Chaque année, environ 250 millions de cartouches sont tirées par les chasseurs sur le territoire français. Sachant qu’une cartouche de chasse contient quelques 300 billes de plomb, cela entraîne une importante pollution due aux éléments métalliques et plastiques de l’enveloppe et des plombs contenus.
Ces éléments laissés sur place par les chasseurs renferment des substances toxiques telles le plomb, le mercure, l’uranium, l’arsenic, etc. Ces substances occasionnent des dommages importants sur l’environnement et entraînent une mortalité conséquente de la faune sauvage car les grenailles disséminées sont responsables d’intoxications voire d’un nombre de cas avérés de saturnisme aviaire.
Pour améliorer les caractéristiques cinétiques des projectiles, des métaux lourds ont été utilisés dans la plupart des munitions. Or, tous ces métaux sont toxiques, et en particulier le plomb auquel on ajoute généralement 7 à 10 % d’antimoine et d’arsenic également toxiques.
L’arsenic sert d’additif (durcisseur) au plomb des cartouches de chasse ou des munitions de guerre (il freine aussi la formation d’oxyde de plomb). Il est présent dans les balles, ou dans certaines amorces (azoture de plomb remplaçant le fulminate de mercure).
Le plomb est l’un des éléments les plus toxiques en termes de risque/quantité, avec le mercure (présent sous forme de fulminate de mercure dans les anciennes Amorces). Le cadmium, également très toxique est également présent dans certaines munitions (militaires). Par ailleurs les nitrates ont été très utilisés dans les charges propulsives.
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Chez tous les animaux à sang chaud, le plomb ingéré sous forme moléculaire passe rapidement pour partie dans le sang (le reste est évacué dans les excréments et moindrement dans l’urine). Les oiseaux d’eau qui n’ont pas de dents recherchent et mangent normalement de petits cailloux arrondis qui sont stockés dans le gésier où ils broient les aliments. Ils ingèrent par la même occasion du plomb (ou d’autres métaux lourds toxiques tels que le bismuth).
Plus les aliments sont durs, plus ce plomb se solubilise vite. A titre d’exemple, 6 billes de plomb ingérées avec du maïs le matin sont parfois le soir en totalité déjà solubilisées et passées dans le sang de l’oiseau qui pourra en mourir. Ce plomb est passé dans son sang 20 fois plus vite que s’il avait été ingéré avec des aliments « mous ».
Le plomb de chasse contamine la pyramide alimentaire. Ceci est clairement démontré par le traçage isotopique du plomb, notamment chez les inuits. Les sites de ball-trap sont également très concernés.
Le plomb n’étant pas biodégradable, la grenaille se délite ou s’oxyde ou est peu à peu érodée ou enfouie, mais reste accessible ou biodisponible des décennies voire des siècles ou des millénaires. Dans les zones acides, la biodisponibilité et la bioconcentration peuvent être très aggravées. Toute la chaîne alimentaire est concernée.
Exceptionnellement, même les plantes pourtant peu sensibles au plomb ne poussent plus ou presque plus… Les écosystèmes marins sont connus pour être particulièrement performant en matière de bioconcentration et biomagnification (ex pour le méthyl mercure).
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Un autre problème est que de nombreux oiseaux ne sont que blessés à la chasse; ils s’enfuient avec des plombs incrustés dans leur chair. 20 à 30 % des individus apparemment sains d’oiseaux d’eau échantillonnés dans de nombreux endroits en Amérique du Nord étaient porteurs d’un ou de plusieurs plombs incrustés.
Il a été plus récemment démontré que des vautours et condors s’intoxiquent par ingestion de billes de plomb présentes dans la chair des cadavres qu’ils consomment ou en consommant la chair enrichie en plomb autour des blessures par balles qui ont tué des animaux qu’ils consomment. Le condor de Californie, second plus grand oiseau de monde est menacé de disparition et le saturnisme induit par la chasse semble -avec les collisions avec des véhicules ou lignes électriques - rester sa première cause de mortalité (chez l’adulte, les jeunes étant artificiellement nourris).
Des substituts moins toxiques ou non toxiques existent. La grenaille d’acier semble la solution idéale du point de vue environnemental.
Depuis 2006, les bénévoles de U Cavallu di Bisinchi ramassent et collectent les cartouches usagées. Aujourd’hui certains chasseurs rapportent leurs cartouches, sinon ce sont les promeneurs qui les ramassent au grès de leur balade. L’association envisage d’entreposer des bacs récupérateurs sur les sites de regroupement des chasseurs sur la commune, afin de les sensibiliser davantage encore à ramener leurs cartouches usagées.
Jeter les déchets dans la nature, n’est donc pas sans conséquences, mais quelle que soit leur nature, leur abandon constitue une infraction. Selon le Code l'Environnement, les sanctions pour certains délits sont punissables de 2 ans d’emprisonnement et 75.000 € d'amende.
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