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Cet article explore deux thèmes distincts mais fascinants : l'histoire du Cabaret du Chat Noir à Montmartre et les rituels de naissance dans les sociétés musulmanes. D'une part, nous plongerons dans l'ambiance bohème et artistique du Chat Noir, un lieu où l'art et la boisson se rencontraient. D'autre part, nous examinerons les traditions et les pratiques entourant la naissance dans diverses cultures musulmanes.

Le Cabaret du Chat Noir : Naissance d'un Lieu Mythique

Arrivant de Châtellerault, un jeune homme de 21 ans nommé Rodolphe Salis débarque dans la capitale en 1872 avec l’ambition de s’établir comme artiste-peintre. Après des débuts pauvres et difficiles marqués par la création d’une « école iriso-subversive de Chicago », il imagine de créer un endroit dans lequel l’art serait associé à la boisson. Pour ce faire, Salis loue un ancien et minuscule bureau des Postes et Télégraphes. Selon la légende, il aurait recueilli un chat noir famélique miaulant devant la porte pendant les travaux, d’où le nom de son établissement.

Le Cabaret du Chat Noir voit le jour en novembre 1881, au 84 rue de Rochechouard. La veille de l’ouverture, Salis se rend avec une bande d’amis au cabaret La Grande Pinte, avenue Trudaine. Il y fait par hasard la connaissance d’Émile Goudeau et l’invite à son inauguration. Les autres Hydropathes, sans lieu d’attache régulier et tricards au Quartier Latin depuis leurs notables exploits susmentionnés, ne vont pas tarder à rappliquer et adopter la taverne de Salis comme nouveau port d’attache.

Salis eut le flair et l’intelligence de créer un lieu unique, pittoresque, incongru et attachant, très vite identifié au quartier de la Butte Montmartre, et où va bientôt se réunir la fine fleur d’un milieu artistique jeune, bouillonnant et bohème. Peu à peu, tout un folklore chat-noiresque se mettra en place. Un suisse chamarré, couvert d’or de la tête aux pieds, accueillera les clients mais refoulera « les infâmes curés et les militaires ». Insolent comme un reître, un toupet de commissaire, une drôlerie de gavroche, une grandiloquence bouffonne, il ne respectait rien ni personne.

Au Chat Noir, on se trouve dans la jeunesse bruyante, exubérante et incohérente. Dès qu’on entre, on est ahuri par les cris inarticulés des assistants. Si épaisse est l’atmosphère chargée de fumée de tabac, qu’on ne se voit pas à deux pas. Bientôt, la bourgeoisie et même des têtes couronnées en goguette vont venir au Chat Noir pour s’encanailler, tel ce quadragénaire britannique replet et très smart, ex-royal baby de la reine Victoria et futur roi d’Angleterre Édouard VII, qui s’entendit un jour apostropher : « Eh bien, regardez-moi celui-là !

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L'Épopée et l'apogée du Chat Noir

Devant le succès grandissant (et l’annexion de l’horlogerie voisine s’avérant décidément insuffisante), le cabaret devient trop exigu. Pour ce nouveau Chat Noir, il choisit un hôtel particulier jusqu’alors occupé par des peintres, au 12 rue de Laval. Le déménagement se fait en grande procession, le 10 juin 1885, à minuit, à la lueur des torches. Un suisse, hallebarde sur l’épaule, et un gonfalonier portant la bannière du Chat Noir avec la devise « Montjoie-Montmartre » ouvrent solennellement le cortège. Puis vient Salis, habillé en préfet, habit brodé et épée à la ceinture. Salis, « seigneur de Chatnoirville ».

En 86, avec toute la bande du Chat Noir : Somm, Willette, de Sta, Caran d’Ache, on dînait l’été à la terrasse du traiteur qui fait le coin de l’avenue Trudaine et de la rue des Martyrs. Dès qu’on eut emménagé dans le nouvel hôtel, Somm eut l’idée d’installer dans l’atelier du premier étage un guignol. On représenta alors la Berline de l’émigré devant quelques intimes. Puis, Rivière eut l’idée de remplacer le guignol par des ombres chinoises : il fit un tableau, la Rue, qui fut le premier essai dans un genre qu’il devait porter à un si haut perfectionnement.

Salis, convaincu, décide d’affecter la salle des fêtes du deuxième étage pour présenter des pièces en ombres chinoises. Quant à Caran d’Ache, il se remet à l’œuvre dans son atelier de la rue Aumont-Thiéville, non loin de son domicile. Après une importante opération publicitaire, l’envoi d’invitations à de nombreux journalistes et une répétition générale, est donnée le 27 décembre 1886 la première représentation de L’Épopée, impressionnante fresque épique évoquant les campagnes de Napoléon.

Il ne s’agissait pas d’une revue, comme on l’a dit à tort, de marionnettes comme nous en avons déjà vues. Caran d’Ache, le grand metteur en scène de cette primeur, était depuis trois mois à la besogne, et l’on racontait qu’il n’avait pas, pour la circonstance, dessiné moins de 17 000 personnages.

Rituels de Naissance dans les Sociétés Musulmanes

La présente étude s’inscrit dans une problématique comparative que justifie la situation du monde islamique, un ensemble de sociétés fort diverses auxquelles l’islam s’est imposé. Etudiés dans quelques unes d’entre elles, les rituels de naissance mettent en évidence à la fois des similitudes et de grandes divergences. Ces différences et ressemblances résultent-elles des traditions historiques antérieures à l’acquisition de l’islam ? Prolongent-elles des substrats culturels et religieux ? Sont-elles liées aux différentes conceptions qu’ont les diverses écoles religieuses ? La religion musulmane valide-t-elle ces rituels et quel est son impact ? Dicte-t-elle des comportements vis-à-vis du nouveau-né et de son entourage ? Sans pouvoir répondre à tout, on s’efforcera néanmoins de résoudre une partie de ces questions, ce qui permettra de déterminer des ensembles culturels.

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Dans ces rituels complexes, formés de plusieurs éléments aux significations variables, et impliquant la protection et le passage d’un état à un autre, interviennent plusieurs types de sacrifice, celui d’un animal, celui des cheveux, auxquels il faut ajouter, chez certains, la circoncision ; ils sont accomplis soit conjointement soit séparément ; ils sont liés ou non à la dation du nom. Ils ont lieu le septième ou le quarantième jour. Cette étude sur les sacrifices accomplis à la naissance nous portera donc à examiner l’ensemble des rituels mis en place pendant les quarante premiers jours - période où la mère et l’enfant sont considérés comme étant les plus fragiles et dans une situation exceptionnelle - pour analyser les rôles respectifs des divers rituels et leurs interrelations.

Les principaux éléments de ces rituels ne sont pas communs à toutes les sociétés musulmanes et, lorsqu’ils le sont, n’ont pas toujours les mêmes valeurs. Ce sont l’appel à la prière (l’adhân), le frottement du palais du bébé avec une substance sucrée (le taḥnîk), le sacrifice d’un animal, la circoncision, la nomination, la coupe des cheveux, la salaison et deux principaux repères calendaires : celui du septième jour et celui du quarantième jour.

Ces rituels, de même que ceux du mariage ou de la circoncision, ne figurent pas dans le Coran ; il ne faut pas s’en étonner, car celui-ci est un livre révélé et non un ouvrage historique ou un manuel comme l’est, en partie, l’Ancien Testament. En revanche, les traditionnistes mentionnent certains des éléments qui les composent.

La Naissance et les Premiers Jours

Dès sa naissance, le petit enfant est en butte à toutes sortes de difficultés et de dangers. Cette période critique dure au moins sept jours, et souvent quarante jours, pendant lesquels on le protège plus particulièrement contre toutes les influences mauvaises possibles. Un certain nombre de précautions sont prises. Le nouveau-né ne sort pas de la maison, et souvent même de la chambre, avant le septième ou même le quarantième jour après sa naissance. Souvent on ne le lave pas jusqu’au septième jour, mais à sa naissance on lui a passé un chiffon sec sur le corps « pour lui essuyer le sang », puis on l’a enduit d’un corps gras et habillé d’une chemise ou d’un tissu qu’il conservera jusqu’à son premier bain.

Traditionnellement, jusqu’au septième jour après la naissance, l’enfant n’a pas de nom car il est censé rester ignoré des génies si redoutables pour lui. C’est une période où sont fréquemment observés des tabous de vocabulaire et des interdits portant sur le nom de l’enfant. On lui donne provisoirement un nom porte-bonheur et protecteur comme le sont ceux construits sur la racine baraka (bénédiction, prospérité). Ou bien, selon un procédé fréquent pour repousser les jnûn, on le nomme d’un antonyme ; ainsi, chez les Beni Sous du Maroc, on appelle l’enfant « nègre » ishmej.

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Accueil de l’enfant dans la communauté musulmane : adhân

Partout, le premier jour, quelques heures parfois quelques minutes après sa naissance, l’enfant entend l’adhân, « appel à la prière », que l’on murmure dans son oreille droite. Cela peut aussi être la profession de foi, shahâda, suivie de Allâhu akbar « Dieu est le plus grand », comme à Tlemcen. Bien que ce rôle soit le plus souvent tenu par le père, c’est, dans les sociétés où il est éloigné, la sage-femme qâbla « celle qui reçoit [l’enfant] » au Maghreb ou dâya (du persan) au Mashreq et en Égypte, qui murmure l’adhân ; c’est ainsi à Fès et à Rabat, au Moyen-Orient et en Turquie.

Dans les traditions mâlikite et shâficite, l’adhân est prononcé dans l’oreille droite et l’iqâmeh dans l’oreille gauche : en Égypte, en Malaisie ; à Lamu ; chez les Morisques espagnols du xve siècle. Chez les Atchèh de Sumatra, si c’est une fille, le père se limite à el-qâma. Ce premier rite est parfois suivi de l’énoncé de versets du Coran au-dessus de l’enfant par des élèves de l’école coranique (à Sâfî, à Lamu, chez les Morisques espagnols). Ces formules religieuses où sont prononcés les noms d’Allâh et du Prophète sont particulièrement protectrices et constituent de très puissants repoussoirs des jnûn et maux de toutes sortes.

Protections magiques

Elles sont omniprésentes avant, pendant et après la naissance. Il faut protéger l’enfant du mauvais œil, c’est-à-dire du contact physique avec toute autre personne que sa mère et la sage-femme, qui sont, en principe, les seules à ne pas être néfastes ; on protège notamment le bébé de certaines jinniya qui font dépérir les enfants, les enlèvent et les permutent avec d’autres. Il faut par ailleurs purifier le lieu, mais aussi la mère et l’enfant, de la souillure du sang répandu qui attire les jnûn et fragilise la mère et l’enfant.

Tout ce qui intervient dans cette période, les rituels, les fumigations, les objets, plantes, minéraux, placés à coté de l’enfant (sous lui ou sur lui), tout a un but protecteur ; ces objets sont d’autant plus forts que les dangers sont immenses. On utilise ainsi sel, fer, cornes et objets de forme agressive et repoussante, textes du Coran, koḥl autour des yeux et qui, préparé à la maison, contient des plantes protectrices tel le clou de girofle, dans la Qasba à Alger, ou bien du goudron dont on barbouille le nez du nouveau-né comme chez les Awlâd Naïl de Rabat. En Turquie, en Tunisie et dans les Balkans, les objets rouges sont particulièrement efficaces.

Le taḥnîk

Le bébé a droit à des nourritures spéciales qui donnent lieu à un véritable rituel, le taḥnîk, « frottement du palais avec une substance sucrée », souvent juste après qu’il a été essuyé et ses muqueuses nettoyées. Cette pratique antéislamique est toujours d’actualité en Arabie, en Palestine, au Moyen-Orient où la sage-femme frotte le palais du nouveau-né avec de l’huile d’amande et de l’eau de grenade, à Lamu, en Afrique du Nord, au Sahara, en Inde, et chez les Malais, mais avec de sensibles différences ; il semble absent de Turquie. On peut lui attribuer à la fois une valeur de transmission et des fins propitiatoires.

Le terme taḥnîk désigne le fait de frotter le palais avec une datte que l’on a mâchée : c’est déjà la description du rituel. Son ancienneté est prouvée par l’étymologie, ḥanak désigne « le palais mou », d’où ḥanaka « manger des dattes ou autre chose en broyant contre le palais ce qu’on mange ». Chez les Hébreux, qui pratiquaient déjà le rituel avec le miel et le lait, le terme ḥanaka, « mettre quelque chose dans la bouche », signifie aussi, par une métaphore courante où le goût est appliqué à la compréhension, « faire goûter », « comprendre », puis « initier, commencer quelque chose ».

Le miel ou les dattes sont les substances sucrées les plus largement utilisées à la fois pour leur saveur très plaisante et ce qu’elles représentent : elles sont hautement génératives, repoussent les mauvais esprits et marquent le bon accueil. Le rituel a d'abord valeur de transmission, souvent lié à ce titre à un autre rituel : celui de transmettre sa vertu par un jet de salive envoyé dans la bouche de quelqu’un. Ce n’est jamais la mère qui le pratique mais souvent la sage-femme, ou une personne remarquable de l’entourage.

Cette façon de transmettre à l’enfant les vertus d’une personne sainte et pleine de baraka se retrouve dans diverses cultures. Au Sahara occidental, c’est un homme possédant la baraka ou une grande valeur guerrière qui donne à l’enfant le jus de dattes mâchées. Au Mzab, l’enfant absorbe, avant toute nourriture, l’eau avec laquelle a été lavée l’encre des versets du Coran écrits par un ṭâleb. Chez les Aït Hichem de Kabylie, dès que le nouveau-né a été essuyé, les femmes (de la parenté) les plus belles et les plus heureuses s’en approchent et crachent sur lui du sel, du cumin, des graines de navet, de cresson alénois, tous produits hautement protecteurs, mais les qualités de celles qui agissent donnent à l’acte valeur de transmission.

Le taḥnîk a valeur propitiatoire. Il est souvent fait pour que « la bouche soit douce », c’est-à-dire que l’enfant ait toujours de belles paroles ou qu’il ait une vie aussi douce que le sucré qu’on lui donne comme à Tunis. Ailleurs en Tunisie, on le badigeonne avec de l’huile d’olive pour qu’il ait une belle voix et n’ait pas de goitre ; ou d’un mélange de miel et de beurre smen pour qu’il puisse téter plus facilement. À Lamu, la sage-femme frotte les gencives du bébé avec du miel pour que son élocution soit facile. Le rituel se nomme at-talghîja à Fès et Rabat : la sage-femme passe avec son doigt dans la bouche du nouveau-né un peu d’huile sucrée ou mieux de l’huile dans laquelle ont macéré des dattes pour que sa parole soit douce comme l’huile et agréable, sucrée comme la datte, deux produits hautement bénéfiques et de bon augure.

Le taḥnîk a enfin valeur de protection contre les influences malignes. Chez les Atchèh de Sumatra, le premier geste de la sage-femme est de cracher dans la bouche du nouveau-né un mélange protecteur contre les esprits fait de feuilles de bétel, turmeric, noix de bétel, cachou et citron. On ne peut dire si le rituel est indigène ou influencé par un apport extérieur musulman.

Onguents et massages

Ils visent à protéger le bébé, à raffermir sa peau et s’accompagnent toujours de manipulations sur telle ou telle partie du corps qui doivent influer sur son devenir psychologique et physique, selon un raisonnement de magie sympathique.

Après que la sage-femme l’a essuyé, le nouveau-né est enduit, plusieurs jours de suite, d’un corps gras, qui a toujours une valeur protectrice. À Fès, c’est de l’huile d’olive pure ou parfumée au girofle dont le parfum est de bon augure ou de l’huile avec du henné, plante du paradis pleine de baraka ; chez les Zaer, près de Rabat, on enduit l’enfant de beurre fondu. Dans la région constanti noise et les Hauts Plateaux algériens, on l’enduit d’huile ou de beurre fondu et le saupoudre de tanin dbagh. Mais là ne s’arrêtent pas les soins donnés par la sage-femme. Chez les Kabyles Aït Hichem, elle fait ainsi subir à l’enfant une série de manipulations qui ont valeurs propitiatoire et apotropaïque ; elle lui masse la tête et les oreilles pour qu’il soit éveillé et lui tire le nez pour que grandisse en lui le sentiment de l’honneur (nnif).

Ibn Khaldûn, au xive siècle, décrit et explique ces mêmes pratiques de façon « scientifique ». « Comme les os de l’enfant sont encore mous et flexibles à cause de leur récente formation et du peu de consistance de la matière qui les compose, et comme l’enfant pourrait se déformer ou disloquer ses membres en sortant de ce passage étroit, la sage-femme les masse (ghamaza, palper) et redresse les membres jusqu’à ce qu’ils reprennent leur forme naturelle et la position normale… Elle oint (marakha) ses membres...

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