La mitrailleuse est une arme à feu dont la cadence de tir (en rafale) permet de faucher une charge de cavalerie ou un assaut d’infanterie à une portée pratique d’environ 600 m. Ces armes pesantes imposent, pour les déplacer, un attelage de chevaux.
Dès l’apparition des armes à feu sur le champ de bataille, toutes les armées rêvent de posséder le lanceur de salves le plus meurtrier possible. À l’entame des années 1860, les progrès techniques réalisés sur le chargement par la culasse, la généralisation des âmes rayées et des projectiles ogivo-cylindriques, vont décupler l’imagination des inventeurs de tout poil, des plus farfelus aux plus sérieux.
Au milieu du XIXe siècle, l’artillerie connaît de nouveaux perfectionnements avec l’obus explosif, d’abord sphérique puis cylindrique avec une pointe ogivale, dont le chargement dans le canon se fait désormais par la culasse (à l’arrière) et non plus par la bouche (à l’avant). Ces obus sont soit pleins, soit creux. Les obus pleins sont utilisés principalement contre les fortifications, les obus creux surtout contre les hommes.
Mais le milieu du XIXe siècle voit aussi apparaître dans plusieurs pays, principalement les pays anglo-saxons, la Belgique et la France, une autre direction de recherche qui va être à l’origine de la mitrailleuse. Plutôt que de se focaliser sur le perfectionnement des canons et de leurs munitions, on étudie le moyen d’envoyer à partir d’une même pièce des projectiles beaucoup plus petits mais qui se succèdent à très grande cadence.
Ce principe général va donner lieu dans son application à deux « écoles » : l’école américaine et l’école belge et française.
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L’école américaine est représentée essentiellement par les frères Gatling. Leur mitrailleuse, mise au point de 1861 à 1865, est constituée de 6 ou 10 tubes accolés qui tournent ensemble, en boucle, autour d’une culasse fixe. Chaque tube reçoit à tour de rôle une cartouche à partir d’un chargeur, fixe également. Une fois le coup parti, chaque tube est réapprovisionné à son tour automatiquement, puisque l’ensemble des tubes continue de tourner.
Les mitrailleuses de l’école belge et française sont également constituées de tubes accolés. Mais ici ils sont fixes et approvisionnés tous en même temps à partir d’un bloc métallique amovible où sont disposées les cartouches de telle sorte que chacune soit placée en face d’un tube et puisse être insérée dans celui-ci. Tout à l’arrière, une grande vis avec une manivelle permet de mettre le bloc-chargeur au contact de l’extrémité des tubes. Une « vis de déclenchement » placée sur le côté permet de provoquer successivement le tir de chaque cartouche par percussion.
À la demande de Napoléon III, un capitaine d’artillerie nommé Verchère de Reffye (1821-1881) met au point - en secret - une arme capable de tirer en rafale : un canon à balles. Le prototype est financé par la cassette de l’Empereur à partir de 1863. En parallèle - et toujours en secret -, une instruction (un mode d’emploi) est rédigée pour l’utiliser et des tirs d’essai sont réalisés.
On forme spécialement des soldats capables d’utiliser cette arme moderne. Le corps du canon, en bronze, comporte un carré d’acier contenant 5 x 5 rangées de tubes de calibre 13 mm, pouvant donc recevoir 25 cartouches qui seront tirées successivement à une cadence pouvant atteindre 125 coups par minute. La boîte contenant les projectiles est poussée vers l’avant avec une manivelle.
Napoléon III, qui avait une formation d’artilleur et était curieux des innovations techniques, s’intéresse dès le début à cette nouvelle arme. C’est le capitaine Verchère de Reffye, d’abord officier d’ordonnance de l’empereur, qui va mettre au point en secret au camp de Satory, de 1863 à 1866, le principal modèle français (il y en aura d’autres en province), appelé alors « canon à balles ».
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Celui-ci s’inspire largement au début de la mitrailleuse belge. Il est composé de vingt-cinq tubes rayés en acier de calibre 13 mm, eux-mêmes englobés dans un autre tube, en bronze, de plus grand diamètre. Celui ci était monté sur un affût de canon muni de grandes roues comme les pièces d’artillerie.
Au moment des essais, le canon à balles est apprécié pour sa précision, au moins jusqu’à 1 000 m, sa quasi-absence de recul (en raison de son poids, 1485kg avec l’affût) et sa facilité d’emploi.
Le 29 juin 1861, un article paraît dans le Rochester Daily Union & Advertiser. Celui-ci relate qu’Albert Mack, employé du pénitencier du comté de Monroe, a suggéré au Dr Requa que l’armée unioniste avait besoin d’un fusil à tir rapide.
Dès le 11 juillet, malgré une activité dentaire chargée, Requa parvient à achever un modèle réduit. Après avoir reçu les félicitations des notables de Rochester, Requa et Billinghurst construisent un prototype de taille réelle dans l’armurerie dont le coût n’excède pas 500 dollars. La première mitrailleuse est appelée « Requa Rifle Battery (Batterie de fusils Requa) ».
Elle est constituée de 25 canons d’environ 65 cm montés sur une armature reposant sur un chariot à deux roues. Elle pèse 230 kg. Un chargeur de 25 cartouches est mis en place. Les 25 canons se déchargent d’une volée et trois hommes peuvent la recharger 7 fois en une minute, ce qui fait 175 coups par minute.
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Après sa construction et les tests sur le prototype, Requa démarche auprès de l’armée de l’Union en se rendant à Washington D.C., le 22 avril 1862, dans l’espoir de rencontrer le responsable du matériel militaire.
Malgré les tests qui se sont tous soldés par des résultats positifs, les commandes tardent. Les deux inventeurs se tournent vers Smith et Bradley, deux financiers qui finissent par accepter de débloquer les fonds nécessaires à la conception de la batterie de fusils Requa.
Richard Gatling, dépose son premier brevet, en 1862. De l’avis même de spécialistes américains, il se serait inspiré du système Ager, pour les étuis de munitions et du projet Ripley pour le concept de fonctionnement de son invention.
La cadence de tir est donnée pour 150 à 200 coups/m. Richard Gatling investit 6000 $ auprès de la Miles H. Greenwood & Co à Cincinnati, pour la fabrication de 6 exemplaires.
Le Gatling est une architecture. Ce sont des canons qui tournent autour d’un axe. Chaque « tube » possède sa chambre et son mécanisme de percussion. Dans un Gatling chaque opération de tir (chargement, verrouillage, percussion puis extraction et éjection de la douille) se fait simultanément pour chaque tube.
La mitrailleuse Gatling fut la première mitrailleuse efficace combinant fiabilité, puissance de feu et facilité d'alimentation. Elle fut conçue par l'inventeur américain Richard Gatling en 1861. Gatling dépose en 1862 le brevet pour une arme à plusieurs canons rotatifs.
Le principe de fonctionnement repose sur plusieurs ensembles, chacun constitué d'un canon intégrant une chambre et un mécanisme de percussion. Lors du tir, l'une des opérations nécessaires (chargement, verrouillage, percussion puis extraction et éjection de l'étui ou de la douille) est ainsi à tout moment en cours sur l'un d'entre eux.
Une manivelle imprime un mouvement de rotation à dix ensembles montés autour d'un axe central, de sorte que chacun tire successivement grâce à un système de cames qui ouvre et ferme les culasses. Le chargement est obtenu par gravité, les munitions tombant depuis le chargeur placé au-dessus de l'arme. La cadence de tir par minute atteignait 1 200 coups mais un tir utile dépassait rarement 400. Le calibre allait de 7,8 à 25,5 mm. Elle était servie par quatre opérateurs.
Au vu de l'usure des canons et de la fatigue du métal engendrée par des cadences de tir trop importantes, Gatling jugea que 150 coups minute permettraient un tir prolongé sans risque de casse pour l'arme.
Au début de la guerre de 1870, près de 200 pièces sont fournies à l’armée française. Les canons à balles sont utilisés dès le début du conflit, à Sarrebruck puis dans les combats d’août : leur efficacité est redoutable. Le Reffye tire à courte distance et prend l’infanterie pour cible.
Il acquiert rapidement une terrible réputation, semant la terreur sur les champs de bataille. Les témoins rapportent que le seul tac-tac-tac-tac suffit à épouvanter l’ennemi. L’artillerie prussienne prenait les canons à balles pour cible, pour les neutraliser le plus rapidement possible et éviter l’hécatombe dans ses lignes de fantassins.
À Spicheren, le 6 août, le général allemand Von François est atteint par une rafale et succombe à ses graves blessures. À Rezonville, le 16 août, la brigade Bredow est décimée par le Reffye et les fusils Chassepot.
Un autre témoin décrit l’effet de la mitrailleuse sur les Prussiens, dans Le Figaro : « On entend un bruit étrange, quelque chose comme un moulin infernal. C’est la première mitrailleuse qui fonctionne. L’effet a été terrible ; vous savez, celui que produit un rouleau dans une prairie, couchant l’herbe… ».
La guerre de Sécession fut le premier vrai conflit moderne qui vit l'emploi du télégraphe des chemins de fer, des navires cuirassés, des sous-marins et de la première mitrailleuse. Inventée en 1862 par l'ingénieur Richard Gatling, cette arme à tir multiple consistait en 6 canons pivotants de calibre 0.58 autour d'un axe central, chaque canon possédant son propre système de mise à feu.
Peu intéressé par cette arme novatrice, le gouvernement américain en acquit 12 pour 1000 dollars chacune pour effectuer un test au combat en 1864. Les militaires craignaient qu'une telle arme consomme bien trop de munitions pour un résultat relativement modeste au vu de la puissance d'impact de l'arme.
Pendant la guerre de Sécession, la Gatling n'est pas encore en usage officiel dans l'armée de l'Union mais quelques exemplaires, achetés sur fonds privés, sont cependant utilisés. Deux de ces armes furent utilisées au siège de Petersburg et huit furent déployées sur des canonnières.
Un certain nombre de mitrailleuses Gatling ont été achetées par la France en Amérique et en Angleterre, au cours de la guerre de 1870-1871. Pourtant, un nouveau modèle de mitrailleuse Gatling sera mis au point par les ateliers du Puteaux, pour être monté sur un affût à roues et pour armer la première tourelle de mitrailleuse type GF3 modèle 1899 installée au fort de Manonviller près de Lunéville.
La bataille de Mars la Tour le 16 août 1870 contre la 38° brigade prussienne a néanmoins vu leur emploi avec un immense succès. La France acheta 25 mitrailleuses Gatling à la Gatling Gun Company. Ces 25 Gatling ne sont relatées dans aucun combat de ma connaissance, à part les 3 qui participèrent, encore avec un gros succès, aux combats du Mans les 11 et 12 janvier 1871.
Après guerre, la République ignora mitrailleuses et canons à balles, et les combats de l'été 1914 rappelèrent que des mitrailleuses convenablement utilisées étaient plus que meurtrières!
La mitrailleuse de campagne modèle 1900 est mise au point par Benjamin Berkely Hotchkiss qui, depuis longtemps, rêvait de substituer une arme automatique à son canon revolver actionné à la main par une manivelle. Une mitrailleuse de campagne modèle 1900 système Hotchkiss sur affût trepieds au fort d’Uxegney à Epinal. Elle se compose essentiellement d’un canon unique assujetti dans une boîte de culasse renfermant le mécanisme.
Ce canon ne diffère d’un canon de fusil ordinaire que par sa plus grande épaisseur lui permettant de mieux résister aux vibrations de l’arme et à l’échauffement dû à un tir prolongé. En dessous et parallèlement au canon avec lequel il communique par un orifice de prise de gaz, se trouve un cylindre renfermant un piston qui porte des cames destinées à manœuvrer les mécanismes de culasse et d’alimentation.
Lorsque le piston est lancé en arrière par les gaz provenant de l’explosion de la poudre, il est retenu au terme de sa course, par une détente placée dans la boite de culasse. En appuyant sur la détente, le piston n’étant plus maintenu, est lancé en avant à sa position initiale par le ressort de rappel qu’il avait comprimé dans son mouvement en arrière. Si on appuie constamment sur la détente, le piston ne pourra plus s’accrocher et rester en arrière.
Pendant le mouvement arrière du piston, la culasse est ouverte, la douille vide est extraite puis éjectée et la bande-chargeur se trouve transportée dans l’arme d’une certaine quantité vers la droite.
Le chargement se fait en poussant successivement les bandes dans le couloir d’alimentation. Les bandes articulées sont enroulées dans des boites en chêne que l’on pose près de l’arme au moment de tirer. Pour charger, il suffit d’introduire l’extrémité de la bande dans le couloir d’alimentation.
Deux hommes sont généralement nécessaire pour assurer le service de la pièce, l’un faisant fonction de tireur et l’autre de chargeur.
La mitrailleuse française du modèle Saint-Etienne 1907, qui est en service dans l’armée concurremment avec la Hotchkiss, procède du même principe de construction que cette dernière. Elle emprunte l’énergie motrice de son mécanisme aux gaz développés lors de la déflagration de la poudre.
La pression des gaz prélevés dans le canon pousse en avant un piston muni d’une tringle dont le déplacement agit sur un levier qui lui-même fait fonctionner la culasse. Celle-ci comporte les dispositifs nécessaires d’ouverture et de fermeture de l’âme, d’approvisionnement, d’éjection et de percussion. Un ressort antagoniste ramène le piston à sa place et provoque, après le départ du coup, le recommencement du cycle.
L’excellente qualité de l’acier dur dont est fait son canon, lui permet de tirer notre balle D sans éprouver aucune usure. Le refroidissement pendant le tir est assuré, sans manchon à eau et sans ailettes réfrigératrices, par l’adjonction, à la partie qui avoisine l’âme, d’une masse métallique suffisante pour dissiper la chaleur produite.
Cette mitrailleuse sera nommée pendant la première guerre la faucheuse d’hommes. C’est une pièce très moderne à tir automatique.
L’établissement Darne est un établissement stéphanois établi en 1881 pour la fabrication de fusil de chasse. En 1915 la société obtient la fabrication des mitrailleuses Lewis, et grâce à cette expérience en 1916 la société conçoit sa propre mitrailleuse. De cette base révolutionnaire boîtier/canon/piston récupérateur de gaz, la société Darne proposait une mitrailleuse universelle avant l’heure.
Un fusil mitrailleur avec chargeur de 20 à 30 cartouches pouvant tirer de 100 à 800/min coups selon le variateur de cadence pesant 6.9kg. La France passe une commande initiale en 1918 environ 6000 unités. Puis une seconde commande 1922 pour équiper les tourelles d’avions.
Les mitrailleuses Darne étaient rustiques, révolutionnaires et très fiables dans les pires conditions. De plus elles étaient économiques à fabriquer. Pour des raisons ignorées, ces mitrailleuses ont été boudées par les pouvoirs militaires.
La Browning M2 est une arme qui est extrêmement polyvalente car elle a été conçue pour un rôle totalement différent de son rôle moderne car elle été conçue pour être utilisée contre les avions en chars lors de la Première Guerre mondiale. En 1917, le General Pershing va demander le développement d’une nouvelle mitrailleuse de gros calibre pour ce rôle anti-véhicule et cela va entraîner le développement de ce qui deviendra la munition de .50 BMG (Browning Machine Gun) ou 12,7x99mm.
Le célèbre John Browning va concevoir une nouvelle mitrailleuse en s’appuyant sur le mécanisme de sa célèbre mitrailleuse M1917 qui été aménagée pour la cartouche de 30-06. La première mitrailleuse en calibre 50 est prête pour les tests en octobre 1918 avec des résultats plutôt mitigés d’autant plus que quelques semaines après les tests la Première Guerre mondiale se termine.
En 1926, John Browning décède et le développement est repris par le Docteur S.H. Green qui avait travaillé sur le modèle 1921 et il va résoudre la majorité des problèmes de la nouvelle mitrailleuse. Le boitier de culasse va être redessiné pour être le même entre toutes les variantes. Ainsi en fonction des clients, on peut plus facilement configurer ces mitrailleuses et cela simplifie la production et la logistique.
La Deuxième Guerre mondiale va évidemment faire exploser la demande pour ces armes qui seront fabriquées par une quinzaine d’entreprises dont Colt, Savage, l’Arsenal de Springfield, Fabrique Nationale et même l’entreprise Frigidaire et bien d’autres.
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