La lutte contre les chenilles processionnaires du pin prend une nouvelle tournure avec l'utilisation de pistolets de paintball. Cette méthode innovante, développée par des entreprises comme M2i Life Sciences, offre une alternative écologique et efficace pour protéger les arbres et la santé publique.
À Parnac, la société M2i produit des billes de paintball remplies de phéromones, destinées à troubler la reproduction sexuelle des chenilles processionnaires du pin pour éviter l'invasion. L'entreprise M2i a mis au point un paintball pour en finir avec les chenilles processionnaires du pin qui colonisent les arbres.
L'idée est de troubler la sexualité des chenilles avec des billes composées d'une émulsion de cire et d'eau qui emprisonne les phéromones. Elles s'éclatent sur les branches, libèrent les phéromones et disparaissent grâce à une coque biodégradable. Ce système permet de déposer le produit au cœur de la canopée en toute sécurité, sans risque, rapidement et de manière très efficace.
Il a tout du lanceur de paintball : le chargeur, la gâchette, le canon, le viseur. La différence c'est que les billes ne contiennent pas du colorant, mais des phéromones. Yohann Fournil, le porte-parole du groupe plante le décor : "La chenille processionnaire du pin est un ravageur présent sur tout le territoire."
Ces phéromones, sous forme de gel, troublent la reproduction des chenilles en désorientant les papillons mâles. "Nous empêchons les papillons adultes de se reproduire pendant l'été, donc on limite le nombre de nids puis le nombre de larves", précise le représentant. Le tir au paintball évite d'utiliser des échelles ou des nacelles pour avoir accès aux canopées des arbres où viennent se loger les indésirables chenilles.
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"C'est assez simple et ludique, on tire de 6 à 10 billes en haut de l'arbre et en rafale, sans viser précisément", explique Paul Mauraud, responsable de production sur le site de Parnac qui produit les billes de phéromones, démonstration à l'appui. Dans cette usine près de Cahors qui emploie une trentaine de salariés, les billes sont fabriquées au rythme de 10 000 par heure. Une mécanique bien huilée.
"On reçoit la formulation, on dilue, on adapte la viscosité, on injecte dans des films de polymère biodégradable, on moule, on soude par ultrasons", explique le responsable de production. Les billes sont ensuite triées à la main puis disposées dans des sachets pour partir ensuite chez les distributeurs.
"Notre site s'appuie sur un mélange de compétences qui nous permet d'avoir une vision complète, nous travaillons avec des assistants techniques, des ingénieurs agronomes et des entomologistes", explique Olivier Guerret, le directeur des opérations du groupe M2i.
Selon l'entreprise, le procédé est efficace pendant trois mois et permet de réduire la population de chenilles de 70 à 80 %. Outre sa simplicité de mise en œuvre (pas besoin de grimper à l’arbre ou de s’équiper de nacelles pour installer des pièges en hauteur), la méthode, baptisée Phéro Ball Pin, donne de bons résultats si l’on en juge par les tests menés depuis trois ans aussi bien en sylviculture que sur des arbres isolés.
D’une année sur l’autre, le nombre de papillons chute de 80 à 95% et les nids de 40 à 45%. Certaines chenilles pouvant subsister plusieurs années dans le sol, le traitement doit être appliqué pendant 3 à 4 ans pour se prémunir contre les résurgences. Seul problème, vous devrez faire appel à un applicateur professionnel.
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Selon Olivier Morant, au bout d'un an, on constate que les nids ont baissé d'environ 80% dans les zones traitées. Testé aussi bien dans le Var que dans les Alpes Maritimes, le dispositif a fait ses preuves auprès des experts. Le membre de l’unité expérimentale entomologie et forêt méditerranéenne estime en effet que "les résultats sont tout particulièrement intéressants en zone urbaine". Même si lui parle plus, dans son cas, d’une diminution du nombre de nids de "50 à 75 % la première année", à raison d’une trentaine de billes utilisées par arbre.
Le procédé permet également aux collectivités de s’attaquer à des zones plus vastes. Là, mieux vaut toutefois compter entre 200 et 300 billes pour traiter un hectare. L’utilisation du biocide est en revanche réservée aux professionnels.
L’affaire est on ne peut plus écologique. "C’est 100% naturel. Il n’y a rien de phyto là-dedans", croit bon de rappeler le spécialiste de l’insecte processionnaire. La bille est composée d’eau, de cire et de phéromone. G.A.
Cette méthode est "complémentaire" selon Vincent Reynier qui lutte contre les nuisibles depuis plus de 30 ans. Certains professionnels s'en servent pour tirer des billes de phéromones et empêcher l'accouplement de ces insectes qui ravagent les pins.
Victime de son succès, le procédé a également séduit les producteurs de noix. "On a décliné le modèle pour ces agriculteurs qui avaient besoin de trouver un remède efficace contre le vers de la noix, une problématique qui touche beaucoup le Quercy, nous avons conçu cette technologie en collaboration avec le centre expérimental de la noix de Creysse et avec la chambre d'agriculture ", détaille Yohann Fournil.
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Cette fois-ci les phéromones utilisées sont celles des vers de la noix et non pas des chenilles processionnaires. "Les noyers sont très hauts, appliquer un diffuseur à la main et disposer du gel aurait été trop compliqué", ajoute-t-il.
| Avantage | Description |
|---|---|
| Efficacité | Réduction de la population de chenilles de 70 à 80% |
| Écologique | Utilisation de phéromones naturelles et de billes biodégradables |
| Facilité d'utilisation | Application simple et rapide, sans besoin d'équipements lourds |
| Sécurité | Réduction des risques pour la santé humaine et animale |
| Adaptabilité | Applicable à différents types de terrains et de cultures |
La destruction des nids doit en revanche intervenir en hiver en prenant soin de bien se protéger pour éviter les réactions allergiques. À partir de février, la pose de pièges spécifiques permet de capturer les chenilles lorsqu’elles descendent de leur arbre pour se transformer en chrysalides en s’enterrant dans le sol et donner les futurs papillons reproducteurs.
Il s’agit d’entourer le tronc de l’arbre à une certaine hauteur pour éviter tout contact avec l’homme et les animaux domestiques, avec une collerette qui oriente, via un tube, les chenilles vers un sac rempli de terre, avant de les détruire.
L’aire de répartition de la chenille processionnaire du pin ne cesse de s’étendre tant vers le nord du pays qu’en altitude. C’est à partir du début des années 1990 que l’accélération s’est produite en raison principalement de la hausse des températures, mais pas seulement.
«D’autres facteurs interviennent comme la présence de plus en nombreuse de pins dans les zones urbaines et les jardins privés, qui créent des corridors d’expansion», explique Jérôme Rousselet. «C’est l’hypothèse que nous privilégions pour expliquer la présence ponctuelle du parasite en Champagne et en Alsace ces dernières années, poursuit le chercheur.
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