Rares sont les ouvrages sur le Feng Shui qui évoquent les rituels magiques de purification. En Chine, ils font pourtant partie intégrante de toute intervention dans ce domaine particulier.
L’un des plus caractéristiques est, par exemple, décrit dans le 19ème chapitre du Traité du Maître Transcendant de Nan Hoa attribué à Zhuangzi, auteur que de nombreux intellectuels se prétendant taoïstes aiment à citer. Il s’agit tout simplement d’un Duc qui lors d’une chasse près d’un marais froid et humide, se croit agressé par un spectre. Il s’agit là d’un cycle particulier dit de « violation » (Wu), aussi nommé cycle d’assaut, d’attaque ou d’insulte qui n’a pas échappé aux acupuncteurs traditionnels.
Ce que l’on sait moins est que ce fameux cycle de violation est utilisé comme purification symbolique précédant le salut qui, lui-même, ouvre le rituel de pratique à proprement parler. Zhuangzi donne ensuite une description des principaux spectres (Gui) habitant les égouts, les chaufferies, les fosses à fumier, les endroits humides, les steppes, les régions montagneuses…
Le but de la purification magique utilisée dans le cadre du Feng Shui classique est justement de se débarrasser de ces éventuels spectres… donc des énergies perturbatrices ayant pu envahir un lieu. Ce faisant, le praticien en Feng Shui purifie le lieu qu’il souhaite étudier et rééquilibrer mais également se protéger.
Il convient donc avec le son du Métal (Hé) - reproduisant le son de l’éclair ou celui de la soie déchirée par le métal - de trancher d’abord verticalement dans les « Quatre Directions » fondamentales (Nord, Ouest, Sud, Est) donc dans le sens des aiguilles d’une montre (Shun). Certains officiants utilisent également une « épée aux Sept Etoiles du Nord » qui comporte sept points de cuivre inclus dans une lame d’acier forgé rituellement et se réunissant pour former l’image symbolique de la Grande Ourse ou une épée magique en bois de pêcher teinte en rouge.
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Jadis on utilisait aussi, dans certaines cérémonies officielles, un sceptre de jade (Yu Ji ou Jou I) souvent représenté comme instrument de pouvoir. Il est également possible, dans certaines conditions, d’utiliser simplement la main, doigts réunis en « forme d’épée magique » ou « d’immortel montrant le chemin«. Dans ce cas index et majeur sont réunis et étendus tandis que le pouce recouvre les ongles de l’annulaire et de l’auriculaire. Ces trois derniers doigts joints forment un cercle. Le geste consiste simplement à trancher comme avec une épée.
Cette position particulière de la main est également utilisée dans la pratique de l’épée droite (Jian) que l’on retrouve dans les formes armées (Wutao, Doan… ) du « Kung-fu Wushu » (Art chevaleresque chinois classique ou traditionnel ) ou des Arts Internes comme le Taijiquan, le Baguazhang, le Xingyiquan. Ce rite particulier, lié au métal, se retrouve dans bon nombre d’inaugurations puisqu’il convient de couper un ruban symbolique… ce que fait souvent même le Président de la République sans pour autant passer pour un attardé notoire.
Bien que l’épée de sapèques soit l’objet le plus utilisé en Feng Shui, avant même la fameuse boussole géomantique (luoban ou Luo Pan) elle est rarement montrée ou décrite et moins encore démontrée quant à son utilisation rituelle. On préfère donc souvent aseptiser la vérité que de purifier le lieu. Il faut dire qu’en Chine, les acupuncteurs chinois étudient également des pratiques purificatrices qui ne seront jamais montrées aux acupuncteurs occidentaux venus étudier l’acupuncture traditionnelle car la tradition fait parfois un peu peur à ceux qui ne la pratiquent pas dans son contexte originel.
Après le métal vient le feu. Après avoir « tranché - donc séparé - ce qui s’accroche au lieu » encore faut-il se débarrasser de ce qui est produit. Par la suite on utilisa, plus simplement, des charbons ardents sur lesquels on lançait des résines désignées globalement sous la dénomination d’encens. Puis vint le tour des cônes et des baguettes parfumés naturellement… ou synthétiquement… sinon des diffuseurs d’essences essentielles ou aromatiques qui sont censées purifier l’atmosphère.
Certains prévoient même des peintures odoriférantes. Jusqu’à se demander si le remède, la diffusion d’un parfum chimique, n’est pas pire que le mal : la destruction d’odeurs naturelles. Les asiatiques utilisent très volontiers des bâtons ou des spirales d’encens dans les rituels publics (temples… ) et ouverts à tous mais continuent à utiliser des encens en grains dans les rites purificateurs plus spécifiques ou dans les espaces à consacrer par une cérémonie.
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Dans le premier cas il est toujours préférable de continuer à utiliser des charbons ardents et des résines. Ces dernières, considérées comme des « encens d’église » sont utilisées dans la plupart des temples d’orient et d’extrême-orient ainsi que dans certains rites particuliers des églises occidentales. On peut en trouver dans les boutiques plus ou moins liées aux divers cultes sous la dénomination d’encens de Jérusalem, d’encens sacré du Tibet…
Par la suite il sera tout à fait possible de conseiller l’utilisations de cônes ou de baguettes ou, ce qui est très pratique et efficace, de papier d’Arménie. Pour le rituel de purification initial il est traditionnel de disposer le brûle-encens face au Sud et de procéder à trois fumigations successives. Pour le rituel d’entretien il convient de tourner autour du lieu à nettoyer dans le sens des aiguilles d’une montre (Shun) en effectuant un nombre de tours impair (Yang)… Un, trois, cinq, sept ou neuf.
Ce rituel de purification ou de nettoyage s’effectue avec le son Ha - celui du brasier dans lequel on jette les substances aromatiques -. Les purifications extérieures peuvent s’effectuer avec des huiles produisant une fumée plus abondante.
Après vient la purification par l’eau car il convient de limiter les effets en chaîne et excessifs du feu impérial. Désormais on se contente souvent, ne serait-ce que dans le baptême, d’une aspersion symbolique d’eau dite bénite et du dépôt de quelques grains de sel sur la langue. Cette saveur (sapor) salée amenait la « sapience » donc la sagesse. Eau et sel sont donc toujours utilisés pour purifier un lieu ou pour se purifier symboliquement en se frottant les mains de sel avant de procéder à un rituel.
Ceux qui acceptent de faire baptiser un enfant trouvent pourtant étrange que l’on puisse baptiser un lieu avec les mêmes ingrédients. Dans une certaine mesure, pourtant, la bouteille de champagne utilisée pour baptiser un nouveau bateau procède de la même intention… et est devenue indissociable de la victoire sportive. On évacue ainsi le mauvais sort et on baptise le succès, donc le nouveau champion, au vu et au su de tous… mais on passe pour étrange si on procède de même, officiellement, avec un appartement, une nouvelle boutique ou, à plus forte raison, une société.
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On dissimule alors le rite sous la pratique festive. Pourquoi se cacher et risquer de bâcler un moment essentiel puisque l’on sait par ailleurs que ce « baptême » est important pour le succès futur de l’entreprise. Dans la tradition sacrée japonaise les divinités primitives Izanagi No Kami et Izanami No Kami agitent l’eau salée avec la lance jusqu’à ce qu’elle devienne solide et engendre l’archipel principal du Soleil Levant. Les gouttes d’eau salée qui tombent de la lance magique, également symboliquement attachée à l’élément Eau, deviennent les multiples îles.
Il n’est pas question de laisser l’eau s’installer sur le lieu que l’on souhaite utiliser et on utilise, ensuite, la terre pour absorber l’excèdent de celle-ci. Cela consiste symboliquement à délimiter le lieu consacré donc à en situer les limites. Cela se faisait jadis avec l’usage d’un carré magique (Lo Shu) à partir duquel on définissait un centre (Terre) et une périphérie ainsi que, bien souvent, une circulation symbolique.
En Chine cela était représenté par l’Empereur (Wang) qui se voulait à la jonction entre terre et ciel et qui évoluait, suivant un ordre particulier, en fonction des saisons et des périodes de la journée, dans son « Palais du Ming Tang » ( Ming = illumination, clarté, connaissance globale ). Dans le rite de purification traditionnel cela consiste à délimiter l’endroit consacré au rituel… qui se trouve ainsi au « centre » de la pratique.
Cette délimitation peut être formalisée par une marche rituelle, procession ou circumambulation (marche circulaire), généralement effectuée avec de l’encens (feu) ou des instruments de musique (cymbales, tambours, flûtes… ). Celui qui officie se tourne généralement vers le Nord, suivant l’orientation chinoise, ce qui lui permet d’avoir la lumière de l’Est, donc le jeune Yang ou Yang naissant, du coté gauche et, par conséquence, le Yin à droite.
Ce fait est attesté par Laozi (Lao Tseu) dans le chapitre 31 du Daodejing (Tao Te King) : « L’homme noble dans sa vie ordinaire tient sa gauche pour place d’honneur. Elle est à droite lorsqu’il porte les armes«. Or les objets rituels sont considérés comme des armes destinées à combattre les influences pernicieuses.
Le lieu consacré est protégé non seulement par une entrée bien disposée et une porte solide sur laquelle, ou de part et d’autre de laquelle, on dispose des symboles représentant des gardiens. Les Shintoïstes entourent leurs maisons, au jour de l’an, de cordes de paille. Le lieu privé ou sacré est ainsi séparé du monde extérieur par une enceinte subtile. Cette enceinte délimite donc un « centre » intérieur par rapport à la périphérie.
Ce « centre interne » représente l’endroit privilégié où se situe l’esprit (Shen) du lieu. En pénétrant dans le lieu c’est cet endroit qu’il convient alors de saluer. « Va sous cette Terre, ta mère aux vaste séjours et aux bonnes faveurs. Douce comme la laine et la soie à qui sut la respecter. Qu’elle te garde du néant. Terre, forme voûte pour lui et ne l’écrase point mais reçois le et accueille le doucement.
Cet élément Bois peut s’entendre au propre et au figuré. Il représente, en effet, la régénération, le renouveau, la renaissance, la germination donc le début d’un nouveau cycle lié à la jeunesse, au printemps, au matin. Pratiquement il s’agit donc de l’énergie vitale que représentent les plantes. Dans certains cas des objets décoratifs ou des cloisons de bois peuvent également apporter cette énergie régénératrice. L’éventail, producteur de vent ou de brise est également lié à l’élément Bois.
Symboliquement le bois correspond également au Salut (salutation rituelle). Ce salut se situe généralement lorsque les purifications rituelles par le Métal, le Feu, l’Eau et la Terre ont été effectuées et correspond à l’ouverture vers autre chose… donc un renouveau. On retrouve donc ce salut dans bon nombre de pratiques traditionnelles et particulièrement dans les arts chevaleresques, ou « arts martiaux » où il a pour but tant de purifier le lieu de pratique que ceux qui y sont présents.
Le Kamiza comporte souvent au autel dans lequel on dispose des objets symboliques (éventail, sabres, flûte, cloches musicales…) une calligraphie, un portrait, une composition florale ou un bonsaï. Lorsque le salut a été effectué l’essentiel a été dit et a été fait et les choses peuvent, enfin, suivre leur cours normal. En fait, le reste n’est plus que formalité.
Dans le rituel de purification par les Eléments, le salut, correspondant au Bois (conquête) prépare un autre cycle beaucoup plus paisible qui est celui de l’engendrement (Xiang Sheng). Ce salut peut également être remplacé par une onction utilisant une huile consacrée. Dans la tradition chinoise l’huile végétale est, en effet, rattachée à l’élément Bois car elle est issue d’une plante et sert, lorsqu’on l’uti...
Concernant le Feng Shui populaire il existe un autre moyen de purification très utilisé en Chine, ainsi que dans la plupart des pays d’Extrême-Orient puisqu’il s’agit simplement des pétards nécessaires à toute cérémonie d’inauguration et nécessairement de couleur rouge, la couleur du Feu. On inaugure la nouvelle année par des pétards, on inaugure le mariage par des pétards, on inaugure un nouveau restaurant, une nouvelle boutique, un nouveau building, un nouvel aéroport ou un nouveau président… par des kyrielles de pétards.
Plus il y en a plus l’inauguration est jugée comme faste, donc bénéfique. Une fête chinoise sans pétard n’est pas une fête chinoise et encore moins une fête. Le pétard (Pao) de par son bruit éloigne les mauvais esprits et les influences pernicieuses et fait, littéralement, exploser les revenants (Gui ou Kouei). Ce qui explique, pour de nombreux chinois, que les occidentaux - les Guilo ou Kwei Lo (types fantômes, individus perturbateurs…) - aient justement horreur des pétards.
Pao signifie exploser, mais également sublimer… et proclamer. En Chine on « proclame » (Pao) une nouvelle loi. A l’origine il s’agissait de lancer des bambous verts dans le feu et ceux-ci éclataient dans un grand vacarme en projetant des cendres incandescentes, ce qui était de très bon augure. La tradition se perpétue donc et, particulièrement à l’extérieur on se saurait réellement sanctifier un lieu sans quelques pétards bien sentis.
On laisse faire les enfants qui s’en donnent à coeur joie, mais il existe encore quelques vieux maîtres taoïstes qui ne dédaignent pas allumer eux-mêmes la mèche à l’improviste surtout si il y a des Kweilo dans l’assistance. En occident on évite ce genre de débordement sonore surtout si on souhaite passer pour quelqu’un de sérieux et on se prive ainsi d’une bonne purification à peu de frais.
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