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Lors des manifestations des Gilets jaunes, plusieurs personnes ont été grièvement blessées par des tirs de LBD 40, ce lanceur de balles de défense qui a remplacé le flash-ball.

Témoignages de victimes

Lilian, 15 ans, blessé à Strasbourg

Lilian, 15 ans, a été blessé au visage en marge de la manifestation des "gilets jaunes" à Strasbourg. Il aurait été victime d'un tir de flashball de la police. Des images de Lilian ont circulé ce week-end sur les réseaux sociaux. On peut y voir le jeune homme, le son visage ensanglanté, un mouchoir sur la joue.

Lilian a été touché à la joue samedi après-midi dans le centre ville de Strasbourg. Pris en charge à 16h30 par les secours, il a été opéré pendant 6 heures dans la nuit de samedi à dimanche. Il devrait sortir de l'hôpital en fin de semaine mais il va manquer le lycée pendant 1 mois et demi.

Sa mère, Flaure, donne des nouvelles de son fils: "Lilian est très fatigué mais il est conscient donc ça va. J'ai peur qu'il y ait des séquelles. Il avait un très gros trou au niveau de la joue droite, juste au dessus du menton. Sa mâchoire est endommagée complètement. Les médecins lui ont placé des broches, c'est impressionnant. Ca fait mal de voir son enfant dans cet état-là. Ils vont le garder pendant six semaines mais les médecins sont confiants".

La mère de famille, qui précise ne pas être "gilet jaune", indique que son fils n'était pas en train de manifester, samedi, à Strasbourg. Elle réfute également toutes les accusations de casseur: "Je ne veux pas qu'il porte la fausse image d'un casseur donc je porte plainte pour rétablir la vérité. Je ne veux pas que mon fils porte cette image toute sa vie. La police va faire une enquête. Je veux que la police demande pardon à mon fils. C'est tout ce que je demande".

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"Il est sorti de chez moi à 14 heures pour acheter une veste noire en soldes: je lui avait donné les sous. Il la porte même sur les vidéos. J'ai aussi le ticket de caisse: il est passé en caisse à 15h56. Sur le chemin du tram pour rentrer, il s'est retrouvé au milieu des manifestants en train de courir. Il a reçu une balle à la mâchoire selon un copain, car Lilian ne parle toujours pas" explique Flaure sur RMC.

Ugo Amez, photojournaliste blessé

Ugo Amez a été blessé par un tir de flashball de la police, dimanche soir, lors de la manifestation sauvage ayant suivi les résultats du premier tour de la présidentielle. Ce photojournaliste a écopé de 3 jours d’arrêt de travail, et s’inquiète d’un possible changement de méthode dans la gestion des manifs.

« J’ai senti l’impact pendant que je marchais, je n’ai pas vu le gars tirer. Je ne suis pas tombé mais ça m’a bien stoppé, et quand j’ai levé la tête j’ai vu les CRS avec des flashballs. Si c’était une balle perdue, le policier visait extrêmement mal car je n’étais pas dans la manif, mais à une dizaine de mètres devant, et face aux flics. A aucun moment ils n’ont prévenu qu’ils me mettaient en joue. Si l’impact m’a touché au flanc gauche, il aurait pu casser mon appareil photo, ou pire. J’espère juste que c’est la bêtise d’un homme et pas une espèce d’escalade dans les méthodes de gestion des manifs.

« Je ne les ai jamais vu tirer comme ça sans sommation. Pourtant, il ne se passait rien, c’était juste des gamins qui courraient partout, ce tir ne se justifiait à aucun moment, encore moins sur la presse. Même si j’avais été un manifestant, il n’y avait pas de raison de tirer.

Autres cas de blessures

Un adolescent de 14 ans a été blessé par un tir de Flash-Ball, à Argenteuil (Val d'Oise), dans la nuit du 13 au 14 juillet. Le jeune homme a dû être hospitalisé après avoir été touché au niveau des testicules. Amine a reçu un tir dans le bas ventre qui lui a gravement endommagé un testicule, dans la nuit du 13 au 14 juillet, alors qu’il lançait de simples pétards avec des amis dans son quartier à Argenteuil.

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En 2007, lors d'une manifestation, Pierre Douillard avait été atteint par un tir de flash-ball. L'Etat est-il responsable de la blessure à l’œil de Pierre Douillard ? Ce jeune homme touché par un tir de lanceur de balles de défense lors d'une manifestation en 2007 à Nantes, quand il était lycéen.

Bakari, aux Mureaux, reçoit un tir au niveau de la pommette et du bas de l’oeil. Enfin, Tarik Malki a été blessé vendredi 17 juillet au niveau de la tête par un tir de Flash-ball, les photos montrent une blessure impressionnante au niveau du front, qui lui a valu 24 points de suture.

Le LBD 40 : Remplaçant du Flash-Ball

Dans le lexique des Gilets jaunes , le LBD 40 figure en bonne place. Il s'agit d'un lanceur de balles de défense (LBD) fabriqué en Suisse et utilisé par les policiers et les gendarmes en France. Il a peu à peu remplacé le flash-ball (qui est aussi un lanceur de balle de défense), qui était privilégié jusqu'à présent. L'arme non létale est notamment censée être plus précise.

Voici les spécificités du LBD 40 :

  • Contrairement au flash-ball, le LBD se porte à l'épaule, comme un fusil.
  • Il est de fait muni d'un viseur.
  • Ses balles sont de calibre 40 mm, contre 44 pour le flash-ball.
  • La portée de ses balles semi-rigides est plus longue.

Encadrement de l'utilisation des LBD

L'emploi de cette arme doit répondre aux principes de "nécessité et de proportionnalité" et être soumis à des "conditions opérationnelles" telles que le respect des "intervalles de distance propres à chaque munition". Elle peut être employée en cas d'"attroupement" susceptible de troubler l'ordre public, "en cas de violences ou voies de fait commises à l'encontre des forces de l'ordre ou si elles ne peuvent défendre autrement le terrain qu'elles occupent".

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Le directeur de la police nationale a dû rappeler les conditions d'utilisation. Selon nos confrères de France 3, le préfet Eric Morvan a envoyé ce mardi 15 janvier un document interne rappelant les conditions d'utilisation des LBD. S'il considère de son côté qu'il sont "une réponse adaptée pour dissuader ou neutraliser une personne violente et/ou dangereuse", il ajoute qu'il faut aussi "veiller rigoureusement au respect des conditions opérationnelles". "Le tireur ne doit viser exclusivement que le torse ainsi que les membres supérieurs ou inférieurs", rappelle ainsi le texte, mais demande aussi de "s'assurer de l'état de santé de la personne et de la faire prendre en charge médicalement si son état de santé le justifie".

Critiques et controverses

Les critiques envers ces armes, censées permettre aux policiers et gendarmes d'assurer le maintien de l'ordre sans conséquences graves, ne sont pas nouvelles. Elles ont même commencé quasiment dès les premiers mois d'utilisation, où les organismes de défense des droits de l'Homme s'inquiétaient déjà de possibles dérives : règles d'utilisation mal connues, blessures potentiellement graves, tentation plus forte d'utiliser l'arme en sous-estimant ses conséquences...

Plusieurs organismes ont dénoncé l'utilisation des flash-balls et de leurs successeurs les LBD 40 :

  • 2009 : La "police des polices" dénonce un non-respect des règles.
  • 2010 : La Commission nationale de Déontologie de la Sécurité évoque une "dangerosité disproportionnée".
  • 2012 : Amnesty International s'inquiète du manque de formation.
  • 2015 : Le Défenseur des droits demande son interdiction en manifestation.

Le Défenseur des droits a demandé vendredi 21 juillet un moratoire sur l’utilisation des lanceurs de balles de défense (LBD) de type « Flash-ball Super pro » et l’interdiction de leur utilisation durant les manifestations.

Pour Salomé Linglet, « Les recommandations du défenseur des droits ne sont pas suffisantes. Le moratoire et l’interdiction d’usage en manifestation ne concernent qu’un seul type de lanceur de balles de défense, le "Flash-ball Super pro ". Cette arme, considérée par l’IGPN elle-même comme obsolète, est progressivement remplacée par le "LBD 40*46", un autre type de flash-ball vendu comme plus précis par l’Inspection. « La dangerosité des LBD ne se réduit pas à une simple imprécision du tir. C’est une arme qui mutile gravement et dont l’usage est amplement banalisé. Pour preuve, dernièrement, les policiers ont tiré sur des mineurs inoffensifs.

Statistiques et chiffres

Selon un décompte établi par Libération grâce aux vidéos et témoignages postées sur les réseaux sociaux, plus de 80 personnes ont été blessés gravement lors des manifestations depuis début novembre, dont une soixantaine par des tirs de flashball.

D'après le décompte du service de fact-checking de Libération , qui s'appuie sur les travaux du collectif militant "Désarmons-les", au moins 69 "gilets jaunes" ou journalistes ont été blessés par des tirs de LBD depuis le début de la mobilisation et au moins 14 d'entre eux ont perdu l'usage d'un oeil.

Selon une source policière citée par l'AFP, sur la seule journée d'action du 12 janvier, au moins 5 manifestants ont été grièvement blessés "vraisemblablement" par des tirs de LBD.

Type de blessure Nombre de cas (estimations)
Blessures graves (total) Plus de 80
Blessures par flashball Environ 60
Blessures de "gilets jaunes" et journalistes par LBD Au moins 69
Perte de l'usage d'un oeil Au moins 14

tags: #presse #flashball #blessures

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