Les tirs de lanceurs de balles de défense (LBD) par les forces de l'ordre, notamment lors des manifestations des "gilets jaunes", ont suscité de vives polémiques et entraîné l'ouverture de plusieurs enquêtes.
Plusieurs enquêtes ont été ouvertes concernant des blessures survenues lors de manifestations. Par exemple, une enquête a été ouverte pour violences volontaires et confiée à l'IGPN (Inspection générale de la police nationale) afin de déterminer comment une blessure au front d'un jeune homme est survenue en marge de la manifestation du 19 janvier. Une autre enquête a été ouverte concernant la blessure à l’œil d'un militaire en permission à Montpellier, vraisemblablement par un tir de LBD, lors d'un affrontement entre casseurs et forces de l'ordre.
Le secrétaire d’Etat à l’intérieur, Laurent Nuñez, a affirmé qu'il y avait 101 enquêtes menées par l’IGPN en cours. Il a précisé que 1 900 « gilets jaunes » avaient été blessés depuis le début du mouvement, le 17 novembre 2018, mais que cela n’avait « parfois rien à voir avec l’action de la police ». Il a souligné que 1 200 policiers et gendarmes avaient aussi été blessés.
L'IGPN poursuit son enquête après la blessure à l’œil polémique de l’une des figures du mouvement des gilets jaunes, Jérôme Rodigues, samedi dernier place de la Bastille à Paris.Le secrétaire d’Etat à l’intérieur, Laurent Nuñez, a affirmé dimanche 27 janvier qu’il n’y avait « aucun élément » permettant d’affirmer que Jérôme Rodrigues, avait été touché par un tir de lanceur de balle de défense (LBD). Il a en revanche confirmé l’utilisation d’une grenade de désencerclement au même moment, s’appuyant sur le rapport d’un policier ayant lancé ce projectile. De son côté, l’avocat de Jérôme Rodrigues, Philippe de Veulle, « réfute complètement » l’hypothèse d’une blessure due à une grenade de désencerclement, et affirme avoir « des éléments matériels » montrant que « c’est un tir de flash-ball ». La balle du LBD a été « ramassée » par des témoins et mise à disposition de l’Inspection générale de la police nationale (IGPN) pour l’enquête, a déclaré Me de Veulle.
« L’IGPN m’a confirmé que sur les vidéos qui ont été vues il y a bien le “boom” de la grenade et le “poc”, qui suit derrière, du tir de LBD », a-t-il dit. Il a déclaré avoir porté plainte contre X, contre Christophe Castaner, le ministre de l’intérieur, et contre le chef de l’Etat Emmanuel Macron.
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Selon toute vraisemblance, il a été atteint par l’éclat d’une grenade de désencerclement, d’après des sources policières citées samedi par l’AFP. « J’ai subi deux attaques : une grenade en bas des pieds qui m’étourdit et, trois secondes après, l’impact de la LBD 40 qui m’arrive à l’œil ». « Je tiens à préciser qu’une grenade, ça déchiquette. Je n’ai pas l’œil en lambeaux, j’ai un impact de balle sur l’œil », a détaillé Jérôme Rodrigues. Jérôme Rodrigues va devoir rester 5 jours à l’hôpital pour éviter une infection à l’œil. « Il faut attendre que l’hématome se résorbe pour déterminer si ma vision est toujours opérationnelle ou pas », a-t-il expliqué.
Quant à l'utilisation des LBD par les forces de l’ordre samedi à Paris, Laurent Nuñez a souligné que 32 tirs avaient été réalisés ce jour-là, « uniquement dans les endroits où il y a eu des violences ». « Les 32 tirs ont été filmés, y compris les 18 qui ont eu lieu sur la place de la Bastille », a-t-il précisé.
Mais la police des polices pourrait rencontrer des soucis pour analyser les images fournies par la police elle-même. "Des trous dans la raquette"Si tous les tandems de policiers armés de LBD 40 étaient bien équipés de caméras place de la Bastille, comme l'a rappelé le secrétaire d'État auprès du ministre de l'intérieur, Laurent Nunez, sur LCI , il y a eu malgré tout, selon nos informations, un certain nombre de problèmes. Des dysfonctionnements des batteries, par exemple, qui s'éteignent au bout de deux heures. Des objectifs obstrués par la position des bras tenant les armes, car ce n’était pas des caméras fixées sur les casques.
Alors "il y a des trous dans la raquette" confiait hier un proche du dossier, sans vouloir confirmer un souci sur la séquence juste avant l’explosion de la grenade et d’un éventuel tir quasi simultané de flashball nouvelle génération vers Jérome Rodrigues. Il y avait également la possibilité de s’appuyer sur deux caméras fixes placées en hauteur, place de la Bastille mais l’une d’elle filmait une autre charge de policier et la deuxième n’aurait pas eu le "bon angle de vision".
La seule certitude, c’est que la victime s’est effondrée 1 seconde et 3 dixièmes après l’explosion à ses pieds de la grenade de désencerclement, avec ses éclats en caoutchouc très durs qui peuvent parfois partir en hauteur. Ce qui est donc à ce stade toujours l’hypothèse la plus probable de sa blessure à l’œil.
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L'absence d'images policières pertinentes pourrait rendre plus difficile le travail de l'IGPN en charge de cette enquête dans les jours qui viennent, alors qu'elles auraient pu légitimer l'usage de la grenade, qui repose pour l'instant sur la réaction à un projectile (morceau de pavé ou gros caillou ) qui aurait frappé le casque de l'un des agents.
Brice C., un policier de 34 ans, suspecté d'avoir fait perdre un œil au "gilet jaune" Jérôme Rodrigues avec unegrenade de désencerclement, passera devant le tribunal. Deux juges d'instruction ont ordonné vendredi qu'il soit jugé pour violences volontaires ayant entraîné une mutilation ou une infirmité permanente par personne dépositaire de l'autorité publique dans l'exercice de ses fonctions, soit un crime passible de 15 ans de réclusion criminelle.
« Cette décision est l'aboutissement du combat des victimes de violences policières pendant le mouvement des gilets jaunes », a réagi Me Arié Alimi, l'avocat de Jérôme Rodrigues, 45 ans, qui a définitivement perdu l'usage de son œil droit. « Derrière le policier qui sera jugé en cour criminelle, c'est la Police nationale, la préfecture de police de Paris et la politique d'Emmanuel Macron pendant le mouvement des gilets jaunes qui seront jugés », a-t-il ajouté.
En revanche, les juges d'instruction ont ordonné un non-lieu en faveur d'un second policier, soupçonné d'avoir blessé à la jambe Michaël, un ami de Jérôme Rodrigues, par un tir de lanceur de balles de défense (LBD). Les deux fonctionnaires de police avaient été mis en examen en janvier 2021 pour avoir blessé les deux hommes.
Mais les témoignages et les vidéos analysées lors des investigations ont permis d'établir que « le groupe au sein duquel évoluait Jérôme Rodrigues n'était pas violent » donc ne constituait pas « un attroupement violent susceptible de permettre l'usage de la force publique », considèrent les juges d'instruction.
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Un autre policier, Fabrice T., sera également jugé par la cour criminelle départementale de Paris pour avoir éborgné avec une grenade lacrymogène Manuel Coisne, en novembre 2019.
Depuis le cas de Jean-François Martin, le nombre de personnes éborgnées par un tir de LBD au cours d’une manifestation est monté en flèche. La mobilisation de 2016 contre la Loi Travail a constitué un point de bascule dans l’usage du LBD, qui est alors passé de l’exception à la règle dans les opérations de maintien de l’ordre. Avant cela, l’usage de cette arme a longtemps été principalement cantonné aux quartiers populaires.
Largement diffusé au sein des Brigades Anti-Criminalité (BAC) par le ministre de l’intérieur Nicolas Sarkozy à partir de 2002, le lanceur de balle de défense - appelé aussi Flash-Ball, du nom de l’un des premiers modèles - était devenu, en 2016, « emblématique de la manière de faire la police en banlieue », d’après le sociologue Fabien Jobard.
Selon un rapport de l’ONG ACAT, entre 2005 et mars 2016, les lanceurs de balle de défense sont responsables d’au moins 39 blessures graves, « pour la plupart au visage », indique le rapport, qui fait état de 21 personnes « éborgnées ou [ayant] perdu l’usage d’un œil », ainsi que d’un « homme atteint par un tir au thorax à courte distance [qui] est décédé en décembre 2010 ».
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