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Au début du conflit de la Première Guerre mondiale, une multitude de mortiers légers ont fait leur apparition pour combler le manque de pièces pouvant répondre aux besoins spécifiques de la guerre de tranchées. Ces besoins incluaient la destruction des défenses accessoires, comme les réseaux de fils de fer barbelés, et la neutralisation du personnel abrité dans les tranchées.

I - Le Mortier Mauser : Un Minenwerfer Unique ?

L'artillerie fut ainsi dotée d'un tout nouveau Minenwerfer, élaboré par la célèbre firme Mauser. Bien que ressemblant au mortier Lanz à bien des égards, il semble indéniable que ce Minenwerfer auxiliaire fut le premier à apparaître sur le front. En effet, sa conception plus rustique et ses munitions plus simples, ainsi qu'une photo datant de la fin novembre 1914, témoignent de l'existence d'une équipe de Minenwerfer-Bau-Kommando posant fièrement aux côtés d'un Minenwerfer Mauser et de ses projectiles courts.

A) Le modèle le plus commun :

D'un calibre de 91.3mm, le Minenwerfer Mauser est construit en tôle d'acier et dispose d'un tube mince à âme lisse dont la partie haute est pourvue d'un large renflement sur lequel est visible un guidon. Sa partie droite dispose par ailleurs d'un renfort métallique tandis que sur le dessus du tube, au niveau inférieur, peut être présente une plaque renseignant sur le fabricant.

Ce type de mortier est monté sur un affût semblable à celui du mortier Lanz dont les 4 pieds sont fixés, par le biais de clavettes, sur deux cornières solidement rattachées à une plateforme aux bords arrondies constituée de 7 madriers. Sur certaines variantes, ces deux cornières sont pourvues à chacune de leurs extrémités de poignées mobiles ainsi qu'en leurs centres, sur leurs faces externes, de plaques fabricants; on rencontre même parfois des modèles d'embase à poignée unique sur l'avant.

La plate-forme est quant à elle très souvent munie d'une caisse pour accessoires ainsi que d'un écouvillon de mortier qui pouvait être maintenu à l'affût grâce à un système à pince, sans oublier le capot de protection de ce dernier.

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A savoir que pour faciliter le transport, les pieds du chevalet peuvent être repliés.

Le Minenwerfer Mauser peut être comparé à une version allégée de son confrère puisqu'il pèse, plate-forme comprise, une trentaine de kilos de moins que le Minenwerfer Lanz avec un poids avoisinant les 73kg ( soit 46 kilos pour le mortier lui-même et 27 pour sa plate-forme ).

Cette différence de poids peut s'expliquer comme on a pu le voir par l'adoption d'un tube lisse plus mince mais pas seulement. En effet, une culasse assez rustique comparée à celle de son confrère est employée. Ainsi cette dernière est constituée d'un bloc d'acier cylindrique évidé d'une chambre à poudre et immobilisé par une grosse goupille de 25mm de diamètre. Son retrait s'effectuait de la façon la plus simple qui soit grâce à une poignée assez imposante de forme proche de l'ovale.

A savoir qu'une lumière oblique traversait la culasse sur les premiers modèles mais qu'une version plus évoluée, très certainement apparue durant l'année 1916, permettait l'emploi d'une cartouche un peu comme à l'instar du Minenwerfer Lanz et donc l'usage d'un cordon tire-feu.

L'angle de tir de ce mortier peut être mesuré à l'aide d'une alliade analogue au modèle à pendule du Lanz qui se fixe grâce à un système sur le côté gauche du mortier. Cet angle, qui pouvait être compris entre 16 et 34 degrés, est déterminé grâce à un levier situé à l'arrière que l'on peut monter, ou descendre, puis bloquer.

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B) De nombreuses variantes :

S'agit-il d'une région différente employée dans la fabrication? D'une version plus évoluée? Ce qui est certain, c'est que les nombreuses photos d'époque présentant des mortiers Mauser permettent d'observer d'importantes différences !

Ainsi au niveau du tube, certains mortiers sont entre autres dépourvus du renflement présent au niveau supérieur ainsi que du bras de renfort sur la partie droite. L'affût peut également présenter des variantes sur plusieurs niveaux avec notamment l'ajout de pièces métalliques rendant très certainement celui-ci plus robuste. D'importantes divergences sont également observées au niveau de la plate-forme qui parfois se présente sous une version très simplifiée à la limite de la construction de terrain.

II - SES PROJECTILES ET LEUR CONDITIONNEMENT

Le Minenwerfer Mauser pouvait vraisemblablement utiliser les projectiles du mortier Lanz même si personnellement, j'émets de gros doutes sur cette hypothèse. En effet, à l'heure actuelle, je n'ai pu observer aucun cliché d'époque présentant l'emploi de ces munitions avec ce type de mortier. Ainsi, pour ma part, ce mortier s'utilisait avec de nombreux projectiles apparus essentiellement durant le courant de l'année 1915, certains de type explosif, d'autres à chargement chimique.

A savoir qu'il devait exister une multitude de variantes de ces projectiles comme en attestent les clichés d'époque, c'est pourquoi nous ne traiterons que des modèles principaux !

Les soldats français n'hésiteront pas à dénommer ces projectiles, au vue de leur forme particulière, "tuyaux de poêle" même si dans une documentation d'époque française on retrouve pluôt le terme de "Grenade de jet"; de nombreux témoignages en faisant d'ailleurs référence.

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Pour l'emploi de l'ensemble de ces munitions, le mortier Mauser faisait usage d'une charge unique constituée d'un sachet de soie renfermant 20 grammes de poudre noire auquel était rattachée une mèche lente. Il y avait cependant la possibilité d'employer une charge d'appoint de 15 grammes supplémentaires qui était repérable visuellement, outre par sa taille, par l'emploi d'une couleur différente du sachet de soie.

Ainsi, selon l'angle de tir, le modèle de projectile utilisé mais également le type de charge propulsive employé, la portée pouvait varier de 150 à 270 mètres environ.

A) Tuyau de poêle petit modèle du 1er type :

Ce projectile mesure 19cm de haut et pèse 1,9kg. Il renferme 1kg de Donarite qui est composée essentiellement de nitrate d'ammonium mais également de trinitrotoluène et de nitroglycérine. On peut également supposer l'emploi d'un explosif identique au modèle utilisé par la munition en fonte du mortier Lanz, à savoir l'Astralit.

Ces engins sont constitués par une enveloppe cylindrique de tôle d'un millimètre d'épaisseur qui est roulée et rivetée. La partie haute est fermée par un épais bloc de bois aux extrémités arrondies qui est surmonté par un bouchon hexagonal en acier. La partie basse, quant à elle, est également obstruée par un tampon de bois à la différence qu'il est pourvu à sa base d'un disque d'acier.

C'est cette partie même qui sera placée tête la première dans le tube du mortier, elle dispose donc d'un système d'allumage composé d'un réceptacle en bois sur lequel est fixée une mèche sertie d'un détonateur.

En guise d'étanchéité et pour éviter tout accident, un joint de cire froide était parfois apposé autour de la fusée.

Par ailleurs, on peut présumer qu'avant de procéder au chargement de l'appareil de lancement, que pouvait être placé au cul de cette munition un chiffon de toile imbibé de suif, de forme circulaire, de 15cm de diamètre et percé d'un trou en son milieu, destiné à, outre servir de garniture étanche, limiter le souffle le long du projectile lors de l'inflammation de la charge propulsive.

A savoir que ce petit modèle de tuyau de poêle fut vraissemblablement le moins employé sur le front.

Par ailleurs, certaines pièces de fouille découvertes permettent d'affirmer l'usage de ce type de munition en tant que grenade à manche de circonstance, un morceau de bois cloué sur un des tampons en faisait ainsi une grenade de fortune !

B) Tuyau de poêle petit modèle du 2nd type :

Une variante du projectile de 19cm existe et au vu de son profil, il ne fait aucun doute que cette dernière préfigure l'arrivée du modèle plus imposant !

Toujours réalisé en tôle roulée et agrafée avec jointure réalisée au minium ( oxyde de plomb de couleur rouge ), on retrouve tout de même de nettes différences.

En effet, bien que sa partie basse reste identique, c'est-à-dire fermée par un tampon de bois ( certes plus épais ) sur lequel est vissée une plaque de fer d'environ 3mm d'épaisseur empêchant ainsi que celui-ci ne soit brisé au moment de la mise à feu, sa partie haute est maintenant obstruée par un tampon de bois incurvé fixé par trois vis.

Tout comme pour son aïeul, la partie basse du projectile dispose d'un bouchon à vis faisant office de dispositif d'amorçage et contenant une amorce de fulminate ainsi qu'un bout de mèche lente.

A savoir qu'il peut être fait l'usage comme on a pu le voir de cire froid mais également de "gutta-percha" ( sorte d'adhésif isolant très utilisé avant l'apparition du polyéthylène en 1933 ) pour empêcher que les gaz produits par la poudre de la charge de lancement ne pénètrent dans la munition et provoquent dès lors un éclatement prématuré de celle-ci.

Cette utilisation peut être également répétée sur l'extrémité libre de la mèche lente afin que l'humidité ne puisse y pénétrer.

Par ailleurs, l'emploi d'un chiffon imbibé de suif n'est pas à exclure. En effet, ceci permettant ainsi de renforcer encore un peu plus l'étanchéité du dispositif d'amorçage mais également de limiter la probabilité que le projectile ne soit éjecté de biais à cause des gaz s'échappant de la charge propulsive lors de sa mise à feu.

Cette munition peinte en noir renferme 1kg d'explosif de sureté qui sera composé d'un pétard délicatement placé au milieu du projectile et où les vides seront comblés par le contenu de deux autres pétards bien tassés.

Bien évidemment, il est possible de retrouver également l'emploi d'explosifs sous forme cristalline ou en poudre fine pour lesquels il ne faudra pas oublier de placer au préalable un petit bouchon en bois afin de créer un puits pour la future mise en place du dispositif d'amorçage.

Ces projectiles étaient livrés dans d'imposantes caisses cylindriques en tôle renfermant 42 pièces.

Les fusées était livrées quant à elles séparément dans des boites métalliques par 100 tandis que les charges propulsives étaient expédiées dans des boites en tôle contenant 100 charges de 20gr et 25 appoints de 15gr.

A savoir que bien que plus courant et moins primitif que la version du 1er type, ce projectile court fut peu employé et vite remplacé par le modèle de grande taille.

Une photographie d'époque assez connue laisse présumer que ce modèle de petit tuyau de poêle fut employé dans un secteur du front bien précis avec une sorte de catapulte dont le fonctionnement reste plutôt difficile à comprendre. Bien que les 4 projectiles qui équipent cet engin de fortune soient modifiés, il ne fait à mon avis aucun doute que nous ayons à faire à des munitions pour Minenwerfer Mauser.

Il faut savoir que ce dispositif fut également employé avec des grenades tortues ( diskushandgranaten ) comme le montre un autre cliché pris dans cette tranchée.

C) Tuyau de poêle grand modèle du 1er type :

La photo d'époque ci-dessus permet d'affirmer que le profil du petit tuyau de poêle, dans sa version du 1er type, a bien été repris pour la fabrication d'un modèle plus imposant. En effet, ce cliché ne laisse planer aucun doute puisqu'il présente deux munitions de 37cm environ reprenant à l'identique les caractéristiques du modèle court. On retrouve notamment l'épais bloc de bois surmonté du typique bouchon hexagonal en acier.

Ce modèle de projectile sera cependant très vite abandonné puisque c'est la version ci-dessous qui sera utilisée en masse par l'Armée allemande durant le conflit.

D) Tuyau de poêle grand modèle du second type :

Naturellement différent dans sa conception puisque d'une hauteur de 37cm, ce projectile peint en noir arbore exactement le même profil que le petit modèle du second type à une différence près: sa partie basse est en effet fermée par un tampon qui est cette fois-ci pourvu d'une rondelle de feutre suiffée débordant de quelques millimètres, mais toujours maintenue en place par une semelle de tôle circulaire fixée par trois vis. Ce petit rajout monté dorénavant en série fait ainsi, comme il a été dit, guise d'étanchéité et limite le souffle de la charge propulsive le long du projectile lors du départ de coup.

Ce nouveau projectile pèse près de 3,35kg dont 2 d'un explosif brisant appelé Donarite. On retrouve donc le même type d'explosif que pour le tout premier modèle, l'éventualité de l'usage d'Astralit n'est ainsi pas à exclure ici également.

Le système d'allumage est également différent puisqu'il est dorénavant composé d'un cylindre de laiton vissé, portant une mèche sertie à son bout d'un détonateur de 2 grammes de fulminate.

Durant le transport, le projectile n'est pas muni de sa fusée mais est obturé par une vis munie d'un petit tube de bois permettant la création d'un puits pour la future mise en place du détonateur.

Expédié donc aux armées non amorcé, il est conditionné par 25 dans des caisses cylindriques en tôle.

Les fusées était livrées quant à elles séparément dans des boites métalliques par 100 tandis que les charges propulsives étaient envoyées dans des boites en tôle renfermant 100 charges de 20gr et 25 appoints de 15gr.

E) Projectile quadrillé :

Etonnant projectile puisqu'il arbore la forme d'un engin pour mortier Lanz à la différence qu'il présente un quadrillage prononcé! Je doute sincèrement qu'il ait pu être utilisé avec ...

Caractéristiques Comparatives des Projectiles
Type de Projectile Hauteur Poids Explosif
Tuyau de poêle petit modèle du 1er type 19cm 1,9kg 1kg de Donarite
Tuyau de poêle grand modèle du second type 37cm 3,35kg 2kg de Donarite

tags: #masse #mortier #sans #munition #fonctionnement

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