Cet article se propose d’explorer les rapports fascinants du rituel, du jeu et de la représentation théâtrale, qui s'instaurent à partir du XIXe siècle entre la magie, le spiritisme, et le théâtre d'un côté, le divertissement de l'autre.
Le Ouija, souvent présenté comme un simple jeu, est en réalité un outil d'invocation des esprits qui a fasciné et effrayé des générations. Dans le cinéma d'horreur, il est devenu un symbole puissant de l'exploration du paranormal et des dangers liés à l'ouverture de portes vers l'inconnu.
"Ouija les origines" est le prequel du premier film Ouija afin d'expliquer les origines de l’esprit malsain. On frisonne par moment. On sursaute. La mise en scène n en fait pas trop mais les plans de camera donnent le suspense. La petite possédée est excellente et donne le frisson. Blumhouse les producteurs de insidious, dossier Warren, réussissent encore à nous faire peur avec cet outil d invocation des esprits.
Terme à prendre dans les deux sens tant ce prequel s’avère être d’une part, nettement meilleur que son prédécesseur (!) mais d’autre part également très pauvre en éléments de terreur. Nourri au jump scares, disséminé plus ou moins habilement, Ouija : les origines ne repose que sur la tension induite pour effrayer son spectateur.
Une énième resucée de l'exorciste, mais pour une fois plutôt réussie, plus en tout cas que le premier opus. Le premier épisode était ce qui comptait de plus basique et générique au sein des productions Blumhouse.
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Les règles, vous les connaissez déjà : Ne jamais y jouer seul, ne jamais y jouer dans un cimetière, et toujours dire au revoir! C'est reparti, avec toutes vos mains sur le pointeur de la planche à spiritisme! Esprit de l'au-delà es-tu là ? Allez fais nous un petit signe ?
"Ouija" de Stills White proposait dans sa forme tout en surfant sur le retour en force du spiritisme dans le genre horrifique, une virée nostalgique dans les années 80 et 90 quand les adolescents se faisaient joyeusement défourailler en nombre à longueur de saga par des tueurs en série ("Vendredi 13", "Halloween") ou croquemitaines aux doigts crochus ("Freddy").
Le premier "Ouija" était mauvais, pour la simple et bonne raison que les personnages manquaient d'intérêt, que l'épouvante était faible et que l'ensemble mettait 3 heures à se lancer. Ce volet revenant sur les origines de la saga, loin d'être parfait, a le mérite de corriger les premier et troisième défauts cités plus haut.
Ma grosse frustration, outre la faible utilisation de la religion, a alors été la matérialisation de l'horreur de façon gênante et gentiment flippante mais pas réellement angoissante.
Sur la distribution, d'ordinaire médiocre dans ce genre de film, je dois dire qu'elle est excellente. Bien sûr, Lulu Wilson est celle qui remporte le plus l'adhésion (son regard est terrifiant quand même) mais Annalise Basso et Elizabeth Reaser sont très bien également.
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Les effets de télescopage entre science et mystique façonnent la magie moderne qui semble se jouer avec ironie des grands débats ontologiques caractéristiques de l’époque contemporaine.
En approfondissant les exemples du Pepper’s ghost et du spectacle mentaliste, nous verrons que la création contemporaine témoigne aujourd’hui encore d’une ambiguïté entre le domaine profane du divertissement et le domaine sacré du rituel… ambiguïté qui nous amènera à examiner la nature si particulière du signe magique dans une perspective peircienne, ainsi que celle du jeu distancié chez l’acteur-magicien.
C’est pour résoudre ces conflits - déjouer les esprits tout en se jouant d’eux - que les magiciens modernes imposent la distanciation sur les scènes occidentales, débusquant et démasquant l’illusion dramatique tout en désacralisant le pacte de représentation.
Cette bonne distance entre le domaine sacré et le domaine esthétique se traduit souvent par le rire : nous mettrons en parallèle l’ironie caractéristique de la magie moderne avec un article de Clastres sur le rire chez les indiens Chulupi.
La scène Ouija, à travers son exploration dans le cinéma d'horreur, continue de fasciner et d'interroger notre rapport au spiritisme, à la magie et à l'inconnu. Les films "Ouija", malgré leurs défauts, offrent une réflexion intéressante sur les dangers et les tentations liés à l'ouverture de portes vers un monde que nous ne comprenons pas entièrement.
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