Le mouvement des gilets jaunes, débuté mi-novembre, a été marqué par un nombre important d'arrestations et de placements en garde à vue. Selon le ministre de l’Intérieur, au soir de la journée de mobilisation du 8 décembre, 1723 personnes ont été interpellées dans toute la France, dont 1082 à Paris, et 1380 ont été placées en garde à vue. Depuis le début du mouvement, cela porte le nombre de personnes arrêtées à plus de 3300 et à 2354 les manifestants placés en garde à vue. Plus de 1200 personnes auraient été déferrées devant la justice depuis le début du mouvement.
La ministre de la Justice, Nicole Belloubet, avait demandé aux magistrats une réponse pénale « tout à fait ferme » à l’encontre des prévenus. Le Syndicat des avocats de France a dénoncé « une atteinte au principe de l’indépendance constitutionnelle des parquets » et un « dangereux précédent ». Avant l’« Acte IV » des gilets jaunes du 8 décembre, une vingtaine de peines de prison ferme avaient déjà été prononcées sur la soixantaine de gardés-à-vue présentés. En Ardèche, deux manifestants ont écopé d’un an de prison ferme pour avoir jeté des pierres sur des pompiers et gendarmes. À Avignon, deux hommes, dont un de 60 ans, sont condamnés à de la prison avec sursis pour le même motif.
Plusieurs récits d’audience font état de procès verbaux bâclés, de délits mal caractérisés et d’imprécisions de la part des magistrats. Un des chefs d’inculpation récurrent est « la participation à un groupement en vue de la préparation de violences volontaires contre les personnes ou dégradations de biens ». Ce délit avait été créé par la « loi anti-bande » de mars 2010, pendant le mandat de Nicolas Sarkozy. Certains parlementaires socialistes l’avaient alors présentée comme une atteinte à la liberté de manifester. Quelques prévenus ont été appréhendés avant même d’accéder aux lieux de manifestation. Motif ? Ils possédaient des outils, des masques ou des lunettes de protection. Deux militants écologistes ont par ailleurs été interpellés puis placés en garde à vue à l’issue de la marche pour le climat à Nancy, qui avait été interdite par la préfecture mais qui s’est déroulée quand même, pacifiquement.
Côté blessés, le bilan provisoire s’élève à 1052 personnes, dont 187 du côté forces de l’ordre. Avant la journée du 8 décembre, 15 000 grenades explosives et lacrymogène avaient été tirées contre les gilets jaunes depuis le premier weekend de mobilisation. Certaines sources avancent des chiffres encore supérieurs. Ce 8 décembre, les forces de l’ordre ont encore fait un usage immodéré de grenades et de balles de défense.
Maxime Reynié, photographe de l’agence Hans Lucas, a comptabilisé dix tirs de LBD 40 en moins de deux minutes par un groupe de policiers sur les Champs-Élysées, avant d’être lui-même blessé à la jambe par une grenade. De nombreux autres photographes ont été délibérément ciblés par des tirs de LBD 40. À Toulouse, Tien Tran, photographe collaborant épisodiquement à Basta!, illustre : « J’ai parfois compté sept tirs de grenades GLI F4 en une minute », lors de la journée du 1er décembre. Utilisées nulle part ailleurs en Europe, ce type de grenades assourdissantes sont connues pour être à l’origine de graves blessures.
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À Bordeaux, le 1er décembre, Guy Bernier s’apprête à quitter la place Pey-Berland quand il est touché en plein visage par une balle de LBD. « Il a eu la joue arrachée, on voyait ses dents », raconte un témoin de la scène. « Il est défiguré à vie ». L’homme de 60 ans a pu être opéré à l’hôpital et se rétablit. Un autre manifestant a eu l’imprudence de ramasser l’une des grenades qui pleuvent alors. Ses doigts sont arrachés. Le même scénario s’est répété une semaine plus tard, le 8 décembre, au même endroit : un homme a eu la main arrachée par une grenade dans les mêmes conditions. Ayahn, un technicien de Sanofi, a lui aussi perdu sa main droite en ramassant une grenade, place Jean Jaurès, à Tours. Ses amis lui organisent une collecte de soutien. Lors de la journée de l’Acte IV à Paris, c’est l’œil d’une jeune fille qui a été touché par une grenade. Un témoin de la scène, en contact avec la victime, a confirmé à l’Assemblée des blessés qu’elle en avait perdu l’usage.
Déjà le 1er décembre sur les Champs-Élysées, Patrick et Jérôme O., avaient été éborgnés. En cause, cette fois : le lanceur de balle de défense. Jérôme envisage de porter plainte. Les tirs tendus de LBD (ex-flashball) se sont multipliés ces derniers jours tant contre les gilets jaunes que contre les lycéens, occasionnant de graves blessures et fractures. La photo impressionnante du visage difforme d’un adolescent dijonnais a beaucoup circulé. Le weekend du 1er et 2 décembre, l’Association des usagers et du personnel de la santé (AUP’S) a fait le tour des urgences. Le collectif recense 162 personnes prises en charge par les services hospitaliers publics le samedi soir. Les photos que l’association a publiées sur les réseaux sociaux, avec l’accord des concernés, montrent de nombreuses plaies ouvertes à la bouche, aux coudes, aux genoux ou aux pieds. Les chairs sont ensanglantées et incrustées de billes noires en caoutchouc contenues dans les engins de désencerclement type DMP (pour « dispositif manuel de protection »).
Sur les réseaux sociaux, circulent également des témoignages qui font état d’arrestations musclées voire de tabassage en règle, comme dans ce restaurant Burger King parisien où des CRS matraquent des gilets jaunes qui s’y sont réfugiés. Mehdi est, lui, tabassé dans le 8e arrondissement par plusieurs CRS après avoir jeté un projectile, selon Le Monde. Dimanche dernier à Bessan (Hérault), des gendarmes mobiles bousculent un homme en fauteuil roulant accusé d’être « en possession d’une matraque », lors d’une altercation avec des gilets jaunes. Le 8 décembre, gare Saint-Lazare à Paris, on entend un CRS, visiblement excédé, dire à des manifestants : « Si vous voulez rester en vie, vous rentrez chez vous ».
Le plus lourd tribut a été payé par Zineb Redouane samedi 1er décembre, à Marseille. Au moment du passage de la manifestation, cette octogénaire referme les volets de son appartement lorsqu’une grenade lacrymogène lui éclate au visage. Hospitalisée, elle décède d’un « arrêt cardiaque sur la table d’opération », selon l’autopsie. Une voisine de la défunte avance que les policiers ont visé la fenêtre au quatrième étage avec leur lance-grenade. Une enquête de l’IGPN doit déterminer leur responsabilité. Ce même jour a peut-être été fatal à Benoît. Au yeux de sa mère le jeune homme de 28 ans « est comme mort ».
Il est à noter que certains CRS ont été autorisés à s’équiper de fusils d’assaut lors d’ « opérations de maintien de l’ordre ». En clair, un tireur d’élite flanqué d’un guetteur avec jumelles, positionnés sur des « points hauts », c’est-à-dire des toits d’immeubles. Dans la police, les CRS, mais aussi la BRI (brigade de recherche et d’intervention), la BAC (brigade anticriminalité) et les CSI (compagnies de sécurisation et d’intervention) sont équipés de cette arme. D’après la Cour des comptes, 4.311 fusils d’assaut de ce type étaient détenus par ces diverses unités de la police et de la gendarmerie nationales au 1er janvier 2017. Cette augmentation est l’effet de plans mis en place après les attentats qui ont frappé la France en 2015.
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Depuis l’acte I, 78 victimes de violences policières ont saisi la police des polices, selon Eric Morvan, le chef des poulets. Le défenseur des droits précise, de son côté, avoir été saisi de 25 cas de blessés par LBD. Voici une liste chronologique, non exhaustive, des blessés graves recensés, avec l'arme ayant causé les blessures, selon les déclarations ou témoignages. À ces blessés, le nom de Zineb R, octogénaire marseillaise décédée après avoir reçu une grenade lacrymogène en plein visage est ajouté. Cette liste sera actualisée, précisée, et si besoin corrigée, selon les nouveaux éléments reçus.
Gérard Collomb, ministre de l’intérieur, a annoncé avoir saisi l’inspection générale de la police nationale, afin de « déterminer dans quelles conditions » Alexandre Benalla et Vincent Crase ont pu assister aux manifestations du 1er-Mai aux côtés des forces de l’ordre. Le parquet de Paris a ouvert une enquête préliminaire pour « violences par personne chargée d’une mission de service public », « usurpation de fonctions » et « usurpation de signes réservés à l’autorité publique ».
En conclusion, les manifestations des gilets jaunes ont été marquées par une forte répression policière, l'utilisation controversée des LBD et des grenades, et un nombre élevé de blessés. Les enquêtes sont en cours pour déterminer les responsabilités et les conditions dans lesquelles ces violences ont eu lieu.
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