et le premier baiser.
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