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J’ai toujours beaucoup lu. Une passion qui ne m’a jamais quitté et qui explique l’importance de ma bibliothèque. Mais depuis un certain temps, avec l’isolement entraîné par le Covid (on ne va pratiquement plus au cinéma), l’âge aussi, et mon genou gauche foutu qui m’empêche de marcher comme avant, je lis de plus en plus. Cela m’inquiète d’ailleurs pour ma bibliothèque. Je viens d’atteindre le numéro 4700 et il y a longtemps que mes rayonnages sont débordés.

J’essaye toujours de revenir à la littérature pure d’autant plus que l’actualité me dégoûte de plus en plus. Ou m’inquiète profondément. Mais hélas, je ne puis y échapper complètement. Surtout ces derniers temps. Il y a évidemment beaucoup de ces lectures dont je n’ai pas eu l’occasion de rendre compte sur mon site Bloc-notes. Et il m’est arrivé de le regretter. Alors j’ai eu envie, en ce début d’année, de me les remémorer, les lister et voir si certains de ces livres ne valent quand même pas un petit commentaire.

Exploration de Divers Univers Littéraires

Abdulrazak Gurnah: Zanzibar et la Colonisation

J’ai rendu compte de ces deux livres dans la première note de mon Bloc-notes 2022 : Découverte d'Abdulrazak Gurnah de Zanzibar. Il n’y a donc rien à ajouter si ce n’est que ces deux ouvrages n’ont toujours pas été traduits en français, mais que le second devrait l’être en 2023. Autre chose encore : j’y ai appris plusieurs choses, d’abord que la fusion entre Zanzibar et le Tanganyika ne s’est pas faite sans douleurs, ensuite que la première guerre mondiale s’est aussi déroulée en Afrique, chacun des belligérants utilisant sans vergogne leurs colonisés pour cela.

Et puis cela m’a fait réfléchir sur l’histoire pas si glorieuse de notre Europe qui, finalement, a pratiquement colonisé le monde entier et qu’il ne faut donc pas s’étonner si nos anciens colonisés viennent aujourd’hui chez nous.

Ngũgĩ wa Thiong’o: Mémoires d'enfance et Réflexions sur la Colonisation

C’est un écrivain kényan kikuyu, né en 1938. Cet ouvrage, publié en 2010 en anglais, est le premier d’une série de trois livres de mémoires. La première chose qui frappe dans ces mémoires de son enfance c’est son amour et son respect pour sa mère, celle qui lui dit quand il va entrer à l’école : « fais de ton mieux ». Mais ces Mémoires sont intéressantes à plusieurs titres. D’abord pour ce qu’elles nous apprennent sur les traditions africaines.

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La polygamie qui, au début de son récit, paraît se passer en pleine harmonie. Son père a quatre femmes, chacune a sa case, le père une cinquième et ses femmes lui apportent son repos à tour de rôle. Les enfants sont unis et ils ont toutes les mères pour mères. Mais à la fin cela se délite, le père a des problèmes : on lui a enlevé ses bœufs, et sa dernière femme est une chipie : la mère de l’écrivain (elle est la troisième et elle a du caractère) est exclue du kraal.

Il y a également une description mémorable de la circoncision de l’auteur. Tous ces jeunes doivent marcher complètement nus pendant deux km, suivis d’une vaste foule, puis se plonger dans un lac froid. Et au sortir du lac, on leur coupe le prépuce sans qu’ils ne sentent rien, parce que frigorifiés! Mais il nous parle aussi de politique, de la rébellion mau-mau, de la terrible répression par les Britanniques, avec camps de concentration, pendaisons et massacres. Le vol des terres. Leur mépris pour les indigènes qui se reflétait dans leur système d’enseignement : l’éducation laissée aux Missions chrétiennes, l’encadrement de l’éducation organisée de façon indépendante par les Kikuyus, la réduction, à un moment donné, de la durée de l’enseignement primaire pour les Africains de 7 à 4 ans.

Je crois que sur ce plan-là au moins les Français étaient meilleurs. Dommage que personne n’ait jamais fait de l’histoire comparée pour ce qui est des méthodes de colonisation employés par les Européens, Français, Anglais, Belges, Portugais, Hollandais, Espagnols, Italiens et Allemands. En Afrique d’abord, mais aussi en Asie et en Amérique dite latine. Cela m’aurait intéressé… Ngũgĩ wa Thiong’o a écrit ses romans en anglais sous son nom chrétien James Thiongo, puis, après avoir passé une année en prison au Kenya, a décidé de prendre son nom kikuyu et d’écrire à l’avenir dans cette langue.

Maaza Mengiste: Épopée et Fantastique en Éthiopie

Maaza Mengiste est une Ethiopienne, qui écrit en anglais et vit aux Etats-Unis (elle enseigne au Queens College de New-York et à Princeton). Je trouve que c’est une authentique réussite littéraire, ce Roi fantôme. Le récit de la révolte populaire contre les Italiens de Mussolini qui ont envahi l’Ethiopie en 1935 et chassé le Roi, a quelque chose d’épique et même de fantastique.

Et puis, de temps en temps, elle intercale la description de vieilles photos (l’un de ses personnages est un photographe italien innocent des méfaits de ses co-nationaux) ou des chœurs de femmes comme au théâtre grec. Les femmes sont d’ailleurs à l’honneur dans son roman. Même si elles sont violées par des chefs de guerre machistes et si l’une d’elles est espionne et, pour cela, devient la maîtresse d’un colonel italien particulièrement cruel. Mais elles sont aussi guerrières et c’est l’une d’elles qui a l’idée de faire jouer le rôle du Roi à un musicien un peu simplet, un Roi qui apparaît puis disparaît, comme un songe, ce qui donne du courage aux rebelles et fait peur aux Italiens.

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Maaza Mengiste a beaucoup puisé dans ses archives familiales pour écrire ce roman. Elle a même découvert que sa grand-mère maternelle y a participé, à la guerre contre les Italiens. C’est également son histoire familiale qui lui avait donné l’idée de son premier roman, Sous le regard du lion, qui évoquait la Révolution et l’assassinat du Roi dans les années 70.

Keigo Higashino: Douceur et Humanité dans le Roman Policier Japonais

Il m’arrive aussi de lire des romans policiers. De temps en temps. Quand je stresse ou quand, tout simplement, mes petites cellules grises sont fatiguées. Je crois que c’est ma fille, Francine, qui m’a offert l’un de ses romans, La Fleur de l’Illusion (parue également aux Actes Sud), qui m’a véritablement enchanté, au vrai sens du terme. Un roman très poétique, d’une grande douceur, aussi, que j’ai trouvée un peu étonnante pour un Japonais. Mais une histoire aussi tout-à-fait japonaise avec cette fleur, une ipomée, dont un botaniste passionné découvre qu'une variété jaune, disparue depuis le XVIIIème siècle, réapparait.

Le deuxième roman que j’ai acheté de cet auteur, Les Miracles du bazar Namiya (Actes Sud aussi), était toujours aussi poétique, mais beaucoup plus fantastique (on peut poser des questions au vieux bazar abandonné et le bazar répond!) et une fois de plus d’une grande douceur qu’on pourrait appeler humanité. Les deux livres que j’ai lus plus tard sont des romans policiers un peu plus classiques. Le détective du Nouveau (il doit comprendre la vie et les habitudes d’un quartier de Tokyo où il prend ses nouvelles fonctions), Kaga Kyōichirō, est un humaniste lui aussi. Quant à L’équation de plein été, le détective est un physicien, le professeur Yukawa (il faut dire que l’auteur est lui-même ingénieur). La mélancolie dans laquelle baigne cette histoire est bien lumineuse, écrit l’éditeur. Il a raison.

Frédéric Paulin: Une Chronique du Terrorisme Islamiste

Cette trilogie est la chronique d’un quart de siècle de terrorisme islamiste qui commence en 1992 avec le début de la décennie noire algérienne et finit, provisoirement, avec le massacre du Bataclan de 2015. Il s’agit d’un ensemble remarquablement bien documenté dont la lecture a été rendue très vivante grâce à quelques héros de fiction attachants, un agent de la DGSE, à moitié algérien, un commandant-femme de la DST, la fille journaliste de l’agent DGSE, etc.

Le premier tome se passe presqu’entièrement en Algérie, depuis janvier 1992, lorsque l’Armée refuse d’accepter la victoire électorale du Parti islamiste et établit un régime d’exception, jusqu’en 1995 lorsque la France est frappée par les premiers attentats terroristes attribués au GIA algérien. Je rappelle que la décennie noire algérienne a entraîné la mort, selon les estimations, de 60000 à 200000 personnes. Frédéric Paulin suit assez systématiquement la théorie du complot, c’est-à-dire la relation coupable entre l’Armée et les Islamistes.

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Paulin n’est pas toujours très clair sur la façon dont la collusion fonctionne. A un moment donné il semble même suggérer que le GIA est une création de la DRS. Plus sérieusement, il semble plus logique d’essayer d’infiltrer les islamistes, de les inciter à entreprendre certaines actions ou de leur faire porter le chapeau d’actions qui ne sont pas de leur fait. Que les dirigeants algériens aient intérêt à ce que la France les suive dans leur lutte, en particulier sur son territoire national, semble encore logique.

Avant de continuer il faut peut-être dire quelques mots sur Paulin lui-même. Il était journaliste quand il a participé à Gênes à un fameux G8 et y a été littéralement traumatisé par l’incroyable violence policière qui a marqué cet évènement. Il le raconte à nouveau dans une interview du Monde (Macha Séry, Le Monde du 26 septembre 2021) : « Au début, la fête promettait d’être exceptionnelle », raconte Paulin. « Il y avait 500 000 personnes, un méga concert de Manu Chao, des langues de toute l’Europe ». Et puis voilà qu’on déploie 25000 policiers. Berlusconi venait de revenir au pouvoir et son vice-président du Conseil était le néo-fasciste Gianfranco Fini. Alors ils vont casser des « communistis », faire 600 blessés et un mort.

Le deuxième tome de la trilogie de Paulin commence en 1996 avec des attaques à la kalachnikov de quelques truands dans la région lilloise qui semblent avoir des liens avec une filière yougoslave. Et se termine avec l’attentat du 11 septembre 2001, l’attaque des tours de New-York. Ce que Paulin raconte sur la Brigade El Moudjahidin qui combat avec les Bosniaques musulmans m’a intéressé.

"Mémé Kalachnikov": Aventure et Écologie pour la Jeunesse

Car la grand-mère de Louis est une terreur, il déteste passer des vacances dans sa maison au fond des bois, sans télé ni rien. Mais cette fois-ci, il ne va vraiment pas s'ennuyer. Car sa grand-mère, moitié sorcière moitié activiste politique, s'oppose à la construction d'une route près de chez elle. Avec son chaudron magique, sa faucille et son marteau, elle ne craint personne! Du rire, de l'aventure e... Louis, âgé de dix ans, doit se rendre chez sa grand-mère paternelle, septante-neuf ans, pendant les vacances de Toussaint mais il n'aime pas aller chez elle.

Sa grand-mère, surnommée mémé Kalachnikov à cause de ses origines russes mais surtout à cause de la terreur qu'elle crée auprès des habitants, habite au milieu d'une forêt, tout près d'un ruisseau mais sans télévision, sans internet, Louis s'ennuie chez elle. Cette fois-ci, mémé Kalachnikov, lui a préparé le vélo de son grand-père qu'il n'a jamais connu. Il est content sauf quand il s'aperçoit de l'état du vélo: rouille, pneus dégonflés, guidon plié et pas de vitesses ni de freins. Il le répare et part à travers bois sauf, qu'après la côte, il faut dévaler une énorme descente sans freins.

Louis rentre à toute vitesse chez sa grand-mère et lui raconte l'incident. Mémé n'est pas contente et file chez le maire avec sa vieille voiture. Il lui apprend qu'on va construire une route plus directe pour faciliter l'accès des touristes aux sites préhistoriques. L'abattage va débuter dès le lendemain. Mais aucun arbre n'est coupé. le nouveau garde-champêtre vient prévenir Mémé que les croix des huit milles arbres ont disparu. Louis sait qu'il s'agit de l'oeuvre de sa grand-mère.

Du haut de ses 79 ans, la grand-mère de Louis « est forte et elle fout la trouille, elle passe pas son temps à traîner au lit comme celle du petit Chaperon rouge ». On l'aura compris, madame Kaleshkov n'est pas une 'fragile', d'ailleurs elle a grandi en Sibérie... Tiens, tiens: vieille dame effrayante + forêt + période d'Halloween. Petite histoire écolo-politique, hommage aux zadistes de NDDL ou d'ailleurs.

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