Le fusil Gras modèle 1874, une arme emblématique de l'armée française, incarne une période de transition et de modernisation. Le fusil GRAS est une arme (relativement) injustement ignorée chez nous, faisant suite à « l’illustre » CHASSEPOT » qui ne s’est pourtant pas révélé aussi performant qu’on aurait pu le souhaiter, et suivi par l’encore plus « illustre » LEBEL ! (le fusil modèle 1884, descendant direct du Kropatschek 1878 « de marine » étant considéré comme une arme de transition, est peu connue). Cet article se propose d'explorer son histoire, ses caractéristiques techniques, ses variantes et son utilisation à travers différentes époques, en s'appuyant sur les informations disponibles.
Suite à la défaite de la France contre l’Empire allemand en 1870, il fut décidé d’améliorer le fusil modèle 1866, dit « Chassepot », pour des raisons économiques et rationnelles. Le fusil Chassepot était un bon fusil avec d’excellentes performances, mais il souffrait de problèmes d’encrassement liés à sa cartouche combustible et à la fragilité de celle-ci.
En 1874, le fusil « Gras » (du nom du contrôleur de la manufacture) est adopté. Il s’agit d’un fusil Chassepot tirant des cartouches métalliques de 11 mm et s’armant automatiquement à chaque mouvement de la culasse en arrière. D’ailleurs, en plus de ceux qui sont produits par les manufactures d’État, quasiment tous les fusils modèles Chassepot seront convertis en modèle Gras, prenant la dénomination 1866/74. On commença par transformer illico 893.000 fusils Chassepot au standard Gras. C’est le premier modèle dit « 1866-74 ».
Après avoir aussi pris une part importante dans la mise au point du fusil Lebel (successeur de son fusil Gras), et restructuré complétement la production industrielle d’armes légères françaises, Basile Gras supervisa les trois manufactures d’État de Tulle, Châtellerault et Saint-Étienne.
Adopté en 1874, le fusil Gras fut la première arme d’épaule adoptée par l’armée française à utiliser une cartouche métallique 11 mm qui était en laiton et à percussion centrale. Le fusil Modèle 1874 était en fait une transformation relativement simple du fusil Chassepot modèle 1866 en arme à cartouche métallique.
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Cette transformation avait été proposée par le commandant Basile Gras en 1873 et acceptée en 1874. Des dizaines de milliers de fusils Chassepot furent transformés en fusils Gras (le modèle 1866-1874), en sus des fusils Gras neufs de manufacture qui furent fabriqués à plusieurs centaines de milliers d’exemplaires (450 000 environ).
Le fusil Gras est un fusil très solide, bien construit, avec une munition puissante et précise pour l’époque. L’arme reste au calibre 11 mm, un diamètre de 11mm et était calepiné de papier. La cartouche 1874 est une munition d’un diamètre de 11.25 mm calepinée (papier fin enroulé autour de balle pour éviter le plombage), la balle en plomb pur pèse 25 g elle est propulsée par 5.25 g de poudre noire. Entre les deux se trouve une rondelle de feutre gras.
Des incidents de rupture d’étuis au moment du tir brulèrent le visage de quelques dizaines de Piou-Piou. On chercha longtemps la cause sans la comprendre. Après avoir essayé deux autres solutions sans succès, on finit par adopter une troisième solution consistant à forer un évidement circulaire en tête de culasse pour permettre à ses foutus gaz brûlants de s’éjecter sur le coté au lieu d’aller directement sur le visage du tireur en cas de rupture d’étui. On était en 1880 (six ans après l’adoption!). C’est la modification M80.
Le sigle M80 désigne les fusils Gras qui ont subi une très légère modification de la boîte de culasse par création d’une saignée, et de la tête de culasse (agrandissement de l’échancrure en regard de la saignée du boitier) afin de mieux protéger le tireur en cas de rupture d’étui et d’échappement des gaz.
En 1914, on décida en plus, de transformer 100.000 fusils « 1874 M80 » pour tirer la cartouche à poudre sans fumée 1886 du Lebel afin faire face à la pénurie catastrophique de fusils de la fin de l’année 1914.
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Le fusil Gras a subi une dernière modification en 1914, pour pallier le manque d’armes, consistant en un changement de canon afin de pouvoir tirer la munition 8 mm Lebel. Deux variantes existent. La plus courante est celle réalisée avec un canon de Lebel, mais il existe également une variante recanonée avec un canon de fusil Berthier. Les deux types d’armes ont une hausse légèrement différente. Les armes portent alors normalement le marquage supplémentaire M14.
Comme toujours, à cette époque, l’arme est déclinée en différentes versions, adaptées aux différents corps de troupe qui la recevront en dotation. C’est ainsi qu’il existe au final 5 variantes du GRAS :
Dans cet article, nous allons aborder le fusil réglementaire modèle 1874 "Gras" et ses variantes (carabine de cavalerie, carabine de gendarme à pied et à cheval et mousqueton d'artillerie, mais aussi les déclinaisons du Gras de chasse, et les fusils Gras scolaires et de cadet).
Les armes du système Gras comprennent outre le fusil, la carabine de cavalerie, la carabine de gendarme à pied, la carabine de gendarme à cheval, le mousqueton d’artillerie. La carabine de gendarme à cheval est identique à celle de cavalerie.
Le fusil mle 1874 est équipé d’une nouvelle baïonnette droite: l'épée-baïonnette modèle 1874. La lame est en forme de "T", et la poignée est en bois et laiton.
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Les armes du système Gras ont été dotées de trois baïonnettes possibles :
Cette arme, qui ne connaitra finalement pas de conflit sur le continent européen, du moins pas en « première ligne », sera néanmoins très appréciée lors des nombreux combats outre-mer, sur d’autres continents, que l’armée française devra livrer.
Le fusil a participé à toutes les guerres coloniales où il a été apprécié par les troupes à sa juste valeur. À l’arrivée des fusils modèles Lebel et Berthier, la plupart des fusils Gras ont été stockés en réserve opérationnelle.
La révolution dans l’armement engendrée par l’apparition (la mise au point par un ingénieur militaire, Paul Vieille) de la poudre sans fumée entraîne la fin de la carrière du GRAS, en « première ligne » du moins. Cette nouvelle poudre conduit logiquement à une nouvelle munition et un nouveau fusil réglementaire, la cartouche de 8 mm « Lebel » (qui descend tout de même de la cartouche de 11 mm GRAS, dont elle est un avatar, suite à l’obligation qui est faite aux ingénieurs de l’armement par le Ministre des Armées, le Général BOULANGER, d’une mise au point très rapide) et le fusil conçu pour la tirer, le fusil Modèle 1886, dit « Lebel ».
Le GRAS n’a pas encore tout à fait dit son dernier mot, puisque devant les besoins dus au déclenchement de la guerre de 1914, il sera adaptée à cette nouvelle munition et deviendra le GRAS Modèle 1874 M14.
Vu l’hécatombe du début de la guerre de 1914, la France a dû sortir les fusils Gras en urgence afin d’équiper ses troupes et stabiliser la situation au front. À partir des années 20, des stocks du fusil Gras seront vendus au domaine public et transformés en armes de chasse.
Certains seront donnés à des armées amies comme la Russie ou le gouvernement de la République espagnole par des fournisseurs tiers durant la guerre civile.
Autour des années 1900, l'Armée Française ayant remplacé tous ses fusils, carabines et mousquetons Gras par des fusils Lebel et des carabines et mousquetons Berthier, a revendu aux enchères une partie des anciens modèles déclassés. Achetés à bon compte par lots importants, beaucoup de fusils Gras furent ainsi modifiés pour ainsi dire en série, par des grosses entreprises (p. ex. Manufacture des Armes et Cycles de St Etienne) ou des petits armuriers ; assez peu semblent avoir conservé leurs caractéristiques militaires d'origine, à destination des sociétés de tir.
Les modifications "chasse" ne paraissent pas exactement standardisées ; un grand nombre de variantes fut proposé, durant les décennies où ils furent en vente.
La société civile abreuvée et galvanisée par la presse et les politiques, prend une part importante à cet état d’esprit. travaillent sur le projet d’initier au plus tôt les citoyens au maniement des armes dans un contexte de « troupe » ou du moins dans un encadrement militarisé. publique, il est en effet plus rationnel de pratiquer ces formations dans un cadre organisé et maîtrisé, l’école primaire correspondant parfaitement à ces critères. Cette décision est complétée par des cours théoriques et patriotiques que peut recevoir la jeunesse de France.
Dans ce cadre il convient d’élaborer une arme parfaitement adaptée à l’usage de l’instruction scolaire ainsi qu’à la taille moyenne des élèves-recrues. Le cahier des charges demande la sécurité de fonctionnement de l’arme, la ressemblance avec l’arme réglementaire (à savoir le fusil d’infanterie Gras modèle 1874 M80), un calibre similaire de 11mm adapté au tir réduit et enfin une adaptation de l’arme à la morphologie des tireurs (enfants de 11 à 13 ans).
Plusieurs solutions ont été entreprises pour la réalisation de ces armes, la première fut la réutilisation de fusils Chassepot et de culasses de fusils Gras. La fabrication est estimée à 50.000 pièces réalisées entre 1880 et 1881. Les Manufactures d’Armes Nationales sont Saint Etienne, Tulle et Châtellerault, les marquages étant respectivement S, T, C 1881.
L’arme ayant été testée est dans ma collection depuis quelques années, achetée à un particulier non collectionneur. Ce dernier l’avait acquis pensant acheter une arme d’infanterie Gras. Cette arme est dans un état proche du neuf… le bronzage est un peu éclairci par endroits, mais d’un joli brun tabac. Le canon est irréprochable, aucune trace de corrosion, a-t-il seulement déjà tiré ? La monture est produite dans un beau noyer, poncé huilé. Il n’y a que très peu de marquages, la culasse ayant une nomenclature militaire classique, le boîtier de culasse et le tonnerre un marquage Commercial X15x. Une fois l’arme démontée, un poinçon de contrôle est présent sous le canon.
Les premières munitions destinées aux fusils de Cadet sont des réutilisations de munitions à blanc de type Gras, modifiées pour recevoir une balle ronde. La munition de notre arme est le 11mm Gras dit de Cadet. Le rechargement de notre cartouche demande les jeux d’outils du 11 mm Gras.
Ces outils sont généralement fabriqués sur commande dans ce calibre, mais l’excellente firme américaine CHTOOL les a au catalogue (référence 11,15x59r). Le choix de la douille est crucial, n’ayant pas trouvé de source d’approvisionnements durable sur le marché.
Les cotes de la douille réglementaire font tout de suite penser à la douille à tout faire des tireurs aux armes anciennes, la 348 winchester. Entre autres cette douille nous permet de faire du 11mm Gras, Gras de cadet, 43 Espagnol, 8mm Lebel, 8mm Portugais, 8mm Autrichien et Hongrois, etc.
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