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L'affaire Francis Heaulme, un des tueurs en série les plus énigmatiques de l'histoire judiciaire française, continue de susciter des interrogations. Me Liliane Glock, avocate de Francis Heaulme, est une figure centrale dans ce dossier complexe. Elle est connue pour avoir défendu des accusés dans des procès médiatiques comme Simone Weber, Francis Heaulme ou encore Jacques Maire.

Le Contexte de l'Affaire

Francis Heaulme, sillonnant les routes de France, a tué pour rien et sans distinction hommes, femmes, enfant. "Moi, mon style, c’est l’Opinel", dira-t-il aux enquêteurs pour se dédouaner de l’affaire de Montigny-lès-Metz, où deux petites victimes ont été tuées à coups de pierres en 1986, et pour laquelle il sera jugé à partir du mardi 25 avril. Sa véritable signature criminelle, c’est l’extrême violence.

"Lorsqu’il tue, c’est une explosion, il détruit. Ce sont des scènes de crimes terribles comme il est rare d’en voir", abonde l’ancien gendarme Jean-François Abgrall, à l'origine de son interpellation. Des scènes qui resteraient "figées" dans la mémoire du tueur, "capable de tout restituer sous forme de puzzle éparpillé pour peu qu’on sache l’écouter, explique à LCI l’ex-enquêteur. Il n’a pas la notion d’aveux puisque celle-ci induit le repenti. Mais il ne ment pas et n’invente rien. Il mélange volontairement les crimes, les dates, les lieux. Les explications qui ne collent pas à un meurtre correspondent toujours à un autre. Il est dans la transposition permanente".

L'Intervention de Me Glock et le Reportage TF1

Dans le cadre d'un téléfilm, Me Glock est revenue sur le procès-verbal rédigé par le gendarme en 1997, dans lequel il relate une conversation tenue avec Francis Heaulme cinq ans plus tôt, en 1992, et lors de laquelle il lui a raconté s'être baladé le long de la voie de chemin de fer à Montigny-lès-Metz. C'est sur la base de cette conversation que le lien entre le tueur et le double infanticide va être réalisé.

Me Glock commence par lui poser des questions simples. «Il faut toujours commencer par interroger un témoin par trois questions, il vous répond oui», ironise-t-elle. Le ton change tout doucement, se durcissant. Me Glock s'étonne que Jean-François Abgrall n'ait pas gardé la lettre de l'avocate qui l'invitait à se pencher sur l'affaire de Montigny-lès-Metz. Elle revient sur la conversation de 1992, entre Abgrall et Heaulme. On n'est plus du tout dans la courtoisie.

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Me Glock : Dès le début, quand vous rencontrez Francis Heaulme, vous nous dîtes que vous pensez avoir affaire à un type hors du commun. Jean-François Abgrall : Oui, un type dangereux. - Donc après la conversation de 1992, face à un tel type, vous ne trouvez pas nécessaire de dresser un procès-verbal ? - Évidemment je pense à des meurtres. J’étais venu pour prélever ses empreintes, on n’était pas en audition. On me dit de vérifier. Je le fais, mais on ne trouve rien [...] Effectivement, aujourd'hui, oui, cela à un sens. - Donc il vous dit avoir vu des enfants morts et vous, vous ne le notez pas... Vous ne le notez nulle part, sauf 5 ans après ! [...]

Me Glock : Vous avez donc besoin du courrier [d'une avocate] pour lancer la machine [dans l'affaire de Montigny-lès-Metz] ? Jean-François Abgrall : C'est ce qui nous fait faire le rapprochement, le lien [entre les déclarations de Francis Heaulme sur sa balade dans l'Est et le double meurtre de Montigny]. - Vous en avez encore beaucoup dans votre tête des affaires comme celle-ci, qu'on a pas résolues, à nous sortir ? - Je ne répondrai pas à cela. - Votre raisonnement ne me convainc pas, mais il ne convainc pas d'autres personnes plus éminentes. [...]

Me Liliane Glock lit le livre d'un magistrat intervenu au moment de la demande de révision du procès faite par Patrick Dils et qui donne son avis sur le maréchal des logis Abgrall. «Il a le sentiment que chaque fois que vous intervenez, on a des aveux de Heaulme.

L'avocate incite les jurés à aller voir le film. Le président intervient et s'énerve. «Je ne souhaite pas que les jurés aillent voir quelque film ou quelque émission que ce soit, faites par des journalistes qui ne connaissent pas les dossiers, ou partiellement, et qui ne prennent pas des décisions comme des magistrats.»

Elle va tenter de déstabiliser le témoin, très sûr de lui depuis son arrivée à la barre. Me Glock commence par lui poser des questions simples. «Il faut toujours commencer par interroger un témoin par trois questions, il vous répond oui», ironise-t-elle. Me Glock : On va passer à un autre thème, votre vie professionnelle. Quand avez-vous quitté la gendarmerie ? Jean-François Abgrall : Le 1er avril 2000. - Est-ce que cela a une incidence avec cette affaire ? - Non- Vous êtes devenu enquêteur privé. Avez-vous conseillé TF1 pour un téléfilm ? - Oui- Il subsiste quand même quelques obligations de réserve, non ? Quel est votre rôle ? - Je mets de la cohérence dans le scénario. J'ai travaillé avec Thierry Frémont. On lui explique comment se passe une audition, comment se tient Francis Heaulme, comment il parle.

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L'avocate reprend ses questions, imperturbable. Elle lit une interview dans laquelle Thierry Frémont dit avoir écouté Francis Heaulme. «D'où vient cet enregistrement ?»- Il n'existe pas d'enregistrement de Francis Heaulme.- Donc Thierry Frémont raconte n'importe quoi.- Sur ce coup-là... C'est au tour de la défense d'interroger Jean-François Abgrall. C'est Me Liliane Glock qui se lève.

Le Rôle de Jean-François Abgrall

Jean-François Abgrall est resté une cinquantaine de minutes à la barre, s'exprimant toujours avec une grande aisance, s'aidant parfois d'un plan de son exposé qu'il a noté sur une feuille devant lui. Le président interroge maintenant le témoin. Il souhaite comprendre les méthodes de travail de l'ancien gendarme. Il veut savoir pourquoi sur une des fiches de renseignement qu'il a rédigées le 5 février 1993, il a noté: «A probablement dû commettre des doubles meurtres.»

Jean-François Abgrall : «Une fois, il nous a dit qu'il n'avait pas tué un complice dans une affaire de meurtre. On s'est alors dit qu'il avait dû commettre des doubles meurtres.» [Comprendre : si Francis Heaulme a précisé qu'il n'avait pas tué son complice lors d'un meurtre, c'est qu'il l'a peut-être fait sur d'autres. D'où la déduction du gendarme : Heaulme a peut être commis des doubles meurtres]L'explication n'est pas très claire.

Il lit un rapport de Jean-François Abgrall, rédigé en 1997 sur la base d'une ancienne discussion avec Francis Heaulme et au cours de laquelle ce dernier évoquait une balade qu'il aurait faite près d'une voie de chemin de fer. «Vous relatez des faits d'une conversation tenue cinq ans auparavant. Et plus tard vous donnez encore plus de détails de cette conversation. Qu'est-ce qui est de l'ordre du vrai, du souvenir, là-dedans ?» Jean-François Abgrall : «J'ai dit exactement ce qui s'est passé.- Quand est-ce que vous avez cette discussion informelle avec monsieur Heaulme ? - En 1992.- Donc pour la première fois vous écrivez cela en 1997. Pourquoi vous ne rédigez pas de PV en 1992 ?- Je ne savais pas si cette personne disait des choses réelles ou fausses. Le procureur me demande de vérifier.

Les Défis de l'Enquête et la Personnalité de Heaulme

Dans son box, l'accusé est très attentif. Vêtu d'une chemise rayée noire et brune, il joue nerveusement avec une chaîne en or qu'il porte autour du cou, la tirant à son maximum. Francis Heaulme a confié au gendarme Abgrall avoir eu «plusieurs pépins». «On dirait qu'il ne peut pas prononcer le mot crime», explique le témoin, qui estime cependant que «Francis Heaulme a une mémoire extrêmement précise des choses». Ce dernier ne peut cependant pas avouer directement ses meurtres et fait souvent intervenir la présence d'un «autre» imaginaire.

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L'enquêteur raconte ses auditions. «Les affaires s'emboîtent petit à petit. Nous procédons avec lui toujours de la même manière. Il ne faut pas lui poser de questions fermées, du genre "Est-ce que tu étais ici?" : il ne répondra pas. Il faut au contraire ne poser que des questions ouvertes comme "Peux-tu nous raconter ce que tu faisais dans la région à l'époque ?" Là, il va parler librement [...] Francis Heaulme, c'est beaucoup de détails sur un bout de scène et ensuite c'est beaucoup de confusion.»

Chacun des crimes de Francis Heaulme est détaillé. Le public est venu nombreux cet après-midi pour entendre l'enquêteur qui a permis l'arrestation de Francis Heaulme. En entrant dans la salle, Jean-François Abgrall lance un regard en coin à l'accusé. Ce dernier ne le quitte pas des yeux, tourne la tête pour le voir arriver jusqu'à la barre. Les deux hommes ont presque le même âge. Pourtant, ils semblent avoir 20 ans d'écart. Le temps n'est pas passé de la même manière pour eux. Le gendarme semble plus jeune, l'accusé, nettement plus vieux.

Jean-François Abgrall, costume noir, cheveux courts, s'exprime clairement et facilement. Il raconte sa rencontre avec Francis Heaulme, dans le cadre de l'enquête sur la mort d'une aide-soignante, sur une plage, à Brest, en 1989. Lorsque le gendarme entend la première fois, Francis Heaulme est encore totalement inconnu. Il dit avoir affaire à quelqu'un de marginal mais qui sait rester propre, qui semble plutôt relever de la psychiatrie que du droit commun. Une première rencontre "relativement troublante". Le Mosellan a un alibi et peut repartir.

Quelque temps plus tard, Francis Heaulme est à nouveau repéré dans l'environnement d'un crime, du côté d'Avignon. Le gendarme trouve curieux que l'on retrouve le nom de cette personne dans des circonstances semblables. Jean-François Abgrall se rend dans la cité des papes. Lorsqu'il croise Heaulme, l'enquêteur lui demande : "Tu n'as rien à me dire ?". "Je sais que tu sais", lui répond Heaulme. "Tout cela c'est de la faute du Gaulois." Rien de plus.

Plus tard, Heaulme est à nouveau arrêté, cette fois en Alsace. Jean-François Abgrall retourne l'interroger. Le "routard" lui raconte avoir assisté au meurtre sur la plage de Brest, commis par quelqu'un d'autre.

Les experts qui se succéderont devant les nombreuses cours d’assises expliqueront que ce grand échalas au corps dégingandé et au regard glaçant souffre du syndrome de Klinefelter. Un chromosome féminin X en plus qui se traduit, entre autres, par des testicules "gros comme des petits pois", une peau imberbe, et une allure androgyne. Cette maladie, qui n'explique pas ses passages à l'acte, se traduit cependant par "un trouble de la personnalité". Certains psychiatres évoquent une "surcompensation par l'acte meurtrier", d'autres une "recherche de toute-puissance" chez ce criminel hors norme, décrit comme un peu limite intellectuellement, "intolérant à la frustration" et qui présenterait des traits "schizoïdes", "prépsychotiques" ou "pervers". Seule analyse unanime : Francis Heaulme n’est pas fou. Il a été reconnu pénalement responsable de chacun de ses crimes.

"C’est un être difficile à cerner", reconnaît son avocate Liliane Glock qui note néanmoins la longue détention sans accroc de son client. Francis Heaulme, 58 ans désormais, a passé près de la moitié d'une vie en prison. Il n'est jamais passé en commission de discipline et les autres détenus n'enquiquinent pas le plus célèbre des tueurs en série. Après deux infarctus, le grand Heaulme a arrêté le petit travail qu'il exercait au sein des divers établissements pénitentiaires où il a séjourné et touche désormais une pension d’invadilité de 200 euros par mois. Sa sœur et ses neveux lui rendent toujours visite dans ce qui sera sa dernière résidence : la maison centrale d'Ensisheim (Haut-Rhin), la "prison des tueurs en série", où sont aussi incarcérés un certain Guy Georges ou Michel Fourniret.

Tableau Récapitulatif des Éléments Clés

Aspect Description
Nom Francis Heaulme
Profession Tueur en série
Avocate Liliane Glock
Affaire Principale Meurtre de Montigny-lès-Metz
Particularités Syndrome de Klinefelter, personnalité complexe

tags: #Liliane #Glock #TF1 #reportage

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