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La poudre noire a joué un rôle significatif dans l'histoire de l'Essonne, notamment dans l'exploitation des carrières de grès et le développement industriel de la région.

L'utilisation de la poudre noire dans les carrières de grès

La pierre de grès était couramment utilisée comme matériau de construction pour les maisons et les édifices religieux en raison de sa structure compacte et de sa facilité à être taillée. Dans les carrières de Saint-Chéron, on façonnait des pavés de grès destinés à la voirie, aux bordures de trottoirs et aux pavés.

Le processus d'extraction commençait par le dégagement du matériau, où les premiers mètres recouvrant les blocs étaient déblayés. Ensuite, les blocs étaient détachés du banc à l'aide de poudre noire, dont la fabrication avait lieu au moulin de la Rachée à Sermaise. Les italiens étaient spécialisés dans la taille et la mise en forme des pavés.

Les pavés étaient d'abord tractés par des chevaux, puis par une locomotive à vapeur. Ils étaient acheminés depuis la grande carrière de « Madagascar » (nom donné en raison de la chaleur qui y régnait) du Bois des Roches jusqu’à la grande forge aux confins de la Butte à Moret. De là, un conducteur prenait la commande d’un convoi de plusieurs wagons qu’il était chargé de conduire jusqu’à la gare de marchandise. Dans ce secteur, c’est la pente qui fournissait la force motrice et il fallait suffisamment d’élan pour passer la rivière de l’Orge, afin de remonter après l’avoir dépassée jusqu’au quai de transit.

La Poudrerie Royale du Bouchet : Un site historique

L’histoire de la Poudrerie royale du Bouchet remonte à 1821. Cependant, il existait depuis le XVIIe siècle une poudrerie à Essonnes, connue pour avoir abrité les essais de Berthollet et Lavoisier. Après de nombreux incendies et explosions, Louis XVIII ordonna le transfert de la fabrication de poudre au Bouchet, commune du Petit Vert, canton d’Arpajon, département de Seine-et-Oise.

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Les terrains disponibles étaient proches d’Essonnes, éloignés des habitations, boisés, et la proximité de la Juine fournissait la force motrice nécessaire aux moulins à poudre. Construite pour fabriquer des poudres noires, la Poudrerie du Bouchet fut l’un des premiers établissements à fabriquer du coton-poudre en 1847, puis de la poudre sans fumée en 1884.

La Grande Guerre entraîna une évolution majeure de la poudrerie, qui dut produire pour les forces armées. Sa surface doubla et ses effectifs furent multipliés par 10. En 1921, la poudrerie fut dotée de laboratoires relatifs à la défense chimique, rejoints en 1937 par des laboratoires de biologie. Le 4 mai 1945, l’établissement devint le Centre d’Etudes du Bouchet.

Le Centre d'Etudes du Bouchet : Innovation et recherche

D’importants travaux furent entrepris pour transformer le site en un lieu de recherche fondamentale et appliquée. Georges Maire y créa en 1946 un laboratoire de propulsion. Persuadé que les moteurs-fusées à propulsion liquide pourraient être remplacés par des moteurs à poudres, il lança des recherches sur les compositions solides capables d’être moulées en gros blocs.

Le CEA s’implanta sur le site dès 1946 et y produisit le combustible du premier réacteur nucléaire français, la pile atomique Zoe. Le site continua ses études, permettant d’extraire les premiers milligrammes de plutonium en 1949 et de placer la France au premier rang des producteurs de sels de thorium à la fin des années 50. En 1957, de premiers blocs de propergols solides à liant polyuréthanes furent fabriqués au Bouchet.

Les équipes du Bouchet furent mises à contribution pour les deuxième et troisième étages du lanceur Diamant. Le premier moteur de 2,2 tonnes fut fabriqué au Bouchet en 1961. En 1971, une loi réforma le régime des poudres, et les activités du domaine des poudres et de la pyrotechnie furent confiées à la SNPE, devenant le Centre de Recherches du Bouchet (CRB). Après avoir acheté SME pour créer Herakles en 2012, Safran installa au Bouchet son centre de recherches sur les matériaux composites.

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L'industrie des poudres et explosifs sous l'Occupation

Depuis le tournant du xxie siècle, l’histoire de l’industrie française sous l’Occupation est devenue un chantier de recherche très actif et bien balisé, mais le secteur des poudres et explosifs est resté à l’écart de ce mouvement, tant dans ses composantes publiques que privées.

En 1939, le Service des poudres assurait la production et la gestion du monopole. La mobilisation avait considérablement multiplié les effectifs et des extensions et poudreries nouvelles étaient en construction. Face à l’avance allemande en mai 1940, les poudreries nationales du nord de la France replièrent leurs archives dans celles du sud ainsi qu’une partie de leur matériel. Au dernier moment, une autre partie du matériel fut mise hors d’état de servir.

Avec l’entrée en vigueur de l’armistice, le 24 juin 1940, seules quatre poudreries se retrouvèrent dans la zone non occupée (ZNO), soumises à l’inspection des services militaires allemands. Les neuf autres, en zone occupée (ZO), tombèrent directement sous leur contrôle. Au reste, par la loi du 31 juillet suivant, le Service des poudres fut dissous et une grande partie de son personnel, perdant son statut militaire, fut affectée aux Services chimiques de l’État, sous l’autorité du ministère de la Production industrielle et du Travail.

Outre les cinq dynamiteries françaises, appartenant à la Société Nobel française, à la S.A. Explosifs et produits chimiques, et à la Société française des explosifs, cette industrie exploitait de nombreux autres établissements d’explosifs et accessoires pyrotechniques divers appartenant à d’autres sociétés privées, telle la Société alsacienne d’explosifs (Alsetex).

Le Syndicat français des explosifs mit en place au début de l’année suivante deux nouvelles structures à la demande du gouvernement de Vichy : une entreprise-écran pour structurer la nouvelle collaboration avec l’Allemagne et un Comité d’organisation de la profession. Créé le 17 avril, l’Omnium des produits azotiques (OPA), ne reçut ses statuts définitifs qu’au mois d’août suivant. Son but principal était de servir d’intermédiaire à l’État français pour répondre aux commandes du Reich.

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Outre les entreprises privées du secteur, l’OPA put utiliser, à compter du 1er juin 1941, les Poudreries nationales d’Angoulême, Saint-Médard et Blancpignon, toutes trois en zone occupée, louées au SIPN et qui furent remises lentement en service avec un personnel souvent non qualifié.

Tableau récapitulatif des marchés de l'OPA avec la KR

Répartition chronologique des marchés de l'Omnium des produits azotiques (OPA) avec la Kölner Rottweil Aktien Gesellschaft (KR) entre avril 1941 et avril 1944. Basé sur les archives de l'OPA au CAAP à Châtellerault.

Année Nombre de marchés documentés Pourcentage de marchés documentés
1941 X Y%
1942 X Y%
1943 X Y%
1944 X Y%
Total 185 marchés 44,3% documentés

L’OPA commença par la fabrication de poudre, de produits de base et de gargousses d’artillerie lourde dès 1941, mais les marchés pour plus gros calibres (370 et 400 mm) furent surtout passés en 1943. Quelques marchés tardifs avec une autre entreprise allemande, la Sprengstoff-Verkaufs-Gesellschaft (SVG), entre décembre 1943 et juin 1944, portent surtout sur des explosifs et des systèmes pyrotechniques.

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