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Quand la Première Guerre mondiale éclate, la France dispose d’une artillerie composée essentiellement de canons de 75 mm, modèle de 1897. Il s’agissait d’un modèle révolutionnaire lors de sa conception.

Le canon de 75 mm : une avancée technologique

Auparavant, l’un des principaux défauts des canons était que le recul dû au tir leur faisait perdre leur ciblage. Il fallait donc entre chaque tir replacer l’arme pour viser l’objectif. Le canon de 75 a cependant été le premier à être équipé d’un frein de recul. Ainsi, il n’est plus nécessaire de le remettre en place entre chaque tir, ce qui permet d’accélérer la cadence.

Les défis de l'approvisionnement en munitions

Au tout début de la guerre, la France disposait de 62 régiments d’artillerie de campagne composés de 3 groupes de 3 batteries de 4 canons de 75 mm (soit 36), sauf les régiments de corps d’armées, qui comptent 4 groupes. En effet, au début de la guerre, la France dispose de 4 900 000 obus, soit environ 1390 par pièce qu’elle peut effectivement déployer.

Cependant, malgré la supériorité stratégique française, l’Allemagne, elle, pouvait rivaliser grâce à ses nombreux effectifs. L’un des premiers sera la pénurie de munitions. La durée inattendue de la guerre conduira à un manque dès octobre 1914. Le canon de 75, en tant que pièce d’artillerie principale de la France sera utilisé tout au long du conflit, malgré ses défauts.

Les limites du canon de 75 mm dans la guerre de tranchées

Dès l’enlisement du conflit et la généralisation des tranchées sur le front de l’ouest, le canon de 75 montre ses limites dans un conflit pour lequel il n’avait pas été conçu. La France a besoin d’une artillerie lourde capable de tirer à très grande distance pour détruire les positions adverses, mais aussi d’une artillerie de tranchée capable d’atteindre les boyaux creusés par l’ennemi. Hors, le canon de 75 est dépassé par l’artillerie lourde allemande et il n’est pas conçu pour être installé dans une tranchée et réaliser des tirs en cloche.

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L'augmentation de la production malgré les difficultés

D’abord, sa production de canons ne permettait pas de répondre à la demande : elle n’était que d’environ 5 canons par jour avant la guerre. La production d’obus de 75 posera également problème. Ces questions sont d’autant plus exacerbées que les matières premières sont difficiles à obtenir. Qu’il s’agisse du cuivre ou des produits chimiques permettant de fabriquer la poudre, la France doit faire face à l’épuisement de ses réserves et aux difficultés de les renouveler, notamment du fait de la guerre sous-marine menée par l’Allemagne qui limite par exemple la possibilité d’importer du nitrate de soude du Chili ou du nitrate d’ammonium de Norvège.

Malgré toutes ces difficultés, la France aura réussi à augmenter sa production, à la fois par la démobilisation et l’envoi sur les sites de production d’hommes aux compétences recherchées, mais aussi grâce au travail des femmes et d’une main d’œuvre venue des différents territoires de l’empire colonial, qui se sont fortement mobilisées tout au long du conflit. La main-d’œuvre féminine à l’usine André Citroën. Le recours à l’industrie privée aura également permis d’augmenter sensiblement la production d’obus, non sans problème.

Les industriels ne disposaient pas forcément de l’équipement idéal pour la fabrication du matériel, puisque jusque-là, seuls les arsenaux étaient habilités, ce qui cause des problèmes de qualité. Par exemple, on constate que les incidents d’explosion du canon, particulièrement craints des artilleurs, sont bien plus courants avec les obus issus de l’industrie privée qu’avec ceux produits avant la guerre (1 pour 500 000 contre 1 pour 5000). En ce qui concerne les canons, il faudra attendre le premier trimestre 1915 pour que les premiers soient produits, au nombre de 4 seulement.

Pour la production d’explosifs, la France développe à vitesse grand V son industrie autrefois dépendante de l’Allemagne, crée des usines, trouve l’outillage nécessaire, convertit la production de laboratoire en production industrielle, réquisitionne les usines allemandes sur le territoire français… Pour les matières premières, elle cherche de nouveaux partenaires étrangers, alors que la demande croissante induit une hausse des coûts. Finalement, à partir de janvier 1918, la guerre sous-marine n’est plus vraiment une préoccupation et la production augmente rapidement.

Cet exemple concernant le seul canon de 75 mm français révèle une réalité souvent méconnue de la Première Guerre mondiale : la production d’armes, de munitions et l’approvisionnement en matières premières sont un axe stratégique majeur pour s’adapter à un conflit d’une ampleur inconnue jusqu’alors.

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L'établissement d'un dépôt de munitions à Châteaudun

C’est au cours de la première guerre mondiale en 1915, que fut décidée par le Commandement la création d’un dépôt de munitions à CHATEAUDUN. Sortant d’usine, les munitions affluent vers les deux groupes de stockage Sud et Nord. A la demande, elles sont expédiées par trains complets sur les armées. Les stocks sont amoncelés sous des abris et des hangars de fortune. La voie ferrée de 60 est le seul moyen de transport assurant la desserte intérieure des magasins. Le personnel de manutention encadré par des artificiers militaires est en grande partie constituée de travailleurs chinois. Les annamites, comme on les appelait, chargent et déchargent les wagons, nuit et jour, sans hâte mais sans trêve.

Avec l’Armistice de 1918, la cessation des hostilités impose une mission nouvelle, celle de conserver et de maintenir en bon état des quantités importantes de munitions de tous calibres. Cet objectif exige une organisation adéquate de l’Établissement. La sécurité des stockages aussi bien que celle du voisinage impose la construction de magasins en dur en remplacement des hangars de bois sans cesse rafistolés. Répondant à des normes bien définies et judicieusement répartis sur les 78 ha de terrain achetés définitivement par l’État à cet effet, ces nouveaux locaux de stockage offrent une sécurité accrue.

Pendant vingt ans, chaque année apportera son lot de réalisations et d’aménagements nouveaux : tels que : ateliers, magasins généraux, salle d’artifices, château d’eau, réseau de distribution avec bouches d’incendie, casernement de la troupe et logement des cadres. Un grand chantier de démolition est installé dans un atelier provisoire situé entre les groupes Nord et Sud pour la démolition des munitions russes, reliquat de la guerre. Sur l’emplacement de ce chantier, en 1924-25 un nouveau groupe de stockage vient s’insérer entre les deux autres, c’est le groupe Centre dit “groupe des poudrières”.

Pour remettre en état les munitions récupérées, on construit un grand atelier en 1926-27 qui prend le nom d’Atelier définitif, il sera principalement utilisé à la remise en état des cartouches de 75mm et des fusées. Un autre atelier moins important implanté au groupe Sud sera utilisé pour la remise en état des obus de gros calibre, du 155 au 240mm. De 1930 à 1939, le groupe Nord se transforme. Pendant ces années, la mission de l’établissement est le stockage, la remise en état et l’approvisionnement des troupes d’Outre-mer et de métropole. Par décret du 6 mai 1933, l’Établissement est classé et le polygone de sécurité adopté.

Au personnel de manutention d’origine chinoise, durant le premier conflit mondial, ont succédé des militaires de la 3ème Compagnie du 4ème Bataillon d’Ouvriers d’Artillerie dont la portion centrale est implantée au Mans. Ce personnel supporte toutes les charges de soutien à l’Établissement : garde, piquet d’incendie, téléphone et renforce le personnel civil dans les groupes de stockage et les ateliers. Les services «munitions» et «infrastructure» sont commandés chacun par un officier. Chacun des trois groupes de stockage est dirigé par un adjudant ou adjudant-chef ayant le titre de “Gardien de batterie”. L’atelier de remise en état et l’atelier « Fer - Bois » sont dirigés par un adjudant-chef ayant le titre de “Maître ouvrier d’Etat”.

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Recrutée non seulement à CHATEAUDUN, mais aussi dans les localités environnantes, la main d’oeuvre de 1’Etablissement atteint en 1939, 200 personnes, cadres, employés et ouvriers réunis. En septembre 1939, une activité fébrile suit l’ordre de mobilisation. Les cadres d’active non - artificiers quittent l’établissement pour être incorporés au 109ème Régiment d’Artillerie Lourde stationné au quartier «KELLERMAN» de CHATEAUDUN. Le personnel civil reste en place. Les réservistes arrivent. Cadres et hommes de troupe encore en “civil” sont, après un contrôle d’incorporation réduit au minimum, habillés par petits groupes. A la cadence de deux à trois trains par jour, les munitions montent vers les armées. Le mécanisme de ravitaillement des troupes en opérations est relancé. Le travail s’organise de jour comme de nuit.

Pour faire face à la menace des bombardements aériens, une grande partie des stocks est acheminée par voie ferrée et camions vers des dépôts de campagne organisés dans la forêt de FRETEVAL au lieu dit “La Gaudinière”. Une compagnie d’artificiers fait mouvement vers ce dépôt de desserrement. Chaque jour, six grands wagons de trente tonnes quittent la zone Sud chargés d’obus de gros calibre (surtout des 240mm) pour la gare de CLOYES où a lieu le transbordement sur camions pour monter les obus dans la forêt. Les munitions sont alors regroupées en petits îlots dispersés en sous bois. Chaque îlot terminé est couvert de tôles peintes de la couleur sol. Le personnel de manutention est renforcé par une compagnie de travailleurs espagnols (Cie n° 100) constituée de prisonniers internés de la guerre civile espagnole.

L'occupation allemande et la destruction du dépôt

Le 15 Juin 1940, la pression allemande s’intensifie. L’entrepôt subit quelques bombardements de l’aviation ennemie. Son évacuation est décidée. Les deux compagnies d’artificiers rejoignent FRETEVAL. Le 17 Juin 1940, les allemands prennent possession du site et aussitôt, l’exploitation commence à leur profit. Les anciens ouvriers français sont réembauchés d’autorité. La KRIEGSMARINE utilise la zone Nord qui se garnit de mines sous-marines alors que la WERHMACHT utilise les deux autres groupes.

En forêt de FRETEVAL, dans le sous-bois humide, des piles d’obus quoique montées sur traverses en bois s’effondrent chaque jour. Les moyens en matériel manquent cruellement. Le travail dans ces conditions y est particulièrement pénible, les personnels difficiles à commander. A CHATEAUDUN, l’occupation allemande s’organise dans le dépôt de munitions comme au terrain d’aviation.

En mai 1944, la préparation du débarquement en Normandie amène les premiers bombardements de l’aviation alliée. Dans la nuit du 3 au 4 mai, un avion bien renseigné attaque les zones de stockage à plusieurs reprises. Le feu et la détonation se communiquent d’un hangar à l’autre; la série d’explosions se prolonge pendant plus de 12 heures consécutives. Le secteur le plus touché est celui de la zone Sud , les dégâts sont considérables. Ces explosions ont causé des dommages très importants aux corps des fermes alentours. Les plus proches du camp furent fortement ébranlés, alors que les dunois étaient réveillés par le bruit sourd des détonations et le crépitement des munitions de la KRIEGSMARINE et de la WERHMACHT. L’église de “La Chapelle du Noyer” dont les paroissiens étaient si fiers fut elle aussi gravement atteinte.

C’est sous la pression de plus en plus forte des alliés, que le 12 août 1944 à 15H00, avant de quitter les lieux, les allemands procèdent à la destruction des dernières installations restées intactes. Une nouvelle série d’explosions secoue la zone mais les dégâts causés aux alentours sont moins importants qu’au mois de mai, les travaux de reconstruction n’ayant pas été entamés. Seule, la toiture de l’église de la Chapelle du Noyer qui avait été consolidée fut de nouveau soulevée aux mêmes endroits.

La reconstruction après la guerre

Après le départ des allemands, on pouvait juger des dégâts occasionnés sur l’infrastructure du site. L’entrepôt est en ruine. La zone Sud n’est plus qu’une succession de profonds cratères autour desquels gît un enchevêtrement indescriptible de tôles, de charpentes métalliques tordues et de voies ferrées arrachées. La zone Centre est presque totalement détruite, une seule poudrière sur les 74 est restée utilisable, et quelques hangars légers subsistent. En zone Nord, les magasins semi-étanches sont moins touchés. Seules les toitures, portes et vitrages ont été détruits.

Le 09 octobre 1944, les américains remettent l’Entrepôt aux autorités françaises, le Lieutenant LACROIX en prend le commandement. Le dépôt reprend vie. Les premières équipes d’anciens ouvriers se rassemblent. Au milieu des cratères et des ruines, le travail s’organise. Les munitions affluent immédiatement depuis les zones de desserrement de la forêt de FRETEVAL. 10 000 tonnes sont déjà présentes sur le site qui prend l’appellation d’Entrepôt de Réserve Générale de Munitions (E.R.G.Mu) placé alors sous le commandement du Service du Matériel dont la direction régionale est implantée à ORLEANS.

L’E.R.G.Mu., que les anciens continuent encore à appeler “le camp de munitions” va renaître de ses cendres et de ses ruines. La tâche de reconstruction est titanesque. L’entrepôt est organisé en « dépôt de campagne » et les stockages réalisés sous des abris de fortune. La totalité des moyens en personnels et matériels est utilisée au nivellement rapide du terrain, à la reconstruction des surfaces couvertes et au tri des munitions récupérées.

Débute alors le recrutement de main d’oeuvre civile embauchée sur place. De 50 ouvriers en 1944, on arrive à 114 personnels civils à l’été 1945. En juillet 1945 est rattaché à l’E.R.G.Mu, un détachement de 50 prisonniers de guerre allemands (PGA) gardés par un groupe de 10 soldats français. L’encadrement de l’E.R.G.Mu est alors de 3 officiers et de 7 sous-officiers. Le dépôt de munitions de BAILLEAU L’EVEQUE au Sud-Ouest de CHARTRES, construit pendant l’occupation allemande est rattaché à l’Entrepôt de CHATEAUDUN.

En octobre 1945, une centaine de PGA sont présents et des sous-officiers sont affectés à l’Établissement pour assurer l’encadrement des équipes de désobusage. Il s’agit tout d’abord de récupérer les munitions éparses présentant un grave danger du fait qu’elles peuvent créer un “relais” explosif’ entre les différents îlots de munitions existant dans l’Entrepôt. L’E.R.G.Mu. a également à sa charge le désobusage du terrain d’aviation de CHATEAUDUN et des communes environnantes.

Le 30 avril 1946, le Colonel RIVET directeur du Matériel de la Région Militaire déclare lors de la réunion des directeurs d’établissement à l’Hôtel des Invalides « L’E.R.G.Mu. Bien que le dépôt présente une certaine insécurité du fait des munitions qui se trouvent encore enfouies dans le sol, les réceptions affluent et de 10000 tonnes stockées au 1er octobre 1944, le tonnage passe à 20 000 tonnes au 1er octobre 1946. En 1947, alors que le tonnage stocké atteint 30 000 tonnes, 4 officiers et 10 sous-officiers encadrent 135 personnels civils et 200 P.G.A.

Face aux réceptions massives de munitions, les magasins détruits ont été remplacés par des hangars en forme de demi-lune, construits en tôles métro. Cette infrastructure s’avère vite largement insuffisante, mais tout manque et surtout les matériaux de construction. L’ensemble du personnel militaire et civil est inquiet face aux incertitudes concernant le dégagement des cadres, la diminution des rations de pain, l’augmentation du coût de la vie. Même dans ces conditions particulièrement difficiles, les rapports des directeurs de l’établissement font apparaître le calme, le courage, l’exemplarité des ouvriers civils. En 1948, les PGA quittent définitivement l’Entrepôt.

Le 05 octobre 1948, est installé en renfort au personnel de l’établissement, un détachement de la 736ème compagnie munitions. L’effectif de l’E.R.G.Mu. est alors de 5 officiers, 13 sous-officiers, 40 soldats et 135 personnels civils. L’infrastructure de l’E.R.G.Mu. est ainsi reconstituée et adaptée aux exigences d’une manutention plus moderne. En 1961, le dépôt de munitions de CERCOTTES à la périphérie d’ORLEANS est rattaché à l’E.R.G.Mu.

Le 12 octobre 1961, la vocation de l’établissement est précisée. La mission de réception, de stockage et de remise en état des cartouches pour armes portatives ainsi que des emballages et accessoires s’y rapportant lui sont confiées. En 1965, pour son cinquantième anniversaire, 1’E.R.G.Mu. Toute trace de ruines a pratiquement disparu. Pour réaliser cette oeuvre débutée en 1941, de nombreuses entreprises locales ou régionales ont apporté leur concours. Des cadres expérimentés et dynamiques formés sur place ou dans les centres d’instruction du Service du Matériel ont dirigé des militaires et des civils aux qualifications et aux aptitudes très variées, constitués en équipes solides et bien soudées. Sept directeurs se sont succédés pour ressusciter, à partir des ruines de 1944, l’E.R.G.Mu.

Le 1er Juillet 1966, une mission importante est confiée à l’E.R.G.Mu. Il s’agit du soutien en munitions des formations stationnées en région parisienne y compris les unités de la gendarmerie, la Garde Républicaine et le corps des sapeurs pompiers de PARIS. L’E.R.G.Mu. Le 1er Juillet 1969, le détachement de...

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