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Dans son édition du 27 juin 2012, Le Figaro révèle que les rebelles de l'Armée Syrienne Libre (ASL) auraient "récupéré des roquettes RPG 9 puisées sur les stocks de l'armée saoudienne". L'article de Georges Malbrunot s'inscrit dans une série de reportages récemment publiés par la presse occidentale et faisant état d'une amélioration progressive des lignes logistiques de l'insurrection syrienne.

Il est toutefois à peu près certain que cette dernière n'a jamais reçu de "RPG 9 puisées sur les stocks de l'armée saoudienne". Soulignons d'abord que le RPG 9 n'existe pas. Tant la page à laquelle renvoie le site du Figaro que la photo illustrant l'article montrent en réalité des RPG 7. Ce lance-roquette de conception soviétique constitue depuis des décennies l'armement antichar de base des fantassins des pays de l'ancien Pacte de Varsovie et de ses alliés.

Les forces régulières syriennes en sont ainsi massivement équipées, ce qui explique le passage de nombreux RPG 7 à la rébellion dès les premières désertions enregistrées au sein de l'armée (on en voit par exemple sur ces images tournées à Homs en novembre 2011). Une fois épuisées les roquettes emportées lors de leur désertion, les rebelles ont souvent eu besoin de se réapprovisionner à l'étranger. Ils ont pu le faire au Liban, où le RPG 7 est très répandu sur le marché noir, ou en Irak, qui en abrite d'immenses stocks (parfois périmés) depuis l'ère de Saddam, mais certainement pas en Arabie Saoudite, un pays qui, en matière de systèmes antichars, est demeuré jusqu'à présent un client exclusif des Occidentaux (USA, France, Suède).

En d'autres termes, il n'y a probablement pas de RPG (7 ou autres) dans les stocks de l'armée saoudienne. Les centaines de vidéos diffusées par l'ASL depuis un an montrent une écrasante majorité d'armements russes dont la plupart proviennent selon toute vraisemblance des stocks de l'armée syrienne.

Armement des forces en présence

La France et la Grande-Bretagne ont prôné jeudi une levée rapide de l'embargo européen pour pouvoir livrer des armes aux rebelles en guerre contre le régime syrien, deux ans après le début du conflit. Quelles sont les armes actuellement utilisées par les protagonistes de ce conflit? Quelles seraient les armes livrées?

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Les armes du régime

Les forces du régime syrien disposent d'un armement lourd sophistiqué, d'avions et d'hélicoptères de combat, en provenance de Russie, principalement, mais aussi de Chine. La Russie et l'Iran, autre allié du régime de Bachar el-Assad continuent de livrer des armes, selon les observateurs et les propres déclarations de ces pays. Mais il est impossible de savoir en quelles quantités. Les livraisons concerneraient essentiellement des armes légères et de petit calibre, ainsi que des munitions, qui "sont vraiment le combustible de la guerre, rappelle Cédric Poitevin, chercheur au Groupe de recherche et d'information sur la paix et la sécurité (GRIP). Quel que soit le degré de sophistication des armes, elles ne servent rien sans munitions".

Les armes de la rébellion

Les munitions, l'Armée syrienne libre en manque. C'est ce que constatent tous les observateurs qui se sont rendus dans les zones ou quartiers aux mains des rebelles. Les armes que possèdent les opposants au régime sont, pour l'essentiel, des armes légères.

Leurs principales sources:

  • Les armes endogènes: depuis le début de la militarisation du conflit, la plus grande partie des armes aux mains de la rébellion proviennent de Syrie même: "Elles ont été prises sur les stocks du régime, lors des désertions, des captures de bases militaires, en plus de cas avérés d'achats à des officiers corrompus, explique Thomas Pierret, spécialiste de la Syrie. La plupart des unités rebelles utilisent l'armement standard de l'armée syrienne: kalachnikovs, mitrailleuses légères, fusils de précision, lance-roquette RPG. Un nombre croissant d'armements moyens et lourds ont également été capturés par les rebelles au cours des derniers mois, de fabrication russe (mitrailleuses, missiles antichars, canons antiaériens, mortiers, quelques missiles sol-air, et même des chars)".
  • Les réseaux de contrebande régionaux "ont permis l'acquisition par les rebelles d'armes légères non utilisées par l'armée syrienne (Fusils d'assaut belges, surtout, américains et autrichiens, ces derniers en petites quantités)", complète Thomas Pierret.
  • Depuis novembre-décembre 2012, "on a vu apparaître, dans les vidéos diffusées par les rebelles, des armes moyennes de toute évidences livrées depuis l'extérieur, puisque non utilisées par les forces loyalistes", relève-t-il. La plupart sont d'origine croate.
  • Depuis la fin 2012 également, "les groupes qui reçoivent ces armes croates - appartenant pour la plupart à la frange la plus modérée de l'insurrection - arborent également d'autres armes de provenance étrangère, plus sophistiquées que les armes croates, des lance-roquettes de fabrication russe (peut-être ukrainienne)", explique Thomas Pierret.
  • Enfin les rebelles "ont récemment abattu deux hélicoptères au moyen de missiles sol-air chinois FN-6 de dernière génération, dont personne n'a pu avancer d'explication quant à leur origine".

Financement des armes

L'Arabie saoudite, le Qatar et les Emirats arabes unis financent les achats d'armes des insurgés, qui sont acheminées via la Turquie, le Liban ou l'Irak. Jusqu'à la fin de l'année dernière, "l'aide apportée par les Etats du Golfe consistait essentiellement en des munitions pour armes légères, dont certaines en provenance de Libye", observe Thomas Pierret. Les armes en provenance de Zagreb, selon les médias américains et croates, ont été achetées par les Saoudiens et livrées aux rebelles par la Jordanie. 3000 tonnes d'armement léger auraient été livrées selon le journal croate Jutarnji List, dont des mortiers, des armes anti-char et des armes anti-aériennes. Les Emirats ont quant à eux livré des fusils d'assaut belges, selon Cédric Poitevin.

Les missiles antichars de l'État islamique

Les missiles antichars sont une composante importante de l'armement déployé en Syrie et en Irak par le groupe État islamique. Stéphane Mantoux, agrégé d'Histoire, spécialiste des questions de défense et observateur de référence de la stratégie de l'État islamique, décrypte l'utilisation qu'en font les djihadistes de Daech. Dans l'arsenal de l'État islamique, à côté des véhicules kamikazes, des snipers ou des chars, il y a aussi les lance-missiles antichars. J'entends par ce terme les Anti Tank Guided Missiles (ATGM), autrement dit les missiles antichars guidés mis en œuvre, dans le cas qui nous occupe, par des fantassins.

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Ces armes font partie intégrante de l'inventaire de l'organisation, qui en a capturé de nombreux exemplaires sur le régime syrien ou l'armée irakienne en particulier, et s'en sert sur le champ de bataille depuis plusieurs années. A partir de l'analyse de 84 vidéos longues de propagande de l'EI traitées au moyen d'un questionnaire-type renseigné, cet article propose d'examiner l'emploi de ces armes par le groupe djihadiste.

Types de missiles utilisés

Au niveau des matériels utilisés, si on s'en tient aux 23 vidéos où les lanceurs sont visibles, l'organisation terroriste utilise six types de lance-missiles antichars qui sont ceux les plus répandus sur le théâtre d'opérations. Les missiles Konkurs et Fagot sont à égalité les plus employés (10 à chaque fois), suivis du Metis-M (quatre), du TOW (trois) et des Kornet et HJ-8 (deux chacun).

L'EI a capturé ces lance-missiles antichars sur ses adversaires: les TOW ont été pris aux rebelles syriens qui en ont été équipés par le programme dédié de la CIA; les Fagot sont également très répandus chez les rebelles; les Konkurs se trouvent davantage à parité chez les rebelles ou le régime syrien; le Kornet est plus rare, mais l'EI en a capturé à l'armée irakienne ou aux milices chiites; le HJ-8 a été récupéré sur les rebelles syriens; quant au Metis-M, on le trouve à la fois chez les rebelles, le régime syrien, ou l'armée irakienne.

Emploi des missiles antichars

Les 30 vidéos de l'échantillon permettent de dégager trois types d'emploi des missiles antichars par l'Etat islamique:

  1. quand celui-ci est à l'offensive;
  2. dans une tactique de harcèlement (hit and run, frapper et s'enfuir, guérilla);
  3. quand l'Etat islamique est en position de défenseur, ce dernier cas étant le plus nombreux.

Le cas le moins répandu est l'emploi des missiles antichars lorsque le groupe djihadiste est en position d'attaquant. L'EI se sert plus fréquemment de ses missiles antichars dans le cadre d'une action de guérilla, pour harceler l'adversaire et lui détruire ses véhicules, ou des positions défensives, et ainsi lui infliger des pertes à moindre coût.

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Focus sur quelques missiles antichars

Missile TOW

Missile filoguidé à guidage optique (TOW étant l’acronyme de Tube launched Opticaly tracked Wire guided) le TOW développé dans les années 70. Il a été fabriqué à de nombreux exemplaires, étant toujours en service dans de nombreuses armées à travers le monde dont les États-Unis, la Turquie, le Qatar et l’Arabie saoudite. Il nécessite le suivi de l’objectif par un opérateur pendant toute la durée du vol à une portée maximale allant de 3750 à 4000 m selon les versions. Jusqu’à 2013, ce missile a été observé en petite quantité sur le théâtre syrien, ce n’est qu’à partir de 2014 que l’usage de TOW s’est répandu, principalement au sein des groupes appartenant à l’opposition dite « modérée. ». Le groupe Jabat Al Nosra aurait récupéré quelques un de ces missiles et leurs postes de tir, tout comme Daesh, qui se serait "équipé" dans les bases de l’armée irakienne en 2014. De nombreuses versions de ce missile ont été observées en Syrie, sans toutefois pouvoir les distinguer toutes, certaines se ressemblant parfaitement de l’extérieur. Concernant son efficacité, ce missile dans les différentes versions est capable de percer la majorité des chars n’étant pas équipés de blindages réactifs.

Missile Konkurs (AT-5 SPANDREL)

De fabrication russe, ce missile est connu sous le code OTAN AT-5 SPANDREL. Entré en service au milieu des années 70, il peut être tiré depuis un poste à terre (commun à celui du SPIGOT) ou un véhicule, son système de guidage est dit SACLOS, soit Semi Automatic Command to Line Of Sight, le poste de tir effectuant automatiquement les corrections de trajectoire pendant le vol, avec la possibilité pour le tireur de reprendre le contrôle du missile en cas de brouillage. Ses performances de perforation son estimées à 600 mm de blindage laminé homogène. Il ne peut être tiré depuis un espace confiné, sa portée serait de 4000 m. Son utilisation est assez répandue dans le monde, une trentaine de pays l’ont utilisé ou l’utilisent encore. Des exemplaires de ce missile ont été observés dans les rangs du Hezbollah en 2006.

Missile Kornet (AT-14 Spriggan)

Missile de fabrication russe dont la dénomination OTAN est AT-14 Spriggan, entré en service au milieu des années 1990. C’est donc un missile de génération plus récente bénéficiant à ce titre de technologies modernes. Son poste de tir est monté sur véhicule et son guidage est assuré par un faisceau laser, illuminant la cible. Ses performances de perforation sont estimées à 1200 mm de blindage, il dispose d’un mode d’attaque par le haut et sa portée est estimée à 5500m. Ses utilisateurs sont nombreux dans le monde. Le Hezbollah en a utilisé contre les chars israéliens en 2006 lors de l’offensive de Tsahal au Sud Liban.

Les chars engagés en Syrie

Seuls les deux chars les plus récents sont présentés ici, même si il convient de signaler que de nombreux modèles de chars, souvent anciens ont été observés. On peut citer le T54 et T55 ainsi que le T72.

T-90

Livrés au début de l'année 2016, les chars T-90 syriens ont été employés au sein de détachements avancés pour percer les dispositifs défensifs des djihadistes, lors de l’offensive sur le village de Kuweira près d’Alep. En dépit de leur intégration dans l'armée arabe syrienne, ces chars auraient été payés par l’Iran et seraient pilotés par des équipages provenant de ce pays. Le T-90 est un char moderne développé à partir du T-72, il utilise le châssis de ce dernier avec une tourelle reprenant l’armement principal du T-80U. Le T-90 est entré en service dans l’armée russe en 1993, elle en compterait aujourd’hui 750 exemplaires, d’autres sources mentionnant le chiffre de 1000 T-90 en service, toutes versions confondues. La protection du T-90 est assurée par l’intégration d’un blindage réactif de type Kontakt-5, associé à un système de contre-mesures de type Shtora-1, réduisant de façon significative les probabilités d’atteinte par un missile AC à guidage semi-automatique. La puissance de feu de cet engin repose sur l’utilisation d’un canon stabilisé de type 2A46M de 125mm à âme lisse capable de tirer le missile 9K110 Refleks, connu sous la dénomination OTAN de AT-11 Sniper ; d’une portée de 4 à 5000 m, ce missile peut être utilisé contre les hélicoptères à basse altitude.

Leopard 2A4

Ce char est une des nombreuses versions du char Léopard développé à partir des années 60 dans sa version initiale. 520 véhicules de type A4 furent produits entre décembre 1985 et juin 1989. Ces chars sont équipés d’une conduite de tir numérique (autorisant l’emploi de nouvelles munitions), d’un système anti explosion, d’un blindage de tourelle amélioré, et de chenilles Diehl. Les séries précédentes furent rétrofitées à ce standard devenant de facto des Léopards 2 A4. A noter que La dernière version désignée Léopard A7+ se caractérise par l’adjonction de certains éléments de protection sous forme de kit ; elle a été présentée au salon Eurosatory 2010. Les chars utilisés par l’armée turque son issus des surplus de l’armée allemande. En 2005 l’Allemagne et la Turquie ont signé un accord portant sur le transfert de 298 Léopards 2 A4. Ce contrat prévoyait également la livraison de munitions de type flèche, de munitions d’instruction pour un montant d’environ 46 millions d’euros.

Tableau récapitulatif des missiles antichars

Missile Origine Code OTAN Portée estimée Perforation estimée Utilisateurs
TOW États-Unis N/A 3750-4000 m N/A États-Unis, Turquie, Qatar, Arabie saoudite, Groupes rebelles syriens
Konkurs Russie AT-5 SPANDREL 4000 m 600 mm Russie, Hezbollah, Régime syrien, Groupes rebelles syriens
Kornet Russie AT-14 Spriggan 5500 m 1200 mm Russie, Hezbollah, Armée irakienne

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