Les lanceurs de balles de défense (LBD), communément appelés flashballs, sont accusés d'avoir fait des dizaines de blessés lors des manifestations en France. Les blessures à la tête sont nombreuses, avec parfois des conséquences désastreuses. Le collectif Désarmons-les a comptabilisé 17 personnes éborgnées par cette arme. En France, les forces de l'ordre peuvent utiliser le LBD, mais uniquement "en cas d'absolue nécessité et de manière proportionnée", selon la loi.
Une instruction de septembre 2014 précise que l'utilisateur de l'arme doit "viser de façon privilégiée le torse ainsi que les membres supérieurs ou inférieurs", et que "la tête n'est pas visée". Le modèle utilisé, le "LBD 40x46", dispose d'une portée de tir "opérationnelle" de 10 à 30 mètres et d'un viseur électronique "point rouge". Ce LBD40 peut tirer des projectiles à une vitesse de 360 km/h. La France est le seul pays en Europe dans lequel le "LBD 40" est une arme en dotation pour les forces de l'ordre.
Face à l'inquiétude croissante, le Défenseur des droits Jacques Toubon a exprimé ses réserves quant à l'utilisation de cette arme. Il a demandé un moratoire et une réévaluation de son usage. Il estimait nécessaire de "retirer les lanceurs de balles de défense de la dotation des forces chargées de l’ordre public" et de "réaliser une étude pluridisciplinaire sur l’usage des armes de force intermédiaire".
La Ligue des Droits de l'homme a également fait état d'un "usage illégitime et disproportionné du LBD 40".
Les manifestations de "gilets jaunes" ont donné lieu à de nombreuses scènes de violences partout en France. Des violences contre les forces de l'ordre et par les forces de l'ordre. Les forces de l'ordre estiment qu’il y a eu 1 000 blessés dans leurs rangs. De l'autre côté, 1200 à 1700 "gilets jaunes" ont été blessés par des Flash-Ball ou des grenades. Le défenseur des droits a lui-même alerté à plusieurs reprises, notamment sur la dangerosité des lanceurs de balles de défense (LBD, qui remplacent désormais les Flash-Ball).
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Au cœur des événements, entre les manifestants et les policiers, il y a ce que Krishanorpoo Brun, journaliste indépendant, appelle « la zone où viennent mourir les balles perdues ». « On se retrouve au milieu des tirs croisés. Là où on ne peut faire confiance à personne. »
Krishanorpoo Brun a défrayé la chronique avec son bouclier de protection pendant les manifs. « La première semaine, on s’est pris des tirs d’intimidation, on s’est fait chasser… Quatorze ans de reportages de guerre, alors j’ai l’expérience du terrain ! Quand j’ai vu les premiers tirs de grenades et de LBD, je me suis dit qu’il fallait s’équiper. »
D'autres journalistes travaillent également au plus près des affrontements. « En 35 ans de carte de presse, c’est la première fois que je vois un conflit où tout est source de danger. Les Gilets jaunes en veulent à la télé, mais ça commence aussi avec les photographes. Comme il y a aussi un risque avec les forces de l’ordre. Et les casseurs nous repèrent : un photographe bien équipé c’est 10000€. »
Sébastien Ortola, photojournaliste pigiste pour l’Agence Réa, choisit de se laisser « toujours une porte de sortie pour être prêt à partir si ça dégénère » et éviter d’ « être la victime collatérale d’un mouvement » où, question violence, « il y a un sentiment d’impunité ».
« Les forces de l’ordre, je pars du principe qu’elles ne vont pas m’agresser. Même si elles imposent une certaine distance, si j’ai une photo à faire, je la fais. Les casseurs, je les ai photographiés en train de vandaliser du mobilier urbain et des agences bancaires. Quand ils m’ont vu, ils sont venus vers moi et m’ont bousculé. Je n’ai pas fait le fier, je suis parti. Je ne me balade pas avec le brassard pour ne pas être identifié comme cible. De toute façon c’est difficile d’être discret. »
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« Comme je fais de l’escalade, j’ai un casque, poursuit-il. Je mets mes genouillères de roller et ma veste de moto coquée au niveau du dos. Je viens d’acheter une coquille pour l’entre-jambes comme j’ai entendu beaucoup de confrères en parler. Mais je croise les doigts et je mise sur le fait que je ne vais rien recevoir. »
Eloïse Bajou s’est « habituée à faire avec ». Sébastien Ortola est conscient « des blessures qui peuvent être irréparables », mais « une fois sur le terrain [il est] dedans ».
Reporter sans frontière a pointé une montée des violences contre les reporters « extrêmement grave et préoccupante ». Une pétition mise en ligne en janvier a déjà recueilli plus de 10000 signatures. Le Club de la presse de Bordeaux s’inquiète à son tour. Le 17 janvier il a co-signé un courrier adressé au Préfet par l’Observatoire girondin des libertés publiques pour dénoncer « la brutalité et l’illégalité » des pratiques de maintien de l’ordre à l’origine de nombreuses blessures notamment chez les journalistes.
Si tous appréhendent « le jeudi et vendredi », Eloïse Bajou s’est « habituée à faire avec ». Sébastien Ortola est conscient « des blessures qui peuvent être irréparables », mais « une fois sur le terrain [il est] dedans ».
Afin de se préparer aux diverses situations rencontrées en manifestation, il est essentiel de prendre des mesures de prévention et de s'équiper adéquatement. Voici quelques recommandations :
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Il est important de connaître les gestes de premiers secours en cas de blessure lors d'une manifestation :
La question de l'utilisation des flashballs et autres armes de maintien de l'ordre reste un sujet de débat en France. Il est crucial de trouver un équilibre entre la nécessité de maintenir l'ordre public et la protection des libertés individuelles, notamment la liberté de manifester et la liberté de la presse.
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