La question des ventes d'armes à l'Arabie saoudite a suscité de vives tensions politiques en France, notamment en raison de l'implication de ce pays dans des conflits armés et de son bilan en matière de droits de l'homme.
Lors d'une séance à l'Assemblée Nationale, Bastien Lachaud, du groupe La France insoumise, a interpellé le gouvernement sur les ventes d'armes à l'Arabie saoudite, dénonçant l'hypocrisie et le cynisme de l'État français.
M. Bastien Lachaud :
« Monsieur le Premier ministre, torturé, démembré, assassiné, le tout en musique : tel est le sort réservé au journaliste Jamal Khashoggi par une bande de tueurs envoyée par le régime saoudien. Certains feignent de découvrir qu'il y a un problème. Quelle hypocrisie ! Qui donc pouvait ignorer que l'Arabie saoudite est un État criminel ? Elle condamne à mort les homosexuels ; elle condamne à mort ou au fouet les femmes et les hommes qui militent pour les droits humains. Elle finance la propagation d'un islamisme obscurantiste qui a formé, forme et formera encore les viviers dans lesquels les groupes terroristes recrutent leurs fanatiques. Elle mène au Yémen une guerre ignoble. Les ONG alertent depuis des mois et les experts des Nations unies sont formels : des centaines de crimes de guerre y ont été commis - bombardements de civils et d'humanitaires, viols, enlèvements, assassinats. Des millions de personnes sont menacées par la famine. Et, pendant ce temps-là, Emmanuel Macron, tout sourire, fait des selfies avec Mohammed Ben Salman. Il l'invite même à Paris le 11 novembre prochain. Quelle lâcheté ! Pendant ce temps-là, la France continue de livrer des armes. Quel cynisme ! Depuis des mois, nous vous interpellons, à l'écrit et à l'oral, dans l'hémicycle, et en commission. Chaque fois, vous noyez le poisson. Aujourd'hui, ça suffit ! Ça suffit, les faux-fuyants ! Ça suffit, la mauvaise foi ! Ces ventes d'armes sont une infamie ! Ce business pue le pétrole, les dollars et le sang. Il est honteux, illégal et criminel ! Les flatteries d'Emmanuel Macron sont écœurantes. Il est temps que tout cela cesse. Tout le monde sait que l'Arabie saoudite achète le silence de la France. »
Il a qualifié ces ventes d'armes d'infamie, de business puant le pétrole, les dollars et le sang, et a accusé l'Arabie saoudite d'acheter le silence de la France.
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Mme Florence Parly, ministre des armées, a répondu aux accusations en condamnant le meurtre du journaliste Jamal Khashoggi et en soulignant la nécessité d'une enquête crédible.
Mme Florence Parly, ministre des armées :
« Monsieur le député, ne mélangeons pas tout. Il y a d'abord le meurtre de Jamal Khashoggi. C'est un meurtre. Ce meurtre a été commis sur un journaliste. Il représente donc aussi une atteinte épouvantable à la liberté de la presse. C'est extrêmement grave. C'est la raison pour laquelle nous, la France, réclamons, avec nos partenaires européens, que toute la lumière soit faite, qu'une enquête crédible soit réalisée et que les responsabilités soient clairement identifiées. Et c'est sur la base des conclusions de cette enquête que nous tirerons nos propres conclusions et que des décisions seront prises. »
Concernant la situation au Yémen, elle a reconnu la gravité de la crise humanitaire et a affirmé que le gouvernement agissait pour rechercher une solution politique.
En ce qui concerne les exportations d'armements, elle a insisté sur le fait que toute vente d'armes était soumise à une autorisation expresse, fruit d'un examen rigoureux au cas par cas.
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Mme Florence Parly, ministre des armées :
« S'agissant, enfin, des exportations d'armements, je souhaite mettre un terme à une fiction. Non, on ne vend pas des armes comme on vend des baguettes de pain. La règle est claire : toute vente d'armes est interdite sauf autorisation expresse. Cette autorisation expresse, comme vous le savez, mesdames et messieurs les députés, est le fruit d'un examen très rigoureux, au cas par cas, qui rassemble plusieurs ministères, afin d'évaluer très précisément tous les risques. Ne mélangeons pas tout ! »
Malgré les déclarations du gouvernement, les exportations d'armes de la France restent entourées d'une grande opacité. La plupart des informations proviennent des rapports annuels au Parlement, qui sont une source très incomplète.
Le gouvernement français se refuse à communiquer sur le sujet, même lorsqu'il est sollicité par les parlementaires.
De plus, la loi érigeant en délit la violation des embargos est toujours en attente d'être votée au Sénat, dix ans après son premier examen, ce qui limite les moyens de punir les contrevenants.
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Il est difficile de s'y retrouver dans la jungle des embargos, dont les modalités diffèrent fortement selon la destination visée. Ces mesures sont souvent les variables d'ajustement des intérêts occidentaux.
Par exemple, l'embargo sur le Yémen ne s'applique qu'aux forces rebelles houthies et pas aux membres de la coalition en guerre, équipés par les grands pays exportateurs d'armes.
En outre, les embargos pesant sur des puissances comme la Chine ou l'Égypte ne sont pas contraignants.
| Pays sous embargo | Origine de l'embargo |
|---|---|
| Libye | Conseil de sécurité des Nations Unies |
| Côte d’Ivoire | Conseil de sécurité des Nations Unies |
| Iran | Conseil de sécurité des Nations Unies |
| République centrafricaine | Conseil de sécurité des Nations Unies |
| Soudan | Union Européenne |
| Soudan du Sud | Union Européenne |
| Syrie | Union Européenne |
| Chine | Union Européenne |
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