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Ce vendredi 25 novembre, aux assises de l’Aisne à Laon, le verdict est tombé en début d’après-midi après dix jours d’audience.

Véronique Pierret, 57 ans, a été condamnée à 20 ans de réclusion criminelle pour double complicité d’assassinat de Dominique Laplace, son ex-compagnon, et José Barreyre entre les 14 et 16 mars 2013 à Saint-Gobain et Laon.

Sa co-accusée, Émilie Viseur, âgée de 29 ans et ex-épouse de la seconde victime, a quant à elle écopé de 10 ans de prison pour le même chef d’accusation.

Les deux hommes avaient été assassinés par Mallory Kubel, à l’époque neveu de la quinquagénaire et compagnon d’Émilie Viseur.

Les faits

Véronique Pierret et Émilie Viseur comparaissaient pour complicité de tentative d’assassinat, accusées d’avoir commandité le meurtre de leurs ex-conjoints respectifs, Dominique Laplace à Caumont le 15 mars 2013 et José Barreyre, à Laon, le lendemain.

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Le lien entre ces deux crimes est finalement établi grâce à Mallory Kubel, né en 1981, un habitant de Saint-Gobain, une commune de 2500 habitants proche de Tergnier dans l’Aisne. L’homme est le neveu de Véronique Pierret, l’ancienne compagne de Dominique Laplace, tué à Caumont. Il est aussi le petit ami d’Émilie Viseur, l’ancienne concubine de José Barreyre, la deuxième victime, avec qui elle a eu deux enfants, dont un est mort à 13 mois.

L’intrigue est si machiavélique qu’elle n’est résolue qu’à la faveur des déclarations d’Émilie Viseur, qui évoque en garde à vue, en novembre 2013, l’existence d’un pacte criminel avant de se rétracter.

En août 2014, nouveau rebondissement : Mallory Kubel - qui a avoué et a impliqué ses deux complices - se pend dans sa cellule de la prison de Laon. L’action judiciaire ne prend pas fin pour autant.

Les accusées

Deux femmes, Véronique Pierret, 56 ans et Émilie Viseur, 29 ans, comparaissent à partir de ce lundi matin devant la cour d’assises de l’Aisne, présidée par Mme Karas. Elles doivent répondre de complicité d’assassinat. Le procès est programmé pendant deux semaines. Cette affaire défraie la chronique. Il s’agit d’abord de deux morts violentes que rien ne semble relier. Dans la nuit du 14 au 15 mars 2013, Dominique Laplace, un éducateur de 45 ans, est tué d’un coup de couteau dans le thorax, chez lui, à Caumont (près de Chauny). Le 16 mars 2013, vers 1 heure du matin, un tatoueur de Laon, José Barreyre, 47 ans, est attiré hors de chez lui, roué de coups puis touché au cerveau par un tir de cabine.

Véronique Pierret et Émilie Viseur, jugées depuis dix jours par la cour d’assises de l’Aisne pour complicité d’assassinat, - respectivement de Dominique Laplace et José Barreyre -, sont-elles coupables de la même façon ?

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Au premier jour du procès où elles risquent la perpétuité, Véronique Pierret et Émilie Viseur paraissent comme mère et fille. L’état-civil permet la confusion : l’une est née en 1959 et l’autre en 1984.

Véronique Pierret a l’ascendant. Malgré trois ans de détention provisoire, l’ancienne infirmière n’a pas perdu de son maintien. Le cheveu roux est clairsemé, mais la tenue, dans des tons automnaux, est recherchée. Elle parle clairement et, quand on évoque tout le mal que certains pensent d’elle, elle est capable d’un sourire ironique vers le banc des victimes.

Émilie Viseur est pâle comme la mort. Ses fines lèvres sont serrées. Un pull noir et un sous-pull gris ne parviennent pas à masquer le tatouage qui monte sur son cou, sous l’oreille gauche, souvenir de son union avec le tatoueur de Laon, José Barreyre. Elle s’exprime avec la voix d’une petite fille. À l’interrogation de la présidente Karas, les deux femmes annoncent qu’elles plaident non-coupable.

Les réquisitions

À cette question cruciale, Julien Haquin, avocat général, répond par la négative. Un avis net et argumenté.

Il remarque que Véronique Pierret, était présente lors des assassinats de Dominique Laplace et de José Barreyre. L’autre accusée, Émilie Viseur, était absente lors des deux circonstances, à Caumont, dans la nuit du 14 au 15 mars 2013, et à Laon, le lendemain. « C’est une différence majeure », estime le magistrat.

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À l’encontre de Véronique Pierret, il a requis une peine de trente ans de réclusion criminelle. Il dénonce son manège qui a consisté, notamment, à simuler l’incompréhension de n’avoir pas été prévenue par la famille de Dominique Laplace de sa mort, alors qu’elle a assisté à ses derniers instants. C’était l’agonie d’un homme poignardé au cœur.

Pour Émilie Viseur, il a requis une peine comprise entre douze et quinze ans de détention. « Elle a commandité le meurtre. C’est la seule personne qui avait intérêt à la mort de José Barreyre », accuse-t-il.

Selon l’avocat général, le mobile de cet assassinat commis par arme à feu, serait lié à un conflit de garde d’enfant, celui qu’elle avait eu avec José Barreyre, le tatoueur de Laon. L’échéance se rapprochait. La justice allait la contraindre à amener son fils pour une rencontre avec son ancien compagnon. Une issue insupportable pour une femme ravagée par la rancœur.

Les zones d'ombre et les témoignages

L’intrigue comporte encore des zones d’ombre avant le verdict attendu ce vendredi. « Dans ce dossier, il n’y a que des déclarations des uns et des autres », relève, d’ailleurs, Me Bert, avocat d’Émilie Viseur.

Les 150 prélèvements sur les deux scènes de crime ne relèvent aucune trace. Les douze tomes de procédure, étalées sur 10 000 pages, n’expriment aucune certitude.

L’avocat général développe pourtant, la conviction de l’existence d’un pacte entre trois personnes. Il y a Mallory Kubel, neveu de Pierret et compagnon de Viseur. C’est lui qui tue deux fois et met ensuite fin à ses jours. Le trio comprend deux femmes qui partagent la souffrance d’avoir été trahies par leur ancien compagnon respectif. Un sentiment explosif.

Le sixième jour d’audience aux assises a été consacré aux témoignages des enquêteurs ayant travaillé sur les deux crimes. Le matin du 20 novembre 2013, huit mois après les meurtres de Dominique Laplace et José Barreyre, les gendarmes se présentent au domicile de Mallory Kubel afin de lui signifier son placement en garde à vue. Il n’est pas là, parti à l’hôpital de Soissons pour y subir un examen médical. Joint par téléphone, il se rend à Chauny de son plein gré. Il est 9 h 30, commence alors la première de ses six auditions menées jusqu’au lendemain, en début d’après-midi.

« Quelqu’un de chétif, presqu’un gamin. Introverti, taiseux, peu expansif. » Voilà présenté en quelques mots l’homme de 31 ans qui fait face à l’adjudant-chef qui témoigne, ce lundi à Laon, à la barre de la cour d’assises de l’Aisne. À ce stade, le militaire de la section de recherches d’Amiens a peu d’atouts dans sa manche, pour ne pas dire aucun. Les huit derniers mois n’ont pas permis la découverte d’éléments matériels probants, pas plus que la perquisition du matin.

Lors des deux premières auditions, tout chétif qu’il apparaît, le trentenaire ne lâche rien, il ment. « On n’aurait pas pu retrouver de l’ADN, je ne suis jamais allé chez Dominique Laplace. Ou alors ça aurait été un transfert. » Il ment encore quand il se met à la place du meurtrier, pénétrant un instant sa psychologie : « Je pense que quelqu’un qui a fait une chose comme ça doit y penser constamment. » « On le sent très tranquille », note l’adjudant-chef.

Dans la soirée, la troisième audition, après déjà 3 h 10 d’interrogatoire, crée une première brèche chez le gardé à vue, au moins dans son esprit. Émilie Viseur, son ex-compagne à cette époque, vient de craquer, le gendarme l’en informe. Le jeune homme feint la surprise, ne comprend pas. « Ce qu’elle dit est faux », il n’est pas allé, sur instruction de sa tante, chez l’éducateur de Caumont pour le tuer. La quatrième levée se profile alors. Décisive, celle-là.

Au cours de la demi-heure précédente, Véronique Pierret a rendu les armes à son tour, certes dans la confusion, mais suffisamment pour que la défense de son neveu ne soit plus tenable. « Il s’est de suite mis à pleurer », se souvient le militaire. Le jeune homme ouvre alors les vannes, prononçant cette phrase en forme de préambule : « J’en ai marre de cette vie de merde. » Il dit n’avoir le souvenir que de brefs passages, même un trou noir à un instant.

Le lendemain matin, après une nuit de repos, peut-être passée à réfléchir, Mallory Kubel revient pour une cinquième audition avec des idées plus claires. « Il est allé chez Véronique Pierret avec sa Peugeot 206 bleue, témoigne l’adjudant-chef, pour le grand absent de ce procès. Elle avait préparé gants, bonnets et perruques dans un sac. Il fallait que ça finisse. Il a compris, même si ça n’a pas été dit. Mallory a hésité, elle l’a rassurée. S’il faut, plante-le. »

Devant le gendarme, le trentenaire suicidé neuf mois après explique prétexter une panne de voiture pour que l’éducateur lui ouvre la porte. « Il m’a dit s’être jeté sur lui, l’avoir frappé, mais sans savoir comment. » Sa tante entre alors pour fouiller la maison.

Les plaidoiries et le verdict

Émilie est encore plus minimaliste : « Les deux fois, j’ai seulement envoyé des SMS sur le portable de Mallory, à sa demande ».

Mallory Kubel, neveu de l’une, petit ami de l’autre, serait donc le seul coupable de simples intimidations qui auraient mal tourné. Il ne risque pas de s’en défendre : le 14 août 2014, à 33 ans, il s’est pendu dans sa cellule.

En guise d’héritage, il avait confié au juge d’instruction que les deux femmes avaient bien commandité l’élimination de leurs ex-conjoints, Véronique à cause d’une dispute autour d’un trésor préhistorique d’une valeur de 3 000 euros (la passion de la prospection l’unissait à Dominique), Émilie dans le cadre d’une séparation conflictuelle.

« J’ai seulement conduit Mallory chez Dominique. J’ai vu Dominique s’effondrer, mais jamais je n’avais eu cette intention. C’est vrai, je l’ai aussi accompagné à Laon. J’ai toqué pour que M. Barreyre sorte de chez lui. Au coin de la maison, j’ai entendu un bruit sourd et je l’ai vu s’affaisser. Mais je ne savais pas que Mallory avait une arme. »

Me Vignon, avocat de Véronique Pierret, ne croit pas à la réalité de ce complot criminel. « Ces morts, elle ne les a pas, ni souhaitées, ni données. Son discours a été discrédité dès le début », souligne-t-il.

« C’est elle qui amène la clé », relève Julien Haquin, avocat général. Il concède d’ailleurs : « ces deux assassinats auraient pu rester impunis. »

« Nous avons agi comme des professionnels. Cela va durer longtemps », avait dit Mallory Kubel à Émilie Viseur.

Avant de mettre fin à ses jours, Mallory Kubel indique qu’il a tué pour rendre service aux deux femmes, sa tante, Véronique Pierret et sa compagne, Émilie Viseur. Elles sont rongées par la haine vis-à-vis de leur ancien compagnon.

« Vous n’êtes pas la complice. Vous êtes la commanditaire », lance Me Bouchaillou, avocat de la partie civile, à Émilie Viseur.

Après le verdict, deux sentiments bien opposés s’expriment. Le soulagement des accusées et de leur défense est perceptible après des réquisitions beaucoup plus sévères. Elles s’élevaient à trente ans pour Véronique Pierret et à une peine, comprise entre 12 et 15 ans, pour Émilie Viseur.

Mais sur le banc de la famille des victimes, des visages apparaissent crispés. Des pleurs résonnent.

La famille de José Barreyre ne cache pas son désarroi. Certains de ses membres sont revêtus d’un tee-shirt à son effigie. Ils pleurent la mort brutale de l’un des leurs, un père de 3 enfants.

À l’issue de 10 jours de débats, la cour d’assises a condamné Véronique Pierret à 20 ans et Émilie Viseur à 10 ans pour complicité d’assassinat.

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