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Les attentats terroristes, marqués par les tirs d'armes comme les Kalachnikov, laissent des cicatrices profondes, non seulement physiques, mais aussi psychologiques. Les survivants, les témoins et même ceux qui auraient pu être présents sont confrontés à des traumatismes complexes.

Le Syndrome du Survivant

Le "syndrome du survivant" est un ensemble de sentiments de culpabilité et d'injustice ressentis par ceux qui ont survécu à une tragédie où d'autres ont péri. Ce sentiment se traduit souvent par des questions angoissantes : "Pourquoi pas nous ?" ou "Pourquoi ai-je survécu et pas les autres ?".

Comme l'explique la psychologue Florence Bataille, ce syndrome est caractérisé par "ce sentiment de ne pas se sentir victime parce qu’on est vivant. Il y a une forme de culpabilité. Ils considèrent qu’ils doivent aider les autres". Pour Jean-Michel Coq, maître de conférence en psychologie clinique, "c'est un peu comme s'ils avaient une dette par rapport à la vie".

Le lendemain des attentats du 13 novembre 2015, Eva, rescapée du Bataclan, s'est rendue dans une cellule psychologique pour agir contre cette "culpabilité qui l'habite de n'avoir rien pu faire pour les autres".

Manifestations du Syndrome

La docteure en psychopathologie Hélène Romano décrit les troubles engendrés par cette culpabilité :

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  • Des reviviscences
  • Des cauchemars
  • Des angoisses
  • Des peurs inexpliquées
  • De l’anxiété à chaque bruit qui peut évoquer le souvenir du drame

Elle ajoute que cela se traduit aussi par des "ressassements, des ruminations: se dire que l’on aurait du mourir à la place de l’autre, ou avec l’autre. À cela, s’ajoute généralement une asthénie, c’est-à-dire une perte d’élan vital : on ne se sent plus légitime à vivre, plus légitime à être là, on ne parvient plus à se projeter dans des choses positives parce que l’on se sent coupable de vivre".

Stress Post-Traumatique et Reconstruction

Le stress post-traumatique est une autre conséquence majeure des attentats. Les images des corps tombant, le regard des assaillants, les tirs de Kalachnikov et l'odeur de la poudre restent gravés dans la mémoire des survivants.

"Avoir été sous des cadavres pour sauver sa vie est horrible, les images leur reviennent au cours de leur journée de travail, la nuit sous forme de cauchemar", ajoute Jean-Michel Coq.

Le Témoignage de Simon Fieschi

Simon Fieschi, webmaster à Charlie Hebdo, blessé lors de l'attentat de janvier 2015, témoigne des effets d'une balle de Kalachnikov : "On a tiré sur moi deux balles. Une m’a touché. L’entrée de la balle est à la base du cou sur le côté droit, sortie dans l’omoplate gauche. Sur son chemin, elle a touché ma colonne vertébrale".

Il décrit les séquelles physiques et psychologiques : cinq semaines en réanimation, huit mois d'hospitalisation, côtes brisées, omoplate explosée, infections à répétition, paralysie partielle, douleurs chroniques, problèmes de concentration, épisodes de colère et de tristesse.

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"Je suis dans le post-trauma et que je le resterai toute ma vie", confie-t-il.

Le Rôle des Cellules Psychologiques

Pour aider les survivants à tourner la page et éviter l'installation d'un stress chronique, des cellules psychologiques ont été mises en place. Ces cellules permettent aux rescapés de comprendre et d'accepter les pensées qui traversent leur esprit. Il est crucial qu'ils assimilent qu'ils sont des victimes, même s'ils sont en vie.

Comme l'explique Florence Bataille, "Ce n’est pas parce que vous n’êtes pas blessés physiquement que vous n’avez rien. On soigne plus facilement un bras cassé que les conséquences psychologiques d’un attentat dont on a réchappé".

Au-Delà des Survivants Directs

La culpabilité du survivant ne se limite pas à ceux qui étaient physiquement présents lors de l'attentat. Hélène Romano précise que les personnes "qui auraient dû être là et qui n’y étaient pas" peuvent également être touchées. Cela peut aussi concerner "quelqu’un qui passait par là quelques minutes avant ou quelqu’un qui se dit qu’il aurait pu être à la place des victimes, parce qu’il se reconnaît en elle, comme cible par exemple."

Reconstruction et Résilience

Certains s'en sortiront en retrouvant "une position active", souligne Jean-Michel Coq, en reprenant "le contrôle de sa vie" ou encore "en témoignant à l'écrit ou à l'oral". Mais il prévient: "certains ne réussiront pas".

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Hermann Aka, qui travaillait au Bataclan, témoigne : "J’y pense souvent. J’ai eu un suivi psychologique pendant longtemps. Parfois, j’ai des flashs, des cauchemars. Je suis tout le temps en alerte. C’est épuisant." Malgré tout, il participe aux cérémonies d’hommage et poursuit sa reconstruction.

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