L’idée de doter les bâtiments de projection et de commandement de la Marine nationale de capacités offensives contre des cibles terrestres lors des opérations amphibies fait son chemin depuis bientôt 10 ans et la livraison du premier BPC, le Mistral, en 2006.
Il avait notamment été imaginé, un temps, l’éventualité de pouvoir mettre en œuvre depuis le pont d’envol des bâtiments le Caesar, nouveau canon mobile de 155mm de l’armée de Terre, que les BPC sont susceptibles de transporter dans le cadre du débarquement d’une force blindée.
Alors que les Mistral sont dotés de systèmes d’autodéfense légers (systèmes surface-air à très courte portée Simbad, canons de 20mm et mitrailleuses), il est arrivé à plusieurs reprises que des véhicules soient remontés des garages pour être sanglés sur le pont d’envol et mettent leur armement en batterie.
Ce fut le cas par exemple avec des véhicules blindés légers (VBL) et même des chars ERC-90 Sagaie dotés de canons de 90mm.
Cette fois, il est néanmoins question d’étudier la mise en place d’un armement lourd offensif. En l’occurrence le nouveau Lance-roquettes unitaire (LRU), version modernisée du lance-roquettes multiples (LRM), dont 13 exemplaires sont entrés en service fin 2014 dans l’armée de Terre.
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Long de 6.7 mètres pour une largeur de 2.7 mètres et une hauteur de 2.9 mètres, cet engin de 24.5 tonnes d’origine américaine, monté sur un châssis blindé chenillé Bradley M-270, déploie une batterie comprenant deux conteneurs abritant chacun 6 roquettes M31 offrant une portée de 70 kilomètres.
Selon Zone Militaire : « Il s’est ainsi agi d’examiner le fonctionnement de la conduite de tir EFCS (European Fire Control System) du système LRU selon les différents états de la mer. Cette étude, après avoir comparé plusieurs solutions possibles, a conclu à la faisabilité de mettre en oeuvre un LRU depuis BPC, sans qu’il n’y ait besoin de modification matérielle majeure. L’industriel a ainsi proposé une feuille de route pour une démonstration à venir ».
En théorie, le LRU pourrait donc être actif sur les Mistral, ce qui n’est toutefois pas encore fait. « Il s’agit seulement d’une étude, c’est encore très en amont et on ne sait pas si cela verra le jour », tempère un officier.
Déjà, la Marine nationale aimerait bien renforcer l’autoprotection des BPC, ce qui sera en partie fait avec le remplacement des canons manuels de 20mm par des systèmes télé-opérés Narwhal de Nexter, ainsi que des systèmes électro-optiques EOMS-NG de Sagem pour assurer la surveillance, la détection, l’identification et la conduite de tir.
Toutefois, si son intégration peut être réalisée à moindre frais, il offrira toujours une corde de plus à l’arc des Mistral, avec pour avantage de renforcer le nombre d’armes mises en œuvre et la variété des effets disponibles, complétant ainsi les systèmes navals et aériens.
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Le LRU présente des atouts intéressants puisque ce système à longue portée est conçu pour obtenir des effets gradués, de la frappe de précision localisée contre des cibles peu ou moyennement durcies, y compris en milieu urbain, jusqu’au traitement d’une vaste surface.
Il pourrait en l’absence d’aviation ou si la menace antiaérienne est trop forte traiter une large zone, pour faciliter la création d’une tête de pont ou encore protéger un territoire littoral contre l’avancée de forces ennemies.
L’aviation, s’ajoutant aux hélicoptères de combat du groupe aéromobile, procure une allonge considérable, alors que les nouvelles frégates du type FREMM vont mettre en œuvre à partir de cette année des missiles de croisière navals (16 MdCN par bâtiment) d’une portée d’un millier de kilomètres, tout en disposant chacune de 8 missiles antinavire Exocet MM40 Block3 avec capacité de frappe contre des objectifs côtiers (ce qui est aussi le cas des Horizon et La Fayette).
Quant à l’artillerie de marine, constituée sur les nouvelles frégates de tourelles de 76mm, elle offre pour l’heure une portée bien moindre que celle du LRU, soit une douzaine de kilomètres seulement.
Étant donné qu’elle devra être en mesure de déployer une division « bonne de guerre » en 2027, l’armée de Terre doit impérativement renouveler ses capacités de frappes dans la profondeur à court terme.
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Or, ces dernières reposent actuellement sur neuf Lance-Roquettes Unitaires [LRU], arrivés au bout de leur potentiel.
Aussi, dans le cadre du programme FLP-T [Frappe Longue Portée - Terrestre], la Direction générale de l’armement [DGA] a mis en place un « partenariat d’innovation », pour lequel deux consortiums - MBDA/Safran et ArianeGroup/Thales, ont été mis en concurrence.
Seulement, le calendrier est serré… Pour éviter une rupture temporaire de capacité, l’option de l’achat « sur étagère » d’une solution étrangère n’est pas écartée.
C’est en effet ce qu’a indiqué Emmanuel Chiva, le Délégué général pour l’armement [DGA], lors d’une audition à l’Assemblée nationale, ce 25 juin.
« La frappe longue portée terrestre, ça veut tout et rien dire. Et donc, il faut dissocier le successeur du LRU, donc plutôt quelque chose qui va jusqu’à 150 km, de toutes les autres initiatives que nous avons déclenchées parce qu’on a vu, à la lumière du conflit symétrique de haute intensité en Ukraine, toute l’importance de l’artillerie et du [risque] de contournement de la dissuasion par le bas », a d’abord rappelé M. Chiva, avant d’évoquer le projet européen ELSA [European Long-range Strike Approach], qui vise à développer un système permettant de frapper l’adversaire dans la très grande profondeur [plus de 1 000 km, ndlr].
S’agissant de la succession du LRU, « on regarde tout, on regarde le HIMARS [américain], on regarde le Pinaka [Indien] », a poursuivi M. Chiva.
La DGA se pose même la question de savoir si le lance-roquettes multiples est encore pertinent parce que, selon lui, « si on regarde le RETEX [retour d’expérience] d’Ukraine, on peut se dire que, peut-être, le prochain LRU sera un lance-drones ou un lance-MTO [munitions téléopérées], ce qui n’est pas exactement la même chose ».
Quoi qu’il en soit, a poursuivi M. Chiva, les analyses de la DGA tiennent compte non seulement des coûts d’un tel système mais aussi - et surtout - des « délais de mise à disposition » car « on voit bien que c’est là-dessus que réside la principale difficulté ».
Or, en avril, la PME Turgis & Gaillard a dévoilé « Foudre », une solution souveraine, présentée comme étant « complémentaire et non concurrente du partenariat d’innovation » lancé par la DGA, qui pourrait éviter une rupture capacitaire à l’armée de Terre.
« Foudre est un système de frappe puissant, précis et de longue portée, connecté aux systèmes d’informations du champ de bataille, d’une grande mobilité, facile à soutenir et projetable par avion sans préparation. [Il] est la réponse souveraine et immédiate aux besoins des armées en quête de supériorité opérationnelle », fait valoir Turgis & Gaillard.
Et d’ajouter : « C’est un système d’arme complet, équipé de une à six munitions de précision de différents types, capables de produire des effets complémentaires et différenciés » en utilisant des « roquettes guidées de 75 km de portée » ainsi que des missiles d’une portée allant de 150 à 1 000 km.
« Sur les délais de réalisation, je suis très content de voir une entreprise comme Turgis & Gaillard proposer, comme elle l’a déjà fait avec [le drone MALE] Aarok, des systèmes autofinancés et auto développés. Je tiens à souligner [sa] démarche très vertueuse », a dit le DGA.
Cela étant, « Foudre est une proposition qui est fondée sur un lanceur seul, sans munition et sans conduite de tir. Ce sont des sujets sur lesquels on peut discuter et qui nécessiteront des partenariats avec d’autres entreprises », a relevé M. Chiva.
Cependant, la DGA est prête, en quelque sorte, à « payer pour voir ».
« Les discussions sont ouvertes pour utiliser le site [de DGA Essais de Missiles] de l’île du Levant afin de tester ce nouvel engin », a confié M. Chiva.
« Ce que je peux dire, c’est que l’on soutient cette entreprise et donc que nous sommes en train de regarder ce qu’il est possible de faire », a-t-il conclu.
Prenant la suite du DGA, le chef d’état-major des armées [CEMA], le général Thierry Burkhard, a aussi abordé le sujet de la succession du LRU.
« Il faut que l’on trouve le meilleur compromis parce que c’est une arme dont on doit pouvoir se servir en quantité suffisante. Si c’est pour développer quelque chose et avoir un tout petit stock de munitions parce que ça coûte très cher, en fait, ce ne sera pas suffisant », a-t-il dit.
| Système | Portée | Statut | Avantages | Inconvénients |
|---|---|---|---|---|
| LRU (Actuel) | 70 km | En service | Effets gradués, frappe de précision | Arrivé au bout de son potentiel |
| HIMARS (Américain) | Variable | Option d'achat | Système éprouvé | Dépendance étrangère |
| Pinaka (Indien) | Variable | Option d'achat | Potentiellement moins cher | Adaptation au contexte français |
| Foudre (Turgis & Gaillard) | 75-1000 km | En développement | Solution souveraine | Manque de munitions et de conduite de tir |
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