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« Drame terrible » à la manifestation des « gilets jaunes » à Montpellier, samedi 8 juin. L’affirmation, en lettres noires sur fond rouge, a largement tourné au cours de ces derniers jours. A en croire les témoignages et vidéos qui ont circulé, deux personnes auraient été « tuées » par les forces de l’ordre lors de l’acte XXX des « gilets jaunes », samedi. Mais la rumeur, démentie par la préfecture et battue en brèche par ceux-là mêmes qui l’ont véhiculée, a du plomb dans l’aile. Explications.

Pourquoi cette rumeur est infondée

1. Un démenti de la préfecture de l’Hérault

Les autorités ont rapidement contredit ces informations. « Il n’y a pas de décès […]. Ce ne sont que de fausses rumeurs. C’est désolant, l’importance qu’a prise cette fausse information, partie d’on ne sait quel fantasme », a assuré dimanche à l’AFP un porte-parole de la préfecture. Une dizaine de manifestants et onze membres des forces de l’ordre de l’ordre ont été blessés lors de l’acte XXX des « gilets jaunes » à Montpellier samedi 8 juin, mais aucun grièvement, selon le bilan de la préfecture. Il faut cependant préciser que la situation a été tendue sur place. Dès le départ du cortège, des heurts ont éclaté entre manifestants et forces de l’ordre. Ces dernières ont fait largement usage de gaz lacrymogène et de canons à eau dans les rues de la ville. Ce climat a vraisemblablement contribué à l’émergence des rumeurs.

2. Le rétropédalage de Vécu

Le média Vécu a rapidement tempéré son propos, tenant compte du démenti de la préfecture. Le fondateur du média « gilet jaune », Gabin Formont, est revenu sur l’épisode dans une autre vidéo publiée dimanche. Il y explique avoir estimé que les différentes affirmations et témoignages qui ont circulé samedi semblaient concorder, mais reconnaît n’avoir à ce stade aucune certitude, notamment du fait qu’aucune personne qui serait morte ni aucun blessé grave n’a pu être identifié. Au début de janvier, Vécu s’était illustré en démentant une précédente rumeur selon laquelle une femme belge serait morte à Paris pendant l’acte VIII de la mobilisation.

3. Absence de témoignages et de preuves

On y voit un street médic affirmer ceci : « Il y a bien eu un mort, confirmé par les CRS. Contacté par CheckNews, l’administrateur de la page a précisé ne pas être en mesure d’étayer ses dires, cherchant « toujours des renseignements sur de potentiels décès ». Lundi 10 juin, aucun témoignage de première main, aucune précision quant à l’identité des victimes supposées ou le contexte dans lequel les faits se seraient déroulés n’avaient émergé, deux jours après la manifestation. Tout porte donc bien à croire, comme l’a reconnu Gabin Formont de Vécu dans sa vidéo de dimanche, « qu’il est quand même possible qu’il y ait eu une sorte de rumeur qui se soit développée ».

Le rassemblement devant la préfecture de l'Hérault

Un collectif, rassemblant plusieurs associations, syndicats, partis ou mouvements politiques, s’est rassemblé ce mardi matin devant la préfecture de l’Hérault à Montpellier pour « dénoncer la répression policière et judiciaire » survenue lors de la mobilisation des Gilets Jaunes, depuis le 17 novembre. Devant « un chiffre localement affolant de blessés et de personnes mises en garde à vue », le collectif apporte « son entière solidarité avec les réprimés et les blessés du mouvements social » et demande « l’amnistie pour toutes celles et ceux actuellement embêtés judiciairement sur le simple fait de manifester leur opposition au gouvernement ».

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Le bilan dressé par le collectif dans le Languedoc-Roussillon depuis le 17 novembre 2018 est de 11 blessé(e)s graves, la plupart par des tirs de flash-ball, de 140 personnes interpellées dont 12 mises en détention provisoires et 14 condamnations, dont la plus lourde prononcée à Béziers vendredi 4 janvier avec 2 ans de prison ferme.

Témoignages de victimes

Le témoignage d’Yvan, victime d’un tir de flash-ball

Ainsi, Yvan, 40 ans, présent à Montpellier pour l’Acte VII (29 décembre) qui témoigne le visage encore marqué : « Sur le parvis de la gare, j’ai pris un tir de flash-ball. À la base, il était destiné à l’oeil et, j’ai eu beaucoup de chance, ma casquette a dévié le tir sur l’arcade ». Conséquence : huit points de suture, un traumatisme crânien et des angoisses qui apparaissent.

Revenant sur l’événement, il raconte « Les policiers nous ont demandé de sortir de la gare donc on est sortis. J’étais de dos, j’avais dû faire 8 ou 10 mètres, et au moment où je me retourne, il y a eu un impact. Je suis tombé au sol. J’étais conscient mais comme dans une bulle, j’entendais tout ce qui se passait. Tout le monde s’est mis autour de moi pour me protéger. Ils ont continué à tirer aux flash-ball et à envoyer des gaz lacrymogènes. J’en ai pris une dans la veste alors que j’étais au sol ».

La suite est d’autant plus traumatisante pour Yvan : « Des personnes sont allées prévenir les policiers qu’il y avait un blessé au sol. Ils ont dit « ok on arrête de tirer ». Quand la personne a eu fini de parler et qu’elle est repartie, les policiers ont envoyé tout ce qu’il leur restait. Une banderole a été placée devant moi pour me protéger ainsi que les street medic.

S’il a continué ses actions, il est désormais passé du côté des street medic dès l’acte VIII : « Je trouve que c’est très important ». Il a porté plainte auprès de la gendarmerie, qui l’a faite remonter au procureur de la République : « J’habite en secteur gendarmerie et je n’ai pas forcément envie de voir la police en ce moment.

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Yvan est toujours dans l’attente de son dossier médical et d’un certificat médical du médecin urgentiste. S’il n’a ainsi pas pu avoir d’ITT de l’hôpital, son médecin traitant lui a accordé cinq jours. Après cet événement, il dit ne pas être plus en colère qu’au début de la mobilisation. « L’usage des flash-ball par la police montre un manque de discernement. Je ne sais pas s’ils se rendent compte » lance Yvan dans l’attente de savoir s’il doit se faire opérer de l’oeil droit, « Si on est là c’est qu’on ne lâchera pas. On a aujourd’hui un pouvoir, celui de dialoguer. On l’a encore un tout petit peu alors on en profite, on parle, on dit ce qu’il se passe dans les manifestations.

Il ajoute : « Les sommations ne sont pas forcément faites tout le temps. À la moindre vue des Gilets Jaunes, les lacrymogènes partent instantanément. Il n’y a plus de discussions possibles. C’est un Gilet Jaune contre un gilet bleu. C’est malheureusement dans les deux sens que cela commence à devenir énervant.

Inquiétudes de la Ligue des Droits de l’Homme

« Au regard des témoignages et vidéos, la police n’était pas en légitime défense et les tirs étaient en haut du corps, ce qui est proscrit. On n’est pas sur des casseurs qui étaient en train d’agresser la police. Selon plusieurs témoignages, les street medic ont été « pris pour cible par des tirs de flash-ball de la part des forces de l’ordre notamment quand ils interviennent sur une personne blessée au sol. Ce n’est pas admissible car ils sont en train de porter les premiers secours ». Quant à la Legal Team, « nous avons des intervenants qui étaient floqués Ligue des Droits de l’Homme avec des gilets clairement identifiables qui ont fait l’objet de mesures de contrôle pour les empêcher dans leurs interventions. Ce sont des pratiques que l’on ne peut pas tolérer car se sont des remparts aux observations des bonnes pratiques ».

Illustration de son inquiétude, la LDH Montpellier pointe un rapport de la cour des comptes sur l’équipement en matériel des forces de l’ordre (gendarmerie et police nationale) faisant état d’une augmentation du budget en équipements de 181 % entre 2012 et 2017 passant de 132,4 millions d’euros à 172,1 millions d’euros, les munitions de 12,1 millions d’euros à 40,4 millions d’euros, l’habillement de 52,8 millions d’euros à 72,2 millions d’euros et la protection de 2,2 millions d’euros à 82,7 millions d’euros.

Elle alerte également, s’appuyant sur un article du Monde diplomatique : « Les grenades à la TNT (ndlr : une grenade lacrymogène et assourdissante contient une charge explosive de TNT) seraient épuisées et il n’y aurait plus de production de ce type de grenades. On est manifestement en train de finir le stock, la question est : qu’y aura t-il derrière ? La Ligue des Droits de l’Homme tient à interpeller sur ce point ».

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Le collectif souhaite prendre rendez-vous avec le préfet de l’Hérault : « Les dégâts humains sont dramatiques.

Yvan, 40 ans, est l’un d’eux. Il confie avoir été touché le 29 décembre dernier, lors de « l’acte 7 » de la mobilisation, sur le parvis de la gare Saint-Roch, à Montpellier. Blessé à l’arcade, il s’en est sorti avec huit points de suture et un traumatisme crânien, indique-t-il. Sa casquette aurait dévié le tir, qui aurait pu le blesser sérieusement à l’œil.

« Je n’ai rien vu arriver, je n’ai pas vu le tireur, témoigne le quadragénaire, qui habite à Poussan, dans l’Hérault. Je n’ai pas perdu connaissance, mais je suis tombé, tout le monde s’est mis autour de moi pour me protéger. Les tirs de Flash-Ball et les gaz lacrymogènes ont continué. J’étais conscient, mais dans une sorte de bulle. J’ai fermé les yeux, j’ai simplement entendu. C’était une scène de guerre, vraiment. »

Cynthia, blessée le même jour tout près de là, évoque aussi « une scène de guerre ». Elle a été touchée à la tête, confie-t-elle, photo à l’appui. Sept points de suture ont été nécessaires pour la soigner. « J’ai cru qu’on allait mourir », confie la jeune femme. « Du gaz lacrymogène, on pleure un peu, on recule, on y retourne. Mais un Flash-Ball… Je suis partie de chez moi, ma fille m’a vue entière. Je reviens avec un bandeau, plein de sang. Elle a fait des cauchemars pendant une semaine, il a fallu la rassurer. »

Depuis sa blessure, Cynthia évoque des « crises d’angoisse ». Tout comme Yvan, qui décrit des « angoisses à la simple vue des policiers ». « J’ai de grosses difficultés à dormir, je m’endors à 1h, 2h du matin, puis je me réveille à 3h ou 4h, confie l’Héraultais, qui a porté plainte auprès de la gendarmerie. C’est très difficile de trouver le sommeil. Les nuits sont agitées. J’ai des maux de tête récurrents, une pression dans l’œil. »

Malgré tout, ces victimes, qui indiquent qu’elles étaient simplement là pour manifester, n’ont pas l’intention de baisser les bras. « J’ai été blessé le samedi, le lundi, je soutenais un « gilet jaune » à Montpellier, présenté en comparution immédiate, note Yvan. J’ai repris mes actions toute la semaine. Le samedi suivant, j’ai manifesté à Montpellier. »

Yvan a désormais grossi les rangs des « street médics », ces bénévoles qui apportent les premiers soins aux blessés lors des manifestations. « On ne lâchera pas, on va continuer », indique-t-il.

Réactions Politiques

En déplacement à Carcassonne, dans l’Aude, ce mardi, Christophe Castaner, le ministre de l’Intérieur, a indiqué devant les journalistes qu’il « ne connaît aucun policier, aucun gendarme qui ait attaqué des « gilets jaunes ». « Par contre, je connais des policiers et des gendarmes qui utilisent des moyens de défense, de la République, de l’ordre public, reprend le ministre. Il n’y a pas de liberté sans ordre public. Quand elles sont acculées, elles utilisent des moyens (…) Si jamais c’était utilisé de façon disproportionnée, il faut des sanctions. J’attends des forces de l’ordre de l’exemplarité.

Suites Judiciaires

Deux manifestants, interpellés le 8 juin lors de l’acte 30 des gilets jaunes et placés en garde à vue dans la foulée, ont été présentés hier devant un juge au tribunal de grande instance de Montpellier. Accusés de violence sur personne dépositaire de l’autorité publique et de participation à un attroupement en vue de commettre des violences et des dégradations, ils avaient été libérés par un juge des libertés et de la détention le 11 juin sous contrôle judiciaire (interdiction de paraître sur Montpellier) en attendant le procès.

L’affaire du premier prévenu a été vite traitée. L’avocat affirme avoir envoyé au procureur un « épais dossier contenant des conclusions contradictoires avec l’enquête » pour plaider la nullité de la procédure. Le procureur l’ayant reçu le 10 juillet et ouvert le 12, il a considéré qu’il ne disposait pas d’assez d’éléments pour juger le manifestant. Le procès a été reporté au 23 septembre à 14h.

L’affaire du second prévenu a en revanche retenu l’attention du tribunal. Déjà interpellé le premier mai de manière préventive à Paris puis relâché sans poursuite, il comparaissait aujourd’hui pour un jet de pierre. « Vous n’avez jamais été condamné mais il n’est pas trop tard pour le faire », a menacé d’entrée de jeu le juge. Interpellé en début de soirée le 8 juin, la police affirme avoir retrouvé dans son sac un gant et des vêtements de rechange, des éléments qui prouveraient l’intention de se livrer à des violences selon les magistrats. En garde à vue, le prévenu a contesté l’accusation, mais une vidéo l’a identifié en train de jeter un projectile. Il a donc finalement reconnu avoir « jeté un caillou pour manifester [s]a colère » : « J’ai été blessé par un tir de flashball à l’épaule le matin même, j’étais énervé et fatigué ».

Il a néanmoins souligné avoir jeté la pierre en direction de la préfecture, et non des CRS. Dans cette affaire, il n’y a aucune victime, aucune partie civile, aucun blessé.

« Je manifeste depuis plus de vingt ans et je suis pacifiste » a déclaré le prévenu. Des propos exploités par les assesseurs pour l’asséner de questions : « Ici, on juge les délinquants, pas les manifestants. Vous dites que vous êtes pacifiste, mais vous avez jeté une pierre ! Ce gant, c’est pour renvoyer des grenades ? », « Vous manifestez depuis vingt ans ? Donc ça fait vingt ans que vous êtes pas content malgré les gouvernements successifs ? », « Vous avez lancé une pierre parce que vous étiez énervé, ça vous a soulagé ? » Le juge a ensuite montré au prévenu des photos extraites de la vidéo : « Regardez, on vous voit dans un groupe avec une grosse pierre à la main, et personne ne porte de gilet jaune. Vous n’êtes pas un gilet jaune, vous êtes un professionnel de la manifestation ! »

L’avocat de la défense a plaidé la relaxe, en arguant que son client « n’a pas le profil du casseur. On pense que le gilet jaune est par nature violent, mais mon client est calme, il a une femme, un travail et un bébé. Il n’est pas violent, c’est la force du groupe qui l’a fait rester en manifestation ». Des arguments qui n’ont visiblement pas convaincu : il a été condamné à six mois de prison avec sursis, trois cent euros d’amende et une interdiction de paraître à Montpellier pendant six mois.

Condamnation de l'État pour l'usage de LBD

L'Etat a été condamné à verser près de 50.000 euros à un supporter du club de football de Montpellier blessé par un tir de LBD en 2012. L'utilisation des lanceurs de balles de défense (LBD) tous les week-ends par les forces de l'ordre lors des mobilisations de Gilets jaunes fait polémique. Chaque semaines, de nombreux manifestants blessés par ces tirs portent plainte. Ce mercredi, certes pour un tout autre contexte, l'Etat a été condamné à verser près de 50.000 euros à un supporter du Montpellier Hérault Sport Club (MHSC) éborgné par un tir de LBD en 2012, dans un jugement du tribunal administratif de Montpellier dont l'AFP a eu une copie.

Selon ce jugement, l'Etat est condamné à verser 47.700 euros à Florent Castineira, supporter du MHSC, au titre des "préjudices imputables" à "l'intervention des forces de l'ordre lors de la journée du 21 septembre 2012". L'Etat doit également verser 1500 euros au titre des frais de justice engagés par le supporter. Pour ce calcul, le tribunal précise avoir tenu compte du fait que le supporter avait déjà reçu 15.000 euros en mai 2015 du fond de garantie des victimes d'actes de terrorisme et d'autres infractions (FGTI). L'Etat est également condamné à rembourser cette somme au FGTI.

Sur le plan pénal, un juge d'instruction avait clos le dossier en 2017 par un non-lieu et aucune poursuite n'avait donc été engagée contre le policier auteur du tir qui a privé le supporter de l'usage de son œil droit. Mais en octobre 2018, le tribunal administratif de Montpellier avait estimé que l'Etat était "civilement responsable" des blessures de Florent Castineira, survenues dans le cadre d'une opération de maintien de l'ordre le 21 septembre 2012, quelques minutes avant un match de Ligue 1 à Montpellier contre Saint-Etienne.

Le supporter a toujours assuré avoir ce jour-là été assis à proximité du stade, lorsqu'il avait été blessé par la police qui prenait en chasse un homme qui s'était réfugié dans la foule. Aujourd'hui, Florent Castineira est très mobilisé au sein d'une "assemblée des blessés" qui dispense des conseils aux Gilets jaunes victimes de tirs de LBD40 et au sein du collectif "Désarmons-les" qui milite contre les "violences d'Etat".

Bilan des blessures et revendications

Depuis le début du mouvement, La liste des mutilés par la police dans le mouvement des gilets jaunes est longue. On compte une centaine de blessés "graves", dont 17 éborgnés. Des hommes et des femmes qui ont été blessés au niveau des yeux suite à des tirs de LBD. « C’est en mémoire de tous les Gilets jaunes décédées », explique une Gilet jaune. « Les tirs de flashball, les grenades de désencerclement, c’est les ordres de monsieur Castaner ». « Il s’agit de défendre nos droits, en hommage à toutes ses personnes toutes ces victimes », continue-t-elle. « On ne veut plus de victimes » fini-t-elle. De son côté Castaner continue à jouer à la politique de l’autruche en affirmant être « sidéré » par les accusations de violences policières. La femme Gilet jaune répond à Castaner : « C’est honteux, il va devoir répondre de ses actes. Il nous fait du mal gratuitement ».

Face aux violences policières, du côté des gilets jaunes émergent aussi de plus en plus la question de l’organisation pour se protéger, se défendre, et des revendications pour exiger l’interdiction des armes de répression.

Bilan des blessures et interpellations (Languedoc-Roussillon, depuis le 17 novembre 2018)
Type Nombre
Blessés graves (principalement par flash-ball) 11
Interpellations 140
Mises en détention provisoire 12
Condamnations 14

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