Les États-Unis sont confrontés à une crise de violence armée, avec des tueries de masse qui endeuillent régulièrement le pays. La Californie, malgré ses lois strictes en matière de contrôle des armes à feu, n'est pas épargnée par ce phénomène.
En 2025, plus de 13 000 personnes ont été tuées par arme à feu aux États-Unis, selon les chiffres de l'ONG Gun Violence Archive. Ces données comptabilisent les homicides, les accidents, les suicides et les cas de légitime défense. En 2024, ce chiffre s'élevait à plus de 16 700 personnes tuées par arme à feu.
Il est frappant d'observer la disproportion entre le traitement du terrorisme, de la drogue ou du sida, d'une part, et la passivité envers le fléau des armes, d'autre part. Pourtant ce dernier fait beaucoup plus de victimes. En 1986, par exemple, il y a eu 20 personnes victimes d'actes terroristes aux Etats-Unis et 508 morts par overdose, mais près de 10 000 décès par arme à feu.
Le site USA FACTS propose de très nombreuses statistiques sur de nombreux sujets. Sans explication, il est difficile de tirer des conclusions sur la répartition par âge, mais l’on voit bien que la tranche 20-34 est en très forte progression. Non, « métro » ne signifie pas que les morts ont eu lieu dans le métro ;), mais dans les grandes villes par opposition à la campagne.
Il y a 0,15 mort par balle en France pour 100.000 habitants, contre 4,5 pour aux États-Unis.
Lire aussi: Évolution du nombre de licenciés en France
La Californie a la réputation d’être l’État américain “le plus sévère en matière de contrôle des armes à feu”, souligne The Washington Post. Pour acquérir et posséder une arme, les Californiens doivent en effet “se plier à tout un patchwork législatif”, qui inclut de “stricts contrôles des antécédents des acheteurs et une période de latence de dix jours entre la commande et la livraison d’une arme”. C’est aussi l’un des rares États américains à interdire les armes d’assaut de type militaire.
Seuls “huit États, plus la capitale fédérale, Washington, interdisent la vente de ce genre d’armes”, rappelle le quotidien. Enfin, en 2016, la Californie a été pionnière en votant la loi dite des red flag - ou signes avant-coureurs -, qui permet “aux autorités de saisir les armes d’un individu considéré comme posant un danger pour autrui ou pour lui-même”.
Mais la tragédie du samedi 21 janvier, où un homme a ouvert le feu dans une discothèque de Monterey Park, faisant dix morts et dix blessés au beau milieu des festivités pour le Nouvel An lunaire, montre bien que même la législation la plus stricte ne peut réussir à “prévenir la violence par armes à feu dans un pays où la possession d’armes est considérée comme un droit constitutionnel”, relève le journal.
Qui plus est, “les armes à feu circulent librement entre les États, qui appliquent des régulations on ne peut plus différentes”, rappelle le Washington Post, en soulignant néanmoins que les problèmes liés à la violence par armes à feu en Californie sont moindres que ceux rencontrés dans les autres États.
Grâce à ses lois restrictives, la Californie présente en effet “un des taux de mortalité par armes à feu les plus bas du pays”, note le quotidien. Elle se classait ainsi au septième rang des États américains en 2020, avec 8,5 morts par armes à feu pour 100 000 habitants ; contre 17,7 morts par armes à feu pour 100 000 habitants dans l’État de Géorgie, par exemple.
Lire aussi: Fonctionnement des cartouches de fusil à pompe
Le taux de mortalité par armes à feu le plus élevé en 2020 était détenu par “le Mississippi, qui a enregistré un taux de 28,6 morts […] pour 100 000 habitants”, rappelle le journal.
Le Public Policy Institute of California, un think tank qui étudie la portée de politiques publiques dans l’État californien, souligne également que la probabilité pour les Californiens de trouver la mort dans une fusillade de masse est moins élevée que la moyenne aux États-Unis. Et le think tank californien de mettre en avant cette statistique frappante : “Comparés aux citoyens des autres États, les Californiens ont 25 % de risque en moins de mourir dans un massacre de masse.”
Voici un tableau comparatif des taux de mortalité par arme à feu en 2020 pour différents États :
| État | Morts par arme à feu pour 100 000 habitants |
|---|---|
| Californie | 8,5 |
| Géorgie | 17,7 |
| Mississippi | 28,6 |
La guerre la plus meurtrière pour la population américaine n’est pas la seconde guerre mondiale, ni la guerre de Corée, ou celle du Vietnam. C’est celle qui se poursuit chaque jour à coups de revolver dans les rues des Etats-Unis. Dans la majorité des cas, ces meurtres sont commis à l’arme à feu.
Paradoxalement, c’est aussi le pays où l’on trouve le plus d’opposants irréductibles à toute forme de contrôle de la vente des armes. Dans la plupart des métropoles le journal télévisé commence par l’annonce du nombre de victimes de crimes violents de la journée. Il y a en moyenne un meurtre toutes les vingt-deux minutes (soit plus de 26 000 par an), un hold-up à main armée toutes les vingt minutes. A la tombée de la nuit, Washington cesse d’être la ville des musées et des parcs pour devenir la capitale du crime.
Lire aussi: Impact des Joules au Paintball
C’est parmi les jeunes que les armes font le plus de ravages. En 1985 elles en ont blessé ou tué (1) 27 000 entre douze et quinze ans. En 1986, il y eut 1 582 meurtres à New-York, mais seulement 67 à Londres ; 1 480 à Miami et 16 à Manchester ; 666 à Chicago et 61 à Toronto ; 695 à Detroit et 75 à Munich.
Le nombre d’armes produites a augmenté de 42 % entre 1985 et 1989 ; 200 millions sont en circulation (3). L’Association nationale des utilisateurs d’armes à feu (National Rifle Association - NRA) attribue cette évolution à l’intérêt croissant des Américains pour les sports de « tir ».
En réalité, la majorité des membres et partisans de la NRA se trouvent plutôt parmi les fanatiques des armes. De plus, il n’y a pas que des honnêtes gens qui s’équipent. Autre tendance inquiétante, la part croissante des armes semi-automatiques. Au début des années 1980, les revolvers traditionnels représentaient encore 70 % de la production de pistolets ; aujourd’hui, le ratio s’est inversé en faveur des pistolets semi-automatiques.
Dans les salles d’urgence des hôpitaux, les chirurgiens doivent se reconvertir dans le traitement de blessures par balles qui se pulvérisent au moment de l’impact, écrasant os, organes et artères. Un phénomène encore plus aberrant est l’augmentation rapide de la violence armée dans les écoles.
Le 20 mai 1988, par exemple, une femme souffrant de troubles mentaux tua 6 enfants à l’école primaire de Swinnetha (Illinois). En 1987-1988, des écoliers et lycéens ont été blessés ou tués par balle dans au moins vingt-huit Etats. On trouve même de plus en plus souvent des pistolets chargés dans les jardins d’enfants et les classes primaires, apportés par de jeunes écoliers.
Dans tout autre pays, ces chiffres alarmants provoqueraient une intervention immédiate des autorités. Aux Etats-Unis, les partisans de mesures de contrôle sont confrontés au formidable obstacle que représente la NRA. Comptant plus de deux millions et demi d’adhérents, parmi lesquels l’ancien président Reagan et le président Bush, qui en est membre à vie, ce lobby est l’un des groupes de pression les plus puissants.
Forte du soutien financier et politique de ses adhérents et des fabricants d’armes, l’association a réussi jusqu’ici à bloquer la plupart des initiatives législatives, aussi bien à l’échelon fédéral que dans les différents Etats. Elle invoque le deuxième amendement à la Constitution, aux termes duquel une « milice bien organisée étant nécessaire à la sécurité d’un Etat libre, il ne sera pas empiété sur le droit de la population de garder et porter des armes ».
Or, entre 1871 et 1983, la Cour suprême a eu l’occasion, à cinq reprises, de se prononcer sur la signification de ce texte. Un second argument de la NRA est de faire observer que ce ne sont pas les armes qui tuent, mais les criminels.
Bien sûr, toute discussion de la violence criminelle doit distinguer entre les armes à feu en tant que moyen, les responsables directs qui sont les criminels pressant sur la détente, et les causes profondes de la criminalité. Dans le cas des Etats-Unis, les fléaux sociaux comme la pauvreté, le racisme, la drogue ou le chômage sont à l’origine de nombreux actes désespérés.
On sait que c’est le pays industrialisé où les contrastes entre l’opulence et la misère sont les plus marqués et les mécanismes de solidarité sociale les moins développés ; 12 % de la population vit dans la pauvreté et trois millions de personnes sont des sans-abri.
Des chercheurs se sont livrés à une comparaison de l’impact de la criminalité dans deux villes voisines : Seattle, dans l’Etat de Washington, au nord-ouest des Etats-Unis, et Vancouver, en Colombie Britannique, au Canada, qui sont très similaires du point de vue démographique, social, culturel et économique (7).
De manière générale, la majorité des meurtres ne sont pas prémédités, mais sont commis sous l’emprise d’une émotion violente, telle que la colère ou le désespoir. L’instauration d’une période d’attente permettrait donc d’empêcher des achats impulsifs d’armes et d’éviter autant de crimes passionnels ou de suicides.
L’assassinat de John Lennon, en 1980, tout comme la tentative d’assassinat contre le président Reagan en 1981 furent perpétrés par deux malades mentaux qui n’avaient eu aucune difficulté à acheter un revolver. John Kinckley, le déséquilibré qui tira sur le président Reagan, avait même été arrêté à Nashville quatre jours avant d’acheter son pistolet.
Les massacres ou assassinats multiples (plus de quatre personnes à la fois) constituent une autre forme de violence apparue dans les années 1970 et devenue de plus en plus fréquente. Le premier cas recensé date de 1966. Il fut commis par un déséquilibré, qui, après avoir abattu sa femme et sa mère, se rendit à l’université d’Austin, au Texas, et tua 14 autres personnes.
Alors que le suicide, en tant que phénomène social, n’est pas plus répandu que dans le reste du monde, son incidence y est beaucoup plus meurtrière en raison du recours plus fréquent aux armes à feu. Il y a en moyenne un suicide réussi pour vingt tentatives infructueuses, ce qui correspond à un taux de « succès » de 5 % seulement.
L’administration a tenu pendant de nombreuses années un langage très proche de celui de la NRA. Le président Bush déclarait encore en 1989 que "les hommes et les femmes libres ont le droit de posséder une arme à feu pour protéger leur maison (11)".
Le programme gouvernemental de lutte contre les méfaits de la drogue ne comprend aucune référence au problème du surarmement des groupes de trafiquants. De même, la nouvelle loi de 1991 sur le crime se concentre sur les aspects répressifs de la lutte contre la criminalité, comme l’application systématique de la peine de mort pour les crimes les plus violents.
Un des facteurs qui expliquent peut-être l’apathie du gouvernement est la concentration de la violence au sein des groupes sociaux les plus désavantagés. En effet, autant la société américaine est multiraciale, autant la violence ne l’est pas. Un adolescent noir a onze fois plus de risques d’être victime d’un meurtre qu’un adolescent blanc (12).
Mais quand la pression est si forte que le gouvernement ne peut faire autrement que de prendre des mesures de contrôle, la politique suivie manque de rigueur et de logique, comme l’indique clairement l’exemple des armes automatiques de type militaire.
Après le massacre de Stockton, en janvier 1989, le président Bush, sous les multiples pressions du Congrès et des associations de policiers, ordonna la suspension de toutes les importations d’armes automatiques. Mais l’administration fédérale n’a pas, à ce jour, pris de mesure pour restreindre les ventes d’armes automatiques fabriquées aux Etats-Unis !
En revanche, le gouvernement a pris des mesures très strictes pour contrôler… les jouets imitation d’armes automatiques. Plusieurs accidents tragiques ont en effet montré que ces imitations étaient si réalistes qu’elles induisaient en erreur même les policiers.
Au cours de ces dernières années, une frange croissante de l’opinion publique a commencé à se démarquer de plus en plus des positions outrancières de la NRA. Nombreux sont les citoyens qui s’inquiètent en particulier de la prolifération des mitraillettes, fusils mitrailleurs et fusils d’assaut.
On peut effectivement se demander quels sont ces chasseurs et sportifs - dont la NRA s’acharne à protéger les intérêts - qui utilisent des fusils mitrailleurs pouvant tirer plus de cent cartouches à la minute. Les armes de cette catégorie ont fait leur apparition dans les bandes de jeunes qui terrorisent les quartiers populaires des métropoles comme Los Angeles, Detroit ou New-York.
Alors que la NRA a entretenu pendant longtemps d’excellentes relations avec les représentants des forces de l’ordre - de nombreux policiers étant eux-mêmes membres à part entière de l’organisation, - les rapports se sont détériorés au cours de ces cinq dernières années.
Les organisations de policiers n’ont pas apprécié son opposition catégorique à l’adoption de mesures tout à fait modérées, comme l’imposition d’un délai de sept jours avant tout achat, l’interdiction de la vente aux civils d’armes automatiques de type militaire, l’interdiction de la fabrication de pistolets entièrement en matière plastique, ou encore l’interdiction de la vente au public des munitions à haute vélocité qui traversent les gilets pare-balles des policiers.
La NRA a même organisé une campagne de protestation contre le chef de la police de Nashville, qui, en tant que président de l’Association nationale des chefs de police, avait exprimé son soutien à la proposition de loi visant à imposer une période d’attente obligatoire de sept jours : "En tant que sudiste et chef de la police, on pourrait s’attendre que je soutienne le lobby des armes à feu. Mais, comme beaucoup de mes collègues, j’en ai assez des positions et des discours irrationnels de la National Rifle Association.
L’extrémisme de la NRA pourrait contenir les germes du déclin de l’organisation, comme l’indique l’évolution favorable en matière de législation au cours de ces dernières années. En 1988, par exemple, les autorités de l’Etat du Maryland organisèrent un référendum sur un projet de loi visant à interdire les saturday night specials, ces revolvers « spéciaux du samedi soir », bon marché, de qualité médiocre et sans aucune utilité sportive.
En vente libre dans un grand nombre de magasins et de stations d’essence, ce sont les armes le plus fréquemment employées au cours des cambriolages et des agressions. Mars 1991 a marqué également un tournant important avec l’approbation par le Congrès de la « loi Brady » - du nom de l’ancien ministre de M. Reagan blessé au cours de l’attentat contre le président en 1981.
L’absence de législation nationale minimise beaucoup la portée des réglementations locales. A ce jour, vingt-deux Etats seulement ont adopté des mesures qui ne pourront être vraiment efficaces que lorsqu’il ne sera plus possible de s’approvisionner dans un Etat voisin. L’exemple de la capitale, où la vente est interdite depuis plusieurs années, est très éloquent à cet égard.
Rien n’est plus étranger à la culture et aux traditions américaines que la notion de contrôle, perçue comme une atteinte intolérable aux libertés fondamentales garanties par la Constitution. Il y a 230 000 points de vente d’armes à feu aux Etats-Unis, et le stock augmente de cinq millions d’unités chaque année.
tags: #nombre #de #morts #par #arme #à