La guerre franco-prussienne de 1870-1871 marque un tournant dans l'histoire de France et de l'Europe. Désirs de puissance et vieux différends constituent un cocktail explosif qui ne demande qu’à éclater.
La première, c’est le Second Empire. Alors qu’il défend la paix tout en montrant son attachement aux nationalités, Napoléon lll s’engage dans de multiples campagnes militaires afin d’assoir sa politique extérieure. La Prusse du roi Guillaume von Hohenzollern et de son chancelier Otto von Bismarck est en effet la puissance montante en Europe. L’Allemagne que nous connaissons aujourd’hui n’existe pas encore. Elle est morcelée en de multiples États qu’Otto von Bismarck a entrepris de réunir. Pour achever l’unification avec les États du Sud (Bavière, Wurtemberg, Hesse, Bade), rien de tel qu’un ennemi commun comme la France.
C’est ce qui se produit le 2 juillet, lorsque la France apprend officiellement la candidature au trône d’Espagne du prince allemand Léopold von Hohenzollern, cousin du roi de Prusse Guillaume. Le roi Guillaume a beau retirer son soutien à la candidature de son cousin le 12 juillet, la France s’entête et exige des garanties par la voix de son ambassadeur, Vincent Benedetti. Après la déclaration de guerre du 19 juillet 1870, la mobilisation des soldats français s’est faite dans le plus grand désordre. Les Prussiens avancent de façon méthodique et organisée vers la frontière française, redoutant à tout moment une attaque qui ne vient pas.
C’est sur le territoire français, à Wissembourg, qu’a lieu la première vraie bataille le 4 août. Pendant le mois d’août, l’armée française connaît de nouvelles défaites en Lorraine : Borny le 14 août, Mars-la-Tour le 16 août, Saint-Privat (Gravelotte) le 18 août.
Après un mois d’août déjà calamiteux pour la France, le mois de septembre s’ouvre sur un désastre : la défaite de Sedan le 1er septembre. Le lendemain, Napoléon lll capitule. Il est immédiatement fait prisonnier par les Prussiens.
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Invaincu malgré un siège de 103 jours, Belfort devient un symbole de la résistance à l’ennemi. Belfort, en 1870, est le chef-lieu de l’un des trois arrondissements du Haut-Rhin (avec ceux de Colmar et Mulhouse). La ville, qui compte environ 6 000 habitants, est encore enserrée dans ses remparts. Rendez-vous place Corbis et tournez-vous vers la citadelle. Au-delà de la Savoureuse, pas de grands immeubles mais un vaste espace dépourvu de végétation : c’est un « glacis », aménagé en avant des fortifications.
Vous voici en ville où cohabitent militaires et civils. La place d’Armes est déjà le point central de Belfort, avec l’Hôtel de Ville, la prison, l’arsenal (ancien hôtel du Gouverneur) et l’église Saint-Christophe. La préfecture se trouve au 18 Grande-Rue, face à la petite fontaine. Là aussi, le monde militaire est très présent : le faubourg des Ancêtres est le quartier de la cavalerie. Des casernes s’élèvent à l’Espérance.
Pour l’agrément de tout ce petit monde, la ville compte un nombre incroyable de cafés et d’auberges. Belfort est en somme une petite ville -presque- ordinaire, avec une situation géographique unique entre Vosges et Jura, à la fois un nœud routier et ferroviaire. Les routes de Paris et Lyon se rejoignent sur la rive gauche de la Savoureuse à la hauteur du pont qui traverse la rivière (au niveau de l’actuelle place Corbis). La ligne de chemin de fer allant de Paris à Mulhouse passe à Belfort, avec une bifurcation qui se dirige vers Besançon et Lyon.
Depuis la déclaration de guerre, la gare de Belfort n’a cessé de voir passer des soldats. Les Belfortains se mobilisent pour accueillir les soldats. « Grâce à de nombreuses souscriptions, on leur a fait d’importantes distributions de vins et de vivres. Ces distributions avaient lieu à un buffet organisé dans la cour de la gare, par les soins de personnes dévouées, qui passèrent bien des jours et des nuits à attendre les convois qui emportaient, avec tant d’entraide et d’élan, nos braves soldats à la frontière, raconte Édouard Mény, maire de Belfort. Hélas, l’annonce des premières défaites sème le trouble.
Lorsque le général Alexandre Michel arrive à Belfort pour prendre le commandement d’un bataillon du 7e corps, il ne trouve plus personne. Il rédige aussitôt une dépêche au ministre de la guerre : « Suis arrivé à Belfort. N’ai trouvé ni général, ni corps d’armée.
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La place forte de Belfort est alors commandée par le général de Chargère, que Marcel Poilay, engagé volontaire, décrit comme un « vieillard décrépit, grand fumeur de cigarettes, sans esprit de décision, dépourvu de l’initiative indispensable au commandant d’une place forte aussi importante que Belfort… La fière démarche, la tournure martiale des officiers composant cet état-major faisaient d’autant plus ressortir la caducité du général. Un képi aux feuilles de chêne brodées découvrait sa nuque couperosée que parsemait un rare duvet incolore qui lui donnait une vague apparence d’oiseau plumé. Il sautillait plutôt qu’il ne marchait.
La construction du fort des Barres, entamée en 1865 pour protéger l’ouest de la ville, est presque terminée. Les Basses et Hautes-Perches sont le point faible de la place forte : elles dominent la citadelle dont elles ne sont éloignées que de 900 m. En 1867, une commission spéciale présidée par le général Charles Frossard a d’ailleurs conclu que « qui tenait les Perches tenait Belfort » et a recommandé leur fortification.
À la mi-août, une nouvelle armée réunissant les restes des différents corps défaits par les Prussiens se constitue au camp de Châlons sous le commandement du général Patrice de Mac-Mahon. Celui-ci projette de se replier sur Paris, mais l’impératrice Eugénie et le gouvernement le convainquent d’aller au secours du maréchal François Bazaine enfermé dans Metz. Ces hommes appartiennent à la garde nationale mobile, auxiliaire de l’armée active. Elle réunit des jeunes gens de 21 à 25 ans, mal équipés et peu entraînés.
Vers la fin du mois d’août, les convois de munitions, de vivres, d’armements et de vêtements destinés à Strasbourg sont arrêtés à Belfort, car Strasbourg est assiégé. Cela permet de mieux équiper les soldats. C’est le cas d’Émile Gluck, Mulhousien mobilisé dans la garde mobile : « Les mobiles du Haut-Rhin…ont été les premiers à être convenablement équipés. Le 4e bataillon, auquel j'ai l'honneur d'appartenir, offre en ce moment l'aspect d'une troupe, sinon régulière, du moins en bonne voie de formation.
À Belfort, ce début du mois de septembre entraîne les habitants et les soldats dans un grand-huit émotionnel. La défaite de Sedan est annoncée par une affiche manuscrite sur les murs de l’Hôtel de Ville, se souvient Marcel Poilay, engagé volontaire : « Sedan est pris. L’Empereur est rendu. L’armée est prisonnière : 100 000 hommes, tous nos drapeaux, tous nos canons !... ». Les gens sont abasourdis, refusent d’y croire, pensent que c’est une fausse nouvelle. Émile Gluck, soldat haut-rhinois, décrit « un coup de foudre auquel personne n'osait s'attendre, et l'effet qu'il a produit sur le moral des habitants et de la garnison à Belfort est terrifiant. Les uns ne peuvent ajouter foi à une pareille nouvelle… D'autres veulent bien croire à un revers, mais à un désastre pareil à celui que le télégraphe nous a transmis, jamais !...
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Et puis, le 4 septembre, est annoncée la naissance de la llle République, avec la formation du gouvernement de la Défense nationale. Le conseil municipal de Belfort est convoqué à 20 h ce soir-là pour entendre le sous-préfet proclamer officiellement la République. Un moment vécu avec gravité par Édouard Mény, maire de Belfort : « Cette proclamation d'un nouveau gouvernement ne produisit pas, comme à Paris, l'enthousiasme et l'espoir d'un prompt changement dans la fortune de nos armes.
Les travaux avancent au rythme de l’arrivée et du départ des troupes. À la mi-septembre, les travaux des lignes des faubourgs et aux Hautes-Perches sont assez avancés pour permettre de reprendre les travaux des Basses-Perches.
Dans le nord et l’est de la France, un milliard d’obus de tous calibres équivalant à 15 millions de tonnes de métaux ont été tirés entre 1914 et 1918. Un quart de ces obus n’ont pas explosé et 6% contenaient des gaz de combat. Pendant la Seconde Guerre mondiale, 1.700 communes françaises ont été bombardées. 14% des bombes anglaises et 16% des bombes allemandes n’ont pas explosé et ont pénétré pour la majorité d’entre elles jusqu’à 4 mètres de profondeur, pour 20% jusqu’à 6 mètres, pour 10% jusqu’à 7 mètres et 1% au-delà de 9 mètres de profondeur.
Dans les 7 régions du nord et de l’est de la France, 25 millions de personnes vivent et travaillent sur un sol truffé de munitions non explosées ou cachées et morphologiquement déformé par les cratères, les boyaux, les sapes, les tranchées, les trous de bombe, les cratères, les entonnoirs de mines.
En temps de paix, l’éclatement d’un obus s’appelle un accident du travail. En avril 2007, deux démineurs de la Sécurité civile de Metz ont été tués dans l’explosion du dépôt de vieilles munitions de Ressaincourt. Ils étaient en train de manipuler des obus datant de la Première et de la Seconde Guerre mondiale.
Près de Verdun, dans les forêts de chênes, des taux considérables d’arsenic ont été repérés par des universitaires allemands là où des obus chimiques ont été détruits par incinération au lieu-dit La Place à Gaz. Les composés d’arsenic ont été utilisés par les troupes françaises dès 1915. Ils rentraient dans la composition du phosgène et dans la composition d’une autre arme chimique à base d’acide cyanhydrique. A partir de septembre 1917, les troupes allemandes ont utilisé des obus à l’arsenic. L’existence de La Place à Gaz a été officiellement reconnue en 2007.
Dans le nord de la France, les concentrations élevées de sels de perchlorate dans l’eau du robinet sont attribuées aux effets différés des munitions enfouies dans les sols. Une corrélation est relevée entre les teneurs maximales et les régions les plus sinistrées par les deux dernières guerres. C’est notamment le cas pour les agglomérations d’Arras, de Lens et de Douai. Le perchlorate était utilisé comme explosif dans les obus par l’armée allemande. C’est un perturbateur endocrinien.
Au cours de la Première Guerre mondiale, 112.600 tonnes de munitions chimiques ont été employées. C’est la pire des armes chimiques utilisées pendant 14-18. Elle est insidieuse. Ses effets toxiques persistants se déclarent plusieurs heures après l’exposition et vont en s’aggravant.
Le phosgène a de multiples utilisations industrielles, en pharmacie, dans la chimie fine, dans la fabrication des matières plastiques,… C’est un gaz incolore et lui aussi insidieux. A faible concentration, son odeur est plutôt agréable. Elle s’apparente à celle du foin frais. Les symptômes apparaissent plusieurs heures après l’inhalation. Ça commence par de l’essoufflement, de la toux, se poursuit par des vomissements et des douleurs thoraciques, une asthénie extrême, une désorientation totale et ça se finit dans les cas les plus graves par la mort. Les doses sub-létales peuvent provoquer des pneumonies plusieurs mois après l’inhalation.
Ecartelés entre les obligations de balisage des découvertes fortuites et de discrétion pour ne pas attirer les curieux et les collectionneurs, les autorités à tous les niveaux et parfois les journalistes restent très flous dans la localisation des munitions. Résumé d’une découverte dans un journal local : Dans le Territoire de Belfort, un promeneur découvre sous les branches mortes « dans une forêt du pays sous-vosgien que nous éviterons de localiser pour éviter aux petits malins d’essayer de retrouver le site une caisse de 26 obus et une caisse de poudre ».
Seule la préfecture de région donne des consignes de comportement et d’alerte en cas de découverte d’un « engin explosif ». Les enfants doivent avertir immédiatement « un parent, un instituteur ou une personne adulte ».
En 1940, l’ERGMu compte quatre groupes de stockage et un groupe des ateliers. La zone administrative est implantée dans le premier groupe. En 1940, l’ERGMu comprend 4 groupes de stockage et un groupe d’ateliers. Il est évacué le 20 juin 1940 alors que la bataille de Saumur est engagée. Les Allemands l’occupent du 24 juin 1940 au 16 août 1944, et le détruiront à 90%, ainsi que les archives, avant de se replier.
En juillet 1996, la fermeture progressive de l’ETAMAT de Thouars est annoncée.
Au cours des 28 semaines de guerre il a été manipulé dans l’établissement environ 300 000 tonnes de munitions. Il en est sorti 93 495 tonnes dans 166 trains. Le train 377 fait partie de ces convois lancés sur les rails au début de l’attaque allemande en mai. Au moment où commence son aventure, la situation des armées Françaises se dégrade rapidement tandis que la Werhmacht, appuyée par la Luftwaffe, fait la démonstration de sa supériorité.
Constatant que le flot des réfugiés et des troupes en débandade ne cesse de s’écouler au voisinage de la gare, le convoyeur PINTURAUD, matricule 309, (donc le plus ancien dans le grade le plus élevé), en accord avec le mécanicien, décide de ramener le convoi en arrière.
Personne ne saura quelle fut la « destination définitive » de ce train 377 ni ce que sont devenus les quatre convoyeurs. Mais le 28 octobre, le chef d’escadron BOCHOT recevait la notification 323 C : Le général HUNTZINGER, commandant en chef des forces terrestres, Ministre, Secrétaire d’Etat à la guerre, cite « à l’ordre du Régiment » PINTURAUD Pierre, matricule 309, BEAUCHAMP Moïse, matricule 2066, GARNIER René, matricule 745, CLISSON Marcel, matricule 1995, canonniers à la 2ème compagnie d’artificiers du 9ème BOA, E.R.G. de Thouars.
Pour en savoir plus sur la présence de lartillerie lourde sur voie ferrée dans notre région, il faut se référer au journal des marches et opérations du 1er groupe du 373e Régiment dALVF. Une alerte, le 11 avril 1939, mobilise les actifs, au Centre Mobilisateur de lArtillerie n° 60, à Mutzig, ceci en application de la mesure n°10. Ils déstockent alors les pièces pour les conduire dans les gares de Walbourg et de Bannstein. Le noyau actif du 1er groupe comporte 5 officiers, 16 sous-officiers et 108 hommes de troupe qui quittent alors Châlons-sur-Marne pour prendre en charge les matériels et se mettre à disposition du commandement de la 20e Région militaire.
Après 1870, une voie ferrée est construite entre Verdun et Douaumont qui passe par Fleury. Un certain nombre d'ouvrages défensifs voient le jour dans le secteur : la redoute de Souville, les forts de Tavannes et de Froideterre et plusieurs ouvrages annexes. La commune voit alors passer nombre de soldats et d'ouvriers.
Le 21 février 1916 débute la bataille de Verdun. Le village est réveillé par les tirs d'artillerie préparatoires à l'assaut allemand. L'ordre est donné d'évacuer le village, sous la neige. En 1918, le village est déclaré « mort pour la France ». C'est l'un des neuf villages détruits lors de la bataille de Verdun.
Maintenon, paisible bourgade de la vallée de l’Eure était en 1944 devenue pour l’occupant un lieu stratégique comme il l’avait été quelques années auparavant pour la marine française avec l’installation de septembre 1939 à juin 1940 de l’état major de l’Amirauté. C’est ainsi que les allemands établirent autour de Maintenon l’un de leurs plus importants dépôts de munitions de l’ouest pour la luftwaffe. Implanté dans de grandes étendues boisées situées de part et d’autre de la gare et dans les collines de la Garenne.
La garnison allemande présente à Maintenon était donc devenue conséquente car bien occupée par ses activités de manipulation des munitions dans des zones strictement interdites. Elle restait cependant discrète car bien dispersée dans et autour de l’agglomération (dans le parc du château, à la Folie, dans les bois de la gare et à la Garenne..). Ainsi comme en 1939-40 avec l’Amirauté, l’agglomération de Maintenon était devenue une zone stratégique fortement occupée et gardée dans laquelle il n’était pas bon de musarder dans la journée et encore moins le soir.
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