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L'offensive du général Haftar pour contrôler la Libye s'enlise, ayant déjà causé 350 morts et déplacé 40 000 personnes. Haftar fait face à la résistance des milices loyales à Faïez Sarraj, chef du gouvernement reconnu par l'ONU, et déçoit ses parrains, qui incluent le gouvernement français.

La Libye est un terrain de rivalités entre grandes puissances comme la France, l'Italie, les États-Unis et la Grande-Bretagne, notamment pour le contrôle du pétrole. La France cherche à bloquer la progression des milices islamiques qui déstabilisent le Niger et le Sahel, où Areva, Total et Bolloré ont des intérêts.

En 2015, les accords de Skhirat ont fait de Sarraj le Premier ministre officiel, soutenu par l'Italie et la Turquie. Haftar, lié aux États-Unis et soutenu par l'Égypte, les Émirats arabes unis et l'Arabie saoudite, s'est imposé dans l'est de la Libye. La France apportait également son soutien à Haftar tout en reconnaissant officiellement Sarraj.

Cette politique s'est traduite en 2016 par des caisses d'armes et des conseillers militaires et s'est visiblement poursuivie sous Macron. Ce soutien, ajouté à celui d'al-Sissi et de Trump, a contribué à déclencher l'offensive actuelle.

Parallèlement, des questions d'éthique et de conflits d'intérêts ont été soulevées concernant Alexis Kohler, secrétaire général de l'Élysée, qui a approuvé en 2010 et 2011 des contrats concernant l'armateur italo-suisse MSC, fondé et dirigé par des cousins de sa mère.

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La France est un important fournisseur d'armes à la coalition saoudo-émiratie engagée dans la guerre civile au Yémen depuis 2015. Paris a nié l'implication de la France, assurant que les matériels livrés ne serviraient qu'à « assurer la protection du territoire saoudien contre des attaques balistiques venant du Yémen ».

Cependant, des enquêtes ont prouvé le contraire, avec des rapports de la Direction du renseignement militaire (DRM) à l’appui. L’ex-ministre des affaires étrangères Jean-Yves Le Drian s’est aussi échiné à maintenir la version officielle.

Au cours de la seule année 2019, l’État français a donné son feu vert à 47 contrats d’exportation de munitions, torpilles, roquettes, missiles et autres matériels explosifs, pour un total d’un milliard d’euros vers l’Arabie saoudite et de 3,5 milliards d’euros vers les Émirats arabes unis.

Le gouvernement français refuse de dévoiler le détail des armes réellement livrées dans chaque pays étranger. Ses rapports publics, présentés chaque année au Parlement, indiquent tout de même l’ampleur du commerce avec deux des pays les plus interventionnistes du Proche-Orient, l’Arabie saoudite et les Émirats, respectivement troisième et cinquième meilleur client de l’armement français.

À Marseille et au Havre, des dockers ont bloqué des chargements à destination de l’Arabie saoudite. À l’Assemblée, des députés et ONG ont réclamé l’ouverture de commissions d’enquête et la suspension des exportations vers la coalition arabe. Aujourd’hui une majorité de Français est favorable à un contrôle renforcé des exportations d’armes.

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Trois grandes entreprises françaises et leurs sous-traitants sont impliqués dans le conflit qui a tué plus de 13 000 civils en sept ans : Thales, MBDA et Dassault. Le 1er juin 2022, quatre ONG ont déposé plainte contre ces trois groupes français pour « complicité de crime de guerre au Yémen ».

Dès les premières semaines de leur intervention, les avions de la Coalition parviennent à détruire l’essentiel des cibles militaires. Pour traquer les houthistes qui se mêlent à la population, ils attaquent les fermes, des marchés, des centres de santé ou encore des sites d’approvisionnement en eau.

Pendant ce temps-là, la France aide les Émirats à refaire ses stocks de missiles. Le 3 décembre 2021, le missilier MBDA décroche un contrat de 2 milliards d’euros pour équiper les 80 avions Rafale commandés à Dassault par les Émirats arabes unis.

Le groupe MBDA, codétenu par Airbus, le Britannique BAE Systems et l’Italien Leonardo est le principal fournisseur européen de la Coalition. L’armée de l’air émirienne est équipée en missiles de croisière Black Shaheen dotés d’une « grande précision de ciblage grâce à un système de navigation avancé ».

Bourges et sa commune voisine de la chapelle Saint-Ursin hébergent deux usines Nexter produisant une large variété de munitions d’artillerie. En pleine guerre civile au Yémen, les Saoudiens leur ont commandé des obus de 120 millimètres pour armer leurs chars Leclerc.

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À la Ferté Saint Aubin, au sud d’Orléans, une PME détenue à 49 % par Thales, Junghans, devait pour sa part fournir 41 500 « fusées » de munitions d’artillerie de 155 millimètres à la Garde nationale saoudienne, équipée de canons César du même diamètre. Montant total des contrats : 350 millions d’euros.

Sous la présidence de François Hollande, le droit international et les vies yéménites ne pesaient pas lourd face aux intérêts économiques français, au sein de la Commission interministérielle sur les exportations d’armements (CIEEMG). Après l’arrivée au pouvoir d’Emmanuel Macron en 2017, la doctrine Hollande est maintenue à quelques exceptions près.

Il n’y a pas que la région Centre-Val de Loire qui est mise à contribution dans l’effort de guerre de la coalition saoudo-émiratie. À Toulouse, l’usine de Safran Power Units assemble les pièces du puissant moteur TR60, conçu spécialement pour propulser les missiles Storm Shadow/Scalp.

Comme le détaille le fabricant MBDA dans une offre d’emploi, « lorsqu’un client achète un système d’arme, il est nécessaire de le former à l’utilisation et à la maintenance de son système. MBDA doit également intervenir chez le client pour effectuer les niveaux de maintenance qui ne sont pas de sa responsabilité ou tout simplement pour réparer ou changer les équipements en panne ».

À l’heure actuelle, selon nos informations, MBDA continuerait d’assurer la maintenance des stocks de missiles Black Shaheen. Installé sur la corniche d’Abu Dhabi, MBDA y envoie régulièrement des équipes françaises et britanniques en mission.

Autre fleuron de la défense française présent en permanence aux Émirats : Dassault. Et pour cause, le petit État du Golfe a été le premier client étranger des avions de combat Mirage, en 1986, deux ans après leur mise en service au sein de l’armée française.

Le service après-vente assure de confortables revenus aux industriels. Le contrat de modernisation d’une trentaine de Mirage émiriens, signé en 2019 avec l’accord de l’État, a rapporté 418 millions d’euros à Dassault.

En parallèle, des actions citoyennes et juridiques sont menées pour contester ces ventes d'armes. En décembre 2025, 18 tonnes de tubes de canon pour obusiers de 155 mm produits par Aubert & Duval et destinés à l’entreprise d’armement israélienne Elbit Systems doivent être acheminées au port du Havre pour être ensuite transportées par le navire ZIM America vers le port israélien de Haïfa.

En novembre 2025, le Président Macron a autorisé 38 sociétés de l’armement israéliennes à venir présenter ses armes au salon Milipol à Paris Nord Villepinte. En octobre 2025, de nouveaux vols sont programmés depuis l’aéroport Roissy Charles De Gaulle pour livrer des actionneurs électromécaniques à l’entreprise de l’armement israélienne Elbit Systems sur deux sites : Haifa et Kermiel en Israël.

En août 2025, le navire Cosco Pisces transportant du matériel de guerre destiné au gouvernement Israélien transite à Fos-sur-Mer. Selon les informations réunies par ASER, BDS et Weapon Watch ce navire transporte 5 containers d’acier pour un usage militaire qui doivent être livrés dans le port israélien d’Haïfa au profit de la société Israeli Military Industry.

Une coalition d’organisations pro Palestinienne, de défense des droits de l’Homme et pour le respect du traité sur le commerce des armes des Nations Unies ainsi que d’opposants au commerce des armes a organisé une campagne citoyenne et des actions juridiques pour prévenir la participation des entreprises d’armement ainsi que des officiels israéliens à Eurosatory.

En juin 2024, le tribunal de Bobigny ordonne au COGES d’interdire toute présence d’entreprises d’armement israéliennes ou affiliées, ainsi que de toutes délégations israéliennes ou intermédiaires à EUROSATORY. Les ONG ASER, AFPS, Al Haq, Stop Fuelling War avaient assigné en référé le COGES, avec le soutien de plus d’une cinquantaine d’organisations comme Stop Arming Israel France.

En avril 2024, l’ASER, Amnesty et un collectif d’organisations et syndicats engagent, devant le Tribunal administratif de Paris, trois procédures d’urgence exigeant que le gouvernement français suspende la vente d’armes françaises à Israël.

Action Sécurité Éthique Républicaines (ASER) appelle à nouveau tous les gouvernements, dont le gouvernement français, à suspendre d’urgence tous leurs transferts d’armes vers Israël conformément à leurs engagements devant la Convention de 1948 des Nations Unies pour la Prévention et la répression du crime de génocide (CPRCG) ainsi que de l’article 6 paragraphes 2 et.

En janvier 2023, le conseil d’État a validé avec la même légèreté la décision de la cour d’appel du tribunal administratif de Paris du 26 septembre 2019, arguant que le refus implicite opposé à notre demande de « suspension sans délai de l’ensemble des autorisations préalables d’exportation de matériels de guerre et.

Une plainte pour complicité de crimes de génocide, de guerre, et contre l’humanité a été déposée par la Ligue des droits de l’homme contre Eurolinks. Des pièces de munitions fabriquées par l’entreprise française de défense Eurolinks et destinées à Israël sont bloquées sur le port de Marseille-Fos. Les dockers ne veulent pas les embarquer pour ne pas « participer au génocide en cours orchestré par le gouvernement israélien ».

Tableau des Exportations d'Armes Françaises

Pays Destinataire Montant des Contrats (2019)
Arabie Saoudite 1 milliard d'euros
Émirats Arabes Unis 3,5 milliards d'euros

Anne Poiret souligne qu'il y a une longue tradition française d'exporter des armes pour rentabiliser les besoins de son armée. Sous l’impulsion de Jean-Yves le Drian, une équipe dédiée s’est constituée autour du ministère de la Défense et a pris le pari d’accélérer les choses, au risque de se tourner vers des pays peu recommandables.

Elle indique aussi que les deux pays qui arrivent en tête ces dernières années sont l ’Égypte et l’Arabie saoudite. Cela pose certes des questions morales mais aussi de respect de nos engagements internationaux, notamment pour ce qui concerne la guerre menée au Yémen par l’Arabie Saoudite.

Elle explique que le traité que nous avons signé stipule que l’ on ne doit pas vendre des armes s’il existe même un « risque » qu’elles servent à des crimes de guerre. Les politiques, eux, disent, attendez, il y a la Cieemg (une commission de contrôle réunissant des représentants de plusieurs ministères, NDLR). Mais si vous interrogez les gens de la Cieemg, ils vous disent : nous, on donne un avis technique, mais la décision est politique !

Elle ajoute que lorsqu’on vend des armes à un pays, les industriels disent : c’est pas notre responsabilité, c’est celle de la France, ce qui pourrait pourtant se discuter. Les politiques, eux, disent, attendez, il y a la Cieemg (une commission de contrôle réunissant des représentants de plusieurs ministères, NDLR). Mais si vous interrogez les gens de la Cieemg, ils vous disent : nous, on donne un avis technique, mais la décision est politique !

Elle souligne qu'il y a une absence de transparence et que quand Emmanuel Macron dit que l’Arabie Saoudite n’est pas un client important, il suffit de regarder les chiffres officiels : ils disent l’inverse. Elle se demande comment avoir confiance après de tels mensonges ?

Elle estime que derrière le commerce des armes, une partie de notre politique étrangère est engagée. Il est par exemple intéressant d’observer le soutien apporté à Haffar en Libye, qui est un proche de Sissi, sous l’angle de notre proximité commerciale avec l’Égypte.

Le gouvernement Macron menace de porter des accusations avec une peine potentielle de cinq ans de prison contre des journalistes qui ont dénoncé sa fourniture secrète d’armes pour la guerre illégale de l’Arabie saoudite au Yémen.

Le rapport de Disclose indique clairement que le gouvernement français a violé le droit international, notamment un traité européen de 2014 sur les ventes d’armes en vendant des armes tout en sachant qu’elles allaient être utilisées dans des crimes de guerre.

Livolsi a déclaré que « ils veulent faire de nous un exemple parce que c’est la première fois en France qu’il y a des fuites comme celle-ci. Le gouvernement Macron se sert de cette affaire pour montrer clairement qu’il n’a aucun compte à rendre à la population. Le gouvernement dit qu’il ne commentera pas le contenu des fuites, qui ont été lues par des centaines de milliers de personnes, parce qu’elles sont « classifiées ».

Parly a pris la parole devant l’Assemblée nationale le 7 mai, lors d’une audience de la commission des services armés et de la défense nationale et a déclaré : « Une fois la guerre déclenchée, quand nos partenaires utilisent la force d’une manière qui ne nous paraît pas compatible avec le droit international humanitaire, nous ne manquons pas de le leur dire. Devrions-nous pour autant cesser toute vente d’armement à ces pays et interrompre le service des équipements déjà fournis ? ».

Elle a ajouté : « Par ailleurs, ce serait porter un coup sérieux à la réputation de la France auprès de ses clients, en donnant l’impression qu’elle peut lâcher ses partenaires en cours de route si elle désapprouve telle ou telle de leurs actions.

L’action du gouvernement fait suite à la publication d’un rapportage le 15 avril dernier par l’organisation journalistique Disclose, en partenariat avec The Intercept, Radio France, Mediapart, Arte Info et Konbini. Le reportage comprend un document de renseignement interne adressé au président et aux principaux ministres en septembre de l’année dernière avec des informations précises sur l’utilisation des armes françaises au Yémen.

Le rapport de renseignements confidentiel qui a fait l’objet d’une fuite à Disclose s’intitule : « Yémen : Situation en matière de sécurité ». Il fournit des informations détaillées sur l’emplacement des armes utilisées au Yémen. Il confirme que les pièces d’artillerie, des obusiers CAESAR, fournies par les Français étaient stationnées le long de la frontière entre le Yémen et l’Arabie saoudite. Leurs tourelles font face à des villes et villages habités par des centaines de milliers de personnes.

Disclose déclare que les images satellites confirment que la coalition saoudienne a utilisé les pièces d’artillerie dans leurs offensives. Depuis 2014, la coalition dirigée par la monarchie saoudienne a mené la guerre contre le Yémen, l’un des pays les plus pauvres du monde. Les Administrations Obama et Trump, ainsi que des puissances impérialistes européennes, dont la Grande-Bretagne et la France, ont toutes aidé cette coalition. La coalition a tué des dizaines de milliers de civils. Jusqu’à 14 millions de personnes, soit la moitié de la population, font face à la famine.

Le rapport de la DRM indique également que Paris a conclu un nouveau marché d’armes avec Riyad, baptisé ARTIS, à la fin de l’année dernière. Le contenu du rapport de la DRM révèle que cette affirmation était un mensonge.

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