L'armée de terre américaine (US Army) est engagée dans une transformation profonde de ses équipements et de ses munitions, marquant une rupture avec les standards précédents et visant à moderniser ses capacités face aux défis futurs. Cette modernisation passe par l'adoption de nouveaux calibres, le développement de chars de combat plus performants et l'intégration de technologies avancées.
La décision récente de l’armée américaine de changer son calibre de base pour adopter le 6,8 × 51 mm vient chambouler la standardisation de l'OTAN, où la cartouche SS109, en calibre 5,56 × 45 mm OTAN, est un pilier de l’interopérabilité de l’Alliance depuis le début des années 1980.
Le fusil XM‑7, et avec lui la mitrailleuse XM‑250, tous deux proposés par Sig Sauer en réponse au programme Next generation squad weapon (NGSW) et adoptés par l’US Army en 2022, marquent une rupture brutale avec les précédentes générations d’armes légères d’infanterie utilisées par les armées américaines : ces deux nouvelles armes ne seront pas chambrées en 5,56 mm OTAN, mais en 6,8 × 51 mm.
En 2022, l’armée américaine a fait un grand pas en avant en choisissant un nouveau fusil pour remplacer le M4, en service depuis le milieu des années 80. Ce changement s’inscrit dans le programme Next Generation Squad Weapon (NGSW), lancé en 2017.
En 2022, le Pentagone fit savoir qu’il avait retenu Sig Sauer pour remplacer les carabines M4 et les fusils d’assaut M16 ainsi que les mitrailleuses M249 de l’US Army, dans le cadre du programme NGSW [Next Generation Squad Weapon], lancé cinq ans plus tôt. L’objectif était donc de mettre au point deux nouvelles armes, à savoir le XM-7 [ex-NGSW « Rifle »] et le XM-250 [ex-NGSW « Automatic Rifle »], censées avoir une précision et une létalité accrues, tout en étant plus silencieuses. Pour cela, il fut décidé que ces nouvelles armes utiliseraient des cartouches de 6,8 x 51 mm… alors que le calibre 5,56 x 45 mm est la norme pour les fusils d’assaut en service au sein de l’Otan.
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L’entreprise allemande SIG Sauer a décroché un contrat de plus de 5 milliards de dollars pour remplacer non seulement les M4, mais aussi les fusils d’assaut M16 et les mitrailleuses M249. Cinq ans plus tard, à l’issue d’un processus d’essais méticuleux, le contrat pour les deux armes fut attribué à SIG Sauer USA, pour la livraison d’au moins 107 000 fusils d’assaut XM7, ainsi que de 13 000 mitrailleuses d’infanterie XM250. La société Vortex Optic, quant à elle, remporta le contrat pour la fourniture de 250 000 optiques de visée intelligentes XM157, pour un montant de 2,7 Md$. Le modèle XM5 a été rebaptisé XM7 pour prendre la place du M4, tandis que la mitrailleuse M249 sera remplacée par la SIG MG 6.8 mm, qui porte désormais le nom de XM250. La munition Fury sera utilisée par ces deux nouvelles armes.
Déjà expérimentées par une section de la célèbre 101ᵉ division aéroportée, les nouvelles armes d’infanterie de l’US Army, le fusil d’assaut XM7 et la mitrailleuse XM250, commenceront à équiper les unités de cette division d’élite dès le deuxième trimestre de l’année 2024.
L’US Army justifia ce choix en expliquant que le calibre de 5,56 x 45 mm, qui est la norme pour les fusils d’assaut au sein de l’Otan, risquait de ne « plus être efficace face à des gilets pare-balles vendus pour 250 dollars ». Pour justifier ce choix, l’US Army fit valoir que de telles munitions offriraient une « capacité de pénétration supérieure ainsi qu’une meilleure précision ». Les « munitions de 5,56 mm risquent de ne plus être efficaces face à des gilets pare-balles vendus pour 250 dollars », avait-elle insisté.
La nouvelle munition de 6.8 mm retenue par l’US Army, a été conçue pour avoir un pouvoir de pénétration très supérieur à celui du 5,56 OTAN. Ainsi, lors des essais, cette munition a été capable de détruire les cylindres cibles employés, là où la munition OTAN ne faisait que l’endommager, sans parvenir à la traverser, encore moins à la détruire. Conçus pour répondre aux évolutions constatées et anticipées des contraintes d’engagement des forces terrestres, ces nouvelles armes, leur munition de 6,8 mm, et la nouvelle optique de visée intelligente XM157 qui les équipe, doivent permettre aux forces d’infanterie américaine de conserver l’avantage face à leurs adversaires potentiels.
Quant à la munition, commune aux deux armes, il s’agira de la Fury de 6,8 x 51 mm proposée par SIG, également désignée par son calibre de 0.277 pouce. La nouvelle munition Fury est conçue pour contenir plus de poudre et supporter une pression de 80 000 psi. Avec une vitesse initiale d’environ 900 m/s, elle développe une énergie de 3 600 joules avec un tube de 40,64 cm.
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Ce changement va marquer aussi une rupture avec le reste de l’OTAN qui continuera à s’approvisionner en 5,56 mm, du moins tant que ces pays ne feront pas le choix de de ce nouveau calibre. Ce constat étant posé, quelles sont les conséquences concrètes d’une rupture de standard ? Dans un second temps, le nouveau calibre américain va-t‑il devenir un calibre OTAN ?
La décision d’homogénéiser les équipements et armements des pays membres de l’OTAN, via les STANAG, a pour but d’accroître l’interopérabilité des armées et de faciliter la logistique, tout en renforçant les différentes bases industrielles de défense. Elle a aussi contribué à une culture opérationnelle commune, facilitant les opérations multinationales, fluidifiant la communication et les échanges interalliés.
Le poids politique des Américains, à la fois au sein de l’OTAN et sur la scène internationale, est tel qu’ils peuvent se permettre de faire cavalier seul avec un nouveau calibre, au risque d’être en décalage avec leurs alliés. Cependant, de manière assez évidente, ce défaut d’interopérabilité vulnérabilise plus le reste de l’Alliance que les Américains, étant donné la densité de leur industrie et de leur logistique.
En réalité, le décalage entre les États-Unis et le reste de l’OTAN est inévitable : aucune transition de cette échelle n’aurait pu se faire d’un seul mouvement, avec 32 pays troquant de concert leurs anciens fusils pour de nouveaux. En 2016, la France a lancé auprès de Heckler & Koch l’acquisition de l’Arme individuelle future (AIF), un HK416 chambré en 5,56 mm OTAN, alors que le FAMAS approchait les 40 années de service. Avec le basculement américain opéré six ans plus tard, on peut être tenté de penser que le HK416 ne nous emmènera pas jusqu’en 2050 et que le gâchis d’argent public nous guette. Ce qui vaut également pour plusieurs autres pays membres de l’Alliance ayant investi récemment dans des programmes d’armement similaires.
Alors que l’Otan a dit vouloir une applications plus strictes de ses normes en matière de production de munitions - en particulier pour les obus d’artillerie de 155 mm - afin de garantir l’interopérabilité entre États membres, le choix de l’US Army interroge… à moins que d’autres forces armées de l’Alliance ne décident également d’adopter le calibre 6,8 x 51 mm.
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Lors de l’édition 2024 du salon de l’armement aéroterrestre EuroSatory, Ron Cohen, le PDG de Sig Sauer, a confié que ce calibre « pourrait susciter un plus grand intérêt de la part d’autres pays de l’Otan ». A priori, rapporte Army Recognition, le 6,8 x 51 mm serait sur le point d’être adopté par plusieurs « pays nordiques ». « La transition vers les munitions hybrides 6,8 x 51 mm s’inscrit dans une vision plus large de modernisation des forces armées des pays nordiques. Cette initiative pourrait inspirer d’autres pays membres de l’Otan à suivre la même voie, renforçant ainsi la cohésion et la puissance de l’Alliance », écrit le site spécialisé, en se basant sur des déclarations de dirigeants de Sig Sauer.
En France, le choix de l’US Army en faveur du calibre 6,8 x 51 mm avait été analysé dans un rapport parlementaire publié en septembre 2020. « Ce qui se passe aux États-Unis en matière de développement de nouveaux calibres doit retenir toute notre attention », avait prévenu Jean-Pierre Curbertafon, alors député. Aussi, avait poursuivi M. Cubertafon, « ce standard pourrait devenir le standard européen et le marché des munitions de petit calibre évoluer », avec, pour la France, la nécessité d’adopter, à terme, des fusils d’assaut compatibles avec des munitions de 6,8 x 51 mm… qu’aucun pays en Europe ne produit. « Nous serions [alors] complètement dépendants des États-Unis », avait-il prévenu. Sauf à conserver le 5.56 mm et, par conséquent, et « à [ne] plus être interopérables avec nos alliés américains et à être en retard d’une guerre sur le plan technologique ».
Quoi qu’il en soit, Sig Sauer obtint un premier contrat d’une valeur de 20,4 millions de dollars afin de permettre à l’US Army de disposer de suffisamment de fusils XM7 et XM250 pour effectuer des évaluations technico-opérationnelles. Évaluations qui débutèrent en 2023, au sein du 75e régiment de Rangers et de la 101e division aéroportée.
Doug Bush, secrétaire adjoint de l’US Army chargé des acquisitions, reste optimiste et pense que SIG Sauer saura régler ces petits soucis : « Les premiers retours sont très positifs quant à la capacité de notre partenaire Sig Sauer à fabriquer les armes et à résoudre certains petits problèmes ».
En dépit de ces petits accros, les soldats ayant testé le nouveau fusil expriment leur satisfaction après leurs premiers tirs avec le XM7. Un sous-officier n’a pas manqué de comparer ce transition technologique au passage « d’un téléphone à clapet Nokia à un iPhone ».
Cependant, selon le dernier rapport que le Directeur des tests opérationnels et des évaluations du Pentagone [DOT&E] vient de publier, le fusil XM7, associé au système de contrôle de tir XM157, lequel est doté de plusieurs fonctionnalités [optique à grossissement variable, télémètre laser, calculateur balistique, réalité augmentée, etc.], connaît des problèmes de fiabilité. « Il y a une faible probabilité pour que le XM7 équipé du XM157 puisse terminer une période de 72 heures de mission en temps de guerre sans subir une défaillance critique », avance le DOT&E.
En outre, les soldats ont estimé que la facilité d’utilisation de ce système de contrôle de tir, conçu par l’entreprise Vortex, était « moyenne ».
En attendant, d’autres tests sont prévus pour cette année. Ils consisteront à valider le fonctionnement du XM7 dans des environnements tropicaux et chauds.
Après plus de 30 ans de domination, le char américain Abrams n’évolue plus par petites touches. La livraison anticipée du premier prototype a surpris jusqu’au Pentagone. Lorsque l’US Army annonce fin 2025 avoir pris possession du premier prototype du M1E3, le message est limpide. Ce char n’était pas attendu avant fin 2026. Il arrive près d’un an plus tôt, entièrement assemblé, fonctionnel, prêt à être évalué. Une accélération industrielle rare dans le domaine des blindés lourds. Cette livraison rapide enterre définitivement le programme M1A2 SEPv4, pourtant annoncé comme la prochaine évolution de l’Abrams. Washington a jugé que moderniser l’existant ne suffisait plus.
Le programme SEPv4 devait corriger les limites du M1A2. Mais à force d’ajouts successifs, l’Abrams avait atteint un plafond critique. Plus de 70 tonnes, une logistique lourde, une signature thermique élevée et une dépendance massive au soutien arrière. L’US Army a tranché : continuer à alourdir le char était une impasse. Le M1E3 prend donc le contre-pied. Moins massif, plus modulaire, il repose sur une philosophie proche de celle observée sur le T-14 Armata russe, sans en reprendre les faiblesses industrielles.
Le M1E3 est conçu dès l’origine pour opérer dans un environnement multi-domaine. Il ne combat plus seul. Il échange des données en temps réel avec l’infanterie, les drones, l’artillerie et l’aviation. Parmi les évolutions majeures attendues, citons une motorisation hybride pour réduire la signature thermique et la consommation, une architecture numérique ouverte évolutive sur plusieurs décennies, une IA embarquée pour l’aide à la décision et la gestion des menaces. Le char sera connecté nativement aux drones de reconnaissance et aux munitions rôdeuses.
Le char devient ainsi une plateforme intelligente, capable d’anticiper plutôt que de subir. Autre symbole fort : le chargement automatique. L’armée américaine abandonne enfin le chargeur humain, un tabou vieux de plusieurs décennies. Résultat : équipage réduit, silhouette plus compacte, cadence de tir plus régulière.
Le nouveau canon reste classifié, mais tout indique qu’il sera compatible avec des obus intelligents à trajectoire optimisée, des missiles antichars tirés depuis le tube et des munitions capables de manœuvrer en phase terminale. Certaines sources évoquent même des projectiles à vitesse hypersonique, sans confirmation officielle.
Les images venues d’Ukraine ont traumatisé les états-majors occidentaux. Des chars détruits par des drones bon marché, frappés par le haut, là où le blindage était le plus faible. Le M1E3 intègre ces leçons : protection active anti-missiles et anti-drones, blindage modulaire facilement remplaçable, réduction de la signature électromagnétique, masquage thermique pour échapper aux capteurs infrarouges. L’objectif n’est plus d’être indestructible, mais d’éviter d’être détecté, puis d’intercepter la menace avant impact.
Avec un poids estimé autour de 60 tonnes, le M1E3 retrouve une mobilité stratégique perdue depuis longtemps. C’est un point clé pour l’armée américaine, qui doit projeter ses forces rapidement, notamment en Europe de l’Est et dans le Pacifique. Un char plus léger permet un transport aérien facilité, le franchissement d’infrastructures civiles, et un déploiement plus rapide sur théâtre.
L’US Army modernise également ses munitions de char, avec le développement de l’obus M1147 AMP (Advanced Multi-Purpose) et le système XM204 de façonnage de terrain.
En 2017, le Pentagone a notifié un contrat de développement à Orbital ATK [devenu depuis Northrop Grumman Innovations Systems] au titre du programme AMP [Advanced Multi-Purpose]. Les travaux furent menés rapidement puisque, en 2021, l’US Army put commencer les essais de cette nouvelle munition polyvalente, désignée M1147 AMP sur le champ de tir de Yuma [Arizona].
Ce nouvel obus repose sur l’utilisation d’un détonateur programmable « multimode », lequel permet de sélectionner les effets que l’équipage d’un M1A2 Abrams souhaite obtenir [détonation immédiate, détonation programmable et mode « airburst »]. Cela étant, peu de précisions ont été données à son sujet, si ce n’est que sa portée est comprise entre 50 et 2 000 mètres et que vitesse initiale est de 1 150 m/s.
Les différentes campagnes d’essais et d’évaluation ont donné satisfaction puisque, le 17 janvier, l’armée américaine a fait savoir que son Joint Program Executive Officer for Armaments & Ammunition [JPEO A&A] venait d’approuver la production à plein régime de la M1147 AMP. « Cette décision est essentielle pour répondre à nos besoins en munitions ainsi qu’à ceux exprimés par nos partenaires internationaux », a-t-elle souligné. Le « remplacement de quatre types d’obus par un seul augmente l’efficacité logistique, simplifie la charge de base de l’Abrams et résout les problèmes de vieillissement des stocks », a encore fait valoir l’US Army.
Le XM204, une munition de façonnement de terrain, vient d’être validé pour un déploiement stratégique en Europe par l’armée américaine, illustrant la modernisation des armes. Conçu dans le cadre du programme Terrain Shaping Obstacles avec Textron Systems, ce système innovant vise à neutraliser, de loin et par le dessus, les véhicules blindés ennemis.
Le XM204 se démarque avec son système sophistiqué anti-véhicule basé sur une technologies émergentes de capteurs intégrés dans une fusée. Chaque module, pesant 38 kilogrammes, utilise un lanceur pour disperser des sous-munitions capables d’identifier et de cibler les véhicules adverses grâce à des capteurs sismiques, acoustiques, radar et infrarouges. Avec un rayon de frappe de 50 mètres par module, on peut couvrir jusqu’à 8 000 m² de terrain en combinant plusieurs modules.
Les tests effectués au Yuma Proving Ground en Arizona ont confirmé l’efficacité du XM204 contre les chars T-72. Selon The Defense Post, le XM204 doit être déployé dès l’automne 2025 par le 2e régiment de cavalerie basé à Vilseck, en Allemagne. Ce régiment, connu comme l’une des unités de cavalerie les plus anciennes en service continu, tient une place importante au sein de l’OTAN.
La sécurité étant un point majeur, le système se programme avec des minuteries d’autodestruction réglables sur 4 heures, 48 heures ou 15 jours. Il dispose aussi de fonctions anti-sabotage, d’indicateurs visuels (armé/sûr) et d’un délai d’armement sécurisé de 30 minutes.
Le principal atout du XM204 est de pouvoir façonner le terrain en permettant de bloquer, immobiliser, perturber ou détourner les forces ennemies tout en protégeant les soldats américains à distance.
| Armement/Munition | Calibre/Type | Programme | Fabricant | Caractéristiques Principales |
|---|---|---|---|---|
| Fusil XM7 | 6.8 x 51 mm | NGSW | SIG Sauer | Précision accrue, létalité améliorée, système de visée XM157 |
| Mitrailleuse XM250 | 6.8 x 51 mm | NGSW | SIG Sauer | Remplacement de la M249, puissance de feu supérieure |
| Munition Fury | 6.8 x 51 mm | NGSW | SIG Sauer | Pénétration supérieure, énergie de 3 600 joules |
| Char M1E3 Abrams | Canon compatible avec obus intelligents | M1E3 | General Dynamics Land Systems | Motorisation hybride, architecture ouverte, protection active |
| Obus M1147 AMP | 120 mm | AMP | Northrop Grumman Innovations Systems | Polyvalent, détonateur programmable, portée de 50 à 2 000 mètres |
| Système XM204 | Façonnage de terrain | Terrain Shaping Obstacles | Textron Systems | Neutralisation à distance de véhicules blindés, capteurs intégrés |
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