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La France est engagée dans de nombreuses opérations extérieures (OPEX) dont les principales se déroulent actuellement dans la bande Sahélo-saharienne (Barkhane) et en Irak-Syrie (Chammal). Ces OPEX mobilisent actuellement environ 7 000 hommes. L’objet de cette contribution est d’examiner, sous l’angle économique, le coût opérationnel supporté par les armées.

Il s’agit d’un coût difficile à appréhender car il n’a pas de valeur économique par essence, de sorte que l’on soit obligé de recourir à des analyses indirectes, via les conséquences sur les hommes et les matériels. On montre que, depuis 2010, de graves défaillances apparaissent et peuvent, à terme, conduire à réduire le potentiel militaire de la France.

Les Caractéristiques Structurantes des OPEX

Les OPEX actuelles se caractérisent par sept dimensions structurantes, appelées « 7D » par le Général de Villiers, l’ancien Chef d’État-major des Armées (CEMA) :

  • Durcissement
  • Durée
  • Délai
  • Dispersion
  • Dissémination
  • Désinhibition
  • Digitalisation

Ainsi, les affrontements sont considérés comme plus dangereux que précédemment, ils engagent les forces sur plusieurs années, ils nécessitent une réactivité très importante, ils couvrent des espaces de taille importante avec des distances très longues, ils nécessitent d’affronter des ennemis hétérogènes « véritable armées hybrides », ils repoussent sans cesse les limites du droit et de l’éthique et ils imposent une plus grande connectivité sur le champ de bataille.

Les Surcoûts des OPEX

Par ailleurs, les OPEX engendrent des coûts, appelés « surcoûts ». Après une phase d’augmentation au début des années 1990 (Guerre du Golfe et Balkans), les surcoûts diminuent. Les engagements sont orientés à la hausse à partir du début des années 2000 et dépassent le milliard d’euros depuis plusieurs années et depuis 2000, leur coût a été multiplié par deux. Cependant, d’un point de vue macroéconomique, les surcoûts des OPEX sont peu élevés.

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D’autres coûts sont envisageables et une importante littérature s’attache à déterminer et évaluer l’ensemble des coûts associés à un conflit. Nous pouvons alors évaluer le coût macroéconomique lié à la destruction d’une partie du potentiel économique ou encore le coût des soins apportés aux militaires.

Coût Opérationnel et Conséquences Budgétaires

Néanmoins, les OPEX entrainent un « coût opérationnel ». Il s’agit d’un coût non apparent puisqu’il nécessite d’évaluer précisément la « ponction » de ressources militaires et la capacité à renouveler ces mêmes ressources. Tout d’abord, nous quantifions les conséquences budgétaires des choix militaires.

A partir de données de la Cour des Comptes (2016), nous décomposons les surcoûts des OPEX en titres (personnel, fonctionnement et contribution aux opérations internationales) puis nous les divisons par le nombre d’hommes projetés en OPEX. Nous notons une très forte hausse de la valeur des surcoûts par homme engagé, traduisant un durcissement des opérations. Les surcoûts de personnel sont restés quasiment constant.

Comme le souligne Hébert (2008), les surcoûts en personnel ont constitué l’essentiel des surcoûts des OPEX sur les périodes précédentes. A partir de 2008, ils sont désormais dépassés par les autres surcoûts (fabrications-infrastructures, munitions, entretien des matériels, carburants, transports, fonctionnement et alimentation). Par exemple le poste « munitions » a été multiplié par presque 10 entre 2002 et 2015. Les dépenses du poste « entretien des matériels » sont trois fois plus importantes pour les années les plus récentes.

Ceci est notamment lié aux conditions extrêmes dans lesquels les matériels sont employés. A titre d’exemple, un VAB s’use 6,7 fois plus vite en OPEX qu’en métropole. Les évolutions budgétaires permettent d’illustrer les 7D mis en avant par le Général de Villiers. Depuis 2008, nous constatons une plus forte participation en OPEX (mesurée par les surcoûts totaux) et que la valeur de chaque homme projeté incorpore davantage de matériels que précédemment.

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Conséquences sur les Hommes et les Matériels

A partir de ces données, nous établissons les conséquences de cet accroissement d’intensité sur les taux de disponibilité des matériels et les heures d’activité pour les hommes. Dans les deux cas, le paramètre de pente de la tendance est négatif, ce qui confirme l’idée que plus l’intensité par homme engagé augmente, moins les hommes sont entrainés et les matériels disponibles. Nous notons que les heures d’entrainement sont structurellement inférieures à la cible OTAN (400 heures) et que le taux de disponibilité des C130 est dramatiquement faible, en dépit de besoins importants en transport tactique.

Pour gagner en généralité, nous étudions économétriquement le rôle des surcoûts sur la disponibilité des matériels (Droff et Malizard, 2017). En global, l’effet des surcoûts est significativement négatif et en moyenne trois fois supérieur à l’effet de l’âge du matériel. Nous montrons alors que les conséquences, tant sur les hommes que sur les matériels, sont majeures. Elles résultent d’une contrainte budgétaire très resserrée qui affecte prioritairement les équipements (Droff et Malizard, 2014), concomitamment à un durcissement des OPEX.

Le décrochage quant aux cibles fixées par l’OTAN en termes d’heures d’activité montre que le risque de déclassement est envisageable. La situation sur les matériels est, elle aussi, préoccupante puisque des trous capacitaires apparaissent, par exemple dans les hélicoptères, ou le transport stratégique.

Soutenabilité des Opérations Extérieures

Au terme de cette réflexion, la question de la « soutenabilité » des opérations apparait comme cruciale. Comme le rappelle la Cour des Comptes (2016, p. 113), « la tenue dans la durée de la capacité à fournir et à renouveler les moyens des OPEX dépend de la possibilité de régénérer à un rythme suffisant tant les équipements majeurs que l’aptitude opérationnelle des personnels, en leur fournissant la préparation adéquate. Cette double nécessité n’est pas actuellement assurée au niveau suffisant ». Le risque est donc, qu’à terme, la France ne soit plus capable de participer efficacement à des OPEX.

D’un point de vue pratique, il s’agit alors de déterminer le degré de pérennité du modèle d’armée, en particulier la valeur militaire créée et la capacité à répondre à des besoins stratégiques décidés. Le seuil de soutenabilité se définit lorsque la ponction de capacités militaires est égale au renouvellement. Trois pistes peuvent être alors avancées.

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Premièrement, il faudrait améliorer les « rendements » des hommes et matériels à ressources budgétaires constantes, dans un contexte où ils sont déjà extrêmement sollicités avec de nombreuses réformes déjà initiées (ensemble des soutiens et MCO notamment). Deuxièmement, un abandon des ambitions stratégiques est envisageable, comme l’a fait le Royaume-Uni après 2010 mais cela serait à rebours des annonces de la Revue Stratégique de 2017. Troisièmement, une dernière option consiste à laisser inchangées les ambitions stratégiques et augmenter les moyens financiers alloués au ministère des Armées afin de faire face aux dépassements des contrats opérationnels.

Cependant, la remontée en puissance est néanmoins soumise à un certain nombre de difficultés. Au niveau des militaires, on constate un déficit d’encadrement ainsi qu’une faible fidélisation des personnels. Au niveau des matériels, il y a des difficultés à augmenter les cadences de production, dans un contexte de rareté de main d’œuvre qualifiée, dans leur production comme dans leur soutien. Aucune de ces solutions n’est facile à mettre en œuvre. Elles impliquent des décisions politiques fortes, qui engagent l’avenir des forces armées françaises pour les prochaines années. Toutefois, il faut rappeler que le statu quo n’est pas une solution viable.

Le Marché Pluriannuel des Munitions de 40mm

D’ici 2030, selon la Loi de programmation militaire [LPM] 2024-30 telle qu’elle a été promulguée en 2023, l’armée de Terre disposera de 238 Engins blindés de reconnaissance et de combat [EBRC] Jaguar sur les 300 prévus. Outre les Jaguar, le 40 CTC constitue la pièce principale du système d’arme rapproché RAPIDFire, lequel a fait l’objet d’un contrat de production de 48 exemplaires, notifié à KNDS France et à Thales par la Direction générale de l’armement [DGA].

D’où le marché pluriannuel que la DGA vient de confier à KNDS pour garantir l’approvisionnement en munitions de 40 mm télescopées pour les cinq années à venir. D’un montant de 150 millions, ce « marché permettra une livraison dès 2026 de munitions de 40 mm au profit des véhicules blindés Jaguar de l’armée de Terre et des tourelles RapidFire en service dans la Marine nationale », explique le ministère des Armées. Une première commande passée dans le cadre de ce marché portera sur environ 25 000 munitions de ce type. En outre, précise le ministère, « un double approvisionnement sur des composants clés » a été mis en place pour « augmenter la capacité de production conjointe entre la France et le Royaume-Uni ».

Le principe d’un munition télescopée est que le projectile est placé au centre de la charge propulsive, ce qui permet d’obtenir un obus plus compact. Le 40 CTC affiche ainsi une puissance de feu jusqu’à six fois supérieure à celle d’un canon de 25 mm pour un volume occupé en tourelle équivalent. Le 40 CTC peut utiliser différents types de munitions, comme l’OFLT [Obus FLèche Traceur, capable de perforer 140 mm d’acier à 1 500 m de distance], le PPM CHR [Projectile Perforant Multiple Chronométrique], le BOAT [Boulet Ogivé Acier Traceur], l’OET CHR [Obus Explosif Traceur Chronométrique] ou encore l’A3B [Anti Aerial AirBurst], qui est encore en cours de développement.

Surcoûts OPEX par opération de 2008 à 2014 (en millions d'euros)

Zone Théâtre Opération 2008 2009 2010 2011 (6) 2012 2013 2014 (7)
Europe Kosovo TRIDENT 103,4 81,8 64,7 47,3 39,9 33,5 19,3
Europe Bosnie ASTREE 5,2 2,4 0,1 // 2,2 2,4
Afrique Libye HARMATTAN 368,5
Afrique RC LICORNE (1) 107,6 72,7 65,9 64,0 63,1 60,7 62,3
Afrique Tchad EUFOR TCHAD 109,8 68,0 0,3
Afrique EPERVIER (2) 93,2 111,9 84,6 97,4 115,5 105,6 189,7
Afrique Sahel SERVAL (2) (3) 641,7 293,6
Afrique EUTM MALI 8,2 6,4
Afrique République Centrafricaine BOALI 13,3 11,1 11,5 12,6 14,3 27,5 /
Afrique SANGARIS (4) 233,7
Afrique EUFOR RCA 15,1
Océan Indien ATALANTE (5) / 21,0 41,5 29,4 30,1 19,3 13,9
Asie Liban DAMAN 81,4 90,3 83,3 78,6 76,3 56,5 57,4
Asie Afghanistan PAMIR HERACLES EPIDOTE 292,4 387,2 482,7 518,3 485,3 249,6 132,7
Autres HAITI // 5,6 0,7
Autres autres opérations 24,0 24,1 20,0 29,7 48,9 45,4 92,5
Total 830,3 870,5 860,1 1 246,5 873,4 1 250,2 1 119,0

tags: #munition #opex #définition #nombre

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