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On donne le nom de poudres aux substances dont on se sert pour lancer les projectiles et le nom de grains aux éléments de ces substances. Poudres, grains, ne sont plus que des mots usuels, sans aucun sens littéral.

Composition et Fabrication de la Poudre Noire

Le type des poudres mécaniques est la poudre noire, que chacun connait ; c’est un mélange de salpêtre, de soufre et de charbon dans des proportions variables. Le dosage français de ce mélange est : 75 salpêtre, 12,5 soufre et 12,5 charbon ; les dosages étrangers sont plus voisins de 75 salpêtre, 10 soufre et 15 charbon.

Toutes ces poudres étaient fabriquées en grains, dont les dimensions étaient proportionnées au calibre de l’arme dans laquelle elles devaient être utilisées ; l’artillerie navale employait des poudres à gros grains.

Histoire de la Poudre Noire

La légende populaire attribue au moine allemand Berthold Schwartz la découverte, le 28 mars 1380, de la recette de la poudre noire rapportée de Chine par Marco Polo. D’autres affirment que c’est le moine anglais Roger Bacon au XIIIe siècle. Poudre aux yeux ou réalité ? Qu’importe si certains concèdent à d’autres ce privilège puisque nous le savons bien, tout le monde ne peut avoir inventé la poudre, et « il n’est point de secrets que le temps ne révèle », comme le rappelle Jean Racine dans Britannicus, (1669).

La poudre noire, ou poudre à canon, est un mélange de salpêtre, soufre et charbon de bois que des alchimistes Chinois auraient assemblé au début du VIIe siècle, sous la dynastie Tang, en cherchant à produire « l’élixir de vie ». Le huoyao, que l’on peut traduire par « drogue à feu », aurait des vertus médicales contre certaines maladies charmantes comme la gale, les rhumatismes, les maladies infectieuses et parasitaires. Des ouvrages du IXe siècle mentionnent ces ingrédients en précisant qu’une combustion violente survient dès qu’on y met feu.

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À la faveur d’échanges commerciaux avec la Chine, la poudre noire arrive dans l’Empire romain d’Orient en 674. Alors que le calife Mouraïra de Damas tient le siège devant Constantinople, un certain Callinicus (traître syrien) propose à l’Empereur de fabriquer un feu miraculeux dont il se prétend l’inventeur. Ayant probablement constaté en Chine les propriétés combustibles du salpêtre, il fait entrer le feu grégeois dans l’Empire Byzantin qui en gardera jalousement le secret pendant six siècles. Seuls quelques ouvriers, minutieusement choisis et étroitement surveillés, connaissent la recette de cette arme stupéfiante capable de brûler au contact de l’eau.

Ce feu permet à la cité si convoitée de Constantinople de déjouer avec succès les fréquentes tentatives d’assaut maritimes. Au Xe siècle, l’empereur Constantin Porphyrogénète aurait dit à son fils Romain II : « Tu dois par-dessus toute chose porter tes soins et ton attention sur le feu liquide qui se lance au moyen des tubes ; et si l’on ose te le demander, comme on l’a fait souvent à nous-mêmes, tu dois repousser et rejeter cette prière en répondant que ce feu a été montré et révélé par un Ange au saint et grand premier empereur Constantin ».

Les prouesses de résistance face aux envahisseurs n’empêchent pourtant pas le secret de la recette du feu grégeois de se propager comme une trainée de poudre au XIIIe siècle. Les Arabes la découvrent en Chine avec qui ils font des affaires, tandis que l’Europe Occidentale la dérobe à l’occasion de la IVe Croisade et du sac de Constantinople en 1204. En 1230, Marcus Graecus, un alchimiste dont on ignore à peu près tout, fait publier un traité en latin intitulé Liber ignium ad comburendos hostes (Livre des feux pour brûler les ennemis) dans lequel figure la composition de la fameuse poudre noire.

Quelques années plus tard en Angleterre le moine franciscain Roger Bacon en fait de même, suivi en Allemagne par Saint Albert le Grand. Ces écrits plus antérieurs discréditent donc Berthold Schwartz comme l’homme qui a inventé la poudre… même si chacun n’a fait que retranscrire en l’améliorant plus ou moins une recette chinoise.

Les Sarrasins sont pourtant les premiers à en faire usage lors de batailles terrestres et pas seulement navales, ainsi que l’atteste la description épeurée qu’en fait Jean, Sire de Joinville (1224-1317), chroniqueur du règne de Saint Louis : « Un soir advint que les Turcs amenèrent un engin qu’ils appelaient la pierrière, un terrible engin à malfaire, et par lequel ils nous jetaient le feu grégeois. Cette première fois, ils atteignirent nos tours en bois ; mais incontinent le feu fut éteint par un homme qui avait cette mission. La manière du feu grégeois était telle qu’il venait devant nous aussi gros qu’un tonneau, avec une queue d’une grande longueur. Il faisait tel bruit qu’il semblait que ce fut foudre qui tombait du ciel et comme un grand dragon volant dans l’air avec une traînée lumineuse ».

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Joinville est d’ailleurs le premier à utiliser le mot « artillerie », considérant probablement que la fabrication des machines de guerre recèle de l’art. De la poudre au canon, il y a un mystère. L’évêque d’Albi, plus reconnu pour ses qualités d’ingénieur que de chrétien, lors de la prise de la citadelle de Montségur en 1244 ? Abou-Youssouf, sultan du Maroc en 1275 ? Les quatre seigneurs lors de la guerre de Metz en 1324 ?

Il ne fait pas long feu pour que la qualité et la composition de la poudre noire se perfectionne avec le temps et que les poudreries se multiplient. Antoine-Laurent de Lavoisier y contribue largement lorsqu’il occupe la direction de la Régie royale des poudres et salpêtres en 1775. Paul Vieille crée en 1884 un procédé de fabrication d’une poudre sans effet brisant utilisée dans les armes à feu, la poudre B, qu’Alfred Nobel améliorera en introduisant la glycérine.

Poudre de joie et poudre de guerre, la poudre noire ou poudre à canon passe, selon l’expression, pour être l’une des inventions les plus intelligentes. Etonnant pour une fabrication meurtrière. Mais comme le disait le général de Gaulle et au risque de mettre le feu aux poudres : « Les armes ont torturé mais aussi façonné le monde. Elles ont accompli le meilleur et le pire, enfanté l’infâme aussi bien que le plus grand, tour à tour rampé dans l’horreur ou rayonné dans la gloire. Honteuse et magnifique, leur histoire est celle des hommes ».

L'Évolution de la Poudre Noire au Fil du Temps

La poudre noire n'a guère varié de composition jusqu'à la Révolution. C'était toujours la fameuse formule « as, as, six » qui dirigeait les poudriers. Une partie de charbon, une partie de soufre et six de salpêtre : tels étaient les constituants de la poudre. Sous la Révolution, on essaya de nouveaux explosifs, entre autres les poudres chloratées de Berthollet qui n'ont pas prévalu contre la poudre noire.

Mais avec le dix-neuvième siècle, si les poudres noires subsistent toujours, une ère nouvelle commence avec les progrès de la chimie organique. En i833, Braconnot découvrit qu'en attaquant l'amidon ou les fibres ligneuses par l'acide nitrique, on obtenait un produit très inflammable auquel il donna le nom de xyloïdine. En 1838, Pelouze reconnaît dans la xyloïdine un éther nitrique de la cellulose. C'est en 1846 que le chimiste suisse Schoenbein eut l'idée d'employer la nitrocellulose comme explosif. Son rapport parut le 11 mars 1846.

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La même année, en décembre, un élève de Pelouze, Louis Ménard, découvrit que la nitrocellulose était soluble dans un mélange d'éther et d'alcool. « La Commission française du Pyroxyle» en 1847, expérimenta les nitrocelluloses sous forme de bourre, filées, tissées, réduites en poudre, agglomérées avec de la dextrine, enfin granulées comme la poudre noire (1). Les essais ne donnèrent pas de résultats satisfaisants et l'on ne parla plus du coton-poudre.

En 1846, un chimiste italien, Sobrero, élève de Pelouze comme Louis Ménard, découvrit la nitroglycérine. Toutes ces découvertes furent sans application pendant près de vingt ans. En 1865, Abel, chimiste anglais, fit breveter la fabrication de grains de poudre qu'il obtenait en ajoutant à un mélange de fulmicoton et d'eau un peu de gomme arabique. La même année, il proposa de mélanger le fulmicoton insoluble au fulmicoton soluble, ce dernier jouant le rôle de liant par un traitement à l'esprit de bois, à l'alcool et à l'éther ou avec des mélanges de ces liquides.

Deux ans plus tard, en 1867, Nobel donna une application à la nitroglycérine en inventant la dynamite. En 1869, le général Brugère, alors lieutenant à Grenoble, proposa de remplacer les poudres noires par un mélange (1) Note sur la Pyroxyline ou coton-poudre, par M. SUZANNE. Mémoires de l'Académie impériale de Metz (1855). en parties égales de picrate d'ammoniaque et de salpêtre. Son idée n'eut qu'un médiocre succès.

A partir de ce moment, les recherches deviennent de plus en plus fructueuses. En 1882, M. Walter F. Reid fit breveter un procédé d'agglomération des grains de nitrocellulose et de durcissement de ces grains par traitement au mélange étheralcool, solvant découvert par Louis Ménard en 1846. En 1887, Turpin poursuivant une autre idée, découvre les propriétés brisantes de l'acide picrique et ses travaux le conduisent à la mélinite.

En 1886, M. Vieille, ingénieur français, trouva le moyen de gélatiniser soigneusement la nitrocellulose. Il en fit des rubans, de petits losanges : c'était la poudre B (1). L'année d'après, Nobel fit breveter sa balistite, poudre à la nitroglycérine et à la nitrocellulose. A partir de ce jour, la science avait doté le monde des nouveaux explosifs et si la forme a varié, la composition générale est restée à peu près la même.

Nous avons omis de parler, dans l'ordre chronologique, des compositions détonantes, dites d'amorce, qui jouissant de caractères spéciaux forment une catégorie à part. C'est en 1800, qu'Howard découvrit le fulminate de mercure.

Chronologie des Découvertes et Améliorations

  • VIIe siècle : Les alchimistes chinois assemblent un mélange de salpêtre, soufre et charbon de bois, créant le huoyao.
  • 674 : La poudre noire arrive dans l’Empire romain d’Orient.
  • XIIIe siècle : Marcus Graecus publie la composition de la poudre noire.
  • 1380 : La légende attribue à Berthold Schwartz la découverte de la poudre noire.
  • 1775 : Antoine-Laurent de Lavoisier dirige la Régie royale des poudres et salpêtres.
  • 1846 : Christian Friedrich Schönbein annonce l'invention du coton-poudre (nitrocellulose).
  • 1884 : Paul Vieille invente la poudre B à la nitrocellulose.

Tableau: Chaleur d'explosion de la nitroglycérine

Source Chaleur d'Explosion (cal/g) Notes
Berthelot (a) 1400 Calcul à volume constant, eau condensée
Vieille (b) - Expériences avec la bombe de Vieille
Berthelot (c) - Calcul théorique
- (d) - Expériences avec une bombe de type Parr
Roth (e) - Expériences avec la bombe à microcombustion
- (f) - Expériences avec une bombe en acier au carbone

Ce tableau illustre les différentes estimations de la chaleur d'explosion de la nitroglycérine, soulignant l'évolution des connaissances thermochimiques au fil du temps.

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