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L'été est à présent en France, ou peu s’en faut ; et nous sommes dans l’hiver. Nous avons vu toute la journée les terres d’Afrique. Le vent est bon et bien froid. Nous courons le Nord-Est, pour attraper l’île de Madagascar, ou de Bourbon, par la pointe du Sud.

Un Regard sur Madagascar au XVIIe Siècle

L’île de Madagascar est une des plus grandes que l’Océan renferme dans son sein. Elle est plus grande que l’Angleterre seule, et détachée de l’Écosse, et de l’Irlande.

Elle est surnommée de Bourbon, parce que sous les auspices du cardinal de Richelieu, et du maréchal de La Meilleraye, auquel Louis XIII en donna la propriété, les Français s’y établirent en 1635, sous le gouvernement de Mr. de Flavacourt, sous le nom duquel a été donnée au public une relation très circonstanciée des mœurs, des coutumes, et du génie des habitants de cette île.

Cette île peut avoir trois cent vingt lieues de long, sur soixante-dix de large. Sa pointe dans le Sud, est par vingt-six degrés, trente minutes, de latitude Sud : et son extrémité dans le Nord-Est, est à onze degrés ; ce qui, à raison de vingt lieues par degré, lui donne cette longueur de trois cent vingt lieues.

Sa largeur du côté de l’Ouest commence, suivant ma carte, à soixante-onze degrés, trente minutes, de longitude du méridien, et finit dans l’Est au quatre-vingtième degré de la même longitude ; ce qui lui donnerait une largeur de cent quatre-vingt-dix lieues : mais, comme elle est située Nord-Est, et Sud-Ouest, quatre fois plus longue que large, je ne lui donne que la largeur de son terrain , et non pas celle des degrés, où ces deux extrémités sont situées ; et les trois degrés et demi que je lui donne de large dans toute sa longueur reviennent à cette largeur de soixante-dix lieues, à la même raison de vingt lieues par degré.

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Si on multiplie sa longueur par sa largeur, on trouvera qu’elle contient vingt-deux mille quatre cents lieues carrées, de quoi l’Angleterre n’approche pas.

Il y a dans cette île plusieurs havres, bons et sûrs, tant dans l’Est, que dans l’Ouest. Le meilleur n’est pas celui où les Français s’étaient établis : ils étaient dans le Sud-Est de l’île ; et le bon est dans le Sud-Ouest.

Ressources Naturelles et Abondance de Gibier

Toute la mer qui borde cette île est pleine de poissons de toutes sortes. Les rivières qui s’y déchargent en sont remplies : le saumon, la truite, le brochet, la carpe, la tanche, la perche, l’anguille d’eau douce et de mer, l’alose, et d’autres que les Européens ne connaissent pas, y sont communs et bons.

Les bois y sont tels que ceux d’Europe, mais plus durs : ils sont liants, et flexibles. Il y en a quantité qui rendent de la poix, et de la rousine : ainsi, on y peut facilement construire des vaisseaux, et même les armer, puisqu’il y a des mines de fer et d’autres métaux.

Les fruits de toutes sortes qui y viennent en abondance, et sans culture, y croissent meilleurs qu’en Europe. Ces bois sont remplis de toutes sortes de gibier, et de bêtes fauves, toutes bonnes à manger.

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Absence d'Animaux Malfaisants

Il n’y croît aucun animal malfaisant, ni lions, ni tigres, ni loups, ni ours, pas même des serpents, ni des lézards. Un printemps, un été, et un automne perpétuels règnent ici : l’hiver seul y est inconnu.

Ils ne sont sujets pendant toute l’année qu’à un vent impétueux, qui dure trois ou quatre jours, et qu’on nomme ouragan. Ils ne cultivent que du maïs, qui est ce que nous appelons en France blé de Turquie : le reste ne leur coûte que la peine de le ramasser à terre, ou de le cueillir aux arbres, où ils montent comme les chats.

C’est de cette île d’où vient la tubéreuse, inconnue en France il n’y a pas plus de cinquante ans. La chasse, et la pêche, y sont abondantes.

Les Inconvénients de l'Île

Après avoir dit ce qu’il y a de bon sur cette île, il faut dire aussi ce qu’il y a de mauvais. On peut en dire ce que les Italiens disent du royaume de Naples, que c’est le paradis terrestre ; mais, qu’il est habité par des diables.

Ce pays est sans contredit un des plus heureux que le soleil éclaire ; mais, les habitants sont les plus perfides, les plus traîtres et les plus cruels de tous les hommes ; supposé que le nom d’homme puisse et doive se donner à qui n’a rien d’humain que la figure.

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La charité, et l’hospitalité leur sont absolument inconnues ; ne connaissant pas même l’humanité, se tuant de sang-froid pour rien. La justice, l’ombre même de la justice y est méprisée.

Plus des trois quarts des Français et d’autres Européens qui y étaient passés, ont été assassinés en trahison par ces peuples féroces : et le reste a été obligé de se retirer dans l’île de Mascarey, à deux cents lieues d’ici dans l’Est, pour éviter leur totale destruction ; ces peuples ne leur permettant ni de semer, ni de recueillir, et tuant à la flèche ceux qui sortaient hors du fort, où ils étaient comme incessamment assiégés.

Origines des Habitants

L’abbé de Choisy croit que ces peu- ples viennent de quelque vaisseau turc, qui se sera perdu au voyage de La Mecque ; et, pour faire échouer ce vaisseau sur cette île, il lui trace un chemin par la mer d’Ormus, et la mer Rouge, en homme savant dans la mappemonde, et très peu instruit des peuples qui habitent les bords de ces mers.

Je ne parle point des bestiaux qui ont multiplié dans l’île, les vaisseaux qui y ont abordé pouvaient en avoir aussi bien que nous qui venons de bien plus loin. Je parle seulement des habitants pris in globo.

Si ce sont gens qui viennent de la secte de Mahomet, ils n’ont pas pu y apporter l’usage des sacrifices sanglants, ni de victimes humaines, qui certainement sont abhorrés parmi les sectateurs de Mahomet, d’Ali, d’Omar, ou des autres qui ont interprété son Alcoran.

Bien loin que ces sacrifices de victimes humaines soient établis dans cet Alcoran, ils y sont détestés ; et je ne me souviens pas que jamais Mahomet, dont j’ai lu la vie, aussi bien que son Alcoran, ait sacrifié qu’un mouton sur la même montagne où les Arabes tiennent par tradition qu’Abraham voulut sacrifier Isaac.

De plus, d’où seraient venus ces vaisseaux ? Ce ne peut point être d’Afrique. Toute la côte de Mozambique, celle d’Ajan, ne connaissent aucune religion. L’Abyssinie n’est point mahométane. Seraient-ils venus du sein persique, ou de l’Arabie heureuse ? Ils se seraient éloignés de La Mecque.

Seraient-ils venus de Turquie ? Les Turcs n’ont jamais rien possédé, et ne possèdent rien encore sur l’Océan. Seraient-ils venus de Perse ? Nullement : puisque les pèlerins de Perse à La Mecque viennent par les caravanes, et traversent les déserts de la Mésopotamie et de l’Arabie.

Le Mogol, le Pégu, le royaume de Siam, celui de Tonkin et la Chine, sont idolâtres, et ne connaissent de Mahomet que son nom. Ainsi, ce ne peut point avoir été des vaisseaux mahométans qui sont venus à Madagascar, dont les habitants ne connaissent nullement Ma- homet, quoiqu’ils professent une espèce de religion qui semble tenir du mahométan ; mais le fondement de cette religion leur est absolument inconnu.

D’où viennent donc ces premiers habitants ? Je ne sais : et si la navigation avait jamais été en usage dans le Mozambique, c’est-à-dire depuis l’empire de Monomotapa jusques au Zanguébar compris, je croirais que ces peuples viendraient de là, et en auraient apporté la férocité ; mais, le trajet de l’un à l’autre est trop long pour avoir cette idée.

Il me suffit de faire voir, contre le sentiment de M. de Choisy, que très certainement ce ne sont point des vaisseaux mahométans qui ont fondé la peuplade. J’ajouterai encore qu’il n’est pas vraisemblable que, depuis sept cents ans au plus que les mahométans vont de si loin en pèlerinage à La Mecque, leur faux prophète n’étant mort que vers le milieu du septième siècle, et les pèlerinages n’ayant commencé que vers le douze, le peu de femmes qu’ils avaient avec eux, aient assez multiplié pour faire un peuple si nombreux : quand même on voudrait supposer, pour gagner du temps, que les vaisseaux qui ont abordé à cette île ont été les premiers, qui, dès le commencement de cette fureur de dévotion, se sont mis à la mer pour aller à La Mecque par un chemin plus prompt et plus aisé, que celui des déserts.

Les habitants de cette île sont en effet si nombreux, malgré leurs fréquents sacrifices humains, et les enfants qu’ils laissent et font périr volontairement, comme je le dirai bientôt que tous ceux qui y ont été, dont il y a deux à bord, et les Français qui en sont sortis pour se retirer à Mascarey, et M.

Si, après ce que je viens de dire au sujet de M. de Choisy, je peux ajouter mes conjectures sur l’origine de ces insulaires, ne pourrait-ce pas être un essaim de ces Amalécites, qui après avoir été vaincus par le peuple d’Israël, furent obligés d’accepter la circoncision, et qui s’étant plusieurs fois révoltés, furent enfin contraints d’abandonner leur pays et de se disperser par toute la terre, comme les Juifs le font au- jourd’hui ?

Ne pourrait-ce pas être encore quelqu’un de ces vaisseaux que Salomon envoyait lui chercher ce précieux or d’Ophir, qu’il destinait à la décoration, et à l’enrichissement du temple qu’il édifiait à Jérusalem à l’honneur de Dieu, suivant le commandement de David son père ?

Lequel or notre armurier, et un marchand natif de Lyon, versé dans la monnaie, et qui passe avec nous, croient être le même métal dont le roi de Siam a envoyé de si beaux vases au Roi.

Ne se peut-il pas que quelqu’un de ces vaisseaux, parti d’Egypte par la mer Rouge, ait été pris vers l’île de Zocotora par un vent de Nord-Est, et qu’il ait été poussé sur celle de Madagascar, où il aura fait naufrage ?

Ne se peut-il pas qu’il y ait eu sur ces vaisseaux des Amalécites secrets et cachés, comme il y a présentement en France une infinité de calvinistes qui paraissent suivre la religion dominante, quoique dans le cœur ils en soient très éloignés ?

Ne se peut-il pas que ces Amalécites fussent de même, et qu’ils se soient replongés dans leur idolâtrie, lorsqu’ils se seront vus assez forts pour ne plus craindre les Juifs ? Ne se peut-il pas que la nécessité de vivre ensemble, et le besoin d’un secours mutuel, les aura obligés de se tolérer les uns les autres ?

Ne se peut-il pas que leurs enfants, par une éducation commune et inculte, aient en même temps sucé les deux religions, et que par la suite des temps ils ne s’en soient fait qu’une ; (si je puis nommer religion un amas confus d’erreurs qu’ils n’entendent, ni les uns, ni les autres) ; qu’ainsi, ils aient retenu la circoncision des Juifs, l’idolâtrie et les sacrifices sanglants des Amalécites, et la perfidie, la cruauté, l’avarice, et l’impureté des deux nations : vices qui leur sont familiers, et qui le sont encore en Syrie, en Palestine, et en Judée, qui sont les pays d’où leurs ancêtres seraient venus ?

Je consens à n’être point cru sur la Judée. Je m’en rapporte à ce qu’en diront ceux des Cordeliers français, qui ont été à Jérusalem. C’est leur ordre qui y a la garde du St. Sépulcre.

Au sujet des sacrifices sanglants, il ne faut pas m’objecter qu’ils étaient en usage parmi les Juifs : à l’égard des bêtes, j’en conviens ; mais, je nie les victimes humaines.

En conclusion, l'absence de lions à Madagascar, combinée avec la richesse de son gibier, offre un contraste frappant avec la perfidie attribuée à ses habitants, soulevant des questions sur l'origine et la nature humaine.

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