Aux États-Unis, la question de la violence par arme à feu est un sujet de débat constant, ravivé par des événements tragiques tels que les fusillades dans les écoles ou les incidents impliquant la police. Ce débat s'intensifie en raison de la complexité des facteurs qui y contribuent, notamment les aspects raciaux, socio-économiques et les politiques de contrôle des armes à feu.
La tension est montée dramatiquement cette semaine aux États-Unis où la police est régulièrement accusée d'abuser de l'usage des armes à feu. Des vidéos publiées mardi et mercredi ont choqué l'Amérique. Elles montrent les derniers instants de deux Afros-Américains abattus par des policiers lors d'un contrôle de routine. Elles ont agi comme un électrochoc sur leur communauté et provoqué des manifestations de protestation.
Ces événements tragiques se situent à la croisée de deux problématiques sociales: la violence policière et la discrimination. Deux dérives que les chiffres semblent clairement indiquer. Parce que les chiffres officiels ne sont pas fiables (aucune loi n'oblige les services de police de déclarer publiquement les cas), il n'est pas facile d'obtenir des chiffres fiables du nombre de personnes tombées sous les balles de la police. C'est pourquoi des collectifs de citoyens et de journalistes ont entrepris de pointer chaque altercation avec la police se terminant par un mort. Les données obtenues par ce système collaboratif sont ensuite vérifiées sur la base d'articles de presse. Nous utilisons ici le jeu de données exploité par le Guardian, qui croise les relevés de plusieurs sources, Fatal Encounters et Killed by Police.
Le 27 janvier et le 26 mai, sept personnes sont mortes lors d'événements distincts.
Il est impossible de juger ainsi la proportion de tirs justifiés et de tirs injustifiés, mais certains indicateurs, en plus du nombre conséquents de ces événements, laissent entendre que les policiers américains ont la gâchette facile. Le plus marquant est de savoir si la victime était armée ou non. Et si oui, de quelle arme. En 2016, sur les 566 personnes abattues par un agent de police, seules 274 étaient armées d'une arme à feu. Soit moins de la moitié. 84 avaient un couteau, et 25 une arme à feu non mortelle. A l'inverse, 82 ne portaient sur elles pas la moindre arme.
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La Californie se distingue par un spectaculaire 74. Cela représente 13% des homicides pour ce seul Etat (sur 50). Derrière, le deuxième Etat le plus meurtrier de ce point de vue est le Texas avec 50 morts puis la Floride avec 39 et enfin l'Arizona avec 22. Si les Etats-Unis ont un problème de violence policière, la Californie est loin devant les autres.
La question qui soulève les passions aux Etats-Unis est de savoir si les policiers tirent plus souvent sur des suspects noirs. Une évidence pour les portes-paroles de la communauté noire et leurs sympathisants, beaucoup moins pour les fonctionnaires accusés de crime raciste. Les statistiques ethniques n'étant pas interdites aux Etats-Unis, cette donnée est disponible dans les relevés.
La catégorie ethnique la plus représentée parmi les personnes abattues par la police est sans conteste celle des Blancs, avec un total de 279 sur les 566 fusillades mortelles. Cela n'est pas surprenant puisqu'il s'agit également de la catégorie de population dominante. Les Noirs sont les deuxièmes plus représentés de ce tragique podium, avec 136 victimes.
On se rend ainsi compte qu'il existe bien pour cette communauté une plus forte probabilité de mourir ainsi que pour les Blancs. Alors que la société américaine est composée 13% de Noirs, cette catégorie représente 26% des personnes abattues par la police. Quelle qu'en soit la raison, cette proportion est deux fois plus haute que ce qu'elle devrait être.
En 2015, 15% des personnes tuées par la police étaient des hommes noirs âgés de 15 à 35 ans. Le quotidien britannique en déduit qu'un jeune Noir a cinq fois plus de chances de tomber sous les balles d'un policier qu'un jeune blanc.
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Selon les chiffres de l'année complète de 2015, si l'on ramène le nombre de personnes tuées par la police par million d'habitants, le classement est bouleversé. Les Noirs passent en première position avec 7 tués pour un million, et les Blancs dégringolent de la première à la quatrième position, avec 3 tués pour un million.
Le gouverneur du Minnesota Mark Dayton a admis à propos de la mort de Philando Castile:"Je suis donc forcé de faire face au fait, et je crois que tous au Minnesota, nous sommes forcés de faire face au fait que ce type de racisme existe". Il a promis une enquête pour faire la lumière sur les raisons exactes de la tragédie.
Le résultat est frappant: à cette époque, on faisait nettement moins de victimes dans cette communauté que les policiers aujourd'hui. Une comparaison frappante mais à prendre avec précautions, car la population des Etats-Unis a quadruplé depuis.
Selon l'organisation Officer Down Memorial Page, 57 officiers ont trouvé la mort en 2016.
Selon un décompte du « Washington Post » réalisé depuis sept ans, les tirs policiers font chaque année un millier de morts. Un chiffre stable, mais qui ne suscite guère de débats dans le pays.
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Selon le décompte annuel du Washington Post, publié le 31 décembre, le chiffre a atteint 1 093 morts en 2022. Chaque année, il augmente légèrement : « seuls » 965 morts avaient été comptabilisés en 2015, première année du recensement établi par le quotidien américain, qui avait entrepris ce décompte après le décès de Michael Brown, un Afro-Américain de 18 ans atteint de six balles, à Ferguson, dans la banlieue de Saint Louis (Missouri).
Au total, depuis le début du décompte du Washington Post, il y a sept ans, 8 079 personnes sont mortes. Les Afro-Américains (1 895 morts) sont proportionnellement tués 2,5 fois plus que les Blancs non hispaniques (3 593 morts). Les Latino-Américains (1 278 morts) ont 10 % de risque de plus que les Blancs d’être visés par la police.
Cette hécatombe est sans commune mesure avec ce qui se passe dans les autres pays occidentaux. Selon une compilation, réalisée, en 2020, par le centre Prison Policy Initiative, le taux de tués par la police aux Etats-Unis est 3,4 fois supérieur à celui du Canada, vingt-cinq fois plus élevé qu’en Allemagne et soixante-six fois supérieur à celui de l’Angleterre et du Pays de Galles.
La police française tue donc environ vingt fois moins qu’aux Etats-Unis.
Les discours sécuritaires, la police et le système judiciaire jouent un rôle central dans la recomposition du racisme, un racisme désormais « sans racistes », qui rejette la faute sur les victimes des discriminations. Police relentlessness is profoundly shaping a society marked by the mass incarceration of young African Americans. It's part of a system that perpetuates racism, a society where the black body continues to be to be represented as a threat. This synthesis article draws on statistical data, press articles and secondary sources to show how police issues are intertwined with racial issues, in a society where security policies are part of the racialization process. Police violence is not simply a symptom of persistent racism, but essential elements in its perpetuation.
Comme l’ont souligné plusieurs analystes, les Noirs américains ont ainsi huit fois plus de chance d’être victimes d’un homicide que leurs compatriotes blancs et, quelle que soit l’année, sont assassinés à un taux dix à vingt fois supérieurs à la moyenne des pays de l’OCDE. Ceux qui voient ces chiffres comme des éléments renforçant l’idée d’une soi-disant «criminalité entre Noirs» font non seulement preuve d’un racisme à peine voilé, mais refusent également d’envisager sérieusement le problème.
Les crimes commis dans un lieu (pas uniquement les meurtres) impliquent généralement les agissements d’un groupe contre un autre géographiquement proche. Et, dans un pays où les populations sont à ce point séparées les unes des autres, il n’est pas surprenant que la violence se concentre dans des ghettos urbains et des déserts postindustriels.
Les Américains devraient en réalité réfléchir à la façon dont leur société a adroitement conscrit et distillé le phénomène de la violence dans des zones bien délimitées. Et au fait que la répartition de la violence est une chose que la majorité des Américains, de quelque bord politique qu’ils soient, ont tendance à ne pas prendre en compte dans les grands débats nationaux sur l’insécurité.
Á quelques rues à peine, les corps tombent à une vitesse uniquement rencontrée dans certaines zones des pays les plus pauvres du monde. Pour élargir encore le point de vue, on pourrait aussi faire valoir que, sans les avancées modernes en termes de soins médicaux, les taux d’homicides dans ces quartiers des États-Unis seraient supérieurs à ceux historiquement associés à l’Europe du Moyen Âge.
Dans des environnements où la violence est déjà présente, et où encore plus de violence est probable, la présence d’armes à feu augmente bien évidemment les chances de décès. C’est aussi bien vrai au niveau domestique qu’au niveau collectif.
Des recherches indiquent en effet qu’un quart des femmes américaines subiront des violences physiques ou une agression sexuelle de la part de leur conjoint au cours de leur vie; ce chiffre met les États-Unis à égalité avec la Jordanie, la Serbie, le Népal et le Guatemala. Mais, quand une arme à feu se trouve dans un foyer avec des antécédents de violence conjugale, la probabilité pour qu’une femme habitant sous ce toit soit tuée a été évaluée, de façon crédible, à vingt fois supérieure à la moyenne.
Les Américains continuent toutefois d’exprimer l’opinion que la criminalité devient de plus en plus préoccupante et par conséquent d’acheter de plus en plus d’armes à feu.
Les signes de soi-disant progrès en matière d’expression de la violence aux États-Unis dissimulent ainsi souvent une réalité constante. L’ère des lynchages publics, qui ont pu causer la mort de près de 5.000 personnes, est aujourd’hui révolue. Mais depuis qu’ils sont entrés dans un régime de peine capitale institutionnalisée, les États qui avaient le plus grand nombre de lynchages sont aujourd’hui ceux qui ont le plus grand nombre de Noirs américains attendant dans les couloirs de la mort.
Par habitant comme en données brutes, les États-Unis détiennent dans leurs prisons plus d’êtres humains que n’importe quel autre pays sur Terre.
Les Américains moyens ne sont peut-être pas «plus naturellement enclins à la violence que les autres», mais notre mode de vie est très clairement organisé autour de la violence et, tour à tour, de son renforcement, de sa mise sous quarantaine, de son contrôle et de sa monétisation en Amérique comme dans le reste du monde.
Après la mort de 17 personnes dans une tuerie à l’arme automatique au sein d’un lycée de Floride, les jeunes Américains se sont mobilisés pour exiger un contrôle plus strict de la vente d’armes à feu. Une manifestation géante est prévue à Washington le 24 mars pour mettre une plus grande pression sur le Congrès.
Le débat autour des armes à feu est un serpent de mer aux Etats-Unis. Il divise l’opinion, cristallise les tensions, puis s’efface de l’actualité sans avoir jusqu’ici débouché sur une réforme d’ampleur nationale… avant de ressurgir après un nouveau massacre.
Pour mieux comprendre les dynamiques de ce débat brûlant, nous nous sommes replongés dans une étude du Pew Research Center parue en juin 2017. Celle-ci isole les traits principaux des propriétaires d’armes aux Etats-Unis. Ces derniers sont également les principaux sympathisants et sponsors de la National Rifle Association, le premier lobby des Etats-Unis dont nous vous parlions déjà après la tuerie de Las Vegas en octobre dernier.
Sur un échantillon de 3,930 personnes interrogées en mars et en avril 2017, si 69% des Américains interrogés ne sont pas actuellement armés, 36% d’entre eux se voient bien posséder une arme à feu plus tard dans leur vie. Tandis que les 33% restants déclarent qu’ils n’en posséderont jamais. Au total, 30% des Américains détiennent au moins une arme. Et parmi cette dernière population, deux tiers en possède deux ou plus, et 30% cumulent... au moins cinq armes.
Bien que David Hogg, 17 ans, survivant de la tuerie du lycée Marjory Stoneman Douglas, en Floride, se soit exprimé avec force contre la possession des armes à feu, les chiffres ne montrent pas pour l’instant un franc ras-le-bol générationnel. 27% des 18-29 ans disent posséder une arme, un chiffre quasiment équivalent aux 30-49 ans (28%) et très légèrement au-dessous de la moyenne pour tous les adultes possesseurs d’armes (30%).
Les 50 ans et plus sont tout de même un peu plus nombreux à posséder une arme (33%). On observe ainsi un écart de 6 points entre les jeunes adultes et leurs parents. Mais cet écart pourrait se resserrer avec le temps puisque selon les chiffres du Pew Research Center, 16% des 18-29 ans se voient bien avec une arme plus tard.
Une inclinaison qui n’est pas sans lien avec le fait d’avoir vécu avec des armes dans son enfance. 67% des possesseurs d’armes ont en effet grandi avec un membre de leur famille possédant lui-même des armes. Un chiffre qui tombe à 40% pour ceux qui ont choisi de ne pas en avoir.
L'institut de recherche observe que les hommes sont presque deux fois plus nombreux que les femmes à posséder une arme (39% contre 22%). Et plus particulièrement, les hommes blancs : 39% des hommes blancs possèdent une arme; contre 28% des hommes de couleur.
Cet écart ethnique se retrouve aussi chez les femmes. 24% des femmes blanches américaines sont armées, contre 16% des femmes de couleur.
41% de ceux qui se déclarent officiellement Républicains possèdent une arme contre 16% des Démocrates affirmés. Un décalage qui se retrouve auprès des simples sympathisants du GOP, avec 44% des “tendance-Républicains” détenant une arme. C’est plus du double de ceux se disant proches des Démocrates.
Le Nord-Est américain est beaucoup moins féru d’armes (16% de ses habitants en ont) que le reste du pays. Ses habitants y sont deux fois moins nombreux à posséder une arme que dans le Midwest, le Sud et l’Ouest (respectivement 32%, 36% et 31%).
Les colons européens s’implantent initialement le long de la côte nord-est : là se développent la haute bourgeoisie immigrée, les institutions fédérales, et les centres marchands, financiers et politiques, tandis que le mid-west, le sud et l’ouest font l’objet d’une colonisation plus tardive.
A l’échelle locale, la possession d’armes est fortement liée à la ruralité. 46% des habitants des espaces ruraux américains ont une arme, contre 28% des habitants de banlieues (quand deux tiers des Américains sont banlieusards) et 19% des citadins.
67% des détenteurs d’armes disent acquérir leur arme à des fins de protection. Viennent ensuite la chasse (38%), le tir (30%), ou encore la collection d’armes à feu (13%).
Près de 72% des possesseurs d'ont jeté leur dévolu sur cette machine courte et portative. Parmi ceux qui ne possèdent qu’une arme, 62% ont choisi le pistolet au reste de l'offre. Autres grands favoris : le fusil (62%) et la carabine (54%).
Si la tuerie du lycée de Floride a de nouveau remis sur le tapis la question de l’encadrement de l'achat et du port d’armes aux Etats-Unis, on est encore loin d’une interdiction totale ou partielle à échelle fédérale...
| Catégorie | Pourcentage |
|---|---|
| Américains possédant une arme | 30% |
| Hommes possédant une arme | 39% |
| Femmes possédant une arme | 22% |
| Républicains possédant une arme | 41% |
| Démocrates possédant une arme | 16% |
| Habitants du Nord-Est possédant une arme | 16% |
| Habitants des zones rurales possédant une arme | 46% |
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