Le film mexicain "Hora petrolera", réalisé par Emilio Braojos, offre un regard unique sur la vie dans la ville pétrolière de Minatitlán. À travers le parcours d'un chauffeur de taxi, le film explore les enjeux politiques, écologiques et sociaux de la région. Braojos utilise son objectif pour rendre hommage à l'âme du lieu et de ses habitants, tout en abordant des thèmes complexes tels que la solidarité entre travailleurs et la critique du capitalisme tardif.
L'idée du taxi est centrale dans le film. Un chauffeur de taxi voit la ville, le flux des habitants qui y circulent, depuis différents angles, à différents moments de la journée. Ce dispositif permet de mêler plusieurs enjeux et de présenter une vision kaléidoscopique de la réalité locale.
Braojos explique qu'il s'est lancé dans la rédaction d'un dossier pour obtenir un financement accordé à des projets traitant de l'environnement. Il questionnait aussi sa légitimité pour prendre la parole sur ces sujets. Alors, j’ai décidé d’écrire justement à partir de mes doutes, de mes dilemmes personnels. Et puis, durant l’écriture, j’ai eu l’occasion de me rendre à Minatitlán. Tout a alors pris sens.
Le film met en scène l'importance des enjeux de solidarité entre travailleurs. Les employés de la raffinerie proposent une bière à Alberto, puis vous prenez soin de montrer la vendeuse de poisson, les pêcheurs et les ouvriers de Ferrosur, principale compagnie ferroviaire mexicaine. Sur ces problématiques, beaucoup de discours sont complices de l’idéologie néo-libérale, qui place la responsabilité individuelle au centre de tout et annule le pouvoir de l’action collective.
Or, c’est pour moi la seule option valable pour survivre à notre époque. Ces discours détournent la véritable responsabilité. Tout le système de production et de consommation est conçu pour ignorer la destruction qu’il engendre. Les profits sont réalisés par le biais des plus pauvres, qui ne peuvent se permettre en termes d’économie et de charge mentale d’organiser une vie zéro déchet.
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Braojos critique certains films latino-américains qui se complaisent dans la grande tragédie et le dégoût. Il préfère dresser un portrait de la ville et de ses habitants qui souligne leur beauté. Sans oublier de montrer les difficultés de ceux qui subissent le plus lourdement les conséquences de notre époque. Mais sans réduire leur rôle à l’écran à celui de corps en souffrance, pour le confort du spectateur-consommateur.
Lors du tournage, nous avons tenté de rester très ouverts à la possibilité de glaner de nouveaux éléments en cours de route. Pour qu’au final, le film n’incarne pas uniquement “notre vision”, mais bien plutôt une conversation avec l’espace et les personnes filmées.
Plusieurs influences nourrissent cet aspect, notamment le travail du cinéaste mexicain Nicolas Pereda. Pour lui, les catégories de la fiction et du documentaire constituent un panel d’outils que le cinéaste utilise à sa guise. Des cinéastes iraniens comme Abbas Kiarostami ou Jafar Panahi ont été également très importants dans le développement du film.
Tout le film a été tourné en décor naturel. Hormis les derniers passagers à la fin, les deux étudiants (l’un d’eux est incarné par le chef-opérateur, l’autre par la chef-déco), et Gilberto qui incarne le chauffeur [Gilberto Bazzara, un grand comédien mexicain NDLR], tous les passagers sont incarnés par des non professionnels dont plusieurs habitant.e.s de la ville.
Certains sont arrivés sur le projet par un casting que nous avons réalisé deux jours avant de tourner - une expérience magnifique, 200 personnes sont venues, comme un meeting improvisé dans une bibliothèque publique - ou par hasard. Certains rôles sont tenus par les gens qui louait l’appartement où logeait l’équipe, d’autres étaient des amis de l’équipe de production, le propriétaire du taxi qu’on a loué, etc.
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À Minatitlán, il y a ces bâtiments immenses dont je parlais. Ils sont en béton, érodés par l’humidité, la chaleur et l’air salé de la côte. Nous sentions que l’atmosphère particulière induite par cette architecture ex-socialiste, en déclin dans une ambiance tropicale, était cruciale pour l’identité du lieu. Aussi, pour bien la rendre, nous avons exagéré la présence du grain à l’image. Nous avons sous-exposé les plans lors du tournage, et poussé l’exposition en post-production.
Le design sonore est d’une grande richesse. Il y a la musique qui revient en fil rouge ainsi que l’autoradio de Gilberto. La pub ou les bulletins d’information qu’il diffuse résonnent avec les thèmes du film et habitent l’air de rien les moments flottants. C’est vraiment par accident, que nous avons créé un des éléments phares du film...
À la fin du premier montage, il y avait beaucoup de temps morts entre chaque action et le film était extrêmement lent. C’est comme ça que nous avons commencé à expérimenter avec la radio. J’aime aussi l’idée de détourner l’attention du spectateur. Lorsqu’une scène traîne un peu, on a tendance à chercher du sens dans les éléments moins évidents de la scène. Le son ou le décor qui entoure le personnage passent au premier plan et ça me plaît.
Notre collectif a été créé alors que nous étions au lycée. Mon père, qui est monteur, lançait un projet d’éducation populaire intitulé “El Foro”, qui proposait des études de cinéma gratuites. L’enseignement était essentiellement consacré au documentaire.
Mon père a accepté d’ouvrir une section dédiée à la fiction si je parvenais à réunir des amis qui s’y inscrivent. Nos rôles dans le collectif dépendent de chaque projet. Lorsque je n’écris ou ne réalise pas, je m’occupe de la production, ou j’interviens comme assistant-réalisateur. Lorsque nous ne concrétisons pas un projet personnel, nous avons notre spécialité.
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Travailler au sein d’un collectif, c’est reconnaître qu’un film se fabrique à plusieurs. L’idée du réalisateur de génie a la vie dure, mais aucun film n’aurait existé si personne n’avait assuré la lumière, le son, conduit ou préparé à manger pour l’équipe.
Le travail social ne se situe plus aujourd’hui dans l’idéal de réparation, mais dans une logique d’intervention qui repose sur « un travail relationnel de présence et de soutien à autrui (pratiques du care) […] ». La place centrale qu’occupe la composante relationnelle dans l’activité des professionnel•le•s du social est également soulignée par Michel Autès, qui estime que « la spécificité du travail social est d’être une relation de service où les services sont au service de la relation ».
En tant que relation de service, le travail social exige donc des praticien•ne•s qu’elles et ils développent la gestion des émotions afin « d’inscrire la demande d’aide dans un contexte professionnel et non pas émotionnel ».
La gestion des émotions fait partie intégrante du savoir pratique en travail social et, pour leur permettre d’être à l’aise dans la plupart des situations de face-à-face avec les bénéficiaires, les praticien•ne•s développent des stratégies pour éviter d’être envahi•e•s par la vulnérabilité de l’autre.
A partir de l’amour dé-mesuré ou agapé modélisé par Luc Boltanski (1990), le chercheur souligne que la reconnaissance de la détresse de l’autre peut entraîner chez le ou la professionnel•le un au-delà de la mesure, qui peut s’exprimer autant par la compassion que par la violence liée à la présence de l’autre souffrant•e qui menace sa tranquillité.
Pierre Bourdieu (1980) estime pour sa part que le « sens pratique » demande à être rapporté à un « savoir par corps », alors que Gunter Gebauer et Christoph Wulf (2004) avancent que le corps opère comme une médiation entre la personne et son environnement du fait des apprentissages réalisés en famille, à l’école, au travail, etc.
L’activité déployée en travail social et les habiletés pratiques qu’elle mobilise en situation renvoie à un ensemble de savoirs tacites, qu’il s’agisse du savoir pratique et de l’habitus (Bourdieu, 1980), de la mètis (Clot, 1998), des savoirs incorporés (Schön, 1994), de la subjectivité de l’agir (Dejours, 2003) ou d’une présence (Molinier, 2013).
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