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L'affaire du double meurtre de Montigny-lès-Metz, commis en septembre 1986, demeure un dossier pas comme les autres, trente ans après.

La défense de Francis Heaulme

La défense de Francis Heaulme n’a pas attendu l’ouverture des débats pour pointer les errements autour du double meurtre de Montigny-lès-Metz. Hier, la défense du routard du crime a provoqué une situation surréaliste en demandant à la cour l’acquittement de l’accusé avant même l’ouverture des débats.

Déclaration liminaire de Liliane Glock

Après la désignation des jurés, Liliane Glock glisse une feuille à la greffière. « Oui, une déclaration liminaire », bondit l’avocate de Francis Heaulme. «Le procès qui s’ouvre aujourd’hui ne peut être équitable ! », lance-t-elle à des jurés aux yeux écarquillés.

Arguments de la défense

« Ce procès n’est pas équitable en raison de la durée de la procédure. Francis Heaulme est mis en cause depuis vingt ans. Sa première garde à vue date d’il y a quinze ans, il a été mis en examen en 2006… Autre chose : nous venons dire ici que la procédure n’a jamais été contradictoire. Lynché lors de l’audience de Lyon qui a abouti à l’acquittement de Patrick Dils, Francis Heaulme n’a jamais pu se défendre. Plus récemment, il a été étranger à la procédure concernant Henri Leclaire alors qu’il était intéressé au premier chef. »

La pénaliste nancéienne dénonce encore le choix de faire entendre Patrick Dils. Et par visioconférence ! « Il interviendra juste après l’avocat général près la cour d’assises de Lyon. Cette organisation viole les droits de la défense en ce qu’elle est sans cohérence, amalgamant le témoin Dils aux parties civiles. Et je n’évoque pas l’effet de cette proximité sur les parents des victimes qui ont tout de même entendu ledit témoin évoquer un temps le bruit de l’écrasement des crânes de leurs enfants. »

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Destruction des scellés

« En 1995, le parquet général a fait le choix de détruire les scellés. Il en avait le droit. C’était un choix et il est fautif, assène la défense. Cette destruction intervient à un moment où Patrick Dils avait déjà fait des demandes de révision. Fâcheuse coïncidence… A l’époque, on avait les moyens techniques pour rechercher l’ADN et établir un profil génétique. Il est inacceptable que Francis Heaulme se trouve renvoyé devant la cour d’assises, poursuivi par un parquet qui a détruit toutes les preuves de nature à l’exonérer avec certitude. Pas de preuves, pas de procès. Je demande l’acquittement immédiatement de Francis Heaulme. »

« Croyez-moi, j’aurais aimé avoir ces scellés, répond sèchement, Jean-Marie Beney, le procureur général. Pour le reste, c’est rare, osé et irrespectueux de demander l’acquittement avant le début des débats. » La demande a été balayée par la cour. Mais elle pose les fondations d’une défense qui ne reculera devant rien.

Contexte de l'affaire

Cyril Beining et Alexandre Beckrich, huit ans, avaient été retrouvés morts sur le talus d'une voie ferrée dans une commune voisine de Metz, le crâne fracassé à coups de pierres, au soir du 28 septembre 1986. Un double meurtre qui a valu à Patrick Dils, 16 ans à l'époque, d'être condamné à tort à la perpétuité et de passer 15 ans derrière les barreaux, avant d'être libéré à la faveur de la révision de son procès en 2002.

Ce procès d'assises est le sixième concernant cette affaire: trois ont déjà eu lieu pour Patrick Dils finalement acquitté, et deux pour Heaulme. "Ce procès n'a pas un délai raisonnable: Francis Heaulme est mis en cause depuis 20 ans dans cette affaire, sans être jugé définitivement", a poursuivi son avocate.

Le 17 mai 2017, la cour d'assises de la Moselle a condamné à la perpétuité celui qu'on appelle le "routard du crime". Pendant son procès, Heaulme n'a pourtant cessé de répéter inlassablement: "Montigny, c'est pas moi".

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Les arguments de l'accusation

Mais pour l'accusation, la culpabilité de Heaulme ne fait aucun doute. Sa présence sur les lieux à l'époque des faits, les témoignages de deux anciens codétenus ayant recueilli ses confidences et des similitudes avec quatre de ses meurtres - une "quasi-signature criminelle" - le désignent comme le meurtrier.

Le rôle d'Henri Leclaire

Son premier procès, en 2014, avait été interrompu car le nom d'un autre homme était revenu de façon spectaculaire dans la procédure: Henri Leclaire, déjà soupçonné dans les années 1980 et finalement mis hors de cause début 2017, faute d'éléments suffisants.

Absence de preuves matérielles

Trente-deux ans après les faits, Me Glock a aussi dénoncé, dans sa déclaration, l'absence de preuves matérielles: tous les scellés ont en effet été détruits en 1995, le parquet considérant l'affaire close avec Patrick Dils sous les verrous.

Déclarations de Francis Heaulme

Ce dernier jour, l’accusé, un grand escogriffe édenté qui flotte dans sa chemise et qui tremble en permanence sous l’effet des neuroleptiques, a été appelé à la barre. Le président lui a lu très longuement toutes ses dépositions, et il a simplement dit : " Je ne réponds à aucune question, je ne veux plus rien dire. " On en est donc resté là.

Au procès comme dans ses 16 interrogatoires à l’instruction, il avait jusqu’ici assuré être innocent, accusant parfois un autre homme, mais sans jamais nier s’être trouvé lui-même sur les lieux du crime ce fameux 28 septembre 1986. Il travaillait d’ailleurs à 400 mètres de là.

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L’accusation a produit une lettre écrite en mars 2005 de sa prison par le tueur en série, où il dit à propos de l’affaire : " Je suis tranquille pour Montigny, il peuve pas dire que sait moi (sic) parce que personne m’a vu faire. "

Poussé dans ses retranchements une heure durant, il finit par livrer quelques mots lors d'un échange avec Me Dominique Boh-Petit, avocate de la maman de Cyril, qui lui demande si les larmes de cette dernière l'ont touché : "Oui, beaucoup. J'ai de l'estime pour Mme Beining". Avant d'ajouter : "Madame Beining, je suis franc, je n'ai pas touché votre fils. Ni le petit Alexandre". Questionné à nouveau, il finit par lâcher : " J’ai commis d’autres meurtres, je les ai reconnus, je paye pour ça. Mais deux enfants… Non.

Plaidoyer de la défense

L'avocat de l'accusé a ensuite exposé les deux réponses qui peuvent, selon lui, être apportées. Pour mieux les détailler, l'avocat se place au centre du prétoire et se plante devant les jurés. "Que s'est-il passé ce jour-là ? Si vous n'avez pas la réponse, votez non [à la question de la culpabilité de Francis Heaulme] ! Ça rendra justice à la justice. Et surtout, ça vous permettra de vous regarder dans la glace demain. Ou alors votez blanc. "

"Montigny, ce n'est pas moi." Comme un écho aux derniers mots de son avocat, Francis Heaulme, invité à "ajouter quelque chose" pour sa "défense", a déployé son grand corps dans le box en verre des accusés pour répéter cette phrase.

Liliane Glock, qui était la première à plaider, a cité les "77 de QI" de Francis Heaulme : "C'est quand même important. "Et le témoignage de Madame Deschang on n'en veut pas, donc on l'enlève. Car il établit que les enfants étaient vivants assez tard", poursuit l'avocat de Francis Heaulme, en s'adressant aux jurés.

De la même manière, l'avocate démontre la fragilité des témoignages des codétenus de Francis Heaulme, venus le 11 mai à la barre pour appeler leur "ami" à "dire la vérité". Et elle en vient à Patrick Dils, condamné en 1989 pour le double meurtre, puis acquitté en 2002. "N'allez pas croire que je vais venir vous dire de condamner Patrick Dils : pas du tout et c'est impossible. Mais il y a un doute concernant la culpabilité de Francis Heaulme. Si vous avez un doute, la réponse est non.

L'avocate choisit de conclure sa plaidoirie par une citation, qu'on, dit-elle, attribue souvent à Voltaire : "Dans une avalanche, aucun flocon ne se sent jamais responsable." Il s'agirait plutôt d'une citation d'un poète et écrivain polonais, Stanislaw Jerzy Lec. Peu importe, Liliane Glock l'utilise pour demander aux jurés de ne pas être "un flocon de l'avalanche justice" : "Clôturez cette affaire proprement. L'acquittement, quand l'avocat général demande la condamnation et la réclusion criminelle à perpétuité.

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