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Près de 80 ans après sa défaite dans la Seconde Guerre mondiale et sa conversion au pacifisme, le Japon se retrouve contraint, sous la montée des risques géopolitiques, de redevenir une puissance militaire presque normale.

Contexte Géopolitique et Nécessité de Réforme

L’émergence de la Chine comme puissance militaire régionale représente la principale menace pour les intérêts stratégiques du Japon. L’incompatibilité des aspirations hégémoniques chinoises avec les besoins sécuritaires de Tokyo en Mer de Chine impose au Japon de repenser la structure de son industrie de défense. En même temps, à 10 000 km de cette Asie-Pacifique sous tension, la crise ukrainienne montre la nécessité de ne pas céder face à un grand voisin menaçant, qui avance ses pions dès lors qu’il ne rencontre (quasiment) aucune résistance occidentale.

Les Défis Structurels de l'Industrie de Défense Japonaise

Les initiatives précédemment citées ne semblent cependant pas suffisantes pour répondre aux défis structurels auxquels sont confrontés les stratèges japonais : l’industrie de défense nationale reste un acteur fragile à l’intérieur de l’écosystème économique et industriel du pays. Contrairement aux États-Unis et à la Chine, le Japon ne possède que peu d’entreprises dont le modèle économique est principalement axé sur le secteur de la défense. Un autre problème concerne le retard pris par le Japon en termes de développement de stratégies de pénétration de marché et de ventes d’armes à l’international.

Selon Heigo Sato, professeur à l’Université Takushoku de Tokyo, le Japon est actuellement « incapable de fabriquer des produits qui répondent aux besoins de ses alliés en termes de prix et de performances ». Le problème de la compétitivité de l’armement militaire nippon ne concerne pas seulement les relations avec les pays alliés de Tokyo. Le prix jugé trop élevé et les performances limitées de ses produits n’ont pas permis à Tokyo de se doter d’une clientèle internationale intéressée à ses produits, limitant ainsi la croissance de son industrie de défense.

Les Restrictions Historiques et l'Évolution Récente

L’adoption de lignes directrices interdisant la vente d’armes à l’étranger - les trois principes sur les exportations d'armes de 1967 et le Collateral policy Guideline de 1976 - ont fortement contribué à isoler l’industrie de défense nationale vis-à-vis des projets conjoints développés par ses alliés internationaux. Ces décisions sont à remettre dans un contexte historique de forte introversion des autorités japonaises à la suite de la défaite militaire de 1945.

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L’avènement de nouveaux enjeux sécuritaires régionaux a récemment poussé les autorités japonaises à se doter d’une nouvelle politique de gestion des ventes d’armes à l’étranger. En 2014, le gouvernement japonais - par l’intermédiaire des trois principes relatifs au transfert d'équipements et de technologies de défense - a fortement assoupli les restrictions relatives à l’exportation d’armes à l’international.

Pour la première fois depuis dix ans, le Japon a assoupli à la veille de Noël sa politique d’exportation d’armes létales vers son allié américain. Le Japon va ainsi vendre aux États-Unis le système d’interception de missiles Patriot, qu’il fabrique sous licence américaine. À la veille de Noël, l’information a fait la une de tous les journaux japonais. « Le Japon assouplit sa politique d’exportation d’armes », titraient ainsi de nombreux quotidiens japonais le 24 décembre, soulignant une nouvelle étape vers un éloignement de la posture pacifique japonaise en vigueur depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Ainsi l’assouplissement de ces règles de contrôle des exportations d’armes létales ouvre-t-elle la voie à la vente à son allié américain des systèmes d’interception de missiles Patriot. Cela constituerait la première exportation d’armes létales par le Japon depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, ont rapporté des médias locaux. Ces Patriot ne devraient pas être livrés à un pays tiers qui est en guerre.

En 2023, il a été à nouveau assoupli pour autoriser l’exportation d’armes létales vers des pays partenaires. Tokyo a approuvé, un projet de vente d’avions de combat à d’autres pays, ce qui constitue une nouvelle rupture avec ses principes pacifistes. La décision concerne le futur avion de chasse de pointe que Tokyo développe actuellement avec le Royaume-Uni et l’Italie, dont l’exportation se limitera aux pays disposant d’accords pour le transfert d’équipements de défense avec Tokyo.

L'Importance de la Coopération Internationale

Le Japon est conscient que les limitations de budget et la complexité technologique, principales caractéristiques des grands projets de défense du XXIème siècle, ne peuvent être surmontées sans l’appui de ses principaux partenaires stratégiques. Le programme F-35 a démontré que la réalisation de programmes militaires de pointe demande des moyens économiques et technologiques considérables. Le développement et la production du F-35 ont effet requis la participation d'industriels leaders du secteur de la défense de 7 gouvernements alliés des États-Unis et un coût total estimé à 1 700 milliards de dollars.

La coopération présente des avantages incontournables pour une puissance moyenne comme le Japon : la possibilité de réduction des coûts, grâce à des économies d'échelle, et l’amélioration de certaines valeurs opérationnelles, grâce à une plus grande similitude des équipements. L’impossibilité d’exploiter cet avantage se traduit par un manque de compétitivité croissant de l’industrie de l’armement japonaise.

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La difficulté de Tokyo à fournir des connaissances techniques et une expérience à l’avant-garde ne sont pas les seuls éléments à inquiéter les alliés du Japon. Les États-Unis sont également préoccupés par le faible niveau de sécurité des systèmes d'information du Japon, un aspect non négligeable du processus de production d’armements de pointe.

Exemples de Difficultés et de Défis

En 2019, Komatsu Limited, entreprise japonaise spécialisée dans la fabrication d’engins de construction et fournisseur historique du ministère de la défense japonais (MoD), a annoncé la suspension de la production de ses véhicules blindés légers (LAV). La décision de l’administration japonaise de fortement réduire le nombre de blindés et de pièces d'artillerie de la GSDF dans le courant des prochaines années menace également un autre secteur de prédilection de Komatsu Limited : la production de munitions.

En 2021, Sumitomo Heavy Industries - entreprise appartenant au conglomérat industriel japonais Sumitomo et fournisseur historique de mitrailleuses de la GSDF - s’est retiré du processus de sélection pour la prochaine série de mitrailleuses destinées à l’armée de terre japonaise. La décision de SHI de se retirer de l’appel d’offre du MoD est liée au manque de compétitivité de ses armes à feu. Le prix des mitrailleuses de SHI est environ cinq fois supérieur à celui des armes de fabrication étrangère. Une telle différence de prix ne semble pas explicable par les performances des mitrailleuses de SHI.

Nouvelle Illustration du Déplacement des Marchés de Défense

Nouvelle illustration du déplacement des marchés de défense. Pour la première fois, le Japon, la Colombie, l’Argentine, Hongkong et l’Irak participent à Eurosatory, le plus grand salon mondial de l’armement terrestre qui se tient à Paris-Nord Villepinte (Seine-Saint-Denis) tous les deux ans. « En 2012, le salon avait été marqué par une présence massive des Américains, à la recherche de débouchés à l’exportation pour compenser la baisse du budget de défense de leur pays. Cette année l’un des faits notables est le retour du Japon sur le marché international », explique Christian Mons, le président du Groupement des industries françaises de défense terrestre et aéroterrestre (GICAT), organisateur de cette manifestation.

Depuis le 1er avril, le gouvernement de Shinzo Abe a enlevé l’interdiction datant de 1967, en pleine guerre froide, de vendre des armes à l’étranger.

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Première Exportation Majeure de Navires de Guerre Japonais

L’Australie achète 11 frégates furtives Mogami au Japon pour 6,5 milliards de dollars, un contrat de défense inédit entre les deux pays. Il s’agit de la première exportation majeure de navires de guerre japonais depuis la Seconde Guerre mondiale. Ce partenariat s’inscrit dans un contexte de tensions croissantes avec la Chine en Indo-Pacifique.

Conçue en 2019, la Mogami est l’une des frégates de combat les plus modernes, conçue par le Japon pour répondre aux défis militaires actuels. Pensée pour affronter des navires, des sous-marins ou des menaces aériennes, elle est dotée de missiles de longue portée, de torpilles, d’un canon principal et peut accueillir un hélicoptère ou des drones.

Les Causes Profondes et les Politiques Protectionnistes

Les études de cas présentées dans cet article ont mis en évidence l’existence de problèmes critiques affligeant l’industrie de défense japonaise. La raison principale est à rechercher dans les politiques pacifistes en matière de défense et de politique étrangère qui dominent l’échiquier politique japonais depuis 1945. L’héritage historique de la Seconde Guerre mondiale a longtemps étouffé la croissance de l’industrie de défense nationale.

Les seules entreprises capables de relancer l’industrie de l’armement au Japon - MHI et KHI - bénéficient d’un traitement gouvernemental préférentiel - notamment en matière de R&D - qui contribue à décourager la coopération entre les entreprises japonaises et leurs homologues internationaux. Une politique de type protectionniste comporte cependant d’importants inconvénients. La conséquence la plus immédiate pour un État recourant à des mesures excessivement préférentielles est la réduction de sa capacité à l’innovation.

Selon Ufuk Akcigit, professeur d’économie à l’Université de Chicago, « lorsque vous fermez vos frontières, vous supprimez la pression concurrentielle internationale sur vos entreprises, de sorte qu'elles n'ont plus besoin d'améliorer leurs technologies. Cette situation semble particulièrement bien illustrer la situation de l’industrie de défense japonaise.

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