Les tirailleurs sénégalais, un corps de soldats coloniaux, ont joué un rôle significatif dans l'histoire militaire française. Cet article explore leur histoire, leurs contributions et les défis auxquels ils ont été confrontés.
Le corps des tirailleurs sénégalais a été fondé en 1857 par un décret de Napoléon III. Les premiers recrutements ont eu lieu au Sénégal, d’où leur nom. Cependant, les effectifs militaires étaient originaires de toute l’Afrique Occidentale, engendrant un manque de cohésion au sein des unités. Avant la Grande Guerre, ils participent à de nombreuses campagnes de l’armée française, notamment en Afrique où par exemple ils ont participé à la conquête de Madagascar.
Louis Faidherbe, gouverneur du Sénégal en 1854, encourage la mobilisation de soldats coloniaux, pour des motifs économiques mais également stratégiques. Face à l’ampleur de la Grande Guerre, le recrutement ne se base plus uniquement sur le volontariat. Les autorités françaises demandent alors aux chefs locaux de leur envoyer des hommes et le recrutement se fait souvent sous la contrainte.
Au total, ce sont environ 200 000 tirailleurs qui ont servi de 1914 à 1918.
Les troupes coloniales ont été mobilisées pour compenser le déficit en hommes en France, ce qui entraîne une forte opposition des autres pays européens, notamment l’Allemagne. La France a mobilisé les tirailleurs sénégalais en métropole dès 1914 : ils arrivent en août, puis sont envoyés sur le front en septembre. L’historien évoque l’engagement des tirailleurs sénégalais dès septembre 1914 sur les fronts du Nord, en 1915 contre les forces de l’Empire Ottoman, en 1916 lors des batailles de la Somme et de Verdun.
Lire aussi: Policiers armés : un tournant dans les manifestations ?
En effet les combats pour achever la conquête du Mont des Singes sont rudes et le nettoyage des abris et des nids de mitrailleuses se caractérise par un intense combat à la grenade et après épuisement des munitions, les grenades allemandes sont aussi utilisées.
L’acclimatation est difficile : une grande partie d’entre eux sont de nouvelles recrues inexpérimentées, beaucoup ne parlent pas français et ne comprennent pas les ordres qu’on leur donne et même entre eux, les soldats ne se comprennent pas forcément, car dans leurs rangs sont parlées des langues différentes telles que le bambara ou le peul. Ils doivent aussi faire face à un climat froid auquel ils ne sont pas habitués, notamment au nord.
Face à la surmortalité induite par ces conditions, un système d’hivernage est mis en place à partir de 1915 et est généralisé en 1916. De septembre à avril, les soldats sont envoyés dans le sud de la France. C’est également l’occasion de les entraîner davantage.
Quel bilan humain dresser pour les soldats coloniaux ? L’auteur souligne la remise en question de l’idée de « chair à canon » au vu des archives étudiées, qui lui permettent de faire le constat d’un taux de décès de 20%.
En juillet 1919, un décret établit la conscription afin de consolider les rangs de l’armée française. En effet, les Allemands considèrent l’emploi de troupes coloniales comme une trahison envers la « race européenne », dénonçant en 1919 « la honte noire ». Anthony Guyon nous livre un récit passionnant et profond de la haine des Allemands envers les tirailleurs sénégalais et les enjeux qui en découlent durant le second conflit mondial. L’occupation de l’espace rhénan par celles-ci entraîne une montée de la haine, véhiculée par la presse. En 1923, les soldats coloniaux se retirent du sol allemand.
Lire aussi: ARK: Tactics : Stratégies anti-mitrailleuses
En France, dès le début de la guerre, la propagande en faveur des tirailleurs se développe à travers la presse comme La Gazette du tirailleur et la bande dessinée. Le sixième chapitre traite du rôle majeur tenu par les tirailleurs sénégalais dans la libération de la France. Les tirailleurs sénégalais sont appelés à se battre, conduisant à de nombreuses pertes durant les batailles de 1940.
Par ailleurs, la Wehrmacht n’hésite pas à exécuter entre 1500 et 3000 de ces hommes en mai-juin 1940. Anthony Guyon définit le terme de Frontstalag qui correspond aux camps de prisonniers établis par les nazis en France, lieux de captivité de 15000 tirailleurs sénégalais dont Léopold Sédar Senghor.
Ceux-ci sont, à nouveau, mobilisés pour réprimer des soulèvements ou participer à des guerres. Le dernier chapitre s’attache à étudier les interventions armées des tirailleurs sénégalais depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale jusqu’à la fin de ce corps. Anthony Guyon les présente comme une « force de répression » puisque les tirailleurs sénégalais sont amenés à intervenir face aux mouvements indépendantistes comme en Syrie, ou en 1947 à Madagascar et au Maroc.
À l’issue de l’accession à l’indépendance des colonies françaises, les soldats africains sont démobilisés et rapatriés, et en 1958 leur corps prend fin. Arrive le temps de la mémoire…L’historien évoque des relations tendues entre les États nouvellement indépendants et leur ancienne métropole. Il s’agit à présent d’honorer les morts et les vivants.
La contribution des tirailleurs sénégalais à l’effort de guerre a été décisive. En effet, s’ils ont participé aux cérémonies de victoire après la guerre, la reconnaissance n’a probablement pas été à la hauteur de leurs attentes. De plus, et même si la guerre a pu contribuer à faire évoluer le point de vue des Français sur les Noirs, la société reste profondément caractérisée par le racisme. Les clichés sur le soldat africain docile et inférieur aux Blancs restent encore prégnants.
Lire aussi: MP40 Airsoft Umarex : Est-ce un bon choix ?
Par exemple, suite à une loi de 1981, les pensions des anciens tirailleurs sénégalais ont été cristallisées, autrement dit : elles n’étaient plus indexées sur l’inflation (contrairement à celle des anciens combattants français). Cet état de fait durera jusqu’en 2006. Un pas supplémentaire sera franchi en 2007 quand les 28 derniers tirailleurs encore en vie seront naturalisés français (mais pas leurs descendants). Cependant, pour toucher leur pension, ils ont l’obligation de résider au moins 6 mois par an en France.
Des monuments sont érigés en hommage à la bravoure des tirailleurs sénégalais comme le « Monument aux héros de l’Armée noire » à Reims. En ce qui concerne les vivants, Anthony Guyon met en lumière le combat des descendants et des associations d’anciens combattants pour la décristallisation des pensions qui n’aura lieu qu’en 2007. Ces soldats africains resteront dans les mémoires, et à ce titre, les œuvres artistiques et culturelles y contribuent fortement.
En 2006, le président Chirac annonce la décristallisation complète des pensions des anciens tirailleurs. Il s’agit de reconnaitre le rôle joué par les soldats colonisés dans la libération de l’Europe.
| Période | Événements Clés | Effectifs | Reconnaissance |
|---|---|---|---|
| 1857 - 1914 | Création du corps, participation aux campagnes en Afrique | Variable, augmentation progressive | Reconnaissance limitée |
| 1914 - 1918 | Première Guerre Mondiale, déploiement en Europe | Environ 200,000 | Reconnaissance initiale, mais inégale |
| 1919 - 1939 | Entre-deux-guerres, conscription, tensions raciales | Variable | Préjugés persistants |
| 1939 - 1945 | Seconde Guerre Mondiale, libération de la France | Mobilisation massive | Massacres, reconnaissance tardive |
| 1945 - 1958 | Guerres de décolonisation, fin du corps | Variable | Relations tendues, décristallisation des pensions en 2006 |
tags: #les #mitrailleurs #senegalais #histoire