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Entre 1914 et 1918, l’arrière participe pleinement à l’effort de guerre. Fabrication de poudres et de munitions, agriculture et industrie agroalimentaire, tout compte. Des travailleurs coloniaux aux commerçants et commerçantes, l'histoire de la Grande Guerre s’écrit aussi en dehors du front.

La mobilisation de l'arrière et les enjeux stratégiques

Dès que la guerre est déclarée, en 1914, l’ensemble de la nation est mobilisée. La Première Guerre mondiale ne se déroule pas uniquement sur le front. C’est aussi à l’arrière que des enjeux stratégiques se jouent. Dès 1914, le gouvernement français prend conscience de l’importance de la main-d’œuvre dans la fabrication des armes et des munitions.

Comment appréhender la Première Guerre mondiale autrement, à partir de l’arrière, au plus près des préoccupations quotidiennes ? Comment assurer le ravitaillement des populations civiles et des soldats ? D’ailleurs, qu’est-ce que le poilu trouvait dans sa gamelle ? Et quelle place pour les travailleurs coloniaux, venus du bout du monde, des colonies, mais pas seulement, pour travailler dans les usines ?

Le rôle crucial des travailleurs coloniaux

"Un très grand nombre de travailleurs étrangers [présents] avant la guerre sont mobilisables. Les Espagnols et les Italiens rentrent chez eux, ce qui provoque une pénurie de main d'œuvre", précise l'historien Laurent Dornel, auteur de Indispensables et Indésirables. Les travailleurs coloniaux de la Grande Guerre (La Découverte, 2025). La main-d'œuvre féminine ne suffit pas à subvenir aux besoins de production. À partir de janvier 1916, l’État français décide de mettre en place une immigration choisie et administrée.

En quelques années, près de 185 000 travailleurs coloniaux rejoignent la France - 130 000 Nords-Africains, 50 000 Indochinois, et 5000 Malgaches - auxquels s'ajoutent 37 000 travailleurs venus de Chine. Les travailleurs coloniaux sont d’abord regroupés dans les différents ports des colonies, puis acheminés par des navires vers Marseille. De là, ils sont envoyés dans des groupements régionaux un peu partout sur le territoire métropolitain. Les travailleurs coloniaux sont principalement employés dans la fabrique des poudres et des munitions en coopération avec les ouvrières. Certains rejoignent également les usines Schneider ou Michelin. Pour le gouvernement français, l’objectif est d’optimiser le capital humain.

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Les conditions de vie des travailleurs coloniaux

Les conditions de vie des travailleurs coloniaux sont particulièrement rudes : "Les baraques Adrian sont mal équipées et [surpeuplées]. Elles peuvent accueillir jusqu'à 160 travailleurs, empilés sur des lits superposés entre lesquels il n'y a aucun espace, décrit Laurent Dornel. [...] Des travailleurs se plaignent régulièrement du froid, de l'humidité et se retrouvent souvent avec des vêtements et des chaussures de seconde main, rapiécés." L'historien souligne les préjugés sur ces "indigènes" perçus comme des "rustiques" résistants à ces conditions.

Les autorités adaptent le statut de l'indigénat aux lois métropolitaines afin de maintenir les travailleurs coloniaux dans une catégorie subalterne. Si ce statut, contraire au droit commun en métropole, ne peut être appliqué tel quel, il est transposé dans des pratiques administratives qui cherchent à contrôler les mobilités et limiter les contacts. "Les relations intimes entre Françaises et travailleurs coloniaux sont combattues par le gouvernement, et par les autorités coloniales, puisqu'il s'agit d'éviter tout métissage", fait remarquer Laurent Dornel.

L'alimentation pendant la guerre

La guerre bouleverse également les habitudes alimentaires. À Paris, le déclenchement du conflit provoque une rupture des réseaux traditionnels d’approvisionnement. Les aliments produits par l’ennemi ne sont plus accessibles, le commerce ne se fait qu’entre Alliés et avec les neutres. Il faut réserver certains produits aux combattants, comme la viande. Ils consomment principalement du bœuf, en conserve ou congelée. La viande congelée permet aussi de diminuer les prix pour les civils.

"La viande fait partie des produits pour lesquels il y a une grande propagande à l'arrière. Des affiches et des campagnes de mobilisation de l'opinion tournent autour de l'idée de réserver la viande [aux] soldats", observe l'historienne de l'alimentation Emmanuelle Cronier, autrice avec Stéphane Le Bras de Nourrir Paris. Une histoire du champ à l’assiette (Comité d’Histoire de la Ville de Paris, 2019). Paradoxalement, "beaucoup de soldats, notamment les paysans, regrettent qu'il y ait autant de viande, parce qu'ils en consommaient seulement 150 g par jour, en moyenne, avant la guerre."

La guerre marque aussi l’essor de la consommation d’aliments industriels. Le pâté de porc en boîte de conserve fait son irruption dans les assiettes. Situées à l’arrière, les gares de ravitaillement, appelées aussi stations magasins, permettent de ravitailler le front. "On essaye, au quotidien, de diversifier l'alimentation du soldat par l'utilisation de la cuisine roulante [...] à partir de 1915. Cela permet de cuisiner des ragoûts ; des marmites à soupe de 350 litres permettent de nourrir une compagnie entière à proximité du front et d'amener un repas chaud", explique Emmanuelle Cronier.

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Pour les civils restés dans les grandes villes, les lieux de consommation sont les mêmes qu’avant-guerre. Marchés, halles, boutiques continuent de vendre leurs produits. Les horaires d’ouverture des cafés et restaurants sont cependant limités et certains alcools sont interdits, comme l'absinthe en 1915.

Les défis de la production et de la logistique

À l’automne 1914, les autorités françaises sont confrontées à une quadruple difficulté :

  • les consommations de munitions dépassent toutes les prévisions antérieures,
  • l’occupation des départements du Nord et du Nord-Est prive le pays d’une proportion importante de son potentiel manufacturier,
  • les caractéristiques des matériels demandés par les armées changent,
  • le secteur productif manque d’usines et de bras pour entreprendre des fabrications nouvelles.

La complexité du processus industriel, dans un contexte général de pénurie croissante, se traduit dans un premier temps par une adaptation empirique des structures de production afin de répondre autant que possible à l’urgence opérationnelle, puis dans un deuxième temps par une rationalisation progressive de l’organisation et des moyens.

L’adaptation progressive aux formes inattendues prises par la guerre s’articule autour de trois périodes :

  • de l’été 1914 au printemps 1915, les hésitations le disputent à l’improvisation ;
  • au cours des années 1915 et 1916, les capacités d’initiatives, l’empirisme et l’imagination se nourrissent de l’expérience progressivement acquise ;
  • la création d’un hégémonique ministère de l’Armement de plein exercice permet progressivement à partir de 1917 de planifier les besoins et de rationaliser l’adéquation avec les ressources.

L'importance des chemins de fer

En août 1914, les trains sont utilisés pour déplacer un nombre important d’hommes rapidement. Avec la guerre qui s’installe dans la durée, l’exploitation des chemins de fer permet de ravitailler les troupes en nourriture, en matériels, et en munitions. La guerre se prépare aussi à l’arrière. Les trains sont monopolisés au service de la guerre. Beaucoup de trains de service commercial sont supprimés au profit des convois militaires. Dès la bataille de la Marne, le manque de munition se fait vivement sentir.

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La question de la répartition des munitions prend une importance primordiale. Le ravitaillement devient une des principales préoccupations du commandement qui le dirige étroitement à tous les échelons. C’est avec la bataille de Champagne et la bataille de Verdun que l’on voit l’importance du ravitaillement des munitions par les chemins de fer. Les chantiers se multiplient, le personnel augmente et les wagons se développent pour s’adapter aux exigences de la guerre. Il y avait douze compagnies dispersées dans la France pour avoir un champ d’action plus large. Un régiment était constitué de 450 officiers et 21500 sous-officiers. Par ailleurs, le 5ème régiment du Génie basé au camp des Matelots à Versailles, crée le 11 juillet 1889, est chargé des travaux des voies ferrés.

Même si les chemins de fer se sont beaucoup développés et modernisés au cours de la guerre, les lignes étaient souvent surchargées et saturées éternisant les trajets. De plus, certaines gares, souvent trop petites, n’étaient pas adaptées pour décharger et recevoir certains types de ravitaillement comme les munitions. Les locomotives et les wagons n’étaient pas toujours compatibles entre eux (attelages dissemblables, nombre et hauteur des tampons différents, diversité des systèmes de freinage).

Nombre de travailleurs coloniaux en France pendant la Première Guerre mondiale
OrigineNombre de travailleurs
Nords-Africains130 000
Indochinois50 000
Malgaches5 000
Chinois37 000

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