Envie de participer ?
Bandeau

Parfait compromis entre les performances nautiques et la valeur offensive, les frégates comptent parmi les navires les plus connus du grand public. Ces bâtiments fins, agiles et rapides ont été de tous les conflits du XVIIème au XIXème siècle et fait les grandes heures de la guerre de course. Les frégates sont aujourd’hui très présentes dans l’imaginaire collectif, régulièrement mises à l’honneur au cinéma et encore représentées par de magnifiques répliques, comme l’Hermione en France. Résolument ancré dans nos traditions navales, le terme de frégate est toujours employé pour désigner des bâtiments de notre Marine moderne.

Origines et évolution du terme "frégate"

La « frégate » est particulièrement ancienne, mais désigne initialement des navires très différents de ceux auxquels on pense instinctivement. Le terme est employé dès le XVIème siècle pour faire référence à de petits navires proches des galères, pourvus d’avirons et portant une seule voile latine, employés en Méditerranée. La frégate est ainsi définie à la fin du XVIème siècle comme une « espèce de vaisseau de mer long et armé, moindre que le brigantin, qu’on mène ordinairement à la suite des galères pour envoyer découvrir et porter nouvelles en diligence çà et là ». Les dictionnaires de l’époque rapprochent simplement la frégate du « bateau » ou « barque », en latin Celox. C’est donc encore une embarcation particulièrement modeste qui ne saurait être considérée comme un véritable navire de guerre.

La frégate désigne toujours une petite galiote au début du XVIIème siècle. Giovanni Botero (1544-1617) emploie le terme en ce sens en 1606 dans ses Maximes d’estat militaires et politiques, traitant de l’histoire romaine antique : « Comme une nuit ce brave romain s’était embarqué à la dérobée sur une frégate à douze rames pour repasser à Brunduse (Brindisi) à fin d’aller quérir le reste de son armée ». Etienne Binet (1559-1639) précise que « les frégates sont moindres que les Brigantins, elles ont huit ou neuf bancs de chaque côté, & fuient les Galères ». Il s’agit toujours d’une embarcation non pontée, inférieure au brigantin (quant à lui parfois identifié sous le terme de « demi-galère ») et à la galère elle-même.

« Brigantin à la rame », XVIIème siècle. La frégate désigne à l’époque en Méditerranée un navire proche, d’un nombre de bancs de nage moindre et à un seul mât. Le terme va bientôt se trouver repris sur la façade Atlantique sous une acception différente. Les vaisseaux les plus légers de l’ordre de bataille de l’armée navale du Ponant en 1638 auraient déjà été qualifiés de frégates. La Cardinale commandée par Savigny, la Royale commandée par Baronnie, et le Neptune commandé par le Chevalier Paul, sont de petits vaisseaux jaugeant 100 tonneaux et manœuvrés par un équipage de moins de 100 hommes.

Définition de la frégate dans un dictionnaire non daté du XVIIème siècle. On trouve à la même époque la trace d’autres navires de guerre formellement désignés comme frégates dans le Nord de la France. En 1645 le commandement de la « frégate de guerre » Marie Royale est confié au « capitaine de frégate » Jacques Loyseau. Ces navires qualifiés de « frégates armées en guerre » dans le Nord de la France sont très probablement apparentés aux « barques longues » telles que celle illustrée sur la gravure ci-dessous.

Lire aussi: Pistolet à Eau Lance-Flammes : Guide Complet

On se rapproche de la frégate moderne avec la « barque-vaisseau » également illustrée par le dessinateur Pierre Jacob Gueroult du Pas. Ce bâtiment est décrit comme « ayant le corps d’une barque longue et le gréement d’un vaisseau ». Loin de la galiote méditerranéenne, la frégate du Nord de la France est ainsi un navire de haute mer, ponté et pourvu de pièces d’artillerie placées en sabords, parfois assez lourdement armé. Antoine Biet reporte en 1652 la rencontre de trois vaisseaux français avec une « frégate d’Angleterre chargée pour le moins de 40 pièces de canon, ayant le vent en poupe ». Croyant avoir affaire à des navires marchands, l’équipage de cette frégate réalise son erreur et s’éloigne rapidement.

Jean-Baptiste du Tertre (1610-1687) mentionne deux ans plus tard une frégate traversant l’océan Atlantique des Antilles vers la France sous le commandement du capitaine des Parquets. Cette frégate est décrite comme un « petit navire de cinquante ou soixante tonneaux, des meilleurs voiliers de la mer ». Ces navires sont un parfait équilibre entre la puissance offensive et les performances nautiques, vitesse et manœuvrabilité. Ce sont de parfaits bâtiments pour les coups de main, qui vont s’illustrer au cours de l’âge d’or de la guerre de course.

On représente ici un bâtiment très proche de la « barque-vaisseau » précédente. Le navire est gréé en trois-mâts carré avec basses voiles et huniers, pourvu d’une voile latine au mât d’artimon et d’une voile d’étai. La frégate reste modeste par comparaison avec les galions et vaisseaux plus puissamment armés, ou avec les galéasses de Méditerranée. On précise en 1671 qu’à présent « on nomme frégates les médiocres vaisseaux de course, bien armés, qui vont à voiles et à rames ». Cette description est quelque peu péjorative, mais la frégate est un navire très intéressant employé à l’appui des escadres, « propre à découvrir et porter des nouvelles ».

Classification et armement des frégates à la fin du XVIIe siècle

A la fin du XVIIème siècle, les frégates sont classées après les cinq rangs de vaisseaux qui sont prioritairement engagés au combat. Elles sont généralement armées d’une dizaine de canons pour les plus légères, jusqu’à 30 pour les plus imposantes. Elles restent une force de frappe de second plan, mais ce sont désormais des bâtiments de guerre à part entière.

Architecture et évolution au tournant du XVIIIe siècle

Au tournant du XVIIème au XVIIIème siècle, l’architecture des frégates est désormais bien établie : gréement de trois-mâts carré, pont supérieur discontinu constitué d’un gaillard d’arrière depuis lequel est commandé le navire, et d’un gaillard d’avant pour la manœuvre du mât de misaine. Les frégates portent désormais de 24 à 30 canons de 6 ou 8 livres dans une seule batterie pour les plus légères, qualifiées de navires de sixième rang en Angleterre ; jusqu’à 46 canons de 6 à 12 livres en deux ponts de batterie pour les plus lourdes, qualifiées de navires de cinquième rang outre-Manche.

Lire aussi: Fonctionnement Arbalète Lance-Pierre

On trouve brièvement des frégates intermédiaires à une batterie et demie, portant une vingtaine de canons de 6 ou 8 livres en batterie haute et 4 à 10 canons de 12 livres en batterie basse. La formule permet d’alléger le navire mais est toutefois peu satisfaisante au regard des qualités nautiques du navire. On renoncerarapidement à cette formule peu satisfaisante.

Une large part des frégates du XVIIIème siècle peuvent toujours être manœuvrées à l’aviron, pour courir sur une cible si le vent refuse où lorsque le navire se trouve encalminé. On trouve à cet effet intercalés entre les sabords de l’artillerie de petits « sabords de nage » pour le passage des avirons. On a retrouvé sur l’épave de la Dauphine, frégate construite en 1703 au Havre, les petits panneaux de bois de 30 x 20cm destinés à couvrir ces sabords de nage.

D’abord conçus comme mode de propulsion auxiliaire, les sabords de nage vont subsister jusqu’au la fin du XVIIIème siècle pour permettre la manœuvre en situation d’urgence, par exemple pour un navire démâté. Les frégates légères à un seul pont de batterie s’imposent à partir des années 1740, après la guerre de Succession de Pologne (1733-1738). Un navire type se dessine en France pour plusieurs décennies : une batterie de 26 à 32 canons de 12 livres, quelques pièces secondaires placées sur les gaillards qui se trouvent reliés sur chaque bord par des passavants pour faciliter la circulation de l’équipage.

Les « frégates de 12 », ainsi désignées selon le calibre de leur artillerie principale, opèrent dans la Marine Royale pour les traditionnelles missions d’éclairage et de liaison, mais aussi pour certaines des grandes missions d’exploration du XVIIIème siècle. La frégate gagne en puissance de feu à la fin du XVIIIème siècle. On lance à partir des années 1780 des navires portant 26 à 28 canons de 18 livres. Ce sont ces « frégates de 18 » qui livreront les combats des guerres de la Révolution et de l’Empire.

On construira même entre 1797 et 1799 les 4 premières frégates de la Marine française portant des pièces de 24 livres. Outre-Atlantique, le Naval Act de 1794 autorise également la construction des six premières frégates de l’US Navy, pourvues de pièces de 24 livres. L’une d’entre elles, l’USS Constellation, capturera la frégate française L’insurgente le 9 février 1799, dans le cadre de la « quasi-guerre », conflit larvé entre la France et les Etats-Unis. La plus célère reste toutefois l’USS Constitution, surnommée Old ironsides, qui s’est illustrée au large de la Tripolitaine pendant la première guerre de Barbarie (1801-1805) puis contre la Royal Navy au cours de la guerre de 1812.

Lire aussi: Fusil Lance-Grenade : Fonctionnement

Évolution des frégates au XIXe siècle

Au grand dam de Napoléon Ier qui souhaitait des frégates de 24 pour la Marine française sous l’Empire, le concept ne sera repris en France que sous la Restauration. Conçues pour porter des pièces d’artillerie de 24 livres, les frégates lancées des années 1820 aux années 1840 porteront même des canons de 30 livres et des caronades du même calibre, pièces d’artillerie plus courtes à l’effet dévastateur à portée réduite. Les frégates sont progressivement devenues des navires redoutables dans la première moitié du XIXème siècle, mais leur heure est comptée : comme les vaisseaux de ligne, elles vont affronter un profond bouleversement du paysage de la tactique navale par des innovations technologiques décisives, à commencer par la vapeur.

L'avènement de la vapeur et de l'hélice

L’aviso Sphinx est en 1829 le premier navire de guerre français propulsé par la vapeur, par le moyen de roues à aubes. Il est suivi en 1838 par la corvette à vapeur Véloce, et en 1841 par les premières « frégates de 450 chevaux » Asmodée et Gomer. Ces trois-mâts à l’origine conçus comme navires de transport transatlantiques à voiles sont pourvus d’une machine à vapeur et de roues à aubes.

La propulsion par roues à aubes n’est toutefois guère satisfaisante. L’espace latéral consacré aux imposantes roues amoindrit considérablement la puissance offensive du navire en limitant l’espace disponible en batterie pour l’armement. Les roues à aubes sont également particulièrement vulnérables au combat, caractéristique quelque peu gênante pour un bâtiment militaire ! Enfin, la propulsion par roues à aubes est peu efficace par mer formée, et ces navires sont souvent relativement instables. Si l’on peut s’accommoder de l’inconfort pour l’équipage, question secondaire sur un navire de guerre, cette instabilité limite encore le potentiel d’emploi de l’armement.

Une autre innovation va rendre plus intéressante la propulsion mécanique : l’hélice. Cette invention est l’aboutissement de divers travaux, notamment ceux du capitaine de frégate Nicolas Hippolyte Labrousse. On transforme en 1847 la frégate Pomone, conçue d’après les plans de l’ingénieur Jacques Noël Sané. La frégate est désormais pourvue d’une machine à vapeur de 220cv, dont la poussée est transmise par une hélice. Le navire atteint ainsi une vitesse de 8 nœuds. Ce mode de propulsion n’est encore qu’auxiliaire, la marche à la voile est privilégiée pour les longues croisières. La formule est jugée très satisfaisante, et un programme de construction de six frégates mixtes de premier rang est lancé, sur plans des ingénieurs Allix (1808-1881) et Dupuy de Lôme (1816-1885).

L'obus explosif et la cuirasse

Mais parallèlement à la vapeur, une autre innovation vient révolutionner le combat naval : l’obus explosif, qui fait bientôt passer les fières murailles de bois pour de bien vulnérables et futiles protections. La situation est alarmante, et appelle à une réaction immédiate des ingénieurs des constructions navales : ce sera le blindage des navires, expérimenté sur les batteries flottantes en Crimée en 1853. Puis la cuirasse couvre en 1859 les flancs de la frégate Gloire conçue par Dupuy de Lôme. Les Britanniques répliquent aussitôt avec le HMS Warrior toujours visitable à Portsmouth.

Fin de l'ère des frégates à voile

Véritable révolution, l’apparition de la cuirasse vient totalement bouleverser l’héritage de plusieurs siècles d’art du combat naval. La frégate à voiles a vécu. Mais la frégate mixte, toujours pourvue d’un gréement classique de trois-mâts, n’est pas encore menacée. Elle reste l’instrument privilégié pour la guerre la course : nul besoin de cuirasse pour lutter contre le commerce adverse, et sa voilure reste un avantage certain pour assurer un long rayon d’action.

Transition vers les croiseurs

La guerre de course est toutefois remise en cause progressivement au XIXème siècle par un mouvement de réglementation internationale initié dès la fin du XVIIIème. En 1856 le Traité de Paris vient mettre un terme à l’armement de navires privés à cette fin entre les Etats signataires. Mais ces derniers n’abandonnent pas totalement l’idée de livrer la guerre au commerce par leurs propres moyens. On va simplement assister à une transition sémantique : on parlera davantage de « guerre de croisière », menée par des « croiseurs ». Les dernières frégates converties en mixtes à la moitié du XIXème, ainsi que d’autres catégories de navires, notamment les avisos, se trouvent dès lors officiellement désignés « croiseurs ».

Poste de manœuvre et évolution de la passerelle

On commande encore ces navires depuis la dunette, plateforme élevée sur l’arrière du bâtiment au-dessus du pont de gaillards qui est devenu un pont continu. On a depuis cette dunette une bonne vue d’ensemble de l’état de la voilure. Le positionnement de cette passerelle au maître couple, derrière la cheminée, n’est pas très heureux : on y est exposé aux fumées et aux escarbilles, et l’on ne peut rien y faire d’autre que veiller sur la manœuvre et relayer les ordres donnés depuis la dunette. Pour la marche à la vapeur, qui ne nécessite pas une attention sur la voilure, on va rapidement envisager le positionnement d’un véritable poste de manœuvre. La passerelle est modifiée en conséquence : on la complète par un roof autour ou sur l’avant de la cheminée, on...

tags: #lance #roquette #anglaise #19eme #siecle #histoire

Post popolari: