Soissons, ville marquée par l'histoire, a subi de nombreux bouleversements durant la Seconde Guerre mondiale. Parmi les événements les plus marquants, l'explosion d'un train de munitions en gare, le 27 décembre 1944, a profondément meurtri la ville et ses habitants.
Après les combats de juin 1940, la région de Soissons, comme une grande partie de la France, est occupée par les forces allemandes. Un matériel de guerre important fut abandonné dans la campagne aux alentours de Laon et Soissons.
Lorsque les habitants rentrent de l’exode, bon nombre fidèles à l’appel du général de Gaulle du 18 juin, vont s’empresser de récupérer tout ce qui pourra aider à la résistance et à chasser l‘ennemi. Les carrières de pierres abandonnées dans les bois redeviennent des caches sûres, où sont stockées ces armes.
Les premiers groupes de résistants sont isolés, dans une région placée sous haute surveillance, pendant les préparatifs du débarquement Allemand en Angleterre. Les moyens de communication avec les Alliés sont inexistants.
En octobre 1940, le gouvernement de Vichy promulgue les premières lois anti-juives et fait la chasse aux communistes. Ce sont ces directives qui vont pousser la plupart de ces hommes vers la résistance. Dans les administrations, les PTT, la SNCF, l’éducation nationale et les syndicats d’ouvriers, tous vont organiser des réseaux.
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En plus du renseignement sur les troupes d’occupation, les groupes se chargent de cacher et de trouver des faux papiers pour les prisonniers de guerre français évadés. Les mairies fournissent de fausses cartes d’identité et des tickets de rationnement.
Fin 1940, le gouvernement de la France libre à Londres envoie du matériel radio et des agents formés pour l’espionnage et le renseignement. Jusqu’en 1942, les groupes de résistants de la région vont surtout s’intéresser aux travaux de constructions d’aérodromes.
L’usine subît des dommages pendant la Seconde guerre mondiale, surtout lors de l’explosion d’un train de munitions en gare le 27 décembre 1944, qui endommagea tout le quartier.
L'explosion du train de munitions à Soissons en décembre 1944 endommagea tout le quartier. L’hôtel-restaurant « chez Veillet », face à la gare, avant le bombardement du 27 mai 1944. Une torpille de 1 000 kg avait traversé les quatre étages et avait éclaté dans les sous-sols. On dénombrera plus de 200 morts.
M. André Bignier (1899-1985), industriel, gérant des « Etablissements André Bignier », s’installe dans les ateliers du 38 avenue de la gare en juillet 1935, et dans une annexe au 12 avenue de Bouvines à Soissons. La chaudronnerie est alors spécialisée dans la tuyauterie, mécanique générale, acier, cuivre, aluminium et alliages inoxydables.
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Après la guerre, André Bignier s’associe à Charles Schmid-Laurent (1902-1961) pour fonder en 1946 les établissements Bignier Schmid-Laurent (BSL).
L’atelier de Bouvines et de la gare ferment à la fin des années 1980.
L’un des premiers groupes de résistants de Soissons est sans doute celui créé en septembre 1940 par Daniel Douay (1891-1942), transporteur à Soissons, qui sera reconnu comme faisant partie du réseau « La Vérité Française » à partir de juillet 1941.
Dès la création du groupe de Soissons, Daniel Douay s’entoure d’hommes sûrs, comme le capitaine de gendarmerie Henri-Clotaire Descamps (1906-1942).
Malheureusement, en août 1941, le réseau « Vérité française », qui est en lien avec le réseau du Musée de l’Homme, est infiltré par un agent belge de la Geheime Feldpolizei, Jacques Desoubrie (1922-1949).
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Outre le réseau « Vérité française », d’autres groupes de résistance se développent également dans le Soissonnais, multipliant les actes de résistance. Ainsi, Jeanne Jauquet, assistante sociale au dispensaire de Soissons, infirmière, qui assurait avec son automobile le service du courrier entre la sous-préfecture de Soissons et la préfecture de Laon, fait modifier la malle-arrière de sa voiture pour permettre à des prisonniers de s'y cacher le temps de franchir la ligne interdite de l'Ailette.
Enfin, pour les membres du Parti communiste français, c’est surtout après l’invasion de l’Union Soviétique que tombent les ordres de passer à l'action, quel qu’en soit le prix.
Un mois après le premier attentat sur un militaire allemand à Paris par le résistant communiste Pierre Georges (1919-1944) , un attentat à lieu à Courmelles contre un factionnaire allemand de garde devant la porte de la Standartkommandantur, le 29 septembre 1941.
Malgré les vagues d’arrestations qui touchent les premiers réseaux de résistance en 1941, la volonté de résister à l’occupant reste intacte pour beaucoup de Soissonnais, comme l’atteste le drapeau allemand flottant sur le Soldatenheim installé Hôtel de la Croix d’Or, que les habitants de la ville retrouvent en lambeaux à l’aube du 23 juillet 1941, lacéré durant la nuit par un résistant anonyme.
Les actions individuelles se multiplient en effet, comme celles qu’entreprend Paul Garbe, directeur d’école à Bucy-le-Long, qui conduit ses élèves jusqu’au monument aux morts de la commune pour un moment de recueillement dès le 11 novembre 1940, faisant copier des tracts à ses élèves avec qui il sabote aussi, à l’occasion, les motocyclettes des soldats allemands.
Il semble que le corps enseignant soit très engagé dans la résistance, puisque Paul Obrier, professeur d’anglais au collège de Soissons, rejoint en 1941 le réseau de renseignement de la France libre « Vélite Thermopyles », et conseille lui-même à partir de 1942 à l’un de ses élèves, Jean Coret, de former un groupe de jeunes résistants.
En octobre 1943, la résistance continue de s’organiser et recrute de nouveaux membres, notamment dans le milieu des officiers et sous-officiers de réserve du 67e RI, et des contacts sont pris entre Libé-Nord et le réseau « Vélite-Thermopyles » à Paris afin d’assurer le rapatriement d’aviateurs alliés tombés dans le Soissonnais.
Mais si les résistants sont les victimes de la répression allemande, les victimes de l’idéologie nazie sont aussi les juifs, Français ou d’origine étrangère.
Après la promulgation du statut des juifs en octobre 1940 et l’obligation de se faire recenser, travailler dans différents secteurs d’activité ; sortir de chez eux leur fut interdit, en février 1942.
A Soissons, la 1ère rafle est prévue pour les 19 et 20 juillet 1942.
Policier à Soissons, Charles Letoffe (1896-1979) décide ainsi de prévenir Charles Knoll, d’origine polonaise, qui pourra s’enfuir avec sa famille en banlieue parisienne, tandis qu’il héberge chez lui Pinches et Handlet Glas.
Le même jour, la directrice du collège de filles, Madame Mouton, fait disparaître une de ses élèves avec la complicité des professeurs et des surveillantes.
Au total 7 hommes et 7 femmes seront arrêtés et déportés.
Face à la persécution de la communauté juive, des hommes et des femmes se mobilisent, comme Suzanne Richier (1914-1989), institutrice à Pernant, Fontenoy puis Buzancy entre 1933 et 1944, résistante de Libé-Nord, qui organise avec d’autres enseignants, le placement d’enfants juifs dans des familles du Loiret, de Normandie et de la Marne.
Au mois de juillet 1944, les responsables de l’Armée Secrète (A.S.) de l’Aisne sont désignés à la tête de ces groupements par le Délégué Militaire Départemental (D.M.D.) Jean-Marie de Sarrazin (1911-1972), alias « Auvergne ».
Destinés à recevoir depuis Londres les ordres émanant du général Koenig, commandant en chef des F.F.I., et à les mettre en œuvre en synchronisation avec les plans alliés, ces groupements devront ainsi combiner l’action des groupes de résistance.
Cette nouvelle organisation, qui assure notamment à tous les groupes de recevoir des armes, des munitions et du matériel le moment venu grâce à des parachutages que réceptionne le Bureau des Opérations Aériennes (B.O.A.), vise ainsi à renforcer l'efficacité de la résistance en vue de la Libération.
Le 5 juin 1944, dès que la décision de lancer le débarquement le lendemain aux premières heures du jour est prise, 210 messages codés sont transmis à la résistance française sur les ondes de la B.B.C. à partir de 21h15.
Parmi eux, différents messages en fonction des régions appellent à l’application immédiate du plan Vert, destiné à paralyser le réseau ferroviaire par une série de sabotages. Est également mis en application le plan Tortue, destiné à paralyser le système routier dans le quart nord-ouest de la France.
Dans l’Aisne, dès l’annonce des messages de la B.B.C., les équipes de sabotages se mettent immédiatement à pied d’œuvre, neutralisant de nombreuses lignes téléphoniques et voies de chemin de fer selon les plans Vert et Violet.
En application du plan Tortue, de nombreux crève-pneus sont aussi répandus en de nombreux points des principales routes du département.
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