Dans l'émission "La France face à la guerre", diffusée sur TF1, Eric Zemmour a affirmé que la France ne disposerait que de "trois jours de munitions" en réserve en cas de guerre "de haute intensité". Cette affirmation, bien que difficile à vérifier, soulève une question cruciale : la France a-t-elle suffisamment de munitions pour se défendre en cas de conflit majeur ?
Vérifier les affirmations d’Eric Zemmour se heurte à une difficulté majeure : les données sur les stocks de munitions ne sont pas disponibles car ces chiffres sont des informations stratégiques soumises au secret de la défense nationale. L'entourage du candidat nous renvoie à "plusieurs rapports parlementaires et publications scientifiques qui ont souligné, ces dernières années, le niveau alarmant des stocks de munitions de l’armée française".
Le plus récent date du 17 février 2022. C’est un rapport d’information de l’Assemblée nationale (nouvelle fenêtre) sur la préparation à la "haute intensité". Son corapporteur, le député LR Jean-Louis Thiériot, est très explicite et pointe du doigt un "manque de stocks de munitions". "Un conflit de haute intensité imposerait de renforcer nos capacités logistiques et d’honorer le socle d’emploi militaire de tous les services de soutien, ceux du renseignement, du service de santé des armées, mais aussi du soutien en énergie, en munitions, qui sont aujourd’hui trop limités", indique-t-il.
Parce que jusqu’ici, dans les sphères du pouvoir, "on jugeait les conflits de haute intensité peu probables sur le sol européen, avec un déploiement de chars, aviation et artillerie", nous explique Pierre Servent. Selon le président de la commission de défense du Sénat, Christian Cambon, "On a 15 jours de munitions et pour certains armements que je ne peux pas évoquer pour des questions de sécurité nationale, nous en avons pour 3 ou 4 jours seulement", assure-t-il, sans dévoiler ses sources.
Le parlementaire précise toutefois que "ce n’est pas la même réponse selon le type de munition qu’on utilise", citant des armements aussi variés que les missiles Aster, les missiles anti-chars Javelin ou encore les fusils mitrailleurs HK 45.
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Selon le député François Cornut-Gentille (LR), le rapporteur spécial du budget des armées à la commission des finances de l’Assemblée nationale, un stock de munitions ne dit pas combien de jours on peut tenir. "Ce qui compte, c'est comment sont utilisées ces munitions." Le parlementaire se dit "très dubitatif sur les deux jours, trois jours, une semaine de stock". À ses yeux, cela dépend du type du conflit. "Si c’est au Mali, on aura évidemment une très faible consommation de munitions tirées à partir de nos frégates, mer-air, mer-sol", avance-t-il à titre d'exemple.
En outre, cette évaluation ne tient pas compte, selon lui, du système d’alliance auquel la France prend part. D'après Pierre Servent, sur l’opération Serval, nous avons par exemple demandé aux Allemands de nous fournir des munitions contre les bandes armées d’Al Qaida au Maghreb islamique "car nous étions à court de certaines munitions comme bombes et laser".
Quand il parle de "trois à quatre jours de munitions", Christian Cambon le fait pour "faire réagir". Qui aurait imaginé en effet, il y a encore quelques semaines, "que nous devrions faire face à de telles menaces, à un adversaire aussi imprévisible que Poutine ?" Une façon d’appuyer ce que le rapport souligne également : les délais de production. S’agissant de certaines munitions, ces délais ex nihilo sont de 24 à 36 mois.
Pour Jean-Louis Thiériot, "ce n’est pas au jour du déclenchement d’un conflit qu’il faudra se préoccuper du nombre et de la formation de ces personnels qualifiés. Je m’autorise une référence historique : face à la montée des périls dans les années 1930, le Front populaire avait engagé un grand réarmement, dès 1937. Hélas, à cause des délais de production, la France ne disposait, en 1939, que d’une cinquantaine de Dewoitine 520, pourtant les meilleurs chasseurs du monde".
Enfin, estime François Cornut-Gentille, il y a aussi un climat ambiant entretenu par les armées. "J’ai conscience, comme le chef d’état-major des Armées, que nous ne sommes pas prêts à un conflit avec la Russie tel qu’il se déroule en Ukraine.
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