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Les manifestations des « gilets jaunes » en France ont été marquées par des incidents significatifs, soulevant des questions sur la violence policière et l'armement des forces de l'ordre. Cet article examine ces événements, en particulier le vol d'un fusil d'assaut à la police et les débats sur l'usage de la force lors des manifestations.

Vol d'un fusil d'assaut lors d'une manifestation

Le 1er décembre 2018, lors de l'« Acte 3 » des manifestations des gilets jaunes à Paris, un fusil d'assaut HK G36 a été volé à la police. Le procureur de Paris a confirmé qu'un « fusil d'assaut » avait été dérobé par des casseurs aux forces de l'ordre à Paris dans des « conditions de violence inouïe ».

L'arme n'a jamais été retrouvée. Un homme a été contrôlé Gare de Lyon, pour usage de stupéfiant. Dans son sac, les policiers découvrent une casquette estampillée "police" et une munition que le jeune homme de 18 ans explique avoir trouvée lors de la manifestation du 1er décembre, et gardée "en souvenir".

En garde à vue, Vincent G. raconte avoir participé à la manifestation, au cours de laquelle il dit avoir été abordé par un homme porteur d'une arme d'épaule, qui lui aurait demandé un sac pour la transporter. Le jeune homme dit avoir deviné que l'arme venait d'être volée dans le fourgon de police. Tous les deux quittent les lieux, dans l'idée de revendre leur butin. L'inconnu ira mettre l'arme "à l'abri", avant de disparaître sans laisser de trace.

Les images de vidéosurveillance montrent des personnes en train de se saisir d'autres objets abandonnés dans le véhicule de police : gilets pare-balles, un casier contenant quatre chargeurs garnis de munition pour le HK G36, boucliers de maintien de l'ordre, ou la radio du fourgon.

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Violences policières et maintien de l'ordre

Les violences policières sont devenues un thème d’actualité avec les vidéos d’un tir à bout portant par un lanceur de balles dites « de défense » et du matraquage d’un manifestant au sol pendant les manifestations contre la réforme des retraites. Le pouvoir exécutif, qui a longtemps refusé de reconnaître la possibilité même des « violences policières », est à présent contraint par l’ampleur des mécontentements de promettre des réformes. Le 14 janvier 2020, Emmanuel Macron a sollicité des propositions pour « améliorer la déontologie » de la police.

Or, l’étude des techniques policières de l’après-Mai 68 en France montre, d’une part, que les usages extrêmes de la force par la police française sont bien ancrés dans l’histoire de la Ve République ; et d’autre part, que la plupart des techniques de maintien de l’ordre contemporaines dérivent de la conception du maintien de l’ordre qui se construit après Mai 68.

En Mai-68 et dans la décennie qui suit, dirigeants et forces de l’ordre sont convaincus que la violence des manifestations est imputable à des groupes militants révolutionnaires, dont la neutralisation est plus importante que l’image de la police dans l’opinion publique. Ainsi, la « violence » dans les manifestations est systématiquement imputée à l’action de minorités agissantes, tels les « gauchistes » et les « casseurs ».

Sous la tutelle de Marcellin, « premier flic de France », et de ses successeurs au Ministère de l’Intérieur, comme Michel Poniatowski, la police française vise le monopole de la force dans les manifestations en multipliant les dispositifs « flexibles » pour affronter et appréhender les militants dans la rue.

Armement et techniques de maintien de l'ordre

Depuis la fin de la seconde guerre mondiale, l’arsenal des policiers et gendarmes s’adapte à deux principes de base du maintien de l’ordre à la française : respecter une « mise à distance » des manifestants, tout en apportant une réponse « immédiate et proportionnée » aux actes violents et aux agressions subies par les forces de l’ordre.

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Les gaz lacrymogènes et les fumigènes doivent disperser une foule en la maintenant loin des premiers rangs de CRS. Les bâtons (tonfa) ne sont utilisés qu’en dernier recours, en cas de contact physique avec des manifestants considérés comme dangereux. Mais cette stratégie est remise en cause par les modes d’action des « gilets jaunes », dont les manifestations ne sont pas déclarées, les trajets imprévisibles, et dont le bilan questionne la dangerosité de l’armement des forces de l’ordre, devenu par sa diversité l’un des plus étoffés d’Europe.

Voici un aperçu de l'arsenal mis à disposition des forces de l'ordre :

  • Le lanceur de balles de défense (LBD) : Utilisé pour neutraliser sans tuer, mais peut s’avérer dangereux à courte distance.
  • La grenade GLI-F4 : Grenade à triple effet lacrymogène, sonore et de souffle, contenant 25 grammes de TNT. La France est le seul pays d’Europe à l’utiliser. Son remplacement est prévu par la grenade GM2L, à usage semblable mais sans explosif ni effet de souffle.
  • La grenade de désencerclement : Projette dix-huit plots en caoutchouc pour sortir les policiers et gendarmes d’un contact physique très proche avec un groupe de manifestants.
  • Les grenades lacrymogènes et fumigènes : Utilisées pour maintenir à distance des manifestants ou disperser une foule.
  • Les moyens de force physiques : Le bâton de défense à poignée latérale (tonfa) et le bâton ou matraque télescopique de défense (BTD) ne doivent être utilisés qu’en cas d’échec de la mise à distance.
  • Les canons à eau : Utilisés pour garder les manifestants à distance des forces de l’ordre.
  • Les armes à feu : Les policiers sont autorisés à les utiliser uniquement quand ils sont dépourvus de l’ensemble des autres moyens de coercitions.

Selon un document obtenu par Mediapart, le directeur central des Compagnies de sécurité (CRS) a ordonné le déploiement de policiers armés de fusils d’assaut lors des manifestations du 12 janvier. Une militarisation qui va de pair avec l’emploi quasi systématique, et non réglementaire, des lanceurs de balles de défense (LBD) et des grenades GLI-F4.

Tableau récapitulatif des armes utilisées lors des manifestations

Arme Description Utilisation Statut
LBD 40 Lanceur de balles de défense Neutraliser sans tuer En service
GLI-F4 Grenade à triple effet (lacrymogène, sonore, souffle) Disperser les manifestants Remplacement prévu par GM2L
Grenade de désencerclement Projette des plots en caoutchouc Extraire les forces de l'ordre En service
Gaz lacrymogènes Gaz irritant Disperser les foules En service
Tonfa / Matraque Bâtons de défense Contact physique direct En service
Canons à eau Véhicules projetant de l'eau Maintenir à distance En service

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