L'usage du "Flash-Ball" reste très controversé en France. Plus communément appelés "Flash-Ball", du nom d'une marque de LBD, ces fusils d'épaule à un coup projettent des balles semi-rigides de calibre 40 mm.
Depuis le début du mouvement des gilets jaunes, les blessures par LBD et d'autres violences policières présumées ont abouti à 48 saisines de l'IGPN, la police des polices. Multiples fractures, œil crevé, points de suture...
Constant Deniaux, 43 ans, affirme avoir été touché par un tir de LBD alors qu'il participait "en observateur" à un barrage filtrant le 8 décembre à Caen : "J'ai eu une fracture sous l'œil au niveau du plancher orbital, le nez fracturé à trois endroits et 25 points de suture."
Dans le Sud-Ouest, un Oléronnais de 41 ans a perdu son œil droit lors de l’acte IV de la mobilisation des gilets jaunes à Bordeaux le 8 décembre suite à ce qu'il dit être un tir de Flash-Ball. Une étudiante de 18 ans a également été touchée en plein visage par un tir de LBD à Biarritz dix jours plus tard, en marge des manifestations autour du G7.
"Choquées" par ces incidents, quelque 200 personnalités, dont plusieurs députés de gauche, ont appelé début décembre à interdire "immédiatement" l'usage de ces fusils. En janvier 2018, le Défenseur des droits Jacques Toubon avait déjà plaidé pour leur retrait.
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Mais face à la polémique, les autorités continuent de défendre une arme non létale dont l'usage est réglementé. L'utilisation du LBD "s'appuie sur un cadre légal précis", affirme une source policière, évoquant notamment des formations obligatoires et l'obtention d'un certificat d'aptitude.
"Le LBD est une arme intermédiaire, utilisée pour stopper des manifestants et arrêter les individus dangereux ou agressifs envers la police", affirme Jean-Louis Courtois, expert en armes auprès de la Cour d'appel de Paris.
"C'est le matériel le plus adapté avant l'utilisation létale d'une arme à feu. Le retrait de ce type de matériel mettrait en danger les fonctionnaires de police : c'est un mal nécessaire". Jean-Louis Courtois
Le Ministère de l'Intérieur va acquérir 1280 nouveaux modèles.
Pour Vincent Denis, maître de conférences en histoire moderne à La Sorbonne et spécialiste de la police, l'utilisation des LBD à partir de la fin des années 90 a toutefois marqué "un tournant" car "la doctrine du maintien de l'ordre depuis 1945 était de ne pas tirer sur les manifestants". "La police surfe sur un seuil de tolérance plus élevé qu'autrefois", affirme-t-il.
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Pour l'heure, les autorités ont eu gain de cause sur le plan judiciaire : la Cour européenne des droits de l'Homme a rejeté le 18 décembre une requête de manifestants blessés par des tirs de LBD.
Ce mercredi matin 26 juin 2024, le maire de Toulouse a annoncé que la police municipale serait équipée de 25 LBD, les lanceurs de balles de défense jadis appelés flash-balls.
Pour Emilion Esnault, adjoint au maire en charge de la sécurité, cette mesure est justifiée. "On a pris la décision d’équiper les policiers municipaux toulousains de LBD, (Lanceur de Balles de Défense). Ils sont de plus en plus confrontés à une délinquance dure, une réalité difficile. Ils sont primo intervenants, c’est-à-dire les premiers sur le terrain, face à la même délinquance de voie publique que la police nationale.
Selon Emilion Esnault, Toulouse n'est pas la première ville à doter sa police municipale de LBD. "C’est un dispositif que les policiers municipaux peuvent utiliser en France. D’autres villes le font : Marseille, Lyon et de mémoire, Nantes également. C’est un complément que l’on souhaitait, car la délinquance évolue. C’est une arme collective, il n'y aura pas forcément un LBD par agent mais par équipage.
Selon l'élu en charge de la sécurité, ces LBD seraient différents de ceux qui équipent les policiers nationaux. Un argument que réfute Pascal Gassiot de l'Observatoire des Pratiques Policières. "C’est hallucinant. Le LBD pose un vrai problème. C'est présenté comme arme non létale, donc c'est open bar. Mais même si les balles sont moins dures, elles sont projetées à 330 km/h, ce n'est pas rien! Normalement il doit y avoir un superviseur qui accompagne le tireur. L’usage doit être proportionné. Policiers et gendarmes l'utilisent comme une arme offensive alors que c'est une arme défensive comme son nom l'indique, utilisée en cas d’encerclement, de vie en danger, pour se dégager. Dans les mains de policiers nationaux plus ou moins formés, il y a eu des fractures faciales, des mutilations, des éborgnements.
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Ce type d'arme est apparu dans les années 70 en Irlande. Ces munitions en caoutchouc ont été massivement utilisées par l’armée britannique face à l'IRA. En France, Nicolas Sarkosy alors Ministre de l'Intérieur en 2002 a décidé d'équiper les policiers de proximité des quartiers sensibles de flash-balls capables de lancer ces balles à grande vitesse. C'était déjà le cas pour la brigade anticriminalité (BAC) depuis 1996. Dans les faits, le LBD (nom générique) a progressivement remplacé le flash-ball, sans pour autant limiter le nombre d’accidents. En 2024, la ville de Belfort a permis à ses policiers municipaux de les utiliser.
Manifestants ou observateurs braquent leur smartphone sur les forces de l'ordre depuis la crise des Gilets jaunes. Des flots d'images chocs se déversent sur les réseaux sociaux. Le but ? Une guerre sans merci où manifestants et quidam exhibent leur téléphone portable, à l'affût de la photo choc, du cliché qui fera exploser la machine à buzz sur les réseaux sociaux. Certains accrochent carrément leur caméra go-pro sur la poitrine traquant une matraque qui se lève ou un tir de lanceur de balles.
«Les gens filment comme s'ils étaient au spectacle, observe un policier membre d'une unité d'intervention. On en a pleinement conscience mais nous restons concentrés sur nos missions. On est filmés en permanence et on sait que ces images peuvent être utilisées contre nous».
Depuis le 17 novembre, début du mouvement des Gilets jaunes en France, de nombreuses photos ou vidéos alimentent la Toile faisant naître des soupçons de présumées violences policières ou de bavures au cœur de ces émeutes.
Dans le sillage des interpellations polémiques de Mantes- la-Jolie où une centaine de lycéens ont été contraints de s'agenouiller, mains derrière le dos, après des incidents, les manifestations virent à l'obsession malsaine où la quête du spectaculaire, dans un contexte de guérilla urbaine, l'emporte sur la raison. Au profit d'une culture de l'émotion libérant tous les fantasmes.
Lors d'une manifestation de lycéens, aux abords du quartier Saint-Cyprien, une adolescente a été interpellée par les policiers de la sécurité publique, au milieu des jets de bombe lacrymogène. «Allez-y, filmez ! filmez !» crie-t-elle face aux paparazzis de la rue, s'estimant victime d'une arrestation arbitraire.
Dans de nombreux cas, les smartphones sont orientés vers les forces de l'ordre par des observateurs aux aguets. Pour garder une trace, témoigner sur internet ou partager le cliché au sein de leur communauté virtuelle.
«Les tirs de flash-ball et l'utilisation systématique d'armes de ce type sont condamnables et témoignent d'une volonté explicite de blesser», a déclaré dernièrement, Jean-François Mignard, secrétaire général de la Ligue des droits de l'Homme, à Toulouse.
L'affaire des deux manifestants blessés à un œil, le 1er et le 29 décembre, lors des rassemblements de Gilets jaunes s'inscrit-elle dans cette volonté de «blesser», décriée par les Gilets jaunes eux-mêmes et dénoncée par de nombreuses associations ? Deux enquêtes sont en cours. À ce jour, rien n'indique encore que les deux victimes ont été visées volontairement par des lanceurs de balles de défense (LBD).
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